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CHAPITRE XVII

Du seal principe social vrai par droit naturel et par droit

divin.

Il faut revenir ici, pour la bien marquer, sur la belle harmonie sociale que nous donne ce changement dans rinstitution de l'Église, changement si profondément d'accord lui-même avec la doctrine catholique. En sorte que tout est également satisfait, et la doctrine et la nécessité politique.

Il ne faudrait pas croire que la séparation des pouvoirs suffise à assurer la marche ordonnée de la société ; il faut aussi qu'ils soient constitués par un principe unique qui soit à la fois leur lien et leur séparation. C'est là une nouveauté qui est une vérité fondamentale et qu'il faut

répéter sans cesse et partout pour qu'où s'en pénètre bien.

C'est par ce besoin invincible de l'unité de principe que les pouvoirs sont toujours tombés dans les mains soit du prêtre, soit des rois. Ce n'était pas seulement de la part de ceux-ci un accaparement, une ambition insensée, c'était une loi. Et c'est par cette même loi que, tant qu'on ne se fixera pas dans le seul et unique principe qui à la fois unit et sépare les pouvoirs, on n'arrivera pas à leur séparation, mais qu'on aboutira toujours k leur union dans les mains du prêtre ou dans les mains du roi ; ce qui veut dire toujours esclavage de la conscience.

Pour échapper à cette fatalité, ne pouvant pas trouver le vrai remède, on a voulu retrancher le sacerdoce, nous parlerons de celte idée au chapitre suivant.

Le seul vrai principe qui unisse et sépare à la fois les pouvoirs, c'est la conscience humaine qui, unie en ellemême, se divise suivant les choses auxquelles elle s'applique et se divisant les divise.

Ainsi c'est la conscience humaine qui, par souveraineté nationale, constitue l'État ; ainsi c^ sera encore la conscience humaine qui constituera le sacerdoce. Et par là unis dans leur principe, ils seront séparés dans le fait.

Or, nous ne trouvons jamais le concours de ces conditions dans aucun des autres principes constitutifs du Sacerdoce et de l'État, qui ont jusqu'ici pesé sur le monde, mais toujours l'union des pouvoirs dans les mains du prêtre, l'union dans les mains du roi, l'union dans les mains de l'individu. Si les pouvoirs sont unis par le prêtre ou par le roi, il y a tyrannie et dégradation de Dieu; si les pouvoirs sont unis par l'individu, il y a licence et athéisme, parce que dans ce cas, l'individu s'arroge le pouvoir sur la vérité immuable, ce qui est contraire à toute science.

Les droits sociaux, politiques et religieux doivent bien

être réunis dans l'individu, mais il n'a pas le droit de faire la vérité à son gré ; il ne peut que la suivre ou s'en écarter. L'homme arrive avec des éléments qu'il a la liberté d'exploiter, non de faire; il les trouve tout faits; sa liberté ne consiste pas à les détruire ou à les modifier, ce qui lui est impossible, mais à s'en servir.

Ainsi l'individu ne fait pas Dieu : Dieu ne peut être fait, il est. On peut mjê^Ie dire qae l'ipdividu ae fait pas le sacerdoce, parce qu'il e^ dans la nature des sociétés 4e le jcréer en même temps qu'elles ; donc,^se formant spontanément, il est. Si d'autre p^rt, parmi les sacer- 4oce3, op en rencontre un qui soit le gardiep de la notion immuable du Dieu un et vr^, }'ii4ividu ne le crée pas comme tel, puisque, dans ce cas, le sacerdoce relève directement ,d.e pieu, qui se commupique à lyi, soit par cette loi que toute vérité est une commupication de pieu à rjiomnj^e, soit par i^ne loi plijis expresse dont il p'y a pas pas le Ueu de s'occuper. Mais Tindividu constitue socialement ce sacerdoce, le choisit et l'org^jîise soit p^r luimême, SQJt par délégation à l'État dans les points qui n'engagent pas la liberté de conscience.

Semblablement, l'individu ne fait pas l'État, en ce sen3 qu'il est de la nature de l'État de se former spontanément et par là seuj que l'homme est en société. On peut donc dire que l'État est. Mais l'individu lui donne sa constitution, s.on organisation soit par lui-même, soit par repré-

sentants; il choisit le ou les délégués auxquels il transmet son autorité individuelle qui, devenant collective entre les mains du délégué, est Tautorité de TÉtat.

C'est la liberté. L'indivi(Ju n'est pas libre de ne pas avoir de Dieu, de ne pas avoir de prêtre, de ne pas avoir d'État ; mais il est libre devant son Dieu, dont il peut suivre ou ne suivre pas la vérité; il est libre devant son prêtre, qu'il constitue socialement; il est libre devant l'État qu'il constitue de la même manière. Et cependant le Dieu est; le prêtre est, conservant la notion de Dieu; l'État est, avec une autorité irrésistiblement constituée.

Tout est dans ces mots :

1*» Dieu et la religion.

2<* La liberté de l'homme devant Dieu, le sacerdoce et l'Etat.

3o L'autorité du prêtre, autorité pour garder la notion vraie de Dieu, notion qui doit être supposée vraie dans toute religion, jusqu'à preuve contraire, pour le bonheur, la moralité et l'ordre des Etats et des hommes.

40 L'autorité de l'Etat, représentation des droits et devoirs de chacun.

Ce principe social de la conscience humaine, constituant le sacerdoce par souveraineté de communion, l'État par souveraineté de nation, satisfait toutes les exigences de la liberté et de l'ordre, si l'on admet que ce principe dépend de la vérité immuable de Dieu manifestée par les lois absolues. Si l'on n'admet point cette vérité première, il est impossible de l'appliquer, car il devient licence et retourne par là à la tyrannie; parce que, au lieu de procéder de la loi absolue, il procède du caprice de l'individu.

Pour que la pratique soit d'accord avec ce principe, il faut l'entourer des institutions politiques qui lui sont adaptées.

Disons-le pour éviter les cx)nfusions. Souveraineté nationale n'est pas nécessairement république. C'est un principe qui établit toutes les formes de gouvernement le plus en harmonie avec les temps, l'état moral, le génie des peuples. On établit aussi bien par ce principe une royauté qu'une république; mais^ ce qu'il faut savoir, c'est qu'il est la base nécessaire de tout bon gouvernement.

De même la souveraineté de communion ne nécessite pas l'élection des prêtres, curés, évêques, cardinaux, papes par la multitude. Ce serait en avoir une fausse idée. Les croyants d'une religion peuvent déléguer à l'Etat le droit de nomination des évêques, etc., aux cardinaux le droit d'élire des papes, comme cela se pratique aujourd'hui. Ces délégations n'altèrent pas le principe lui-même. Mais, comme il n'y a pas d'Etat légitimement

constitué en dehors du principe de la souveraineté nationale, il n'y a pas de sacerdoce légitime en dehors de la souveraineté de communion.

On voit donc que c'est là une organisation solide et féconde ; ce ne sont pas des espérances, de vides conseils de morale, mais des institutions :

!• Souveraineté nationale qui fonctionne et appelle la seconde.

2« Souveraineté de œmmunion qui fonctionnera le jour où l'indépendance territoriale des papes, la liberté d'élection des papes, cardinaux et évêques, étant assurées par des statuts intransgressibles, reconnus par les gouvernements de la catholicité entière, la catholicité elle-même créera à la papauté son indépendance financière, et fera par là un sacerdoce spirituel et libre.

Il faut donc le dire hautement : quand le Christ a laissé tomber ces mots si simples et si divins dont l'écho devait mettre dix -huit siècles à se faire entendre : « Rendez à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu, » le Christ nous a donné le principe social dont relèvent les destinées des peuples. Et tout autre principe^ toute autre organisation des pouvoirs a été condamnée d'avance et à jamais, et Tunion des pouvoirs, dans les mains du prêtre, du roi, de l'individu (comme je l'ai expliquée) a été défendue à jamais, et le seul principe so* cial que nous proposons a été proclamé le principe vrai,

conciliaut les justes droits de l'individu, du sacerdoce et de l'État par la loi absolue. C'est ce principe que nous avons appelé le dogme social, parce qu'il doit avoir désormais la solidité d'un dogme pour l'humanité, qui, hors de lui, retombe au désordre ou à la tyrannie, à l'athéisme ou à la roligion imposée.

Du reste, qu'on ne croie pas la souveraineté de nation et de communion uniquement modernes ou même uniquement venues du Christ. L'intelligence en est moderne, l'institution en est antique comme le plus antique livre du monde. Moïse en est l'instituteur instinctif ou inspiré, selon qu'on voudra le comprendre.

L'instinct de la souveraineté de nation se trouve dans toutes les civilisations, même quand la souveraineté de communion n'y paraît pas. Les Grecs nous en ont laissé les plus belles traces.

Dans la Bible^ Dieu assemble son peuple et leur fait à tous proposer la loi par laquelle il établissait le droit sacré et profane, c'est-à-dire la constitution du sacerdoce et de l'Etat, dans les ordonnances de Moïse. Il les en fait tous convenir en sa présence. Tout le peuple consent expressément au traité.

Ainsi, on peut voir les Juifs acceptant librement de Dieu, ou, si Ton veut, de Moïse, par souveraineté nationale, la loi profane; par souveraineté de communion, la loi sacrée.

Et cette acceptation a une très-grande solennité dans

la Bible. Il faut qu'il soit entier et universel le consentement de la souveraineté nationale acceptant le droit profane; entier et universel le consentement de la souveraineté de communion, pour l'acceptation du droit sacré : « Vous êtes ici tous, dit Moïse, devant le Seigneur votre Dieu (et il les énumère), afin que vous vous obligiez à l'alliance du Seigneur. »

Ainsi, au nom des deux voix révélées^ l'Évangile et la Bible, s'il y a un principe social établi de droit divin, c'est celui de la souveraineté de nation joint à celui de la souveraineté de communion. L'antiquité mosaïque, les dogmes chrétiens et catholiques, la raison moderne par le droit naturel et par ses institutions, réclament également ce double principe.

Ainsi tombe de soi, sans autre appui que le droit barbare, ce prétendu droit divin que s'attribue la théocratie. Il existe ce droit divin, mais il est Tapanage de la conscience humaine éclairée par la loi divine, et constituant le sacerdoce et l'Etat, — et cela est vrai au nom de tout ce qu'il y a de vénérable dans l'humanité, au nom de la foi comme au nom de la science moderne.

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