CHAPITRE II HISTOIRE
de leur pays7. Saint Chrysostome8 se plaignit éloquemment de cette résistance; Grégoire le Grand, à la fin du vie siècle, enjoignit de prendre au baptême le nom d'un saint. Il fallut que plusieurs conciles l'ordonnassent pour que cet usage se répandît9. Toutefois, comme nos ancêtres, « nés malins», attendaient l'approche de la mort pour demander le sacrement qui lave de tous les péchés, la papauté permit de le conférer aux enfants, et rendit responsables de leur salut les parents qui le différaient. Alors Henri Ier , à la naissance de son fils Philippe, s'y conforma ; mais cette innovation ne fut générale que vers l'année 1200, et Montaigne la regrettait encore 10.
Ces deux formes de nom restèrent longtemps en lutte. Pourtant l'une et l'autre ne permirent plus de reconnaître les hommes, car le nombre de ceux qui avaient une qualité identique, un défaut semblable ou la même charge, fut infini. C'est le motif qui a obligé nos vieux chroniqueurs, pour désigner leurs héros, à n'en oublier ni la
couleur des cheveux, ni la stature, ni la physionomie , et qui a causé en France , comme en Grèce, tant d'erreurs historiques, en attribuant à plusieurs les actes d'un seul, et au même tous ceux de ses homonymes.
D'autre part, la liste des saints n'était pas illimitée, et obligeait de choisir dans un petit nombre d'appellations ; en sorte qu'à une cour plénière , tenue en 1171, près .de Bayeux, il se trouva « cent dix chevaliers du nom de Guillaume, sans compter les simples gentislhommes et serviteurs11 ».
Alors on chercha le moyen de distinguer les hommes les uns des autres. Un sentiment naturel, répondit à ce besoin d'individualiser : il se retrouve chez les Israélites « Jésus fils de Sidrach » et chez les Grecs « AXxtêiaô/jÇ o Kàsiviou, Alcibiades fils de Clinias » , et se manifesta aussi chez les Romains. En effet, Yarron nous apprend que, pour ne pas confondre les membres d'une même famille, ses compatriotes durent ajouter au prénom de chacun le nom de son père. Cette descendance s'exprimait la tantôt en termes