DEUXIEME RACE
Il existe, en cosmographie, des groupes d'étoiles dont le système n'a pu encore être pénétré par le télescope et qui n'offre que des masses confuses. L'archéologie a aussi ses nébuleuses, c'est-à-dire des époques que l'érudition contemporaine est impuissante à faire connaître. Les plus obscures sont le ix et le xe siècles : il semble qu'on éprouve à les étudier aujourd'hui l'incertitude que le monde éprouvait à l'approche de l'an mil.
Les rois de race germanique ne résidèrent point à Paris ; ce qui diminua l'importance de cette ville. Toutefois elle jouissait du gouvernement que Charlemagne avait donné à toutes les cités de son empire. L'administration était aux mains d'un comte dont les attributions étaient limitées par les usages et par la tradition, et dont les droits étaient contrebalancés et contrôlés par la curie, qui
subsistait sous le nom de scabini ou échevins.
L'arrivée des Normands, en 846, porta encore un coup à Paris et dispersa ses négociants, negotiatores per Sequanam navïgio sursùm fugientes insequuntur et capiunt6*. Mais après le départ ou plutôt rétablissement de ces pirates en Neustrie, 912, les marchands parisiens et leurs chefs sentirent leur ardeur se réveiller et, grâce au calme, formèrent, sur le patron des anciens corps de nautes, une société nouvelle appelée hanse. Bien plus, la communauté voyant que le commerce était un moyen facile de pénétrer dans la ville et d'y nouer des intelligences nuisibles à ses intérêts, obligea les étrangers qui voulaient y négocier à se faire hanser.
Cette association, qui succéda à l'autre sans interruption, ne fut définitivement constituée que sous Philippe-Auguste. Il est impossible de croire que durant ces deux périodes, Paris n'ait pas eu une marque de corporation : quelque objet taillé en relief,
peut-être un sceau non public, un symbole, un attribut, une devise enfin. Je l'ai cherché, des derniers Carlovingiens aux premiers Capétiens, sur les poids, sur les monnaies, sur les coins, sur les mesures, sur les cloches et le reste,
Mon suprême espoir était dans les vestiges laissés par la guerre. J'avais cru trouver, au siège soutenu par notre ville en 888, quelque trace de son enseigne, car l'auteur contemporain qui a relaté en vers cet épisode dit :
Signifer en geminus concurrit ab urbe benigna Lancea bina gerens, speculam conscendit, amlctam Auribus immodica croceum formido Danorum.
« Deux porte-enseignes accourent de la « bonne ville de Paris et montent sur la « tour, portant sur leurs lances la chape « vermeille qui avait déjà épouvanté les « Normands. »
Yain espoir ! Amictum signifie cappam S. Martini quam secnm ob sui tuitionem et hostium oppressionem jugiter ad bella porta-
bout, comme dit le moine de Saint-Gall, liv. I, cap. iv, c'est-à-dire la chape de saint Martin de Tours, étendard des rois des deux premières races.
Que trouver en effet? D'un côté les Normands ont emporté tout ce qu'ils ont pu et brisé le reste ; de l'autre la dévotion qui a suivi l'an mil s'est servie de tous les monuments pour construire des édifices religieux.