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CHAPITRE XII

Ultimatum pacifique

Ces points éclairés, voici rultimatum plein de dignité pour l'Église et pour les gouvernements, que les gouvernements peuvent proposer à l'Église ;

Les rois ayant épuisé tous les moyens de conciliation, sentent que la position respective de l'Église et de l'État rend impossible la constitution de l'Église par l'État, aussi.bien que la constitution de l'État par TÉglise. Ils comprennent que si l'Église tenait son indépendance financière de l'État, elle se trouverait en une tutelle qui mettrait en péril la li* berté de conscience.

Les rois assurent donc d'une façon inébranlable, par leur mutuel accord, les quatre conditions d'indépendance qu'ils peuvent donner à la papauté :

L'indépendance territoriale,

La liberté d'élection des papes.

La liberté d'élection des cardinaux,

La liberté d'élection des évêques.

Les rois placent ensuite la papauté en face de la catholicité, pour que la cinquième cx)ndition5

L'indépendance financière, soit satisfaite par qui de droit.

Uixe seule chose peut faire échouer cet ultimatum ; c'est que les rois veuillent encore constituer et exploiter l'Église, ou que l'Église, de son côté, veuille encore constituer et exploiter les rois. Que faut-il dire alors? Que les rois et rÉglise, en guerre entre eux, sont des deux côtés en guerre avec la conscience moderne qui veut la séparation des pouvoirs et qui y arrivera malgré les rois et malgré l'Église. Mais s'il faut croire la parole de l'Église, qui affirme accepter les différents gouvernements de tout pays et par là renonce à constituer TÉtat ; s'il faut croire à la parole des rois qui affirment reconnaître la liberté de conscience, et par là renoncent à constituer l'Église, nous devons dire que ce projet doit rallier à la fois les rois et l'Église comme la conscience moderne, puisqu'il consacre la séparation des pouvoirs, comme nous allons le démontrer par les conséquences qui en découlent.

Que si la papauté refuse, les rois la peuvent contraindre sans injustice comme sans secousse et sans trouble. Ils ont assuré à la papauté les conditions qu'ils avaient droit, pouvoir et devoir de lui assurer ; ils se retirent, et ce seul

retrait place la papauté en face de la catholicité qu'elle est dès-lors obligée d'appeler à la constituer et à lui former son indépendance financière.

Ainsi, tout peut se résoudre sans spoliation, sans ébranlement, sans appel par les rois (qui peuvent redouter cette initiative), au suffrage universel catholique. C'est bien toujours au fond le suffrage universel catholique et la souveraineté de communion qui constitueront l'Église et son indépendance, mais c'est l'Église elle-même qui sera amenée à les solliciter. Et pour l'Église il n'exigera pas un appa* reil de vote public, mais il suffira d'un registre où chaque parent au baptême, l'enfant à la première communion, consigneront leur engagement toujours volontaire et toujours libre.

Ce procédé si simple amènera ce grand résultat, que l'Eglise se trouvera avoir pour base, non dans sa partie divine, mais dans sa partie humaine, le même principe social que l'État, puisque l'État sera constitué par la souvera,ineté de nation, et le sacerdoce par la souveraineté de communion. Et leurs pouvoirs seront naturellement divisés, puisqu'ils seront établis par chacune de ces diverses souverainetés.

La papauté aura de son côté cette position digne et magnifique que lui veulent l'Empereur, le roi d'Italie, la catholicité.

L'accord des quatre conditions fait entre les rois, avec

ou sans le consentement de la papauté, les rois peuvent donc laisser faire, Ifes troupes françaises peuvent se retirer de Rome après Tinslallation du Pape dans les propriétés catholiques déterminées (1).

Le jour où l'empereur Napoléon I" signa de colère ce décret inexécuté : < Le gouvernement temporel des Papes est aboli, • il fit acte de tyrannie, quoiqu'on puisse sans injustice supprimer ie gouvernement temporel du Saint- Siège. Aujourd'hui la question est toute différente. Il ne s'agit plus d'une volonté arbitraire et isolée; les événements ont mis le peuple romain à même de se prononcer. Il ne veut pas le gouvernement temporel. La papauté, sans les antiques fiefs attachés à sa fortune, obtient des gouvernements les certitudes de liberté que les rois lui peuvent donner. La catholicité, en lui assurant son budget indépendant, la constitue socialement et d'une façon légitime. Quoi de plus beau que l'Église sans cesse créée parce qu'elle est sans cesse voulue; sans cesse voulue parce qu'elle est la vraie liberté de la conscience>t le vrai lien de l'homme à Dieu.

Que si l'on m'objecte : Nous voudrions bien changer le principe social de l'Église, si la papauté le voulait, mais nous ne pouvons le lui imposer. Qui parle d'imposer? Les

(1) Pour le complément de ce projet voir le Dogme social, chap. de la Constitution libre de V Église libre, et suivants.

faits sont' là, les droits des peuples sont là, les peuples repoussent le gouvernement temporel. Rois, donnez donc à la papauté ce que vous pouvez lui donner, et que la catholicité la constitue. Il n'y a plus que cela à faire, d'abord parce qu'il n'y a que cela de juste en principe et en situation, ensuite parce qu'il n'y a que cela de possible. Le denier de Saint-Pierre avec ou sans organisation par l'engagement volontaire libre, telle doit être la constitution libre de l'Église libre.

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