‹ La passante émerveilléeChapitre 6 sur 21 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

CausesTde Guerre entre l'Église et l'État

En même temps que son principe du droit divin met l'Église en lutte avec les consciences, il la constitue aussi en antagoniste de l'État. Dans leurs rapports continus, l'État est sans cesse forcé de repousser l'Église, qui sans cesse veut lui imposer l'autorité par droit divin. C'est en vain que l'État dit à l'Église : t Mon autorité vient de la délégation par souveraineté nationale et votre délégation de l'autorité au nom de Dieu est attentatoire a la liberté de l'État comme de l'individu constituant l'État. » Tant que rÉglise gardera son principe de la délégation politique au nom de Dieu, principe anti-chrétien, anti-catholi-

que, né du droit barbare, toujours elle voudra empiéter sur la délégation au nom de la souveraineté nationale.

Ainsi, la guerre est fatale et inévitable entre l'État et l'Église, comme entre TÉglise et les consciences; guerre changeant de nom, mais reprenant sans cesse, toujours la même au foud, et qui nous poursuit aujourd'hui, malgré la circonspection sage avec laquelle le chef de l'État s'abstient de toucher trop rudement à ces questions irritantes.

Où nous pousse cette' guerre ? Les excessifs ne craingnent pas de trancher cette question d'un coup en supprimant le sacerdoce ; ce qui n'est point résoudre la difficulté, car, comme il faudra toujours établir un sacerdoce, il faudra aussi qu'il soit établi d'après les principes vrais. Ce sont donc les principes vrais d'organisation humaine de l'Église qu'il faut trouver.

Dirons -nous à l'État d'adopter le principe de TÉglise, de revenir à la délégation de l'autorité par droit divin? Dirons-nous à la conscience moderne de se résigner à ce principe, de revenir à l'absolutisme qu'elle a secoué? Qui osera tenir un pareil langage dans toute sa franchise? Aussi ne le font-ils qu'en le voilant à leurs propres yeux de formes mensongères.

Que, si on ne peut réellement et en substance tenir ce langage au monde moderne, il faut donc dire à l'Église : adoptez le principe de l'État, la délégation par souverai-

neté nationale; ne craignez rien pour votre mission divine, elle est à couvert ; ce n'est que votre vie humaine qui sera assurée par un principe analogue à celui de l'État, et vous serez par là en accord avec l'État comme avec les consciences.

Si l'on a trouvé un autre moyen de faire cesser cette guerre désastreuse qui conduit le monde entier, Église, État et conscience à l'impiété, qu'on le présente, qu'on le proclame, c'est un devoir ; car le monde entier l'attend, et celui qui donnera la solution vraie sauvera tout.

Nous verrons au chapitre suivant les différents moyens qu'on a proposés.

Le prétendu droit de l'Église de fonder l'autorité par délégation au nom de Dieu, est la cause nécessaire de l'absolutisme dans le gouvernement temporel, la cause morale de l'absolutisme dans les pays catholiques ; il est le premier empêchement au progrès matériel, scientiflque, etc. En sorte que dans l'Europe telle qu'elle marche, avec des nations libérales poussant au progrès, il arrive que les peuples qui subissent le principe de l'Église sont fatalement retenus hors du progrès et, par là même, infériorisés d'abord, annulés par la suite ; si bien que le principe du droit divin n'est pas seulement un danger pour les peuples qui aspirent à la liberté, mais pour les rois qui, détournés par le principe même de céder aux justes de-

mandes des peuples, tombent comme on l'a vu. Ceux qui veulent s'accorder avec leurs sujets sont forcés de renoncer au principe social romain, témoin TAutriche.

Aussi la théocratie pontificale, si elle n'est pas emportée aujourd'hui par les événements, est destinée, dans un temps donné, à voir se lever contre elle les rois aussi bien que les peuples; car tous sentiront que cette immutabilité de la force liée à Tidée immobile de Dieu, est la destruction de leurs empires non moins que de la liberté. Les rois avaient cru qu'il suflQsait pour eux d'avoir vaincu l'Église comme théocratie universelle ; non; car, sanction morale de l'absolutisme par son principe social, elle entraîne les rois à l'absolutisme et à la chute.

Croyez-vous que ce soit sans cause, tous ces peuples tombés à la suite de l'Église ? Croyez-vous que ce soit sans cause, ces rois tombant de toutes parts? Le principe social du droit divin abattu dans l'opinion, il faut que ceux qui le soutiennent encore soient abattus comme lui: Et, peuples et rois s'abîmeront tant que l'Église conservera ce principe, et, avec lui, assez d'influence pour se faire suivre par des peuples et par des rois.

L'influence se meurt; que TÉglise renonce donc au principe. L'Eglise veut-elle conserver l'idée nécessairement immobile de Dieu, qu'elle laisse la force et ne lui demande rien. L'Eglise veut-elle conserver la force, ou se servir d'elle? qu'elle abandonne l'idée immobile de Dieu;

qu'elle laisse tomber Dieu du milieu des peuples. Toutes les fois que la force sera unie à l'idée Dieu, Tidée Dieu, par son inflexibilité nécessaire, rendra la force fetale et l'absolutisme divin.

Tant que la théocratie et le gouvernement temporel existeront à Rome, les clergés nationaux des pays libéraux se dénationaliseront infailliblement comme nous le voyons en France par l'ultramontanisme. C'est inévitable, parce que Rome inocule son principe du droit divin au clerçé, qui se trouve alors, sans le savoir, et par son organisation, opposé au principe de la souveraineté nationale. Il y a beaucoup d'autres causes à cet état de choses, je les ai données au Dogme social.

11 y a donc là cause permanente de dénationalisation des clergés, entraînement des clergés à soutenir les opinions absolutistes et les races qui les représentent. Les étais libéraux veulent-ils abattre les vieux principes légi-

timistes d'un coup sûr? Qu'ils s'unissent pour modifier le principe constitutif de TÉglise et l'amènent, soit à Pacceptation, soit à la nécessité du principe analogue à celui de la souveraineté nationale; nous dirons bientôt quel est ce principe.

C'est une cause de guerre nécessaire entre l'Église et l'État que le Pape-Roi soit obligé de prendre une attitude politique. En tant que roi, il représente les intérêts d'une nation ; il est vrai qu'il les subordonne souvent à d'autres vues; mais il représente des intérêts personnels, des principes, et nous saurons quels ils sont; il choisit donc ses alliances, d'accord avec ses intérêts et ses principes, et nous savons quelles alliances.

L'histoire de l'Église n'est qu'une longue guerre depuis que le gouvernement temporel lui est attaché; il est de l'essence du royaume d'être guerre, comme il est de l'essence de la religion d'être paix. Le grand adversaire de l'Église, c'est la France; son grand allié, c'est l'Autriche. C'est que la France aime le christianisme et hait la théocratie et le droit divin, et par là est opposée ouvertement ou en secret au gouvernement temporel; c'est

que rAutriche aime l'absolutisme, le droit divin qui le conserve, et par là est complice naturelle du gouvernement temporel. C'est que la France, par son principe séculaire de la séparation des pouvoirs, a préparé la chute du gouvernement temporel. Nous sommes, depuis treize ans, à Rome, les seuls soutiens de la papauté, et elle ne voit pas de plus grands ennemis que nous. L'absolutisme de la théocratie papale donne la main à l'absolutisme politique partout où il le rencontre. Ainsi, voilà . la théocratie et le gouvernement temporel qui placent le chef de la religion en guerre avec un grand peuple comme la France, pour s'allier avec ua autre peuple comme l'Autriche et pétrifier ce dernier dans une voie contraire à tout l'esprit moderne. On doit donc dire que la vraie cause du sang versé et à verser, si l'Église ne cède pas, ce sera encore ce principe du droit divin, immobilisé dans le gouvernement temporel.

La France veut-elle avoir la paix avec TÉglise? qu'elle renonce à la souveraineté nationale.

L'Église veut-elle avoir la paix avec la France? qu'elle renonce à la délégation d'autorité par droit divin.

Je crois qu'il est inutile de pousser plus loin la démonstration.

Étant posées, ces causes de guerre permanente et nécessaire entre l'État et TÉglise, entre l'Église et la conscience, il est du devoir de tous. Église, État, hommes du

sacerdoce et de la politique de chercher à les faire cesser. Nous allons examiner comment l'histoire a préparé cette œuvre, et nous pèserons les moyens qu'on a proposés.

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