SCÈNE TROISIÈME
JACOBUS
Oui, oui, je pourrais lui dire en cet instant : Tout vous est aquilon, tout me semble zéphir!
MADAME d'ERMEL.
Le mot ne serait pas charitable. Mettez-vous donc dans cette lunette, si vous l'osez!
JACOBUS, après une longue méditation.
Est-ce que c'est un piège , cette lunette ? Je ne vois pas.
MADAME D'ERMEL.
Allez toujours. Ah! Jacobus, je vous en prépare de cruelles, mon ami!
JACOBUS
Piège ou non, m'y voilà.
MADAME D'ERMEL.
C'est joué?
JACOBUS
Oui.
Vous vous y tenez?
JACOBUS
Attendez donc,... (u médite.) Oui, je m'y tiens.
MADAME d'ERMEL.
Le malheureux!., une, deux, trois, quatre; que ditesvous de cette rafle?
JACOBUS
C'est inconcevable? où avais-je l'esprit?., je n'en sais rien.
On entend le rent 8on£Qer avec yiolence, puis le bruit de la grêle.
iO LA l>AttTtÉ t)E DAitES
Ni moi... Etilendez-vous Vé bruit de lA grêle sur le vitrage de ma serre? C'est une chose, docteur, dout on ne remercie pas assez Dieu, que d'être en lieu clos, dans un vêtement ouaté, el eh bonrle compagnie, je dis en bonne compagnie ».. t)ar un temps pareiL Généralement, on est très ingrat envers Dieu.
JÀCOBUS.
HonI bon!
MADAME D'ERMEL.
Est-ce que vous niez eelA, Monsieur ?
JACOBUS
Eh non, Madame, je ne le nie pas!... Je n'y songe même pas... je suis à mon jeu.
Il pose ses deux coudes sur la table et ftppuie sa tète àths ses ittains.
MÂbÀMÈ b'ËhMBL.
A la bonne heure ; mais puisque vous êtes à votre jeu, tâchez donc de me débUétîUet de là, vous ne ferez pas mal. — Quand vous avez la tête appuyée comme cela sur vos deux mains, la pression de vos doigts relevant les extrémités de vos sourcils vous prête un faux air du diable.
JACOBUS, redrttdiiàiit brusquement la tète.
L'avez-voUS VU?
MADAME n'fiUMfiLi Non, Dieu merci.
JACOBUS, reprenant sa pose méditatire.
Eh bien, alors, pourquoi eû |)àt*lez-vous ?
BlADAME D^ERMEL.
J'ai eu toH. Remettez-vous.
SCÊNfe TRdlSÎÈME il
jÀtOÔtJS.
Je n'ai pas besoin de me rebfiettre, Madaihe : je suis tout remis ; seulement, je ne conçois pas que l'on puisse causer comme un moulin, quand on joue un jeu sérieux. C'est à vous, Madame.
MADAME d'ERMEL.
Vous le faites exprès^ heiilî.i. une, deux, trois, et à damel
JACOBUS
C'est inouï I Au sutjplus, ^uahd ôti se fait une affaire de conscience de distraire, de troubler l'esprit desoti partner,..
Attrape, mon infante!... (EUe chantonne en étudiant le damier.)
Yayens^ qu'est-ce que je vais faire de madame à présent ? Ce n'est pas le tout que d'avoir Une dathe ; te difiieile est de la garder... N'est-il pas vrai, monsieur Jacobus?;;. Je la mets là... — A propos, pourquoi vous appelez-vous Jacobus? voilà un tôtiips inttnl qtiéjé veux vous demander cela. . . Jacobus ! t^ tl'édt pàâ du fhthçaié^ hëiti ?
JACOBUS
Je vous al dit^ plutôt vingt fois qu'une^ que ma ftttiitlle était d'erigitie hollahdaisei
madame b^ERMÈL.
Ahl c'est donc du hollandais» Jacobus?
JACOBUS
Non, Madame, c'est du latin.
MâDAME D'fiÂMSLt
Eh bien> khaiâ alors... içA hé hie satisfait foàâ âtl tbUl,
foàâl lie...
votre explicatioh ; il Jr A t>ldô ; çâ ih'ëtnbrbtiîlle... V&bleivoUâ jbtier néanmoins ?
JACOBUS
A quoi bon ? Je suis perdu.
Qui sait? La fortune est femme, docteur: elle me traite trop bien pour n'être pas tout près de me trahir.
JACOBUS
Non, non ! Je suis perdu.
MADAME d'ERMEL.
Pour cette fois, oui, vous êtes perdu...
en laisse deux pour graine.
JACOBUS
II joae.
Tenez, je vous
Vous avez gagné... Attendez cependant!... ne pourrais-je pas, en mettant là?... Non, non, vous avez gagné;— j'ai perdu...
MADAME D'ERMEL.
Par conséquent, voulez- vous votre revanche?
JACOBUS
Non, je vous remercie. Vous voyez que je joue ce soir comme une carpe. Je suis en disposition maUieureuse. (ii tousse.) J'aurai eu froid en venant.
MADAME D'ERMEL.
Prenez mon chaufife-pied.
Le feu me suffira!... (llse lèye, raàla cheminée en passant entre le guéridon et le fauteuil qui est à gauche, puis s'assied, prend les pincettes et tisonne.)
Le feu me suffit. Je vous suis obligé. Hem!
Un silence.