HISTOIRE
Pénétrer dans l'intimité des mots est pénétrer dans un côté de l'histoire.
(Littré, Préface du Dict. de la lang. franc v )
A l'origine, nos ancêtres1, comme tous les peuples privés de civilisation, n'eurent que des noms collectifs de tribu, de c'hlan ; puis bientôt, c'est-à-dire avant l'époque de la conquête romaine, chacun, selon la marche ordinaire2 a été connu, par une appellation unique, individuelle, significative, propre à exprimer la vertu dont on était doué, la chose qu'on désirait, l'office auquel on était parvenu3. Les investigateurs de nos origines4 l'ont établi, et les exemples abondent
dans les historiens, depuis César et Plutarque, Tacite et Josèphe, jusqu'à Paul Orose et Grégoire de Tours. Il est facile de comprendre qu'un seul mot suffit à distinguer des hommes sans art, sans industrie ni commerce, peu considérables et isolés.
Cependant, le désordre causé du ive au ve siècle par la lutte entre les hordes germaines et les dernières forces de l'Empire engagea. l'Eglise à recevoir les actes qui, selon le droit romain, étaient inscrits sur les registres de la cité3, car «l'Eglise a toujours agi, et elle subsiste comme pouvoir immense et comme principe d'ordre plein d'une merveilleuse efficacité6».
Les nouveaux officiers de l'état des personnes se servirent naturellement de leurs calendriers, et, à chaque naissance, proposèrent de choisir le nom de l'enfant dans les diptyques sacrés. Ennemis ou mercenaires, les Barbares, vainqueurs de l'Empire, consentaient bien à ne pas prendre les appellations romaines, souillées par la défaite ou la servitude, mais ils voulaient garder celles