INDÉPENDANCE D'ÉLECTION DBS PAPES
Les cardinaux choisis dans tous les pays, proportionnellement au nombre des catholiques inscrits, se réuniront, dans les terres inviolables et catholiques, pour l'élection des papes.
Ils ont donc, par là seul, deux conditions de liberté.
1*» Ils délibèrent, en terre catholique, libre de la domination des rois dltalie.
2<» Ils sont nommés dans la catholicité entière, ce qui assure l'indépendance du vote et en même temps le caractère universel de l'élection, la nomination des cardinaux devant être proportionnelle au nombre des catholiques.
De plus,
Une garde catholique de 1,000 hommes, choisis dans toute la catholicité, protégerait le conclave.
Une commission catholique serait chargée de constater la liberté de l'élection qui aura ainsi le contrôle de la publicité.
Quand donc aurait-on eu des conditions d'élection plus indépendantes 9 Est-ce quand les trois quarts des cardinaux sont Italiens comme aujourd'hui? Est-ce quand les intrigues intérieures étaient sans le contrôle de la publicité? Est-ce quand les empereurs d'Allemagne ou les rois de France faisaient des Papes à leur gré? Est-ce quand rélection se faisait dans un royaume toujours envahi et toujours dominé?
UBERTÉ d'ÉLFXTION DES CARDINAUX
Le choix des cardinaux ne sera pas purement arbitraire, mais il se fera dans chaque pays proportionnellement au nombre des catholiques inscrits. La nomination est donc réglée par une loi générale, garantissant la représentation de la catholicité entière. Le choix de la personne se peut faire dans les conditions actuelles.
Il résulte de là, que même, si Ton voulait supposer que le pape a la main forcée pour le choix des cardinaux italiens, cette <X)action serait sans danger, puisqu'il y aurait toujours une immense majorité de cardinaux étrangers pour faire contre-poids.
De plus, comment admettre que le pape, indépendant en terre catholique, indépendant par sa position financière, comme nous Talions voir, pourra être soumis aux exigences du roi d'Italie, dans nos temps où tout acte est
instantanément publié, et alors que la catholicité sera avertie du fait aussitôt que tenté.
Toute pression quelle qu'elle soit du roi d'Italie sur la papauté, lui deviendrait un danger, car ce ne serait plus au pape, mais au monde catholique qu'il en devrait compte. Et si, comme on pourra le mieux sentir encore tout à l'heure, on considère que l'Église, constituée par un principe analogue à celui de la souveraineté nationale, suscitera parmi les peuples de nouvelles sympathie», comment le roi d'Italie pourrait-il dominer ou opprimer la papauté t
LIBERTÉ d'institution DES ÉVÊQUES
Nous n'avons pas à nous occuper du mode de nomination des évêques; nous le prenons tel qu'il fonctionne. Dans ce cas, nous dirons que les gouvernements, et le gouvernement italien pas plus que les autres, ne pourront exercer de pression sur le Saint-Siège; par les raisons développées à l'article précédent.
En veut-on une ""preuve ? Le pape, protégé par la garnison française, vient d'en fournir une qui a son éclat. Il a refusé l'institution d'un évêque nommé, honame de la plus haute vertu, d'une doctrine pure et qui n'a jamais hasardé un mot contre le gouvernement temporel. Cependant le pape faible a fait céder l'empereur fort. Or, pourquoi voulez-vous que lorsque l'indépendance lui est assurée de tant de côtés, le pape libre cède, quand il sait vaincre faible et protégé.
INDEPENDANCB FINANCIERE
Les gouyerneinents, ayant assuré à la papauté les quatre garanties précédentes, peuvent ou invitei* les catholiques à lui constituer la cinquième par un vote général, ou seulement laisser la papauté en face de la catholicité. Dans ce dernier cas, c'est la papauté elle-même qui fait appel au monde catholique.
J'ai constaté que cet appel avait été déjà fait au moyen du denier de Saint-Pierre. Y aura-t-on recours de la même façon ? Gardera-t-on ce nom et ce système odieux à tout ce qui n'est pas absolutiste? On le rendrait sacré en en changeant le but. Si ce moyen suffit, l'Église a déjà, et par avance, organisé spontanément son indépendance financière par la catholicité.
Pense-t-on au contraire qu'il soit prudent de ne pas livrer le budget de l'Ëglise à la fluctuation des quêtes, mais de lui donner un assiette régulière, tout en conservant la liberté du don? Pense-t-on que dans la quête ordinaire l'emploi des fonds n'aurait pas de . contrôle? U faudra dès lors organiser les dons volontaires d'une façon permanente pour qu'il puisse y avoir contrôle public, cette garantie de la catholicité, pour qu'il puisse y avoir sécurité de versement, cette garanti^ de la papauté.
Chaque catholique se lierait librement par un engagement toujours volontaire et jamais exigible par la contrainte, le père ou la mère pour l'enfant au baptême, Tenfant à la. première communion. Le don serait annuel et aussi modique qu'on le voudrait. Je sais qu'on peut m'objecter queTenfant, à la première communion, pourra être entraîné par les séductions de la piété et de l'ensei* gnement religieux. On peut obvier à cet inconvénietit par la fixation d'un maximum très modéré, ne pouvant être dépassé qu'à la majorité du donateur.
Quand le cours régulier du don annuel sera établi, ce qui se réalisera dans une vie d'homme, l'Eglise aura une dotation beaucoup plus considérable que celle dont elle a jamais pu disposer. Et le chiffre des donations est ap^ pelé à devenir incalculable quand on aura senti qu'elle a renoncé entièrement à tout absolutisme matériel et
immatériel, et qu'elle est la représentation de la liberté de conscience en face des gouvernements. Plus TEglise sera libérale et affranchie de toute trace de théocratie, plus le don volontaire croîtra, et comme il sera toujours volontaire, il assure la durée du libéralisme de l'Église.
Les cinq libertés acquises, craindrons-nous pour le dogme?
Disons-le à la gloire de PÉglise : fut- elle soumise à, Pun ou l'autre des projets que nous avons critiqués^ et fût-elle réduite aux dernières extrémités, nous ne craindrions rien pour le dogme.
Les rois ont pu imposer des nominations à TËglise, ils ont pu la tyranniser, la martyriser, l'entraîner à des alliances politiques, à des principes sociaux barbares, jamais à des altérations du dogme. A quoi bon, du reste, supposer ces altérations, quand la liberté de conscience serait reconnue par l'Église? Elle n'y a plus d'intérêt; c'était un résultat de la théocratie ou du dogme imposé, qu'on le voulût altérer. Mais qu'importe de changer un dogme qu'on n'impose plus, qu'on est libre de croire ou de rejeter?
Toutes les conditions de liberté sont donc réunies
comme protection contre les persécutions, les empiétements et les tyrannies des gouvernements sur la conscience et TEgiise. A ce titre, on les leur doit, et elles ne peuvent s'en passer.