CHAPITRE II HISTOIRE
dition d'ajouter les gens à qui on Fa donnée pour les flatter ou les ridiculiser, comme nous en offrent des exemples le roman de Perceforest 39, Rabelais 60, La Fontaine 61, Racine62, Voltaire63, et le théâtre de l'Ermitage64 de l'impératrice de Russie; en outre, j'ai lu quelque part65 que, au café, Marmontel et Boidin appelaient Dieu « Monsieur de l'Être».
Il en alla ainsi jusqu'à la Révolution, qui jeta l'épouvante chez tous ceux qui possédaient, même à bon droit, des couronnes, des châteaux, des charges, des places, des titres, des désignations féodales et des particules. Dans la crainte d'être décapité soimême, on décapitait son nom. Le Moniteur du temps contient, sous ce rapport, des exemples grotesques. On a vu même, dans ce désordre panique un général de grande famille se faire appeler roturièrementDesaix au lieu de DesAix et le ministre de la justice, Danton66 supprimer de sa signature l'apostrophe qui lui donnait une apparence nobiliaire.
Mais depuis le Directoire , beaucoup de gentilshommes qui, par terreur des lois, respect de la démocratie, insuffisance de fortune, irrégularité d'état civil, avaient abandonné toutes les marques de l'ancien régime, se crurent peu à peu assez indemnisés de la perte de leurs distinctions anciennes , à la condition de mettre un de avant leur nom, qu'il fût simple ou composé, accompagné ou privé de titre, et le glissèrent tout doucement.
Cet usage lui donna du crédit et redoubla sa vogue interrompue. Le chevalier d'industrie se l 'attribua pour en imposer; le fonctionnaire , à la naissance de son fils , pour lui assurer un patrimoine, et le banquier, pour devenir administrateur d'une compagnie financière ; dans les professions libérales même on en prend pour flatter la clientèle. Hélas ! beaucoup d'hommes de lettres relèvent à leur profit le de, qu'ils trouvent bon d'abattre chez les bourgeois. Combien d'autres enfin se piquent d'en avoir un, qui ne le possèdent que par la raison de