‹ La Participation de l'Organisme dans l'ImmunitéChapitre 7 sur 8 · RER · texte numérisé non relu

RER

(n) Cf. Presse médicale, XIe Congrès interh, de méd., 28 août 1897.

Récemment, Wassermann et Takaki ont tenté de

. faire triompher une hypothèse qui, tout en faisant de

limmunité une propriété cellulaire, réduirait au minimum la réaction organique. dans l'immunité, mais qui n’est aucunement impliquée par les faits que ces auteurs apportent.

Tandis que la généralité des expérimentateurs n'avait jamais trouvé dans les organes des animaux neufs aucune trace d’antitoxines able tandis qu’on admettait universellement que ces substances n’apparaissent que du fait de la vaccination, Ebrlich a soutenu que les substances antitoxiques dérivent de l'organe directement atteint par la toxine. Ainsi, les poisons du bacille de Nicolaïer formeraient, avec les cellules nerveuses attaquées, les antitoxines qui passeraient dans le sang.

C’est à cette idée que Wassermann et Takaki ont voulu apporter l’appui de l’expérimentation. Ils ont opéré des souris que leur toxine tétanique tuait à la dose de’0,0o1%. Or, une dose deux, trois et même dix fois mortelle de toxine, mélangée à une certaine quantité d’émulsion de substance médullaire ou cérébrale d’un animal neuf, se montrait sans effet, tandis que succom-

baient les animaux témoins auxquels on avait injecté la

re.

| toxine, mélangée avec l'émulsion rénale, hépatique ou Te Res è sn La substance cérébrale se montrait même capable, injectée seule, de préserver à l’avance les animaux contre une dose de toxine sûrement mortelle pour les animaux témoins : il semble alors que la toxine, trou- vant la substance cérébrale en circulation, se combine * à elle avant de porter son action sur le système nerveux central qui se trouve ainsi épargné. | On pourrait faire observer que des substances qui

n'ont aucun rapport avec les antitoxines détruisent,

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D elles aussi, les toxines et immunisent par. avance les animaux: nous avons cité le ni d'iode. 7

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a montré à la Res de te qui n’en restent pas moins importants et intéressants, c’est aussi bien la vieille

| He ete de Babès que l'potèse d'Ehrlich.

De. Nrrris.

Quel que soit le mécanisme de leur formation, les

substances antitoxiques ou bactéricides, développées dans le sérum des animaux vaccinés contre une infec-

tion, se montrent capables de conjurer cette même in-

-fection chez les animaux neufs ou chez l’homme. * Un sérum thérapeutique, injecté dans l’intimité d’un

organisme, le prémunit par avance sans que, jamais,

on puisse appliquer à ce phénomène le nom de Vacci=

nation; introduit en même temps, ou encore après le microbe ou sa toxine, il constitue un remède spécifique, ‘grâce auquel l'organisme résiste à l’attaque infectieuse.

Si un sérum thérapeutique prémunit par avance l'organisme récepteur contre l'invasion d’un virus déterminé, cette immunité préventive diffère autant d’une vaccination par ses causes que par ses résultats. Alors

que l’immunité vaccinale ne s'établit qu’un certain

temps après les injections de virus ou de poisons mi-

crobiens, alors qu’en revanche elle persiste un temps parfois très long, l’immunité préventive conférée par un sérum thérapeutique, si elle s’établit d'emblée, ne

dure guère au delà de trois mois.

Voici enfin une différence d’action frappante : les

cultures microbiennes injectées avant l'infection vac-

cinent les animaux ; mais, introduites après le microbe

Lun Pa à

ou seulement en même temps, nier favorisent son invasion. C’est là un fait général que ne peut infirmer la vaccination contre. la rage dont le mécanisme est encore inconnu. ' Théoriquement, Ehrlich a très éréieent caractérisé la différence entre ces deux variétés d’immunité en désignant sous le nom d’immunité active celle qui est déterminée par le virus vivant ou par sa toxine et en lui opposant limmunité passive, liée aux injections de sérum.

Une telle conception nd en à envisager d’une facon commode, mais simpliste, ce qui se passe dans le cas d’un diphtérique, pars exemple, auquel le sérum spécifique est injecté. « Ce malade, disait-on, ne peut créer lui-même son immunité ; son organisme, pris au dépourvu, peut succomber sous la violence de Pinvasion bacillaire. Hé bien! à cet homme, qui n’a ni le temps d'attendre, ni peut-être la force de créer des an- | titoxines, injectons les antitoxines que nous aurons fait élaborer à loisir par un animal ».

Une idée très simple vient tout d’abord à l'esprit : c'est que l’immunité passive est due aux substances mêmes, puisées dans le sérum injecté et dont l’organisme subit l’imprégnation.

+ Dans le cas du sérum antidiphtérique. par exemple, l’antitoxine, injectée avec le sérum de cheval, se combinerait dans l'organisme avec le poison diphtérique, Je neutraliserait en quelque sorte, de facon à former

avec lui un composé inoffensif.

MT est difficile à la chimie de démontrer la fausseté

de cette conception; mais une expérience simple suffit

: | s e Le à en montrer l'erreur. Le mélange de venin d’ophidien .

et d'une dose d’antitoxines suflisantes pour le rendre inoffensif, récupère toute sa nocivité par le chauffage a à 70°, cette température annihilant les propriétés du s sérum, tandis qu’elle est sans effet sur le venin dont on à démontré ainsi la persistance dans le liquide. Une expérience définitive et inattaquable prouve * enfin que le sérum et la toxine subsistent côte à côte

dans l'organisme sans se détruire l’un l’autre.

Injectez à unesérie de cobayes un mélange inoffensif AS de toxines diphtériques et de sérum antitoxique ; nous 2

savons que le sérum s’élimine en quantité minime par

les urines, tandis que les toxines s’y retrouvent facile-

Fi. ment. j

sa | Si donc, les deux ordres de substances restent sim- FA SON plement juxtaposées, on ne doit retrouver dans les ot | urines que les toxines inattaquées et non détruites. | C'est ce que des expériences encore inédites de sx M. Charrir semblent démontrer.

Du reste, si un certain volume de sérum antitoxique neutralisant agissait sur la toxine de facon à en rendre inoffensive une quantité donnée, il est évident qu'un

tel mélange pourrait être impunément injecté en quan-

tité quelconque à un animal quelconque. $

Or, il n’en va pas ainsi : d’une part, les fortes doses is exercent toujours une action fatale; d’autre part, un tel mélange déterminera le tétanos, par exemple chez

; le cobaye surmené, où récemment vacciné contre le

choléra-hog, ou intoxiqué par des produits microbiens,

tandis qu’un cobaye neuf, dans les mêmes conditions,

ne présentera rien d’anormal. | Ici encore, nous avons la preuve que la toxine persiste dans le mélange avec l’antitoxine et nous ponvons apprécier aussi le rôle de l'organisme. C’est pourquoi M. Metschnikoff préfère le mot de « stimulines » à celui d’antitoxines qui n’est que la consécration d’unfaiterroné.

Si elles démontrent que l'organisme ne reste pas absolument passif dans la lutte entreprise par lui avee le secours des sérums thérapeutiques, il faut convenir que ces expériences ne précisent guère en quoi consiste son rôle.

Si le cobaye, intoxiqué par des produits microbiens,

- n’est plus en mesure de profiter des secours que lui

apporte le sérum antitétanique, faut-il voir dans ce fait

le résultat d’un changement chimique survenu dans

ses humeurs ? Faut-il admettre, comme le fait M. Achalme

dans son livre, un peu sectaire, mais remarquable, sur

l’immunité que, sous l'influence du sérum «les leuco-

cytes se montrent plus nombreux au niveau du point d'implantation du microorganisme et, surtout, plus ré-

sistants à l’action nécrosante de la toxine, ce qui leur

permet d’englober les bacilles, au lieu de succomber

sous l’action du poison qu'ils sécrètent » ?

Nous sommes très portés à admettre cette hypothèse comme aussi à penser, toujours avec M. Achalme, que, sous l'influence du sérum, l’action zymotique des leucocytes augmente, de même que leur pouvoir à digérer les toxines, comme la trypsine out la papaïne détruisent le poison tétanique ou diphtérique.

Mais, tout en accordant aux leucocytes leur PARA A dans la défense de l'organisme secouru par un sérum thérapeutique, nous eroyonsavoir montré, avec M. Charrin, que les cellules fixes du corps luttent, elles aussi, contre l’infection (1). | « Pour ces expériences, nous avons employé une

méthode nouvelle: Chaque fois que l’on compare lac-

tion des virus sur deux animaux, certains doutes subsistent; les animaux, bien qu APpAco en à la même espèce, peuvent offrir, à des degrés divers, cette ré- ceptivité ou cette résistance qui sont toujours relatives. Ces raisons nous ont conduits à modifier la technique, en opérant sur le même animal, dont des par-

lies similaires étaient placées dans des conditions diffé-

rentes. À

. € D'une part, nous avons créé des lésions nerveuses : la section du sciatique ou, parfois, de la moelle lombaire nous à fourni des régions comparables, Les unes soustrailes à l'influence du système nerveux, les

autres encore soumises à son action. D'autre part, nous

avons injecté, dans les veines, du sérum de cobaye vacciné contre le Proteus vulgaris, en suivant un procédé récemment indiqué par l’un de nous (2). Enfin, nous avons inoculé une même dose de culture vivante, -vVirulente, du Proteus vulgaris, et dans la patte normale et dans la patte énervée ».

La section de la moelle ne nous a guère donné de

à (1) G. R. Acad. Sciences. 4 janvier 1897.

.@) De Nrrmis. Comptes rendus de la Société de biol., 13 juin 1806.

Fe re

résultat, les animaux n'y survivant pas assez longtemps | et succombant toujours dans un état profond de ca- 5 chexie ; ; pour « cette opération, la luxation de la colonne Ci ble est la technique la plus simple. La résec- | tion du sciatique se fait avec de l'habitude, en cinq ne minutes. Le lapin étant étendu sur le ventre et les poils” Æ étant coupés, on commence sur le milieu de la hprér Us ï allant de l’ischion au grand trochanter une incision a rt d'un centimètre et demi ou deux dans l'axe de la cuisse ; | on se débarrasse, sur la sonde cannelée, de la forte aponévrose sous laquelle on découvre un interstice musculaire au fond duquel on trouve le nerf; par pru- i ar dence, nous l'avons toujours réséqué sur une longueur de quelques millimètres. AR ne ; __ Les cris aigus de l'animal au moment de la résection sont un utile moyen de contrôle.

Quant au sérum contre le Proteus vulgaris, 11 pré- 28 sente un intérêt exclusivement théorique. | | | Sice bacille commence à prendre de l'importance en pathologie humaine, c’est surtout comme microbe associé à d’autres. HÉNER | . PA MM. Charrin et Nobécourt, pourtant, l’ont trouvé, seul, dans une pleurésie gangréneuse. AE Mais, dans les cas semblables, il faut se défier d’une

20 cause d’erreur qui tient à la facile pullulation du Pro- Fi ‘12h eus. Notre camarade Carnot nous a raconté le cas d’un Fe ji à [39 4 abcès dont les cultures à l’étuve montraient le Proteus. es | 56 ° pur. Avant d'admettre un tel résultat, il fit une prépara- LAS

tion du pus lui-même, dans lequel le Proteus était accompagné de diverses espèces pathogènes qui avaient

noie

été supprimées dans les cultures par la rapide pullula-

tion du Proteus. | Nous nous sommes servis du Proteus parce qu’on

obtient toujours une lésion locale, utile ‘aux expérien-

ces entreprises, en l’injectant sous la peau; notre sé-

rum thérapeutique, nous était, d'autre part, commode,

‘par sa facilité d'obtention et, si bizarre que cela pa-

raisse, par sa médiocre puissance qui nous permettait d'en injecter la dose exactement, strictement suffisante.

Le sérum est obtenu par simple injection de cultures vivantes dans le péritoine du cobaye, à une dose capable de tuer trois kilogrammes de lapin.

Après une semaine — ou même déjà après cinq jours — on peut recueillir sur ce cobaye vacciné de 3 à 6‘ de sérum.

« T'antôt l'injection du sérum a précédé l’énervation, tantôt elle l’a suivie, tantôt elle à été faite en même temps que l’inoculation du virus. j

« Dans tous les cas, c’est dans les parties différenciées d'un même organisme dont tous les tissus subissent le contact du sérum immunisé, c’est dans des régions comparables, l'une normale, l’autre privée de ses nerfs, que nous avons comparé l’évolution du VITUS.

Il importe de doser, pour ainsi dire, la résistance conférée à l'animal par l’injection de ce sérum, de la proportionner à l'infection. A ;

Si cette résistance est par trop considérable, les abcès peuvent être tous les deux par trop rudimen-

taires ; dans le cas contraire, l’animal peut succomber.

res Dans nos expériences, la dose injectée à chaque lapin, " dose mortelle en vingt-quatre heures pour un sujet. sain, détermine chez lui un amaigrissement modéré,

accompagné des symptômes d'une infection SUpABne

« pen ience I. — Le 16 HU on injecte ot6,5 de sérum de cobaye vacciné à un lapin, sur lequel on opère le lende- 2 demain la section du sciatique droit. Le 20, inoculation de 1° de ; + culture vivante de Proteus dans chaque patte. Un abcès se forme | à droite, déjà notable le 26, alors que la patte gauche paraît in-

tacte. AE é © Expérience II. — Un lapin, auquel on avait réséqué quelques jours avant le sciatique gauche, reçoit, le 6 décembre, 1° de sérum. Le 11, il reçoit à la partie inférieure de chaque cuisse une égale quantité de virus. Les abcès, symétriquement placés,

déjà dissemblables le 18, se différencient de plus en plus, celui de gauche envahissant toute la région articulaire et présentant bientôt une fistule à la partie déclive: celui de droiten'étantre-

- présenté que par une induration, à peine ie comme une noisette. 5 ; Kir

: es Éxpérience I Paralysie de la patte postérieure droite,

. par section du sciatique, datant de plusieurs jours. Le 17 no- T0 __ vembre, on introduit simultanément rt de sérum thérapeutique \

dans la circulation de l'animal, et 1 de Proteus dans chaque É

patte. Le 30 novembre, un abcès fistuleux s'était formé à droite; une palpation attentive n'a rien révélé à gauche.

« IL est impossible de rapporter toutes les expé-

FA | riences: nous choisissons les plus typiques. Dans la “5 majorité des cas, les abcès ont acquis un plus grand 2 % volume, ou même se sont développés uniquement dans Er DER la région soustraite à l'influence nerveuse.

LE ee L'enseignement qui se dégage de ces faits, c'est

que les lésions du système nerveux qui, en général,

ra RCI { EL ; à } k

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pare favorisent l'infection (1 u s'opposent aussi à la plénitude de la défense de l'organisme secouru par les sérums. Ces sérums mettent en jeu des processus variés, font apparaître des modifications, et statiques, et dynamiques ; ils interviennent en partie, en stimulant le système nerveux, qui, à son tour, stimule les cellules. Là où ce système nerveux a subi une détérioration, ces réactions font défaut, sont atténuées, ou ne sont qu'imparfaitement transmises; les éléments anatomiques énervés offrent trop de prise au virus, réagissent insuffisamment, opposent moins de résistance ».

Cette influence du système nerveux sur les effets obtenus par l'injection des sérums d’animaux vaccinés, prouve que, non seulement les cellules des tissus prennent leur part à la défense, qu’elles aussi sont stimulées par la médication sérothérapique.

Une preuve du même ordre est apportée par les recherches postérieures de MM. Roger et Josué sur la moelle osseuse, dans laquelle ils ont constaté des modifications à la suite de l'injection de sérum antidiphtérique: la prolifération cellulaire, très, active, porte surtout sur les lymphocytes et les globules rouges polynucléés. Les préparations que nous avons vues sont très nettes et constituent une nouvelle démonstration de la réaction cellulaire vitale de l’orga-

nisme, à la suite de l'introduction des sérums curateurs.

(1) Cnarrin et Rurrer. Comptes rendus de la Société de biol., 9 mars 1889. :

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