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CHAPITRE IX

Esprit de la vraie solution

Dans celte position que je ne crée pas, qui est faite par les événements plus que par les hommes, faite surtout par les principes qui ont engendré les événements et forcé les hommes aux refus qu^'on s'est renvoyés de part et d'autre avec sagesse dans les cas ci-dessus indiqués, que faut-il?

Puisque la papauté a le devoir de conserver la liberté de la conscience catholique, puisqu'elle doit ne point accepter les subsides des rois qui changeraient par là insensiblement et, par détour, la puissance papale en une force d'autocratie gouvernementale en mettant le Pape à ^la discrétion des rois, il résulte que les rois ne peuvent régler de leur chef la position financière de la papauté. La nature même de leur situation réciproque amène ce résultat qu'aucune volonté ne peut vaincre ou amoindrir.

Aussitôt que les rois tentent cette œuvre, même avec les intentions les plus droites, ils portent instantanément atteinte à la conscience catholique. Ils unissent indirectement dans leurs mains les pouvoirs spirituel et temporel, en pesant sur le premier p^r Targent fourni par le second. Les rois cependant peuvent et doivent donner à la papauté certaines garanties d'indépendance, mais ils ne peuvent lui donner la vie, la constitution ; c'est une chose incompatible et la plus incompatible avec l'institution du sacerdoce catholique, faite dan» son principe pour représenter la liberté de la conscience en face de l'État et, par conséquent, pour maintenir sans fin la séparation des pouvoirs spirituel et temporel. La violation que l'Église fait de ce principe pour son propre compte et dans un petit état, la tentative quelle a faite de le détruire dans toute la terre par la théocratie universelle, n'exclut pas cette loi que l'Église a toujours observée vis-à-vis de l'État, quand l'État a voulu s'imposer à la conscience en son propre nom. Il serait long de traiter à fond cette question dont nous n'avons pas besoin ici.

Ainsi la papauté dans la condition où elle est réduite, ne peut être mise en face des rois pour en recevoir autre chose que des garanties extérieures et non de constitution.

Si on la place en face de la population des états Romains, elle sera totalement dépouillée des possessions qui la faisaient vivre.

Tout semble dono désastre pour elle. Dans cette exlré^ mité, la papauté a indiqué elle-même quel était le légi* time point d'appui de l'Église et quel était le véritable esprit de la solution aux difficultés du présent. Sans hésiter, au grand scandale de ceux qui, revenant aux errements de l'antiquité, ie figurent que le sacerdoce est une chose d'état, elle a eu recours à la souscription catholique.

Mais il est arrivé que, comme elle n'a employé ce moyen légitime qu'à un but illégitime, conserver le droit divin, la théocratie, l'absolutisme, imposer le gouvernement temporel à des,populations qui n'en veulent plus, la souscription catholique a échoué en partie et devait échouer. Cependant elle a réussi en partie, quoique sollicitée dans ce but que la conscience moderne condamne autant au point de vue du principe qu'à celui du fait; et cela nous donne à penser ce que pourrait être une sous** cription faite en accord de principes avec nos sociétés.

Oui, il faut que l'Église soit libre, parce qu'il faut que la conscience soit libre ; il faut que ce soit la coqscience elle*méme qui crée la liberté de son Eglise* C'est donc la catholicité qui doit et qui peut seule enfanter cette liberté, qui est tout à la fois la sienne et celle de l'Église. C'est dans des sentiments comme ceux-* ci qu'on retrouve le grand et profond sens d'universalité, divant tmiiours au fond de la conscience de l'Église. C'est

dans cet appel au suffrage universel des consciences, qu'on retrouve la mère des libertés modernes et de cet autre suffrage universel qui, soufflé par elle, organise aujourd'hui les nations.

La conduite de l'Église a été pleine de sagesse et d'énergiequand, rejetant les subsides de l'Italie, les subsides des rois, elle s'est résolument réduite à ses propres ressources, en sollicitant cette obole qu'on a appelée le denier de Saint-Pierre. Encore une fois c'est là, sinon toute la solution, au moins l'esprit de la vraie solution. Mais à côté de ces mérites, quel détournement n'a-t-on pas fait de cette institution, antique comme le sacerdoce catholique, la quête et le don volontaire des croyants. C'est ce don volontaire dont saint Paul ne voulait pas vivre, mais qu'il portait aux Églises souffrantes ; c'est ce don que saint François d'Assises invoquait comme la rénovation de l'esprit de détachement. Bien peu de nous ont donné, quand nous savions que cet argent était destiné à soutenir les principes mêmes que nous combattons, à faire vivre sans fin les absolutismes, les tyrannies et la théocratie, leur sœur dans le fait, leur mère comme cause morale. Nous aurions donné pour l'entretien de ces pouvoirs excessifs, de tous ces mauvais gouvernements qui excitent les passions dans les masses, les lancent périodiquement sur la société éperdue et qui sont la révolution en permanence parmi les peuples ! Si l'esprit révolutionnaire est ce qui

tente imprudemment et à contre temps le progrès, ce qui le sollicite par les passions et non par la raison ; rien aussi ne favorise plus les révolutions que ces résistances opposées au progrès quaiKl, élaboré par la raison, il est devenu légitime. Mais qui de nous ne donnerait pas, alors que la question politique écartée ou plutôt tranchée dans le sens libéral, puisque TÉglise s'organiserait par un principe de liberté, nous sentirions que le denier de Saint-Pierre ne fonctionne que pour assurer la destruction des absolutismes.

Le denier de Saint-Pierre, ce nom restera peut-être, et, par une raillerie de sa destinée, le despotisme aura découvert le moyen qui constituera l'indépendance humaine. Il a voulu que le denier de Saint-Pierre fût le rachat des tyrannies , nous l'acceptons , et nous le faisons le rachat des libertés.

Pourtant, changeons-lui son nom pour qu'il ne reste rien des vieux et irritants souvenirs. Complétons-le pour qu'il ait une marche plus régulière; transformons-le en constitution libre de l'Eglise libre. Ce sera une véritable constitution que la quête, le don volontaire, le denier de Saint-Pierre, ce qui est tout un, quand on aura trouvé une organisation qui les solidifie, les attache au culte, assure le contrôle et l'exacte périodicité des versements.

Disons aux rois : Ayant assuré à la papauté les ga-

ranties d'indépendance que vous lui devez, placezJa en face de la catholicité* L'Église» par 8on seul instinct, vous a enseigné ce qu'il y avait à faire. Poussée par l'esprit de son institution sacerdotale^ comme par les nécessités de la situation, elle a couru au (»*incipe social qui doit, d'un côté, assurer son indépen<tanoe^ celle do la conscience, et la division des pouvoirs spirituel et temporel, de l'autre, amener la paix entre l'Eglise, TËtat et les ipdividus.

En effet, si rÉglise est humainement constituée par la catholicité) elle ne pourra plus s'affirmer cxmme existant en toutes ses parties par droit divin, comme étant dépositairede ce droit divin pour l'imposer à l'État et aux consciences. Elle existera» au contraire, par un principe analogue à celui de l'État. L'État et l'Église seront également acceptés par les consciences, et^ par conséquent, seront en accord : 1° parce qu'il y aura un principe unique qui^ constituant également le Sacerdoce et l'État, sera leur lien; 2* parce que ce principe opérera en même temps la divisim de leurs pouvoirs, Nous aurons plus Mn à développer ces considérations.

En attendant, examinons ici quel serait le projet de solution, d'accord avec l'esprit que nous venons d'indiquer; projet légitime, parce qu'il respecterait les droits des gouvernements, de la papauié et des consciences; projet facile à appliquer, parce que la résistance de la papauté serait

impossible, parce que les gouvernements n'auraient pas besoin d'une initiative qui engagerait leur responsabilité, parce qu'enfin il serait la sanction des vœux de l'opinion. •

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