CHAPITRE XV
Conditions de la liberté des rois et des clergés nationaux
Cependant les rois tremblent. Ils voient cette organisation formidable de l'Église reprendre des chances d'iqfluence nouvelle, avec une richesse qu'elle n'a jamais eue aux temps de sa plus grande force. Si l'Église fait sa paix avec les consciences, leur alliance contre TÉtat ne va-t-elle pas l'absorber, et, par là, faire renaître la théocratie?
Non, car la conscience n'est alliée du sacerdoce qu'à la condition de le constituer socialement; non, car la conscience constitue l'État, et, par conséquent, est l'alliée aussi indispensable de l'État que du sacerdoce, de telle sorte que la conscience humaine, la vraie reine du monde, devient la grande balance des deux pouvoirs spirituel et temporel, et les équilibre par la constitution qu'elle en fait, d'autant plus sûrement, qu'elle sait que.
réquilibre rompu, c'est elle qui en souffrira la première et le plus profondément.
Cette balance est naturelle, parce qu'elle naît de la nécessité des choses; c'est ainsi qu'on a vu dernièrement le Sénat donner un voté de confiance à l'Empereur, au même temps qu'il témoignait le désir de voir respecter les droits de la papauté! Le Sénat n'a pas défini ces droits, et par là son vote a pris un vague extrême. Pouvait'il définir les droits de la papauté? Ils ne sont pas connus au vrai, au milieu de la confusion qui règne. Mais supposez les droits définis du temporel et du spirituel, et nous nous appliquerons à les rendre chaque jour plus nets, et voyez quelle influence aura la balance de l'opinion publique entière, pour ou contre l'État, pour ou contre le^sacerdoce empiétant.
Que fâut-il aux rois? C'est que l'Église n'ait plus ce droit divin, au nom duquel elle les a attaqués durant tout le moyen-âge, et au nom duquel elle les attaque encore, parce qu'il a son immobilisation dans le gouvernement temporel.
Or, comment l'Église pourrait-elle prétendre à la souveraineté par droit divin, puisqu'elle serait constituée et indépendante par lacathohcité, prononçant par souveraineté de communion? Elle a perdu le principe pour elle-même, comment l'imposerait-elle soit aux peuples, soit aux rois?
Cependant, cette garantie ne suffirait pas aux rois, si l'organisation du clergé ne subissait pas certains modifications qui, détendant Fabsolutisme romain, laisseront les clergfe être nationaux, et qui auront l'avantage de donher au prêire sa véritable dignité et sa véritable indé pendance. Aujourd'hui le simple prêtre est à la merci du curé, carrière, hontieur et position; le curé à la merci de l'évêque, et Tévêque se met de plus eu plus, et volontairement, à la merci de Rome, sans se souvenir de ses anciennes libertés et prérogatives, parce qu'il est entraîné par l'organisation de l'Église, dont l'absolutisme n'a jamais été poussé plus loin que sous le dernier pontificat.
Il faut se contenter d'indiquer les points saillants de cette charte du clergé, qui doit assurer à chacun de ses membres, la liberté de conscience de l'homme, à l'Etat le citoyen, comme aussi à l'Église l'obéissance du prêtre, mais sans passivité :
l*» Que le grade soit une propriété du prêtre;
20 Que le prêtre ne puisse pas arriver arbitrairement au grade, mais qu'il y ait des condition^ de dignité et de capacité, décidées par des examens publics ; ces conditions de dignité et de capacité remplies, sont une garantie de la conduite du prêtre dans le grade;
3" Que le grade, que l'emploi, ne puissent pas être enlevés arbitrairement au prêtre ;
4o Que l'emploi ne puisse être retiré que sur un examen fait par un conseil d'enquête ecclésiastique;
5* Que le grade ne puisse être retiré que par le prononcé d'un conseil de haute justice ecclésiastique.
Me dira-t-on que c'est la dissolution du clergé? Je réponds : ces clauses empruntées à la charte de l'armée française depuis la loi de 1832 ont-elles relâché la discipline? Elles ont fait de notre armée la plus dévouée et la plus noble qui soit au monde. Or, si le fonctionnement en est régulier parmi les hopimes indomptables et bouillants, combien ne sera-t-il pas plus facile parmi les caractères plus doux, et amis de la discipline qui composent le clergé?
Les clergés nationaux, rendus ainsi à l'indépendance par des lois tutélaires qui ne les abandonnent plus sans contrôle à la merci du supérieur, cesseront de subir le joug de Rome, et les gouvernements n'auront plus à craindre une corporation absolutiste et de droit divin dans l'état libéral. Le prêtre ne sera pas la chose du curé le curé la chose de l'évêque, l'évêque et tout le reste avec lui, les choses de Rome; mais lisseront consciences libres dans un grade qui restera leur propriété tant que leur indignité ne sera pas prouvée dans des formes légales et respectables ;ils seront citoyens en même temps que prêtres, ils seront hommes en même temps que citoyens et prêtres.