CHAPITRE II
ton le convention quelconque. Ce que robjection passe si: silence, c'est que le milieu dans lequol vont se débattre (lifîérends, — pour autant qu'ils surgissent — sera lotah ment modifié. On l'a vu, la participation crée le plus vent un es}rrit nouveau qui change les dispositions des con tractants. Làgitson avantage essentiel ati point de vue la pacification sociale: elle ne supprime pas les sujets dt discussion ; elle tarit la source de la mésintelligence, substituant un régime de dignité et de confiance mutuelli à un régime de déliaoce et d'autorité.
Pourquoi, d'ailleiirs, tant redouter que les intérêts t]i travailleurs touchent plus intimement qu'à présent à ceui de leur patron? n Quand les ouvriers s'occupent à faire respecter leurs droits, au milieu des difficultés pratiqui et quotidiennes de la vie, nous disait un industriel elai voyant, ils songent moins à établir sur celte terre la justice et l'égalité universelles : on ne pense à ces chosea-l que quand on n'a rien à perdre ni à défendre dans I lutte de tous les jours. »
On oublie trop souvent qu'il y a au sein des masses li borieuses des hommes ayant de sérieuses aptitudes [Hil les affaires.: il s'est fondé dans tous les pays depuis qui4^ ques années, une foule d'institutions ouvriÈrps qui gérées avec une véritabli; habileté pur des hommes du peuple. Tout cela constitue le mouvement de lente et continM ascension des couches inférieures, qui est le trait distinct tifdes démocraties modernes. Ne peut-on donc point att tendre avec confi bn^^itnuu des contestations, aussi |ieui profondes en somme, que celles dont on lait grief SU participation, se résolvent à l'amiable, sans soulever I' d'âpres et violentes discussions " ?
KXAMEN DES OBJECTIONS 163
X' Objection. — La participation aux bénéfices est un sj/sième anti-démocratique ; il tend à créer une élite et à restreindre la liberté des organisations ouvrières : la preuve en est que les ouvriers aîujlais y sont opposés.
Tel estravis de M. Frommer (1) et, en génc^ral, de tons les économistes qui accordent aux organisations ouvrières la grande part qui leur revient dans l'évolution économique.
Les faits exposés dans la première partie de notre travail ne peuvent répondre qu'à la partie de l'objection visant l'hostilité des ouvriers anglais syndiqués ; aussi bien c'est la plus importante. A tout prendre, la conclusion n'est point décisive : les exemples des entreprises Briggs et Fox Head, notamment, confirment la thèse avancée, bien qu'il serait injuste de ne pas tenir compte dans ces deux cas de l'opposition non dissimulée des patrons contre les Trade-Unions. Plus récemment encore, la Compagnie continentale du gaz à Londres proposant, au lendemain d'une grève, l'introduction de la participation, a soulevé les protestations de M. J. Burns, leader du mouvement, et des chefs des groupes syndicaux : deux tiers cependant des quinze cents ouvriers s'étaient prononcés en faveur du système. D'un autre côté, il est indéniable que la grande extension de la participation en Angleterre durant ces dernières années ne peut être regardée comme un symptôme de l'hostilité des ouvriers.
Mais il existe des témoignages plus précis. D'une manière générale, M. Bôhmert observe que « les jugements défavorables émanent d'ouvriers étrangers à la pratique de la participation ; tandis que tous ceux qui ont l'occa-
(1) Cf. étude citée.
16t IIËUXIÈME PAitïU;, CHAPITRE 11
sion d'en apprécier réellement los eiïcts.t-nieltenl des a[ prédations favorables » (1). M. Scdley-Taylor confirme] cette opinion en reprodriisanl trois intéressantes cumniunicalioni* (2). I
M, Biirt, dépulé ouvriLT, hii écrivait en 1880 : a Je suis heureux do vous voir consatirer vos efforts à la participalion aux Ijénéfices, je partaj^e absolument vos yups il i* sujet et je vous soubaite grand succès. »
Quelques jours aprl's, à la Society ofAr/s. M. G. Howell. l'historien des Trade-Unions, déclarait qu'il « ne croyait pas àla possibilité d'une opposition de la part de« Unionistes », en même temps que M. LloydJodes affirmutt 11 au nom de tous les chefs du mouvement syndical, qu'il n'exislail pas chez eux la moindre hostilité contre la pil^ ticipation ».
A ces témoi^ages nous en ajouterons trois nouveaiis, qui furent d'ailleurs confirmés en 1892 par l'alliance conclue entre Trade-Unionislea et coopérateurs participationnistes, lors du grand Festival coopératif national.
A la réunion plénifire du « Wholesale anglais n tenuoil Manchester le 13 juin 1891, M. Horelt, délégué de Norwii;b, a affirmé qu' n en sa qualité de Tradc-L'nioniste, il croyait que la participation tendrait h créer de bons rap ports entre employeurs et employés » (3).
Le journal Labour coparlners/iip dont nous avuns déjà plusieurs fois fait mention, a écrit dans son numérii
(1) Cf. iiuvrage l'ilé, pp. 215-216.
(2) a. ou-vrage dlé, pp, 72-13.
(3) Cr. proc^s-verlial de la doqui^Die séani:e du Congrès întemalioni! des sociétés cnopéralives de consommation tenu a Paris du 13 au IBwp Icnilirp IRill fModp de n'iiiunÉnilion du IrnvaiH, p. H.
de septembre 1894 : « Bien qu'il y ait plusieurs cas où les Trade-Unions sont hostiles, il s'en rencontre tout autant où elles sont favorables, de sorte qu'il n'y a pas d'opposition irréductible et fatale entre les Unions et la participation ».
Enfin, au Congrès coopératif tenu à Leicester en 1877, se trouvait posée cette question : « Le travail a-t-il droit à une part des bénéfices qu'il a contribué à produire ? » Une écrasante majorité la résolut affirmativement (1).
Ce dernier fait appelle des commentaires plus complots : la question de la participation est,, en elTet, directement posée devant le monde ouvrier anglais, en ce sens que le mode de rémunération des travailleurs employés par les sociétés coopératives anglaises est à Tordre du jour de leurs délibérations. L'histoire de ce mouvement, trop longue pour être retracée ici, est traversée par d'étranges vicissitudes; nous nous bornons à la jalonner par quelques dates : — Congrès de 1887 : la question est soulevée ; discussion sommaire ; renvoi à la session suivante; — congrès de 1888 : adoption d'un vœu en faveur de la participation ; — - congrès de 1889 : confirmation du vœu précédent à une forte majorité ; — en 1891 , réunion spéciale du « Wholesale anglais », à l'effet de mettre à exécution les décisions du congrès : 223 voix se prononcent pour la participation, 572 contre (2). Depuis lors, la situation ne se modifie pas : seul parmi les fédérations coopératives britanniques, le « Wholesale anglais » refusé d'appliquer la participation : ses membres allèguent que l'intérêt des consommateurs domine celui des employés. Vainement
(i) Cf. ouvrage cité de M. Von Schulze Gaevernitz.
(2) D'après le compte rendu in extenso des divers con^vH.
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DELSIÉUE PARTIE. — CIIAPMIIE II
les congrès de 1893-94-95 ont aftirmi' à nouveau les sympathies ries cofipérateurs en général pour la participation: le " Wholesale anglais » reste dissident. En 1896 encore. une tentative de conciliation a échoné.
De toutes les informations recueillies au sujet di- l'allitude des ouvriers syndiqués d'Angleterre, celles chtcnucs par M. Schloss au cours de sa récente enquête, sont assurément les plus complètes. Pour plus de la moitié des applications existant dans le Royaume-L'ni en 1894, il u noté l'opinion des Trade-l'nions intéressées; nous mponvons mieux faire^que de reproduire ici ses conclii-
" Dans un petit nombre seulement des cas étudiés, iiri quart environ, les Trade-Uniuns semblent approuver sans réserves le système ; pour un autre quart, eiles ne si' prononcent ni pour, ni contre ; tandis que, dans à pï'u prts la moitié des cas, la participation est l'objet de leur part, pour l'une ou laulre raison, d'une désapprobation plus on moins prononcée.
« Voici, résumées brièvement, les principales objofrl lions que tes Trade-I'nions semblent élever soit contre certains modes d'application de la participation, soitc4)n< tre le système en général. On ne considère point commft'l équitable que les travailleurs aient à se fier, sans moyensT de contrAle, ft la parole de leur patron en ce qui concernai le taux des bénéfices réalisés. On trouve injuste que d ouvriers congédiés par une firme ou quittant celle-eiJeT plein gré, perdent leur droit aux bénéfices de l'année cou- i rante ou se voient confisquer leurs parts mises en réserve. Les systèmes limitant la participation aux bénéfices h un . certain nombre de travailleurs sont rejetés. On est opposé J i\ la partiripalion aux bénéfices dans les ens où la firme J
passe pour payer un salaire inférieur au taux reconnu par les Trade-Unions ; dans d'autres cas, on regarde TappUcation de la participation aux bénéfices comme tendant par elle-même à abaisser le salaire des travailleurs audessous du taux normal. On estime également, d'une part, que l'introduction de la participation aux bénéfices aboutit à faire travailler pendant un nombre indu d'heures supplémentaires, d'autre part, que le travail se fait avec une hâte excessive et avec un nombre d'ouvriers trop restreint, parce que Ton n'a point recours aux ouvriers spéciaux qui devraient être employés. On objecte encore qu'un mode particulier d'application de la participation aux bénéfices, ou même ce système en général, a pour effet de priver les travailleurs de leur indépendance et de les subordonner outre mesure à leurs patrons. Là où l'on croit la participation aux bénéfices établie dans le but d'affaiblir l'influence d'une Trade-Union, son application est en grande défaveur ; à noter, enfin, l'opinion que c'est généralement, sinon toujours dans ce but que les industriels y ont recours. En tous cas, il paraît établi que beaucoup de Trade-Unionistes se montrent méfiants, sinon hostiles, à l'égard de la participation, quel que soit le motif pour lequel elle ait été adoptée, parce qu'ils y voient une incitation pour les ouvriers à enfreindre les règles de l'unionisrae, et pour tout dire, une mesure tendant à saper son autorité, à enrayer son action et h restreindre son influence.
« On remarquera, conclut M. Schloss, que plusieurs des objections que nous venons de résumer, se rapportent à des détails d'organisation de certaines applications particulières, plutôt qu^au système de la participation aux bénéfices en général, et qu'elles peuvent, tout au moins
168 DËrxiÉME PABTli;. — CUAPITHK II
engraede partie, êlre f^viléps par des combinaisons appropriées. Il n'en est pas moins vrai que quelques-uns des points soulevés par les Trade-L'nîons visent certaines particularités inhérentes an système même de la pnrticifiation, sous quelque forme qu'on l'applique. »
Ajoutons que l'opinion courante attribue l'hostililé non contestable de certaines Trade-Unions à la personnalité même des chefs qui se sentiraient atteints dans leur prestige, la participation leur enlevant l'occasion des luîtes, des victoires et de la popularité (t). Dans cet ordre d'idée», on peut rappeler, par exemple, que, sans condamner la participation, le comité parlementaire des « Traile- Cnions «, déclarait au congrès de Liverpool en 189i qu'« Il serait difficile pour les organisations ouvrières de se maintenir sous un régime d'un système de rémunération du travail à longue échéance (2) » ; on peut citer aussi l'opinion de M. Howell concluant, — à tort selon nous, — i\w c'est surtout le « nouvel unionismc » qui combat la parti* cipation comme trop compliquée pour les ouvriers, à l'intr tiative desquels il souhaite voir se substituer l'action dfl l'Etat (3) » : de même, encore, ti la réunion de 1891 du <i Wholesale anglais, M. Witney (de Crewe) s'est élev^ contre la participation « parce que l'espoir d'un boni prf^ caire est moins important que la certitude en cas de chômage d'être aidé et secouru aux frais de la Tradft- Dnîon (4) «.
Nous croyons qu'on peut conclure de ces divers avis qu8 tes Trade- Unionistes, adversaires de la participation, rft*
11) Cf. Timfs du fi janvier 1890.
(2) et. Rejioil ohé de M. J. Lowry WWttle, p. 32.
laj Cf. Le paasti H l'avenir des Trade-Unions. p. ÎST,
(i) Cf. ProfiÈs-verlml ilu ConKrt= coopérnlif franrni? do tSill. p. ■
doutent surtout de voir celle-ci tuer ou rendre inutiles leurs associations professionnelles dont ils retirent incontestablement d'immenses avantages.
En tant qu'elles s'inspirent des cas où la participation a été manifestement dirigée contre l'organisation syndicale, ces craintes ne manquent évidemment pas de fondement. Il en serait autrement, si les associations ouvrières se trouvaient devant des applications loyales, fair comme on dirait en Angleterre : la participation, en effet, ne supprime pas le salaire; Tactiondela Trade-Union, pour restreinte et adoucie qu'elle sera, n*en demeurera pas moins opportune ; elle sera indispensable, d'autre part, pour sauvegarder tous les intérêts si divers des ouvriers. C'est ce que démontre Texpérience : les syndicats ne disparaissent nulle part devant la participation.
Il n'est pas plus exact, croyons-nous, de dire avec le Times « que la participation fait réellement pour l'ouvrier tout ce que fait sa Trade-Union » (1), que d'avancer, comme M. Howell, que « les grèves sont d'une absolue nécessité à Tépoque actuelle (2) ».
L'œuvre propre des Trade-Unions est dans le perfectionnement des conditions du travail, et l'introduction de la paFti<^îpàtion ne peut nullement y apporter obstacle; peutêtre même est-elle plutôt de nature à la faciliter, en déchargeant l'association professionnelle du souci des grandes luttes pour le salaire. A moins que, comme pour les échelles mobiles,les bases mêmes de la participation deviennent l'objet de négociations entre associations patronales et associations ouvrières , ce qui élargirait, au contraire, la sphère d'action de ces dernières. A ce sujet, les considé-
(1) Loc. cit.
(2) Cf. The conflicts of Capital and Labour, p. B72.
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