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PREMIÈRE RACE

Si les monuments que j'ai cités ne prouvent pas l'existence d'une marque dans la corporation des bateliers gallo-romains de Paris, ils établissent au moins leur persistance personnelle jusqu'au ve siècle.

Alors les Francs, qui étaient en lutte avec l'empire depuis l'an 241, entrèrent en Gaule.

Quelques auteurs27, recommandâmes à d'autres titres, mais plus préoccupés de la vue du présent que de l'étude du passé, ont prétendu que Mérovée peignit sur ses étendards un navire. L'un d'eux28 croit que Paris tient ce signe des Francs, sous prétexte que,

partout où ils s'arrêtaient pour fonder une ville, ils dédiaient un vaisseau à la déesse de la navigation.

Je cite ces textes pour montrer que je les connais ; du reste, je ne m'y arrête pas, pour prouver que je les apprécie à leur valeur. Après quoi je reviens à l'invasion de nos ancêtres.

Agathias, auteur presque contemporain (536-580), nous apprend que les Francs, surtout dans les villes, adoptèrent les usages du peuple qu'ils avaient vaincu, soit par intelligence de sa supériorité, soit par superstition pour les institutions de l'Empire.

Le défenseur, Tévêque, la curie et les notables citoyens devinrent administrateurs de la municipalité et de son territoire. La curie 29 cessa d'avoir un nombre de membres fixe; les anciennes conditions de propriété nécessaires pour y être admis ne furent plus maintenues, la simple notabilité suffit; les corps de marchandises et de métiers obtinrent d'y faire entrer leurs chefs et parvinrent peu à peu à se fondre avec elle.

En ce qui concerne Paris, son administration était trop compliquée pour être dirigée par d'autres que par ses fondateurs.

Les Francs qui, au témoignage de Sidoine Apollinaire30 et de Latinus Pacatus Drepanius31, étaient surtout adonnés à la navigation, se gardèrent bien de détruire le commerce par eau dans notre ville. Il existait, en 451, au passage d'Attila, puisque sainte Geneviève lui emprunta onze bateaux pour procurer du blé aux Parisiens affamés 32.

Les textes de la loi salique (titre XXIV, de navibus furatis), et ceux de la ripuaire (titre XLII), qui prévoient le vol d'une barque et d'un filet à anguilles, supposent cette industrie en vigueur puisqu'ils la protègent.

Une troisième preuve résulte peut-être d'un fait de la vie de Grégoire de Tours. Ce grand historien raconte33 qu'il a couché, en 580, dans la basilique de Saint-Julien à Paris. Ce temple a été rebâti, à la fin du xue siècle, sous le même vocable où il existe encore. On y a longtemps remarqué un bas-relief34 du

temps qui doit être la reproduction d'un autre plus ancien et la personnification du saint avec ses attributs traditionnels. Il représente un homme dans une barque conduisant Notre-Seigneur, avec cette inscription : « Saint Julien, batelier. » Je crois voir là le patron des nautes de Paris, comme saint Goard fut celui des mariniers de Lyon.

On sait encore 33 que l'incendie qui éclata dans notre ville en 586, brûla les maisons des négociants, domiis negociantium, parmi lesquels se trouvaient sans doute négociantes aquœ.

Le commerce par eau en Gaule fut un peu suspendu par le tumulte des armes de Clovis et de ses fils ; mais il se releva surtout à Paris avec Dagobert. En effet, ce prince y créa une foire annuelle dans un lieu proche de la porte Saint-Martin d'aujourd'hui. La navigation se maintint durant les règnes qui suivirent36 ; Pépin l'affermit en 753 et 759 ; sous Charlemagne enfin, sans l'union des négociants entre eux, l'abondance et la fertilité eussent introduit la confusion dans les entrepôts de

l'Ile de France, tels que Pont-Saint-Maxence et surtout Paris.

J'ai insinué plus haut que cette dernière ville, sous les Romains, avait sans doute un sceau public, comme toutes les villes de l'Empire, qui le conservèrent jusqu'au vme siècle37. Il me semble que les Francs ne le brisèrent pas. Nous avons déjà vu leurs errements en ce qui concerne l'administration et le commerce ; il en fut de même, je crois, pour les moyens de donner de l'authenticité à leurs actes. Presque toutes les peuplades qui se partagèrent les débris de Rome adoptèrent en cela ses traditions.

Dans la loi des Allemands (titres XXVIII et XIV), dans celle des Burgondes (titre LUI, 12, suppl. 1) et dans celle des Visigoths, il est question du signum des fonctionnaires et des particuliers. La loi des Saliens n'en parle pas, mais on a trouvé, en 1654, dans son tombeau, celui de Childéric.

Mon ignorance au sujet du poinçon de nos mariniers à cette époque ne prouve pas que l'usage de ces instruments fût tombé en

désuétude, elle n'établit que mon incapacité de chercheur.

Je ne désespère pas toutefois de trouver cette marque sur leurs monnaies.

Clovis avait peut-être orné les pièces de Paris d'une croix, comme signe chrétien de son baptême ou comme symbole gaulois du commandement. Depuis Dagobert, on a de cette ville des triens et des saiga sur lesquels cet attribut prend un double pied et se termine en ancre de bateau.

Ce type, qui a été imité dans tout le diocèse de Paris, semble avoir eu beaucoup de succès, car il fut du petit nombre de ceux qui survécurent à la dynastie mérovingienne, et se perpétua jusqu'à l'avènement de Charlemagne à l'empire, en 800.

Le point notable est que cet emblème nautique commence avec la reprise de la navigation dans cette ville et ne disparaît complètement, par je ne sais quelle étrange coïncidence, qu'avec la diminution de son commerce par eau.

Pourquoi cette ancre cruciforme ne serait-

elle pas l'insigne des mariniers parisiens sous la première race ?

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