‹ La participation aux bénéfices: contribution à l'étude des modes de rémunération du travailChapitre 26 sur 53 · IIIE. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

IIIE. — CHAPITRE

rations que Doiis avons fait valoir en étudiant la partt^ cipation au point de vue des intérêts de Touvrier i>l cbI répondant à la Vil* objection sont utiles à rapprocher daî celles qui précèdent.

Quant au fond m^me de l'objcclion, que la pHi-ticipalioal serait anti-démocratique comme tendant à constituer uatM élite, on ne peut guère s'y arrêter. C'est bien mal enteii»| dro lo progrès et la démocratie que de croire qu'ils se réfc liseront autrement que par l'accession successive dV/i/eit à des conditions supérieures d'existence et de civilisalioD J

XI' Objection. — La participai ion aux bénéfices na ««■■ cune chance d'être acceptée par la masse des ouvriers, car M elle empêchera télévalion des salaires (1).

Nous signalons l'objection afin de n'en omettre aucune; j mais elle a déjà été rencontrée au cours de cette étude I (Voir notamment chap- I, S 2, 2) ; elle a également des points communs avec lu Vll= objection (Voir page 137). Il faut d'ailleurs s'en référer aux faits rapportés dans la pff niière partie (chap, 111, § 2).

XIl" Objection. — La participation aux hméficex n'apa> d'avenir, parce qtie les ouvriers n'en détacheront aiissUdt que les périodes de déficit empêcheront la distribution ih parts (2).

Ceci encore est puéril. Nous avons abondamment mimtré que l'institution delà participation suppose chez ins ouvriers un certain état d'avancement, qui les rende sensibles à autre chose qu'aux avantages de l'existence nu jonr le jour de simples salariés. Aussitôt qu'ils s'éb^^veronl

(I) LabottP (ïi Tulro.lii<

e,-Mp. .

« ISflli. p. 9fi,

dans la hiérarchie sociale, ils sauront aussi accepter les aléas et les désillusions ; et, inversement, la participation contribuera à fortifier en eux cette virilité qui est la condition de Taffranchissement.

C'est pourquoi nous rie pouvons nous rallier à ceux qui préconisent l'organisation d'une caisse de réserve dans laquelle, pendant les années de prospérité, on verserait une partie des dividendes de participation, afin de soustraire l'ouvrier à l'éventualité des pertes, c'est-à-dire de l'absence de dividendes. C'est dans cette éventualité môme, nous l'avons déjà dit, qu'il faut voir le fondement essentiel de la vertu éducative de la participation

XII P Objection. — La participation ne pourrait qu' accentuer t anarchie de la production ; so7i introduction ne sera possible que lorsque la monopolisation des industries susceptibles d'être organisées en syndicats de pi^oduction aura mis fin aux désordres actuels (1).

L'objection formulée par le savant professeur Lujo Brentano ne vise que l'opportunité de la réforme.

L'effet de la participation ne serait, en somme, dans les conditions actuelles, que de rendre l'ouvrier solidaire des intérêts particuliers de l'entreprise à laquelle il est attaché et de l'asservir, comme son patron, aux lois d'une concurrence effrénée. De cette absorption du travailleur résulterait, par une naturelle réaction, un accroissement du manque de travail, un renforcement de « l'armée de réserve ».

Au contraire, le jour où les patrons d'industries semblables se trouveraient coalisés en face des ouvriers éga-

(1) Préface de ArbeAtseinstelliingen^ par M. L. Brentano, pp. 11 et 19.

172 DErSifiMË PABTiE. — Cll.ii'ITIlF. Ll

lement organisés, il s'en suivrait une régiilarisatîoaj taux des salaires d'aprfes les prix de vente ; par des ref "de travail sagement modérateurs, les crises de surprodu tion seraient évitées, le nombre des sans-travail sert diminué, et, à la faveur de cette plus grande stabiti générale, la participation serait alors le mode de rém nération tout indiqué. Seulement, il est à supposer, comn le montre l'exemple de l'vVngleterre, que les ouvriers s'fl tiendraient à la proportionnalité au prix de vente, laquelle, ajoute M. Brentano, se confondrait avec la pi ticipation.

Dans son ensemble, l'objection ne manque pas fondement et nous l'avons déjà signalée dans noi étude de l'adaptation de la participation iiu milieu i dnstrîel : les chances de succès, avons-nous dit, déjwl dent beaucoup de la stabiliti^ de l'industrie.

M. Brentano prend auin d'ailleurs d'apporter lui-mi^il un correctif évident à son opinion, en reconnaissant ([U beaucoup d'industries ne se prêtent pas à la coalilioiidi producLinn.

XI V' OnjECTif». — Le nombre restreint des applicatU est un indice que la participation aux hMéfices npsfrajavh qu'unerare exception (1").

Cela fût-il, que cela ninfirmerait pas encore la Viilrur de la participation en elle-même.

Mais, en premier lieu, ainsi que les diagrammes l'onl montré, le nombre des applications tend à s'accroître nutablement. En second lieu, tous ceux qui défendent la psrticipalion savent qu'elle ne pourrait être qu'un réfîiiin'

KXAMEN DES OBJECTIONS 173

d'avenir et que les conditions de son succès sont loin de se trouver réalisées, notamment dans les pays les moins avancés dans révolution industrielle.

A un point de vue plus général, il est d'ailleurs aisé de discerner les causes du lent développement de la participation.

En écartant d'abord les obstacles nés de résistances inté^ ressées, il faut considérer aussi le peu de confiance attaché par l'homme pratique, familier des réalités de la vie, aux conseils de l'homme de science ou de cœur ; il faut ajouter parfois certaines difficultés de fait : mauvaise organisation de la comptabilité, obligations excessives envers des capitalistes, absence de renseignements précis, ignorance même des conditions réelles de la mesure préconisée.

A côté de cette dernière influence, se place immédiatement celle exercée en défaveur de la participation par la grande majorité des économistes : cette propagande négative de la part de ceux dont l'adhésion eût constitué une force réelle aux yeux du public, paraît, nous l'avons montré, provoquée par une vue incomplète de la question. Ajoutez à cela que les défenseurs maladroits n ont point fait défaut à la participation : « Les meilleures causes, a écrit Renan, ne sont-elles pas souvent défendues par les plus mauvaises raisons » ?

XV® Objection. — La participation aux bénéfices n'a pas de chances d'applications^ car elle demande^ pour être mise en pratique^ un ensemble de conditions difficilement

réalisables (1).

(1) Brelay, La patHicipation et le malentendu social, p. 71.

DELXIÈSIli; PAU

Tout le monde coiivipnt que les conditions du tiuccï»^ do la participation no sont pas encore tontes réalis(?csi f l'heure présente, mais pour en concluro que sou aveniri est compromis, il faudrait (établir que ces condilinns n*] se modiUent pas dans un sens favorable Ma participation.

Or, nous avons précisément montré le contraire (voir [i, 1 41 et ss.) : loin d'êlrc en opposition avec les tendances ] économiqtKs et sociales de l'époque, la participation est ^ orientée dans le sens de l'évolution.

La participation n'est, il est vi'ai, pas assurée développement considérable, mais c'est pour de tout autre raisons que des difficultés de réaltsatina (voir nolammeol p. 1i6).

XVl" 0BJEt;TiOK. — Les éc/iecs survenus montrent qtutt participation aux bénéfices est une déception certaine {\t^^

Il serait tout aussi loisible de retourner le raisonnemenll et de dire : « Les réussites montrent que la participation ' aux bénéfices est un succès assuré », — avec inlinîment plus de vraisemblance d'ailleurs, puisqiie la proportio des échecs est infiniment moindre qui' celle des réussites.

Au fond, celle objection procf-de d'une prévention très j hxiraaine qui porte la majorité des esprits k s'attacher A aux échecs partiels ou complets d'une réforme à sesdifl buts, pour proclamer son inefficacité absolue : c'est une f forme du misonéisme el de la résistance au progrès. \i<f I» même fagon un collectionne les petits faits et les légende» j qui peuvent militer contre la coopération, et l'on reali aveugle devant ses progrès inouïs en Anglelei're.

(l)Uibon, IM imrl

^n--^ <liffir.,ll<>s /■>■!

i, pp. 7W Pi 1

EXAMKN DKS OUJKCTIONS 175

X\ II*' Objechon. — La parlicipaiio7i aux bénéfices est de la fantaisie^ tout aussi bien pour le taux même du bénéfice quon allouera que pour la détermination exacte de ce bénéfice (i).

Et M. P. Leroy-Beaulieu, qui formule robjectiou, ajoute: <( Ce sont des encouragements qu'on distribue à la bonne franquette et en invoquant au besoin le dicton : « A cheval donné, on ne regarde pas à la bride ».

Voici donc que l'on ferait à un régime un grief de sa souplesse et de sa facilité d'adaptation. Pourtant, de ce que la formule rigoureuse de justice distributive n'existe pas, suit-il qu'on renonce à partager? De ce que la participation n'impose pas un tarif classique de répartition, pourquoi conclure à la « fantaisie » de ses applications? Au surplus, nous l'avons montré, le reproche est mal fondé, car déjà certaines règles tendent à se dégager des expériences faites.

XV11I« Objection. — La participation aux bénéfices na effectivement aucune portée^ car la rémunératioji de chaque intéressé est dérisoire (2).

Ce reproche ne laisse pas d'être sérieux.

M. Gunton, directeur de VInstitute of social Science de New-York, et conseiller écouté de la puissante Fédération américaine du Travail, y attachait une importance considérable, dans un intéressant entretien qu'il nous a accordé . A rencontre de Stanley Jevons, qui, dans ses Problems of social reforpi, critique amèrement les ouvriers qui préfèrent la sécurité d'une majoration du salaire normal à l'éventualité d'un boni annuel, M. Gunton nous a dit

(i) p. Leroy-Beaulieu, Etude sur la répartition des échéances, p. 221. (2) Entretien personnel avec M. Gunton, directeur de VInstitute of social iîcience, à New- York .

ne

DlCL'SlÈHt PAHTIE. — THAPITRE U

approuver <;omplètemenl les travailleurs américains qii tionnent avant tout à la graduation ilu claire ordim siir l'élat du marché, par l'action des Trado-UnionM '< Dans presque tous les cas, concluait-il, l'ouvrier aui| avantage à exiger une augmentation de salaire de 3, Ifl ou 13 0/0. ..

Nous avons déjà considéré ce point en étudiant la partci cipatiou au puint de vue des intérêts de l'ouvrier fV'oi cbap. I, § 2, 2).

Il reste à savoir si réellement la part de béaélices si-n trop faible pour constituer un stimulant ou un appât s saut?

A cet égard, voici dos l'aile, empruntés h l'onquéle il^ M. D. F. Schloss. Les chi tires inditjués ci-après portei sur 83 des tûl entreprises d'Angleterre qui pratiqnaitïll k participation eu 1893 ; en regard du nombre des établis sements de chaque catégorie, se trouve le taux de l'additioi au salaire normal ; les périodes couvertes par les statistiques varient de 1 fi 8 ans.

. néant.

. Je 7 17.6 0/0

. moins (le 1 0/0

. JeS.l à 8.8

. Je 1 11.9 0/0

. Je 2 » 2.8 0/0

. Je 3 il 3.9 0/0

. il Btl.30

. iài.9 0/0

. Sa 7.5 0/0

En résumé :

Dans 31 établissements, le taux était égal ou supérieur & 5 0/0 ; dans 38 établissements le taux était nul ou înff^rieur h 3 0/0. Le taux moyeu était de 4,i 0/0.

ëXameN des objections 177

De sorte qu'un ouvrier gagnant un salaire annuel de 900 francs (3 fr. par jour) toucherait 40 francs de bénéfice environ au bout de Tannée, soit en moyenne treize centimes de plus par jour de travail.

Pour les années suivantes, la moyenne du taux d'augmentation a été, d'après \^ Labour Gazette : on 1894 : 4 0/0 [83 applications] ; - en 1895 : 4,7 0/0 [72 applications] ; — en 1896 : 4,9 0/0 [72 applications].

L'espoir de toucher à la fin de Tannée de semblables dividendes de participation ne laisserait sans doute pas indifférents la plupart des ouvriers belges.

XIX* Objection. — La participation aux bénéfices a d'autant moins de chance de prendre racine que les bénéfices ont une tendance bien marquée à décroître (1).

Cette objection complète la précédente.

Elle appartient entièrement au domaine des conjectures : la tendance décroissante du taux des bénéfices est un fait évident aujourd'hui. Mais nul ne peut prévoir où elle s'arrêtera, ni quelles seront ses conséquences, tant sur les prétentions des ouvriers que sur la politique des patrons.

Pas n'est besoin d'ailleurs de se transporter ainsi dans Tinconnu. Le problème de la participation se ramène le plus souvent simplement à ceci : <( Est-il souhaitable que les augmentations des salaires aient lieu sous la forme de dividendes distribués à la fin de Texercice social ? » Dès lors, il est assez indifférent de savoir si la participation a plus ou moins de chance de durée. — Nous répondrons d'ailleurs comme nous n'avons cessé de le faire à une foule

(1) Bôhmert, La participation aux bénéfices. Opinion d'un ouvrier

allemand.

W. - lâ

178 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITIIE 11

d'autres cousidérations analogues :>< Ni ping, ni moins; que tous les aulrûs modes de' rémuiu'ration du travail, plutôt plus que moins. »

XX' OiiJKCiiON. — La participation aux bénéfices i and-écouoinif/ue, en ce qu' elle empêche l'augmentation dit» capital de fenlreprise et, par suite, le développement dev affaires (I).

Gfîci ne tient pas un instant devant l'analyse économt^ que, qui montre que la participation n'est ni plus ni moioi qu'un mode de rémunération du travail. En fait. roI)je< lion tend à condamner toute augmentation de salaire ; i'Uk fait totalement abstraction de la valeur et des elTcts du prixl élevé de la main-d'oeuvre.

Elle ne vaudrait que si la participation pouvait donner 1 lieu à des majorations désordonnées du salaire annuel; mais il n'est pas difficile de prévoir que, dans ces conditions, la participation ne subsisterait pas longtemps.

XX1° On.FKciioN. — La participation est impraticable à raase ite l'instabilité de lapopulal'ion ouvrière (2).

Objection se résolvant en une pétition de principes, car la participation a pn^ciséraent pour effet d'assurer la sUbililé du personnel.

La mobilité de la population ouvrière ne pourrait constituer un obstacle sérieux au développement de la participation que si l'on persislaitiidépouillerrouvricr rompant son engagement, de tout droit fi sa part de bénéfices. Il est évident que,dans ce cas, l'ouvrier préférerait sa liberté d'al- , 1er et de venir fi la promesse d'un béuéflce môme assuré.!

(Il M, Dloi^k, l'eoqrès de la icieiice ê.cmnmiqiie. IT, p. 3B2, [î) CT^AgiviV. Les sociétés cocpéralil'en, p. il.

EXAMEN DES OBJfiCttONS 179

Mais la variété des applications de la participation montre nettement qu'elle s'adapte aussi bien aux industries à personnel mobile qu'aux industries à personnel stable.

Reste à savoir encore s'il est exact ou seulement général que la population ouvrière soit si mobile qu'on la suppose : diverses constatations tendraient à infirmer cette opinion (Voir par exemple, Walker, ihe Wages Question] — — von Schulze-Gaevernitz, der Grossbetrieb ; — Price, Industrial Peaùe) .

XXI I« ObjectiOiN. — La participation aurait de déplorables conséquences sociales^ car elle exciterait les convoitises des ouvriers par l'appât du gain d'autrui (1), et elle provoque* rait les haines de classes en révélant à l'ouvrier l'origine des bénéfices du patron (2).

Certains adversaires irréductibles de la participation condensent plus brièvement cette objection : ainsi MM. de Molinari et Brelay disent catégoriquement que « la participation est une branche du socialisme » (3).

Nous avons amplement montré au cours de ce travail que la part de l'ouvrier dans les bénéfices ne serait pas prise sur le « gain d'autrui ». Remarquons en passant combien malhabile est la position de ceux qui persistent à faire du « bénéfice » commercial la rémunération due à Tun des facteurs de la production: comme par le seul jeu des forces économiques, l'ouvrier reçoit aujourd'hui une part de cet élément, on voit que s'il se figure l'enlever à son patron j il ne pense pas autrement que certains économistes.

(1) Gibon, La participation et les difficultés présentes, p. 42. (2; Report to the Parliament on Profit sharinf/, p. 19. (3) Cf. Journal des Economistes, avril 1892, et étude citée de M. Brelay, p. 85.

DECXIEME PAFITIE. — CHAPlTllE II

Quant à la seconde partie (le l'objection, elle mérite i peine d'être retenue. Elle n'est, en somme, que le com mentaire de cette parole de Quesnay : « Dévoiler le myt t^re de la richesse, c'est préparer la guerre entre ceux qu en jouissent et ceux qui la produisent. S'il en était ainsi la participation acquerrait du coup une portée sociale cott sidérable puisqu'on révélant l'abus, elle apporte le rem^A

XXlll" Objection. — La parlicipatîon aur bénéfices donnera satisfaction à aucune des revendications urgenlet, des ouvriers (1),

La participation constitue, en elTet, aux yeux des impSii' tients. une mesure trop « sobre )i et trop conservatrice, l n'en est pas moins vrai qu'elle touche au cueur mÔme de U question sociale (Voir chap. I,§2,4): la campagne menée par l'élite des ouvriers anglais, en faveur du principe snf lequel elle repose, suffirait à le démontrer. La partie! patins ne doit d'ailleurs pas être représentée comme une réfornift sociale; son terrain d'action est beaucoup plus modeste el plus restreint, mais elle n'en est peut-être ni moins ui ni moins efficace, à condition qu'elle soit dégagée de tout esprit paternaliste ou autoritaire.

XXIV" Obirction. — La parlicipation ne s'applifjne pas à la f/ranile induntrie, car Cinflttence de la main-d'œuvre sur le prix de revient y est qua^i-nulle (2).

Cette objection reconnaît implicitement comme vraies deux opinions que nous avons rencontrées :

a) Que la participation n'est justifiable que si elle pro'

(1) Eiilri^lian aver. un « lenilpr » sorinlislp de Belgique.

voque un surplus de bénéfices (Voir pp. 93-94, et 114- 115);

b) Que les ouvriers de la grande industrie n'interviennent que faiblement dans le montant du prix de revient (Voir p. ni).

XXV® Objection. — La participation ne s^ applique pas àla grande industrie parce qu'il paraît démontré que F influence morale de ta participation est en raisoii inverse du nombre des participants (1).

D'abord nous ne voyons cela démontré nulle part : les nombreux exemples rapportés dans la première partie semblent même prouver le contraire. Encore faudrait-il savoir, de plus, ce que Tauteur de Tobjection entend par influence « morale » : il est bien difficile d'admettre que les ouvriers soient moins sensibles à l'allocation d'une part de bénéfices lorsqu'ils sont mille dans une usine que lors qu'ils sont cent.

Ensuite dans les établissements où il existe plusieurs ateliers indépendants, on peut appliquer un système que M. Dubois préconise lui-même : le cantonnement par ateliers. On trouvera à l'annexe n® III, des détails pratiques sur cette modalité de la participation.

XXVI* Objection. — La participation ne tardera pas à soulever V hostilité des ouvriers car l'absence de dividende détruira C équilibre du budget familial (2).

Dans les conditions actuelles de divers pays et de diverses industries, c'est possible. Aussi ne manque-t-on pas

(1) Rapport de M. Frédéric Dubois au congrès de Paris ; Compte rendu^ p. 34.

(2) Conférence citée de M» Delvaux, p. 3i,

182 &a:xnbiE rjk^nz. — cuapitre u

de §at«>rdoDiier l'ap(Jk-;ati«>n «1«^ la participation à un certain de*^é •J'avanoement de^ oavriers Voir p. 128).

Et pois on ne doit pas penlre de vue « le côté éducatif * : ce n'est pas en tenant systématiquement Touvrier à l'écart des coalitions normales de la civilisation qu on assurera son élévation et l'amélioration permanente de son sort.

XXVir OwEcno!*. — La partieipaiion aux bénéfices produira un surmenage de tourrier en surexcitant sa productivité 1 .

C'est, nous Tavons établi voir page 123), se méprendre étrangement quant à Teffet de la participation sur la productivité de l'ouvrier. Bornons-nous ici à rappeler une opinion de M. Ch. Robert: •< La participation a pour résultat la mise en pleine valeur de la volonté humaine et cette action puissante de la volonté est parfaitement compatible avec la nature, la tranquillité, le repos normal et l'économie des forces vitales » 2 .

XXVIII* Objection. — La participation appartient à la catégorie des mesures philanthro/tigues. Or^ la philanthropie est de nature essentiellement indiriduelle ; et ce nest pas par des efforts isoles quon parvient à lutter contre les lois générales (3). (Voir objection suivante.)

XXIX* Objection. — La participation nest quun palliatif ayant un caractère réactionnaire : c'est une attache

(1) Cf. la revue socialiste Die neue Zeit^ art. cité. (2j Ch. Robert, Conférence citée, p. 31.

(3) Cf. un article de La Justice, cité par M. B. Malon, dans la seconde partie du Socialisme Intégral^ p. 54.

EXÂMKN DES OBJECTIONS 183

nouvelle à la bourgeoisie capitaliste^ dont il faut fuir r alliance sous quelque forme que ce soit (1 ).

Nous réunissons ces deux objections parce qu'elles s'inspirent identiquement du même principe : ce sont les avis de socialistes très avérés, le premier, M. Jaclard, se faisant Técho d'un vague possibilisme étatiste, le second, orateur de la Bourse du travail de Paris, s'inspirant d'un marxisme intransigeant.

Nous avons déjà antérieurement (Voir chap. I, p. 126) fait la part de ce que la première des deux objections peut avoirde fondé ; la discussion du point de vue auquelsesont placés ceux qui les ont formulées nous entraînerait évidemment trop loin : elle impliqueraituneanalyse complète des théories socialistes, absolument inopportune. Il est cependant permis de signaler le ralliement à la participation, de représentants notables du socialisme contemporain, opportunistes, il est vrai, plutôt que révolutionnaires : c'est ainsi que M. Louis Bertrand, ancien Secrétaire général du partiouvrierbelge,a préconisé la participation dans les mines (2) ; M. Paul Brousse, conseiller municipal possibiliste de Paris, l'a déclarée « une mesure excellente » (3) ; enfm, les signatures de tous les députes socialistes au Parlement français se trouvaient au bas de la proposition de loi de M. Guillemet sur l'introduction de la participation dans les services de l'Etat (4).

On doit reconnaître que ces adhésions ne procèdent pas d'une fidélité bien rigoureuse aux programmes du socialisme international, empruntés aux théories d'Engels et

(1) Cf. dans Le Peuple, 1891, série d'articles sur la réglementation du travail dans les mines (n* VU).

(2) Cf. Rapport cité de M. Gh. Robert sur l'Exposition de 1889, p. 4.

(3) Cf. Interview de M- Brousse dans VEclair du 25 juillet 1891.

(4) Cf. Documents parlementaires, n» 1428.

I8i [lErMF.ME P&nTIE. f^lriPlTHE II

Je Mars ; aus^i l'atliludedodrinairtf des sociulistes aile-' mandsest-t'llo plus logiqiio : ils sont et restent irréductiblemeot hostiles 1 1 ).

Nous ne pouvons clùturer ce paragraphe ri^servé aui objections sans dire un motd'un procédé très généralement 1 suivi par certains adversaires de la participation aux bé-4 nélices: ils s'évertuent à l'opposer au t^alarîat ; ils l'alU- 1 quent en le défeDdant.

H faudrait s'entendre, cependant; ît ne peut venir à.l l'idi^e de personne que la participation doive ou puisse se I substituer au salariat, alors que la déPinition m^me de ce 1 mode de rémunération du travail implique expressément! le mot « salaire ». Tant qtie l'association est IncomplMe, j le travail doit être payé, et qui dit « paiement du travail » dît i< salaire ». La participatiou n'est pas l'association; elle permet suivant le mol de M. Gide, d' « en tourner U diflicuUé '> {2). Le salariat et l'association s'excluent ; non le salariat et la participation.

M. Leroy-Beaulieu lui-môme, lorsqu'il écrit celte phrase : « La participation aux bénéfices est relativement à ia rémunération de l'ouvrier un condiment, rien de plus (3) ", ne peut résister à la tentation de célébrer des actions de grâces en l'honneur du salariat; il se donne encore la peine de démontrer que la participation ne I pourra jamais remplacer le salariat, n de même que lea [ divers piments ne doivent pas supprimer l'usage du pain | et de la viande ». Ne pourrait-on représenter à M. Leroy- I

(1) Cf. pur exemple Die nei ;a) Cl. Trailécilé, p. 523.

(3) Cf. De ia RêiHi.-lilion de

EXAMËiN DES OBJECTIONS 185

Beaulieu que l'usage n'en est pas moins universellement répandu d'assaisonner la viande que Ton mange?

MM. Gilman et Katscher disent avec non moins de vérité : « Il ne peut s'agir de supprimer le salariat, mais de le modifier » (1).

Si, donc, il est juste de vanter les bienfaits très réels du salariat, de montrer son indéniable souplesse, d'affirmer son heureuse perfectibilité, c'est se dépenser en vains efforts que de le hausser dans le dessein d'abaisser la participation aux bénéfices.

Quanta ceux, — et ils ne sont pas rares, — qui affectent, dans l'exposé de leurs objections à la participation, une sceptique ironie, il sera peut-être opportun d'appeler leur attention sur ces sages paroles d'un homme de science et de raison, M. John Brooks, délégué de V American Associalion of Social Science au Congrès de 1889 : « Aucun de ceux qui ont acquis de l'expérience en matière de participation aux bénéfices ne songera désormais à en faire un sujet de plaisanterie. Il faut être un ignorant pour permettre de la ridiculiser. Quiconque en aura étudié sérieusement l'histoire aura au moins du respect pour le grand problème ainsi posé. »

(1) Ouvrage cité, pp. 30-31.

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