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TROISIÈME RACE

Quand la féodalité, préparée par les mœurs germaniques , les institutions mérovingiennes et la faiblesse des derniers carlovingiens, s'établit en France, grâce à l'absence de pouvoir central, notre corporation était toute préparée à la recevoir.

Elle avait toujours gardé ses traditions originaires, comme le prouve le mot de cité inscrit avec l'autorisation du gouvernement sur les monnaies de Paris, pendant les règnes de Charles le Chauve, Robert et Philippe Pr,

Charles le Simple. D'ailleurs l'ordonnance de Louis le Jeune, qui en 11 70 confirma aux marchands de l'eau leurs coutumes, telles qu'elles étaient de tonte ancienneté, le confirme. Cependant les rois ne laissèrent pas leur capitale se donner une organisation militaire et politique indépendante, mais l'antique collège gallo-romain, devenu la hanse gallo-francique, jouit d'une liberté complète quant au droit civil : ce qui l'exempta de demander ou d'accepter une charte de franchise.

Elle continua ainsi son existence jusqu'à ce qu'elle parvînt, par une âpre persévérance et la fermeté de son esprit de corps, à s'emparer de toutes les affaires de la communauté et à devenir la communauté elle-même.

Bientôt alliée, comme le tiers-état, à la monarchie en haine de la féodalité, on la trouve dès le xme siècle honorée par les rois de marques de confiance que lui envient les grands vassaux de la couronne. De ce nombre, sans compter les autres, est la faveur dont je vais parler.

La nécessité d'avoir un symbole capable de remplacer la personne, d'attester la vérité de ses actes et d'accréditer ses mandataires, est vieille comme les sociétés. C'est une invention qui passa de l'Asie à l'Europe et des Romains à nos ancêtres, sous des noms différents. Cet instrument s'appelait anneau à signer à la fin du vie siècle de Jésus-Christ et était d'un usage presque général. Peu à peu sa forme grandit sous la désignation de sceau et devint une prérogative de la souveraineté.

Du reste, le caractère d'investiture que quelques historiens ont reconnu dans la féodalité, m'a fait placer l'origine des sceaux modernes dans les fiefs mêmes et dans la politique des rois et des hauts barons. Ils voulurent sans doute resserrer les liens de la hiérarchie, en ajoutant à la cérémonie de l'hommage la concession du sceau.

On n'en voit jouir d'abord que les souverains, puis les seigneurs, puis les évêques, puis les communes, enfin les particuliers.

Les villes seules nous regardent. Les

sceaux de ce genre connus et conservés aux archives de France qui remontent le plus loin, sont ceux de Lille et de Saint-Omer en 1199.

Le plus ancien sceau de Paris que j'aie rencontré 39 est rond, en cire jaune et appendu sur double queue de parchemin à un chirographe contenant un acte officiel de cette municipalité. Il représente une barque avec un mât surmonté d'une croix et soutenu par trois cordages de chaque côté. Autour on lit en légende :

SIGIL..RCATOR AQILE PARISIVS

La date manque, mais Léopold Delisle, membre de l'Institut ,0, l'a fixée au mois de janvier 1210.

Ce sceau venait sans doute d'être, sinon donné, au moins reconnu par Philippe-Auguste.

Quelques auteurs, dont un sérieux41, ont dit que ce roi n'avait pu ni concéder ni permettre cet instrument à Paris, puisqu'il ne

lui avait jamais accordé de charte de commune et que le droit de commune seul entraînait celui de sceau.

Il y a là une erreur. On a plus d'un exemple de cette concession octroyée isolément :

1° Des lettres de Robert, comte d'Artois, du mois de février 1293, établissent un sceau aux contrats pour la ville- de Saint- Omer'2;

2° Charles le Bel , par lettres du mois de juin 1324, permet à Pierre Duesa, chevalier, frère du pape, d'avoir un sceau authentique pour ses terres et sa vicomte de Caraman48 ;

3° Le roi Jean, par lettres du 28 septembre 1362, octroyé un sceau aux maire et échevins de la ville d'Auxonne u ;

4° En 1320, Philippe le Long accorde à Pierre de la Voie, labaronnie et le droit de sceau : jus instituendi, habendi, et tenendi sigillum autenticum in baronia.

Philippe-Auguste a pu, par un acte distinct et qui est perdu, donner à Paris cette marque comme une récompense ou le

reconnaître comme un fait accompli. Tous les affranchissements de commune ont eu lieu de l'une ou de l'autre sorte.

Plusieurs remarques tendent à la même conclusion. La diplomatie nous enseigne que les lettres en gothique majuscule, c'està-dire en écriture latine à base et à sommet prolongés, semi-circulaires qui entourent le sceau, sont de la fin du xne siècle.

L'architecture de ce bateau est celle des navettes employées alors sur la Seine pour faire le commerce par eau45. Le roi qui l'a donné a dû choisir un objet de son temps. La forme est un peu plus ronde, mais c'est pour se plier à la courbure du sceau.

La première histoire de Paris46, qui est dédiée — chose remarquable — au prévôt des marchands, consacre cette attribution. Il paraît donc que c'était l'opinion régnante, et la tradition quand elle n'est pas la réalité est la vraisemblance.

Enfin la majorité des savants47 ont adopté cet avis. Certes ils n'ont pas toujours employé l'expression de sceau, mais indifférera-

ment celles de « signum, ifisignia, stemma, enseigne, armoirie et devise », termes alors synonymes. Toutefois la confusion n'est pas possible quand on sait qu'à la fin du xnc siècle le roi ne délivrait pas de concession d'armoiries48 et n'accordait que les droits de sceau.

Je continue à rechercher les traces de nos mariniers. Après l'instrument de 1210, nous trouvons chronologiquement un drapeau.

La plupart des villes eurent sans doute une enseigne avant de posséder un sceau, parce que les luttes qu'elles soutinrent contre leurs seigneurs nécessitèrent plutôt une bannière de combat qu'un cachet administratif. Il en fut autrement à Paris. Dès le xie siècle, les municipalités établies par les Romains faisaient place aux paroisses, et les paroisses marchaient à la conquête de leurs libertés sous le patronage d'un saint peint sur leur bannière. Cependant Paris qui jouit toujours de ses franchises civiles, partageait depuis l'origine l'étendard des rois de France. Ce fut d'abord celui de saint Martin; puis, quand ils n'eurent plus que la suze-

raineté de la Touraine et de l'Anjou, celui de saint Denis.

Comme la présence de l'oriflamme annonçait celle du roi et que la ville de Paris eut quelquefois des intérêts particuliers, elle adopta aussi un drapeau personnel ; j'ignore à quelle date. Une ordonnance de Louis X, en juillet 1315, nous apprend qu'il était décoré d'un navire : « Que lidit soudoier aient et portent deuz bannières, c'est assçavoir cil de cheval une et cil de pié l'autre, te] es comme les genz de Paris bailleront au signe de la ville". »

Vient ensuite un sceau so apposé à un acte du 18 avril 1358, ayant la forme de celui de 1210, mais une voile quadrangulaire en plus.

Le 11 décembre 1538, nous trouvons un « scel de la Marchandise de Paris A. » C'est encore la barque originaire. Mais sa proue est faite avec la tête et le cou d'un serpent dont la langue sort comme un dard. En outre, on est frappé de voir de chaque côté de la voile quadrangulaire attachée au mât,

au-dessus do l'avant et de l'arrière, une fleur

de lis.

Ces modifications ont un sens, car au moyen âge tout était symbole, grâce au goût du merveilleux développé alors chez nos ancêtres par l'invasion des Arabes en Europe, les récits des croisés revenus d'Orient et l'ignorance de l'écriture.

Il me semble que cette sorte de dragon est celui de l'anarchie déchaînée pendant la captivité de Jean II. En effet, c'est ainsi qu'a dû être nommée, dans le temps, la première tentative du tiers état , commandée par Etienne Marcel. Pour les fleurs de lis, qui étaient les armes spéciales du roi, leur présence au-dessus de la barque municipale indique que Paris avait fait sa soumission au régent et qu'elle avait obtenu d'en porter le signe du patronage royal.

Les Archives de France ;i2 conservent, sous le n° 5583 de l'Inventaire, un sceau rond, appendu à une charte du 20 avril 1366. Il ressemble, en grand, au précédent, avec ses agrès et sa voile , ayant à la proue un

monstre marin et voguant à gauche ; au faîte du mât est une bannière avec trois fleurs de lis.

Ce sceau a un revers ou contre-sceau qui est une représentation réduite de la face.

Je voudrais attirer l'attention sur ce sujet.

Le contre-sceau, imaginé par le désir d'ajouter quelque chose de plus à la personnalité gravée sur le sceau, contint dans l'origine toute espèce d'empreinte ; mais à partir du xme siècle, ces figures arbitraires cédèrent la place aux armoiries, qui s'y établirent d'une façon exclusive. Toutefois, les meubles de l'écu n'y étaient pas représentés héraldiquement, c'est-à-dire que les émaux n'étaient pas indiqués, ne fût-ce que faute de connaître encore l'art de les représenter par les hachures ; il est prouvé d'ailleurs53 qu'au xve siècle même on se bornait à annoncer les pièces du blason sans parler de leur couleur. Nous allons donc voir apparaître pour la première fois les armoiries de Paris, qu'on peut alors

blasonner ainsi : de au bateau de ,

à la bannière chaînée de trois fleurs de lis.

Je crois utile défaire encore une remarque sur ce revers. Paris a des armoiries semblables à son sceau. Cette exception est rare, rare comme les villes qui ne furent jamais tenues en fief. Pour les autres, en effet, soumises au régime féodal qui remplaçait les institutions léguées à la Gaule par les Romains, elles n'eurent pour armoiries que celles de leurs seigneurs, évêques ou abbés qui les conduisaient à la guerre. Leur sceau était le plus souvent la conséquence de l'établissement d'une commune et de la division des pouvoirs, si je puis m'exprimer ainsi. Elles en choisissaient le sujet dans leur histoire, pour s'en servir dans l'administration de leurs affaires. On comprend qu'elles se gardaient bien de prendre pour s'en faire un sceau les armoiries de leurs suzerains, lesquelles eussent attesté leur dépendance. On a vu que Paris même, s'il échappa à l'inféodation, fut obligé de reconnaître un patronage, ainsi que nous venons de le constater.

Pour épuiser enfin tout ce que me suggère

156 LES ARMOTRIES

ce contre-sceau héraldique, j'ose dire que les armoiries de Paris datent sans doute de Charles V, peut-être de cette pièce de 1366. Car comment ce prince n'en aurait-il pas donné à notre ville, avant d'en accorder à ses habitants? Ce qu'il fit en 1371 : passent avant les majeurs.

En octobre 1374, une ordonnance royale citée par La Roque (chap. IV, p. 285, du Traité du ban et de l'arrière-baii), et par Alex, de La Borde, dans Paris municipe ou tableau de l'administration de la ville de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, (1 vol. in-8°, 1836), nous apprend que la bannière de la milice parisienne était au sic/ne de la ville.

\J Histoire de Paris , par Félibien et dom Lobineau, et les Archives de France, sous le n° 5584, nous offrent l'une le dessin, l'autre l'origine de deux scels de la prévôté des marchands de la ville, datés, le premier de 1393, le second de 1406, tout deux semblables : ils représentent un vaisseau voguant sur ses agrès et ses deux

châteaux couronnés, sur champ fleurdelisé.

Nous trouvons encore aux Archives, sous les nos 5585 A et 5585 B, deux sceaux pareils, reproduisant un vaisseau avec ses deux châteaux, son mât, sa voile et ses agrès, voguant à gauche. La voile est au chef de trois fleurs de lis et accostée dans le champ de deux autres. Les contre-scels sont une copie réduite de la face.

Une dissemblance existe entre eux : le vaisseau de 1412 porte en légende « scel de la marchandise de l'Eaue, » et celui de 1416, «. scel de la prévôté des marchands.» C'est qu'en 1415, les parisiens obtinrent une ordonnance royale qui, leur pardonnant la révolte de 1382, confirma les droits de leur administration sous un nom différent.

Peyrins3' met au nombre des prérogatives de distinction des communautés, et notamment des corps municipaux, les jetons frappés à leurs devises ou à leurs armes. Cet usage ne se généralisa pas avant le xvie siècle.

Quelques villes firent exception, parmi lesquelles se trouve Paris. Le plus ancien

158 LES ARMOTRIES

jeton de cette capitale est politique b5. Il a été frappé sous Charles VI, pendant la querelle féodale des Bourguignons et des Armagnacs. On sait qu'alors nos marchands tentèrent encore une fois de reprendre la dictature, puis comprirent qu'il valait mieux en revenir à leur alliance avec la royauté.

Le revers représente un vaisseau flottant, crénelé, sommé d'un pavillon fleurdelisé et accosté de deux fleurs de lis dans le champ. On dirait la copie des sceaux de 1412 et 1416. La date doit être voisine de ces années.

A quelque temps de là, le 8 décembre 1417, les sceaux de Paris furent perdus ; le lendemain, une ordonnance du prévôt de Paris déclara « qu'il sera publié par les carrefus que les sceaux de la prévosté des marchands avoient esté volés dans le bureau de la ville, le jour précédent, et que le prévost des marchands et eschevins estoient venus au Chastelet les révoquer à ce qu'aucun n'en pretendist cause d'ignorance et ne pust abuser de ceux qui avoient esté pris. » [Traité de la police, par Delamarre, 1. 1, p. 2 8 2.)

On trouve en effet, à la date du 1 0 décembre 1417, dans les registres du Parlement :« Ce jour, Me Jehan le Bugle, au nom et comme procureur de la ville, vint en la chambre du parlement dénoncier et signifier que le jour précèdent, les sceaux de la dite ville avoient esté perdus par larcein, et que ce n'estoit pas l'intention de la ditte ville de adjouster foy désormais à qui seroit soubs le scel des dits seauls, mais feront faire autres seaulx nouveaux, différents à ceux qui ont été perdus. » [Histoire de Paris, par Felibien et Lobineau, t. IV, p. 566.)

Ce qui eut lieu. Le 30 août 1426 [Archives de France, n° 5586 de l'Inventaire), le scel de la prévôté des marchands représente toujours un vaisseau. Mais pour la première fois, les fleurs de lis sans nombre sont posées en chef, comme elles y resteront dorénavant.

Ensuite les Archives nous donnent36 en 1472, un sceau qui ressemble à tous ceux des âges précédents. La seule différence est dans la légende, qui est augmentée du mot « prepositure, » traduction de « prévôté » déjà

160 LES ARMOTP.TES

employé depuis 1415, comme nous l'avons vu plus haut.

L'inventaire de l'artillerie que possédait la ville en 1505 mentionne, entre autres, une couleuvrine de cuivre, marquée à une nef, puis une bannière de taffetas à la devise de Paris.

Un inventaire de l'artillerie, se trouvant à l'Hôtel de Ville de Paris, le 4 septembre 1505, constate la présence de « deux étendard s et une bannière à la devise de la ville 57. »

La Bibliothèque nationale conserve , dans son cabinet des médailles, un sceau en argent daté de 1515. Sur la face se trouve le buste de Louis XII et sur le contre-sceau un navire frété et voilé d'argent dont le mât sépare le mot PA — RIS , voguant sur des ondes de même au chef de France 38.

Je vais placer ici un jeton de Paris, tiré de la collection Dulau. (Histoire du jeton au moyen âge, par MM. Rouyer et Hucher, 1858.) Il représente d'un côté une croix composée de deux lis et de deux boutons de rose. Le revers est un vaisseau crénelé à la

poupe et à la proue, et pourvu d'un mât autour duquel la voile est tortillée ; le chef est chargé de trois fleurs de lis. La légende écrite en gothique dit :

Sur toutes cités Paris prise, Car la nef figure l'Eglise.

Ce jeu de mot sur nef qui signifie navire et centre d'église a pour but de comparer la France à un vaste édifice religieux dont Paris serait la nef. On connaît d'autres exemplaires de ce type avec la légende écrite en caractères romains.

MM. Rouyer et Hucher placent cette médaille à la fin du xve siècle. Je propose de lui donner une date un peu plus récente, soit les environs de 1 523, alors que les bourgeois de Paris , habitués à combattre les ennemis de la royauté comme les leurs et ne voyant dans la Réforme qu'un instrument déguisé de l'autocratie féodale, dénonçaient Luteryiens au Parlement.

Viennent ensuite des jetons municipaux b9

frappés par le prévôt des marchands ou par les échevins à leur entrée en fonctions, représentant d'un côté leurs armes et de l'autre celles de la ville.

L'année 1548 offre un jeton qui porte des ancres alternées en croix.

La première fois que Ton rencontre les armoiries de Paris décrites héraldiquement date de 1550 60 : « En l'an mil CXC, le roy Philippe-Auguste, dit le Conquérant, créa les échevins de la Ville , donnant a icelle les armoiries qu'elle porte aujourd'huy, c'est de gueules à un navire d'argent, le chef d'azur semé de fleurs de lys d'or. »

En 1556, 1562, 1572, 1573, 1574, les jetons de Paris ne diffèrent que dans leurs légendes, qui reflètent les événements politiques de la France et l'état intérieur de la ville, à l'aide d'allusions au vaisseau. Belleforest nous apprend 61 que « la ville porte à présent, 1575, de gueules à une nef d'argent , le chef d'azur semé de fleurs de lys. »

Nous avons en 1576, 1577, 1579, 1780, des jetons municipaux dont les devi-

ses sont aussi variées que peu intéressantes.

Mais cette monotonie va cesser. Les parlements imitaient l'exemple des villes et faisaient frapper des pièces de monnaie à la réception de leurs membres. Il faut parler entre autres d'un jeton où d'un côté se trouvent les armoiries d'Antoine Hennequin (sic)62 avec la mention de « président des requêtes du palais, » ce qui indique une date, car il fut reçu en cette qualité le 20 août 1580. De l'autre côté paraît le vaisseau de Paris avec ces mots : Fluctuât nec mergitur.

Je vais insister sur cette devise, puisqu'elle vient de naître, qu'elle aura du succès pendant vingt-cinq ans, qu'elle sera la plus fréquente de toutes celles qui ont été inventées et qu'elle sera reprise de nos jours.

Le seul livre qui en parle Gâ dit qu'elle a été empruntée aux écrits publiés pendant la querelle de Frédéric II et du pape. Rien n'est plus vraisemblable. Nous sommes au temps de la Ligue. Les prédicateurs, catholiques et protestants, remuent la France6'.

Leurs discours sont pleins de citations tirées des auteurs ultramontains. Aymard Hennequin, évêque de Rennes et membre du conseil générai de X Union, était frère d'Antoine Hennequin qui le premier se servit de cette légende. Je crois volontiers que ce magistrat la reçut de ce savant pasteur, qui l'avait tirée d'Innocent III, son auteur favori 6i: Navicula Pétri magnis fluctibus in medio mari sœpe jactatur , nnnquam tamen submergitur66. Il l'appliqua à l'emblème municipal avec un double sens religieux et politique, le comparant au vaisseau de l'Eglise agité par les réformateurs, et à celui de Paris agité par les factieux , insubmersibles l'un et l'autre.

Cette devise était si heureuse que bientôt les membres de l'administration de la ville la mettent sur leurs jetons. En 1582, c'est l'échevin Jean de Loynes; en 1584, c'est l'échevin Pierre Legoix et le Bureau des pauvres de Paris67. En 1585, on la trouve sur une pièce dont le revers représente une femme assise et couronnée, tenant une ancre

environnée de deux lis et appuyée sur une base, surmontée d'un soleil avec la légende, Et florebit quasi lilium. Elle se montre en 1586 sur les pièces de Téchevin Louis de Saint- Yvon et du prévôt des marchands Nicolas Hector de Perreuze.

Les jetons de 1587, 1590 et 1595 n'offrent rien de remarquable que la différence de devise entre elles. Je crois pouvoir placer ici deux jetons décrits par Durey de Noinville qui sont sans date et portent la fameuse inscription. L'un est du bureau des pauvres de Paris, l'autre est d'une attribution inconnue. On a trouvé dans les fouilles faites en 1 8 G 6 sur l'emplacement des anciens remparts de Paris, devant le Théâtre-Français, un jeton municipal daté de 1598, orné de cette devise68.

Parmi les deux pièces de 1603, Tune porte Fluctuât at nunquam mergitur et appartient encore à un prévôt des marchands, de Bragelonne69.

Cette légende était si connue qu'il était possible d'y faire une allusion directe en

1605. Car, je lis dans une épître en vers, datée du 1er janvier de cette année et dédiée toujours à un prévôt des marchands, Myron :

Conduis le gouvernail de ta nef argentée... Votre belle devise est ores à son pôinct, Toujours sans submerger votre navire flotte, Vous naviguez au port. Non, non, ne craiguez point, Tant que vous retiendrez avec vous ce pilote7'.

Cette légende a primé toutes les autres de 1580 à 1605, c'est-à-dire tant qu'a duré en réalité la Ligue. Car Henri IV n'en fut vraiment le maître qu'à cette dernière époque. Dès lors elle va disparaître pendant deux siècles et demi.

Il faut passer à un jeton insignifiant de 1611, puis à un autre de la confrérie de Notre-Dame au bourgeois de Paris de 1612, qui d'un côté représente la sainte Vierge avec deux enfants, et de l'autre le vaisseau de la ville avec deux châteaux. (Voir Revue Numismatique, 1 849, article deM. J. Rouger.)

Ensuite ce sont des jetons municipaux de 1614 et 1617 avec légende variée.

Le sceau, conservé aux archives, sous le n° 5588, et daté de 1619, représente un vaisseau sous le chef de France et le contresceau est la reproduction réduite de la face.

Il existe des jetons municipaux sans intérêt en 1625, 1628, 29, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40. L'année 1631 nous offre un sceau représentant le vaisseau sous le chef de France [Archives de France, n° 5589.)

Jusqu'en 1633 , les quarteniers étaient nommés par les cinq nauteniers/ les dizainiers et les notables ; à cette époque, Louis XIII les autorisa à vendre leurs charges. Dès lors, comme ils étaient fort nombreux, ils firent la loi dans les comices et disposèrent à leur gré de l'élection du prévôt et des échevins qui ne furent plus les représentants de leurs concitoyens, et ni les égaux les uns des autres. C'est pourquoi en 1646 et 1674, les attributs du sceau sont toujours les mêmes; seulement la légende contient la preuve que les échevins sont autant que

le prévôt dans l'administration des affaires. On y trouve : « Scel de la prévoté et échevinage de la ville de Paris. »

Yoici venir en 1680, 81, 85, 98, et 99, des jetons au type du vaisseau avec légendes variées.

Tous ces sceaux, ces armoiries, ces jetons, ces méreaux et ces insignes sont plutôt des empiétements de la communauté parisienne que des concessions royales. Louis XIV, le souverain de l'étiquette et du cérémonial, se devait de lui imposer quelque chose d'officiel, d'autant plus qu'il n'avait pas eu à se louer de la conduite de cette bourgeoisie pendant la Fronde.

Pour achever la guerre de la ligue d'Augsbourg71, Louis XIV était à bout de ressources. Le contrôleur général Pontchartrain lui conseilla de créer Y Armoriai général de France et de confier cette affaire à des maltotiers qui avancèrent l'argent72. Cette ordonnance leur assurait une grande latitude. Ils devaient contraindre ceux qui avaient des armoiries à ]es faire enregistrer et pouvaient

en vendre à ceux qui n'en avaient pas. Ils dressèrent un registre de leurs opérations. La Bibliothèque nationale possède ce manuscrit qui comprend trente-quatre volumes in-f° : les armoiries nouvelles y sont décrites en deux colonnes et les armoiries anciennes en une seule.

Paris avait des armoiries, et le 27 février 1699, elle obtint, moyennant cent francs, un certificat de d'IIozier qui l'autorisait à porter publiquement, faire peindre, graver et représenter : de gueules à un navire équipé d'argent, voguant sur des ondes de même et à un chef cousu d'azur semé de fleur de lis d'or.

Le meuble principal de ces armes a bien varié depuis son origine. On dirait qu'il a suivi les progrès de la navigation. En 1725, un membre du corps de ville (manuscrit intitulé les Armoiries de Paris1*), se plaignait comme d'une inconvenance et d'une prétention qu'un vaisseau fût ponté, à quarante lieues de la mer.

Je peux encore citer deux sceaux conservés aux Archives sous les nos 5592, 5593 et 5594.

ii).

L'un, qui est appendu à un acte du 15 septembre 1733, représente le vaisseau au chef de France, avec la légende : Scel de la ville de Paris.

L'autre, qui est apposé à une concession d'eau, du 14 septembre 1734, est un écuaux armes de la ville de Paris, c'est-à-dire : vaisseau d'argent sur champ de gueules, au chef semé de France dans un cartouche, avec la légende : Scel de la prévôté et échevinage de la ville de Paris.

Pendant que notre vaisseau flotte un peu partout, l'air se trouble ; il va y avoir une tempête.

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