‹ La passante émerveilléeChapitre 18 sur 21 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Contradictions

Ni la théocratie ni ses ennemis n'éteindront la voix du Christ. Cette parole est dure à l'Eglise. C'est que la voix du Christ ne reste pas toujours et uniquement dans les vérités étemelles, elle entraine des applications pratiques que TEglise n'empêchera pas plus que ses ennemis ne pourront trouver un terrain solide hors des divins préceptes. On comprime : les principes et leurs applications for^ cent tous les obstacles, comme un faible bois trempé d'eau fait éclater les rocs. On croit détruire les principes par des idées sociales neuves, et ces idées se trouvent être la conclusion pratique des principes du christianisme. Pas un de ces partis qui ne travaille pour le christianisme : celuilà le garde principe en face de Dieu, celui-ci l'applique, conséquence au milieu des nations. Ils se battent pour la même cause et contre la même barbarie. Le principe

chrétien veut détruire la barbarie et la détruit ; le progrès veut détruire la barbarie et la détruit ! Ils sont donc d'accord ? Non, car le gardien du principe emploie la barbarie pour le garder, car celui qui applique le principe retourne aux doctrines de la barbarie dont il détruit les lois et les institutions. C'est pitoyable et c'est beau, c'est l'homme enfin.

Ils ont juré, les uns d'eflfacer le catholicisme, les autres d'effacer le progrès, et en gardant le Dieu du catholicisme ils nécessitent le progrès, et en accomplissant le progrès, ils obéissent au Dieu chrétien.

Pourquoi donc voulez-vous retrancher le catholicisme ? parce qu'il a une organisation théocratique vicieuse? Mais si cette organisation est une infiltration de la barbarie, si sa forme absolutiste lui est non pas nécessaire, mais accidentelle, détruisez cette barbarie et conservez cette vérité. Il est la seule religion qui contienne le vrai rapport de l'homnae à Dieu par la liberté. Toutes les philosophies altèrent ce lien ou l'anéantissent. Je comprendrais les tyrans, de vouloir détruire le catholicisme, cet obstacle permanent et invincible à l'union des pouvoirs dans les mains des rois, mais jamais je ne comprendrai des hommes libres y portant une main inconsidérée et sans savoir au juste ce qu'ils doivent rejeter ou conserver en lui.

Voyez le passé! Pendant que l'Eglise, en tant que purement religieuse et spirituelle, répandait dans le monde

l'idée d'un Dieu un et d'un homme libre devant lui et la communication continuelle où sont Dieu et Tbomme, elle paralysait le résultat de ses bienfaits par ses institutions. Elle présentait à l'homme le vase et l'empêchait d'étancher sa soif. Gardez donc le catholicisme, cause du bien moral et de la liberté dans la civilisation, et abolissez sa forme théocratique et effacez- en tout vestige. Quant à l'anéantir, vous ne le pourrez pas, car il faudrait supprimer son idée de morale, de fraternité, de liberté dans et par le vrai, il faudrait nier tout le mouvement moderne.

Il faut avoir la patience courageuse, et qui ne sera qu'honnête, de remonter aux causes des maux soufferts par la chrétienté. Par là on reconnaîtra le principe sacré à côté du principe faux et menteur. Tout est confusion, et celte confysion,nous la devons à la fausse éducation que la théocratie a donnée au monde, depuis que Constantin lui a prêté l'aide de la force, depuis surtout que Charlemagne a mis la force dans sa main. Est-il depuis ce temps un sophisme qu'on n'ait fait briller aux yeux des hommes pour mettre le glaive au service de Dieu ? Voilà la monstrueuse alliance dans laquelle l'esprit humain a été élevé. Pour y échapper, ils veulent effacer le sacerdoce, ils crient que Dieu est le mauvais. Mais le sacerdoce et l'Etat sont deux éléments fondamentaux des sociétés, on ne peut se passer ni de l'un ni de l'autre, on ne peut enlever à l'homme

un représentant quelooDque de sa foi dans un surnaturel quelconque, pas plus qu'on ne peut lui enlever le magistrat ou le soldat. Le tenter, c'est commettre pour les éléments de la société Terreur que Rousseau a commise pour la société elle-même. La société ne s'invente pas par un contrat, elle est spontanée etThomme la régie une fois formée. Ainsi, des deux éléments de la société^ l'Etat et le sacerdoce; ils sont spontanés, ils doivent être réglés et constitués par la conscience de l'bomme en société.

Il n'y a de logiques parmi ceux qui veulent retrancher le sacerdoce, que ceux qui veulent retrancher Dieu. Us l'ont essayé; l'homme s'est un moment ému, puis il a regardé comme on regarde ces phénomènes isolés et solitaires, sans suite dans l'humanité, puisqu'ils sont sans raison dans son cœur. Aujourd'hui elle écoute avec curiosité, mais, sans sympathie, ces fanaticjyies de l'incrédulité, luttant contre les fanatiques de la superstition, et elle sait que la sagesse est aussi loin des uns que des autres; elle attend le mot de la raison, où la science et la foi soient mêlées en une vérité. — Il viendra.

Quand Solon, Lycurgue, Numa, vinrent changer les lois de leur patrie, ils avaient médité et fait leur code que les citoyens acceptèrent. Quand le Christ vient changer la loi ancienne, il a sa loi inébranlable. Avez-vous votre loi mûrie? Si vous tâtonnez, taisez-vous, ne détruisez rien, pas même les choses que vous sentez imparfai*

tes. Socrate, Platon, furent plus sages que vous, ils ne croyaient pas aux dieux païens; mais, n'ayant pas d'organisation religieuse à mettre à la place de celle que vénéraient les citoyens, ils regardaient comme un crime de l'attaquer. C'était faire un grand sacrifice au repos de la patrie, Dirai-je qu'il faut les imiter absolument? Non, car le christianisme nous a appris que la vérité est le premier des biens; mais il faut s'inspirer de la prudence de ces génies, qui surent montrer qu'ils étaient de grands dévouements.

Vous ne pouvez croire à la parole du Christ ;. dites-moi quelle parole est digne de la remplacer. Et pourquoi n'y croiriez-vous pas, si elle est d'accord avec les désirs et les principes de vos systèmes, sinon avec vos systèmes euxmêmes? Le Christ, en disant que son régne s'établirait sur la terre, qu'a-t-il dit autre chose? Que le temps viendrait où les hommes sauraient enfin tirer les déductions pratiques de sa doctrine dans leurs lois, dans leurs mœurs. Nous y sommes; croyez donc au Christ. Mais, pour en garder la croyance, il faut avoir la loi qui conserve intacts le Dieu un et l'homme libre.

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