‹ La passé, le présent, l'avenir de la RépubliqueChapitre 10 sur 107 · S XI · texte numérisé non relu

S XI

A l'abri de ce gouvernement de 1850, la bour-

geoisie, la propriété moyenne, l'industrie, le commerce, tout ce qui vit de paix, se réfugia et se groupa pour éviter la guerre. Ce fut le gouvernement des intérêts alarmes, et aussi des monopoles et des cupidités égoïstes. Il se forma autour de cette dynastie de surprise et de refuge une petite aristocratie de deuxième race, composée de deux cent mille électeurs, suzerains d'une vassalité de fonctionnaires qu'on appela l'État. Des parlements distingués par le talent, des hommes éminenîs par la richesse, par la parole, par la tribune, par le journalisme, prirent toute la place, place immense, entre le trône et le peuple.

Ces hommes confisquèrent la souveraineté, l'élection, le droit, l'administration, la diplomatie, la pohtique ; ils proscrivirent en haut par envie, ils proscrivirent en bas par peur ; ils monopohsèrent la nation au profit de leurs ambitions, de leur supériorité conquise, de leur importance, de leurs fortunes; ils tendirent visiblement à une espèce de féodahté des intérêts sous le palroi^ago ii'uuu xXy.^^ù^ ijLk.^.^:..i^^

Leur parti, assez riche pour acheter la France, se grossit quinze ans des émoluments du trésor juiblic, d'où coulait sous toutes les formes ce qu'on a appelé la corruption politique, et ce qui n'éiait en gros que la corruption du bien-être. L'orgueil les saisit avec la richesse; ils eurent fivresse un peu insolente des enrichis; ils jouèrent à la monarchie de vieille race ; ils renièrent la révolution qui les avait portés ; ils défièrent le temps ; ils brutalisèrent les réformes ; ils

crurent que le prestige dynastique avait déserté les vieilles races et qu'il les couvrait désormais de la majesté des traditions et de l'inviolabilité du droit divin ; ils se |ierdirent par l'excès de confiance en euxmêmes et de dédain de la nation qui les subissait.

Un coup de foudre, inattendu pour toat le monde, les réveilla, renversés du trône, désarmés du pouvoir, descendus de leurs dignités, dépouillés de leur crédit et de leurs faveurs, précipités de l'oligarchie qui leur appartenait à eux seuls, et précipités dans la démocratie qui appartient à tous !

La démocratie, modérée, juste et magnanime, ne se vengea pas, il est vrai, elle ne les insulta pas, elle ne créa pas la chambre ardente des opinions ou des fortunes ; elle les reçut dans son sein, elle les j;lai^ gnit , elle leur laissa môme presque partout les emplois qu'ils occupaient et qui n'étaient point incompatibles avec la sécurité de la Ré[>ublique. Ce parti ne subit d'autre dégradalion que l'égalité.

Il resta ou îl^rentra librement dans l'Assemblée nationale, diîi'i Ipî v^rvvvîooo piiUiics, dans le conseil d'Etat, dans la magistrature, dans la diplomatie, dans l'armée. La République ne demanda pas aux hommes les plus compromis dans l'intimité de la dynastie écroulée : « Avez-vous servi la monarchie? » mais « Voulez-vous servir la nation ? 5; Elle ne leur dit pas : ce Etiez-vous dynastiques ? i> mais cr Voukz-vous être citoyens ? » Ce sera l'éternel caractère de cette révolution de n'avoir ni accusé, ni proscrit, ni dégradé, ni humilié personne. Le parti de 1850 pouvait donc

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entrer de plain-pied, et sans courber la lête, dans ies affaires et dans le gouvernement de la République.

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Mais si cette parfaite justice et si cette parfaite tolérance des institutions nouvelles suffisent à l'immense majorité du parti de 1850 , elles ne suffisent pas à quelques hommes aigris de ce parti, des dépossédés de la monarchie. Leur chute est un crime dont ils ne devraient accuser qu'eux-mêmes, car ils sont tombés sans qu'on les ait poussés; mais leur chute est le erime qu'ils ne peuvent pardonner à la République. Cela n'est pas raisonnable, mais cela est naturel. Les individus condamnés ont un jour pourmaudire leurs juges. Les partis descendus du règne doivent avoir mi quart de siècle pour accuser le destin. Ces hommes à qui la République en naissant n'a pas jeté une menace, un reproche, une parole amère, une injure, n'ont pas plutôt été relevés par elle de leur douleur et de leur évanouissement devant la catastrophe , qu'ils se sont répandus en amertumes, en accusations, en invectives et en calomnies contre la République qui les avait sauvés, recueillis et abrités de la révolution.

Ils ont imputé et ils imputent avec un odieux acharnement à la République les malheurs, les troubles, les agitations, les gènes, les souffrances, les misères de la crise qu'ils avaient faite, et que la Repu-

blique avait pour tâche et pour gloire de terminer, de régulariser et de réprimer. Ils ont tourné et ils tournent tous les jours en incriminations contre la République les armes dont la République s'est servie pour les protéger contre la terreur, la spoliation , l'insurrection, la démagogie et le communisme. Ils mettent à la charge du gouvernement républicain les désordres, les excès et les crimes dirigés dès les premiers temps contre le gouvernement républicain lui-même! Écoutez-les!

Le drapeau sanglant de la terreur que la Répubhque a repoussé de la main en découvrant sa poitrine, c'est la République!...

Le communisme que la République a renié devant les poignards à l'Hùtel-de- Ville , c'est la République î . . .

Le joug des clubs que la République a refusé de subir en face de deux cent mille hommes ameutés le 17 mars , c'est la République !...

La dictature des démagogues que la République a brisée le 16 avril sur la place de Grève avec quatre bataillons contre cent mille insurgés, c'est la Répubhque!...

La guerre universelle de propagande et d'invasion que la République a llétrie, désavouée , contenue , réprimée par ses manifestes aux puissances et par sa dissolution des rassemblements démagogiques d'étrangers sur ses frontières , c'est la Répubhque ! . . .

Le lo mai , que nous avons étouffé une heure après le crime en allant cerner et arrêter le gouver-

nement insurrectionnel à l'Hôtel-de-Ville pour rendre le pouvoir vengé à la représentation nationale , c'est encore la République!...

Ainsi , de tous les crimes, de tous les attentats, de toutes les agitations heureusement réprimés pendant une révolution terrible. Si le poignard nous avait frappé en défendant ainsi la société et la République, ce poignard dont la République aurait péri serait encore le crime de la République.^ Voilà la logique, la justice et la reconnaissance de ces hommes ! . . .

S xin.

Ce parti est peu nombreux; c'est une cour plutôt qu'un parti ; c'est un petit Cohlcntz à l'intérieur, désavoué etdéserté bientôt par la grande massedes hommes sensés et des intérêts intelligents qui composent sa force dans la politique, dans la haute propriété, dans la haute banque, dans le haut commerce de Paris et des départements. Mais ce parti a la discipline de l'ambition déçue; il a le génie de la rancune; ilaTimplacabilité des ressentiments personnels ; il a la convoitise ardente des positions perdues à reconquérir; il a des journaux accrédités, habiles, puissants à dénaturer les choses et à démolir les hommes; il a des fortunes colossales religieusement et honorablement remises par la République à ses ennemis naturels, et dont le revenu d'une année suffirait , si les élections devenaient jamais vénales, à acheter des élections

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anti-rcpublicaines ; il a enfin une clientèle immense de souvenirs, de regrets, de reconnaissances, d'espérances et de fonctionnaires publics qui doivent la conservation de leiu's emplois à la modération de la République, mais qui ne pardonnent pas tous à la révolution de les avoir fait un moment trenabler sur leurs existences.

Ne vous y trompez pas, le seul danger permanent de la République est dans le parti de la dynastie de 1850. Mais elle a dans d'autres partis, si elle sait les opposer les uns aux autres, tous les moyens de conjurer ce danger. Il en est de la politique comm.e de la chimie dans certains cas : deux dangers ne s'aggravent pas l'un par l'autre^ ils se neutralisent. Je vous le ferai comprendre à l'instant.

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