‹ La passé, le présent, l'avenir de la RépubliqueChapitre 4 sur 107 · III · texte numérisé non relu

III

Qu'y a-t-il de semblable en 1848.^ Rien. La vieille monarchie absolue est tombée depuis soixante ans ; la monarchie despotique de l'Empire s'est écroulée sur sa base de fer; les deux monarchies modérées et constitutionnelles de la Restauration se sont abîmées en deux rè^rnes orasfeux et courts , dont le dernier s'est achevé dans l'exil ; la monarchie élective de la maison d'Orléans n'a pas pu se soutenir davantage sur le principe d'illégitimité que la monarchie de la branche aînée n'a pu se soutenir par le principe de légitimité. Un vent de quelques heures, venu on ne sait d'où , a emporté celte dernière tentative de

LE CONSEILLER DU PEUPLE. fs

royauté au-delà de l'Océan. Le peuple, accoutumé à se gouverner lui-même par les assemblées, n'est point effrayé du vide laissé par le trône qui l'embarrasse ; il proclame d'un commun accord le gouvernement républicain. Il n'a pour le rendre acceptable et invin. cible qu'un seul acte véritablement révolutionnaire à faire , c'est de supprimer la seule aristocratie qui reste , l'aristocratie électorale , et de conférer à tout citoyen la part légitime de souveraineté dans le droit de suffrage; il le fait, et tout est dit : tout le monde amxonté, personne n'a descendu; tout le monde applaudit , personne ne proteste , personne ne résiste , personne n'émigre. A quel titre persécuter, dépouiller, ou tuer quelqu'un, comme en î795.^ Le gou- Yernement le sent si bien, qu'il abolit l'écbafaud le surlendemain de la République. Cette société ainsi réformée , affranchie , égalisée de droits , nivelée de rangs, devenue véritablement démocratique, c'est-àdire UNE et UNIFORME, dcpuis 89, n'a rien à détruire, et elle n'a qu'une chose à défendre, la propriété, hase de la famille et lien de la société. Mais cette propriété, égale pour tous, accessible à tous, inviolable dans tous , est le domaine commun de tous ; tous ont un intérêt unanime à la préserver, à l'utiliser, à la généraliser, à la conserver aux générations à naître.

§ IV

A l'instant, la République de 1848, au lieu d'être

révolulionnaire et spoliatrice, comme en 95, devient, par logique et par instinct, conservatrice et progressive. Cela doit être, cela est et cela sera! Vous aurez beau torturer les choses et les mots , vous ne ferez rendre à une institution que ce qu'il y a dans un peuple. Ce peuple n'est pas un peuple de guerre civile aujourd'hui, car il est un! Ce peuple ne pillera pas, car il est propriétaire ! Ce peuple ne tuera pas^ car il n'a aucune raison de fureur et de meurtre ! Ce peuple n'aura point de victimes, car il n'a point de bourreaux! Si le mot de république, en 1795, a pu être écrit en lettres de feu et de sang; le mot de république, en 1818^ ne peut être écrit qu'en lettres d'or et de paix. Les révolutions légitimes, comme les femmes probes, n'enfantent jamais que ce qu'elles ont légitimement conçu. Les terroristes posthumes de 1848 ne changeront pas la Ré[)ublique dans son berceau. Dieu et la France sont là. Détruire était le mot de 95; améliorer est le mot de 1848.

CIIAPITIIE ÏIL

POURQUOI LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE APPELÉE DÉMOCRATIQUE , ET POURQUOI NE L'APPELLE-T-ON PAS SOCIALE? — OU DU VRAI ET DU FAUX SOCIALISME.

§ler.

Voici pourquoi on appelle, dans la Constitution, la République démocralique :

Il y a plusieurs natures de républiques, c'est-à-dire de gouvernements sans rois et sans dynasties, qui ne sont pas néanmoins des gouvernements du peuple tout entier, c'est-à-dire qui ne sont pas des démocraties.

II y aeu des républiques patriciennes et plébéiennes, comme à Rome autrefois, où un sénat de patriciens héréditaires possédait héréditairement une partie du gouvernement de la république, pendant que les familles plébéiennes possédaient une autre portion du pouvoir, et que les esclaves, les ilotes, les étrangers à la ville capitale de la république ne possédaient rien.

il y a eu des républiques oligarchiques, comme à Venise, où quelques centaines de familles souveraines formèrent des conseils de gouvernement secrets, absolus, ombrageux, terribles, et exercèrent sous le nom de république une tyrannie ombrageuse, jalouse, pleine de délations et de pièges , républiques sous la forme de l'inquisition.

îl y a eu des républiques aristocratiques, comme jadis en Pologne , où quelques milliers de nobles opprimèrent, dépouillèrent, avilirent des millions de ^erfs, élirentet déportèrent des chefs qu'ils appelèrent rois, et se disputèrent perpétuellement, les armes à la main, le pouvoir à la l'ois violent et anarchique dans des dictes ou dans de grands clubs d'aristocrates à cheval et en plein champ; ces républiques furent tout bonnement des anarchies militaires et chevaleresques; elles saignèrent, elles sucèrent le peuple; elles agi-

tèrent leur pays jusqu'à ce qu'elles l'eussent démembré et livré au joug étranger.

Il y a des républiques municipales , fédérales , comme en Hollande , en Allemagne , en Italie , en Amérique, où différents Etats ayant des législations diverses et des gouvernements particuliers, se liguent en républiques confédérées.

ïl y a des républiques tbéocratiques ou sacerdotales, avec un cbef élu par un conclave de dignitaires ecclésiastiques, comme le gouvernement de Rome sous la papauté.

Il faut donc, quand on s'appelle république, définir dans sa constitution de quelle répubbque on veut parler.

La République française de 18i8 est une république démocratique, c'est-à-dire une république qui né reconnaît ni tyrannie héréditaire d'un petit nombre de gouvernants, ni aristocratie investie du privilège de gouverner seule, ni fédération de départements ou de provinces se gouvernant chacun à sa manière, ni castes supérieures ou inférieures en autorité à d'autres castes, ni noblesse, théocratie, sacerdoce ou église possédant, à l'exclusion d'autres classes, le gouvernement; mais cette nature de république ne reconnaît pour souveraineté que la volonté de la démocratie ou du peuple. Or, il a été bien expliqué par tous que par ce mot peuple ou par ce mot démocratie, on n'entend pas le renversement de la tyrannie et du privilège , mais l'abolition de tout privilège et de toute tyrannie ; on n'entend pas

arracher le monopole du gouvernement à la partie riche, éclairée, aisée, propriétaire, lettrée de la nation, pour le donner, par un autre privilège qui serait encore plus abusif, car il serait plus contre nature , à la partie pauvre , laborieuse, sans loisir, sans indépendance, sans instruction générale et sans responsabilité d'intérêt et de lumière de la multitude; ce serait remplacer une iniquité par une autre iniquité, et, de plus, ce serait tenter l'impossible, car la mxuUitude sans loisir, sans instruction , sans indépendance et sans lumières générales, ne garderait pas trois mois la tyrannie qu'on lui aurait remise. Cette tyrannie, la plus odieuse, la plus immorale et la plus cruelle de toutes , car elle serait la plus ignorante , la plus aveugle et la plus brutale , se dévorerait elle-même après avoir dévoré le reste de la nation. Elle donnerait promptement la dictature au plus scélérat, selon l'expression de Danton lui-même. Au lieu du gouvernement de la vraie démocratie, vous auriez installé la tyrannie du crime! Dieu et les hommes se retireraient de vous ; vous feriez d'abord peur, puis horreur, puis bientôt pitié au genre humain.

Non ; on entend par dcmocrcdie et par peuple la famille française toul cnlicrc, la nation dans sa généralité la plus com[)lète dans toutes les classes, dans

tous les modes d'existence, de situation, de professions qui ia composent, riches, pauvres , anciennes aristocraties , nouvelles bourgeoisies , bourgeoisies tousles jours ascendantes, prolétaires s'élevant par l'industrie et la propriété à l'aisance, au loisir, aux professions libérales, grands propriétaires , moyens propriétaires, petits propriétaires, grands industriels, moyens industriels, petits industriels, grands commerçants, moyens commerçants, petits commerçants, agriculteurs, magistrats, militaires, marins, prêtres, artisans, artistes, lettrés, ouvriers de l'outil, ouvriers de rinîelligence, ouvriers de la main, les uns vivant et bénéficiant delà terre , les autres de ia mer, ceux-ci de leur esprit, ceux-ci de leur fonction dans l'Etat, ceux-ci de leur plume, ceux-ci de leur main, ceux-ci de leur épée, ceux-là de leur atelier ou de leur sillon; ceux-ci montant, ceux-là descendant pour remonter à leur tour la roue de la fortune et de la propriété, tous citoyens néanmoins à titre égal, c'est-àdire à titre de membre de la famille nationale, de créature de Dieu, de frère do l'homme ; tous honorés au même degré s'ils en sont dignes, quelle que soit la part, grosse ou petite, de l'héritage commun, que la naissance, l'hérédité, le travail, le succès ou le revers, la laveur, la bénédiction ou la rigueur de la Providence leur assignent; tous soumis, sous des conditions d'existence nécessairement diverses, aune loi uniforme et sans partialité pour aucun; mosaïque immense de familles, de professions ;, de propriétés, d'aisances, de repos, d'efforts, de loisirs, de travail.

de bien-être, de besoins assistés, dont l'ensemble compose un peuple. Leur volonté interrogée légalement dans chaque individu raisonnalde et moral compose la moyenne sincère de la souveraineté et de la volonté de tous. Voilà la démocratie, voilà la république démocratique, c'est-à-dire l'unité du peuple, au lieu de la séparation privilégiée des classes, l'universalité du gouvernement, au lieu du privilège du gouvernement en haut, qu'on appelle aristocratie , ou du privilège du gouvernement en bas, qu'on appelle démagogie. Nous n'avons voulu ni de l'un ni de l'autre. L'aristocratie humilie les peuples avancés; la démacoc^ie les tue, les démembre et les dévore. La république démocratique ne reconnaît ni aristocralie ni démagogie; elle ne veut pas deux peuples, ni trois peuples, ni dix peujjles dans îa nation, elle n'en veut qnun.

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