HL
Mais si elle est démocratique, n'est-ello pas aussi sociale au fond, c'est-à-dire ne tend-elle j)as par son institution même, qui est Tuniversalisalion et la souveraineté entre toutes les classes, à l'amélioration des conditions sociales et de la situation réciproque de toutes les existences dans le cadre de la société générale ?
Expliquons-nous !
Sans aucun doute, toute révolution politique est nécessairement sociale aussi jîar certains côtés. Car
pourquoi fait-on une révolution politique, si ce n'est pour conquérir au bénéfice général des idées ou des intérêts légitimes de l'humanité certains progrès ou certaines améliorations dans l'âme, dans l'intelligence, dans la dignité, dans la liberté, dans l'égalité, dans l'ordre, dans la répartition plus équitable et plus avantageuse à la fois à tous, des charges et des profits de la société? îl n'y a que les tribuns, les ambitieux ou les tyrans qui font des révolutions pour eux-mêmes. Quand Clodius troublait Rome, ameutait le peuple, brûlait la maison de Cicéron, c'était pour être consul; quand César détruisait par ses adulations à la populace et par la main des soldats la constitution de la république, c'était pour n'avoir point de rival en puissance et en popularité ; quand Bonaparte, au lieu de se dévouer à la liberté, de la soutenir et de la réformer au 18 brumaire, prenait la dictature à Saint-Cloud, à la pointe des baïonnettes d'une poignée de soldats , c'était pour être hbre d'exploiter pendant dix ans le nom, l'or et le sang de trois millions d'hommes, au profit de sa propre gloire. Mais de ces révolutions-là, nous n'en parlons j>as ici; nous parlons de celles qui se font pour une idée, pour un peuple, pour un progrès, et non pour un homme.
§iv.
îl est très-évident que ces révolutions, et la révolution de Î848 est de cette nature, ont pour objet,
en changeant ou en remplaçant une forme de gouvernement par une autre, d'améliorer la civilisation, de perfectionner les rapports civils des classes entre elles, des hommes entre eux, et de rendre la société plus juste, plus bienfaisante, plus divine dans son esprit et dans ses lois. La république sortie de cette dernière révolution est tout à la fois démocratique et sociale dans le sens philosophique religieux, et par conséquent honnête et conservateur du mot société.
Aussi quand le peuple de Paris, dans le premier accès de son enthousiasme véritablement magnanirae, me disait, le fusil à la main, les larmes aux yeux : — « Citoyen, la Répubhque que nous saluons et })0iir :» laquelle nous sommes prêts à mourir, sera- 1- elle ■» sociale?» — Je répondais à ce peuple : « Oui, mes » amis! Mais distinguons bien afin de ne pas nous 5> promettre des choses ambiguës que nous ne [)0ur- 3) rions pas nous tenir. Entendez-vous par social le » déplacement des bases éternelles de la société, la » réforme radicale de la famille, de la propriété, de » l'industrie, de la concurrence, des salaires, des » terres, des fabriques, des commerces, les subver- » sions , les organisations prétendues du travail se 3) substituant à l'indépendance des capitaux et à la y> liberté des travailleurs? Non î Dans ce sens la llépu- » bhque ne vous promet pas l'absurde, l'impossible, » le chaos! Mais entendez-vous connue nous que la » Répubhque sera ravénement du peuple tout entier » au pouvoir, sera la providence vigilante el équi-
a LE COiNSEILLER DU PEUPLE.
y* table des vrais intérêts du peuple; qu'elle fera ins- 7> truire là où il y a ignorance, qu'elle fera travailler » là où il y aura chômage, qu'elle fera secourir là D où il y aura souffrance, qu'elle créera successive- » ment, d'année en année, à proportion de ses forces )> et de vos besoins, ce système complet d'insti- )> tutions d'enseignement, d'adoption des enfants » des pauvres, les adoucissements possibles aux » rigueurs de la concurrence, de protection aux » faibles, de proportionnalité dans l'impôt (mais non » de progressivité, odieux maximum sur la propriété, » et par conséquent anéantissement du capital natio- » nal); qu'elle aura des asiles pour les enfants aban- » donnés, des écoles plus mullipHées pour les pro- » fessions laborieuses, des taxes communales pour » les indigents , des médecins gratuits pour les ma- » lades , des retraites pour les vieillards sans famille, » des assistances pour tous les dénuements immé- ^' rites qui affligent les peuples industriels plus que ï) les autres peuples ; en un mot, qu'elle réalisera » progressivement en lois et en institutions de bien- » faisance réciproques, cet esprit divin de solidarité " des classes et de fraternité des citoyens, qui a j) passé de l'inspiration de Dieu dans le christia- » nisme, et qui doit passer avec le temps du cbris- )> tianisme dans la législation des démocraties et des :» républiques? Oui! voilà la seule république sociale y> que nous vous engageons à vous donner! » — (( C'est cela! c'est cela! » s'écriait le peuple, à l'exception d'un petit nombre de fanatiques insensés qui
croient apparemment que pour réparer et améliorer im édifice, il faut commencer par faire éclater in t volcan sous les fondations.
Ce cri du peuple vainqueur et sage dans sa victoire en février, est la seule et véritable définition du mot social appliqué à la république, et ce mot y eût été ajouté à l'unanimité par l'Assemblée constituante, si les clubs anarchiques, les soulèvements des démagogues au 15 mai, les insurrections des prolétaires ra- <licaux enjuin, et les propagandes des sectaires socialistes, prenant pour drapeau le drapeau rouge et pour cri de ralliement dbas lesrichcsy guerre à laterrCy à la propriéu'y à linduslrie, au commerce^ à la famille^ à la liberté et à la société tout entière, n'avaient pas appelé leur croisade contre le genre humain la guerre sociale, et n'avaient pas ainsi donné à la république sociale une signification de radicalisme armé, de démagogie, de terreur, de bouleversemeni et de chaos qu'aucune nation civilisée n'acceptera jamais^ à moins d'être renversée de fond en comble dans ses foyers saccagés, et d'avoir sur la gorge le glaive de Babeuf et de ^îarat !
t" VL
Ainsi, vous le voyez, il y a un socialisme vrai ei
graduellement applicable à la Piépublique : c'est celui que le peuple demande et que nous lui promîmes en le défmissant en février; c'est celui qui respecte et qui relie plus fortement les membrures de la société, cette arcbe de la famille humaine; c'est celui qui corrige, qui améliore, qui élève, qui perfectionne les conditions et les rapports des hommes entre eux, en enrichissant le pauvre sans dépouiller le riche, et en faisant fraterniser dans la concorde, dans le travail et dans l'assistance mutuelle, les conditions, les professions , les existences nécessairement inégales , parce qu'elles sont nécessairement diverses, de ces innombrables fonctions, nécessairement diverses aussi, dont l'ensemble compose une nation en société, îl y a un socialisme faux et n:iortel, c'est celui qui consiste à saper les assises fondamentales sur lesquelles reposent la patrie, la nation, la famille, la propriété, la morale, la liberté des industries, la civilisation. C'est celui que la Réf)ublique a eu à combattre, c'est celui dont elle triomphera sans aucun doute, comme la vie triomphe nécessairement de la mort dans un corps que Dieu a destiné à ne jamais périr. C'est le cinquième ou sixième accès de cette maladie de Vutopie, arrivée à l'état de fièvre et de transport au cerveau dans quelques rêveurs, suivis pendant quelques mois par une bande de prolétaires fanatisés. Ce n'est plus la sagesse, c'est la démence du progrès! Ces accès sont courts; ils affligent la raison, ils alarment les imaginations faibles, ils inquiètent par leurs cris et par leurs gesticulations la
propriété; ils tarissent le luxe, cette mamelle du travail ; ils font enfouir le numéraire, qui a peur d'être dérobé; ils paralysent les manufactures, qui craignent que leurs produits ne soient plus consommés ; ils endurcissent le riche par les menaces qu'on lui adresse ; ils affament l'ouvrier et le pauvre sous prétexte de l'enrichir ! Mais ces accès ne se propagent jamais au-delà d'un certain temps et de certaines tentatives, aussitôt réprimées que conçues.
§ VIL
Il y en eut un accès au commencement du christianisme mal compris. Quelques moines et quelques prêcheurs, confondant le principe divin de charité, de fraternité et de communauté des âmes, le communisme du sentiment, en un mot, avec le communisme des biens, l'extinction de la propriété et la suppression de la famille, prêchèrent l'égalité des parts sur le sol, la condamnation des propriétaires, le fanatisme du célibat. Le vrai christianisme revint sur leurs pas, reconnut et sancliiia tout cela en rougissant des exagérations de ses sectaires. Il n'en resta rien que quelques institutions oisives et mendiantes, qui n'auraient même pas pu mendier s'il n'y avait pas eu des propriétaires et des travailleurs pour les nourrir d aumône et d'oisiveté. .
11 y eut un de ces accès en Orient quelque temps après Mahomet. Les mahométans socialistes se rassemblèrent en armée nombreuse et fanatique dans les
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montagnes de Taures. La désorganisation se mit à l'instant parmi eux, la disette les poussa sur les provinces voisines, ils saccagèrent quelques villes, enlevèrent les biens et les fL'unnt'S de quelques tribus. L'Orient tout entier se leva contre eux; ils fondirent dans leur sang comme un rêve de barbares.
Il y eut un de ces accès en Allemagne du temps des anabaptistes. Les communistes des bords du Rhin établirent leur religion de la communauté des biens et des femmes pendi'.nt quelques mois. Ces mois de délire ne furent qu'une orgie et qu'une extermination continues, jusqu'à ce (jue les chefs se pendirent les uns les autres, et que les sectaires finirent par être décimés jusqu':m dernier, et chassés dans les bois comme des bêles féroces.
Ily eutund jces accèsen Angleterreaprès Gromivell. Une armée de niveleurs ou de communistes ouvriers et paysans anglais, professant tout ce que professent aujourdhui les cIu'js communistes, s'avança au nombre de quatre cent mille hommes jusqu'aux portes de Londres. L;i tour de Babel n'était pas plus confuse que leur systènie et leurs prétentions opposées; il n'y avait de clair que la dévastation de la propriété. La propriété se leva {)our ses foyers; quelques régiments et quelques gardes civiques les dispersèrent en une journée; les restes de cette insurrection sociale s'enfuirent jusqu'aux montagnes d'Ecosse, pourchassés, reniés, odieux partout, et couvrirent de leurs débris les sillons du peuple qu'ils avaient voulu exproprier.
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Enfin, un dernier accès a saisi en 1830 et en 1848 quelques {)îiilosophes spéculatifs, égarés dans les régions de l'idéalité, quelques sectaires crédules au merveilleux , quelques amoureux de l'impossible , quelques prolétaires souffrant de l'oubli et de la dureté des gouvernements envers eux, quelques sociétés secrètes, cherchant dans les convoitises cupides du peuple un levier pour soulever la pierre angulaire de toute société , quelques clubs de démagogues ambitieux et impatients de leur médiocrité, recrutant dans les faubourgs et dans les campagnes l'armée de l'ignorance, du vice ou de la misère autour du drapeau des illusions. N'en craignez rien, que des agitations très-fàcheuses sans doute, mais très-courtes, très- circonscrites et souverainement impuissantes contre la société. On ne combat pas des faits éternels comme la propriété et la famille, avec des rêves d'un jour! Ces doctrines en faisant explosion ne produisent que du bruit et du vent ; c'est l'artillerie des fantômes dans MiftoUy avec laquelle des ombres se combattent avec des météores d'idées.
§ VIIL
Et si toutes ces tentatives de socialisme communiste ont ainsi avorté dans la confusion et dans le néant chez des nations composées presque en entier de prolclaires, à des époques d'anarchie du monde, et avec le concours de l'esprit de secte et de fana-
tisme que leur prêtaient les grands mouvements de rénovation religieuse qui ébranlaient l'esprit humain, et qui lançaient les peuples, avec une impulsion surhumaine, dans les hasards et dans le délire des plus téméraires nouveautés, jugez du succès que ces tentatives pourraient avoir dans un temps de lumière , de discussion, de raisonnement comme l'âge du monde où nous sommes ; jugez du succès qu'elles pourraient avoir, surtout en France, où la société est reliée en un faisceau d'organisation, d'unité, de sohdarité, de force et de centralisation défensive par le lien d'une administration telle qu'il n'en existait jamais avant notre époque ! Jugez du succès de ces tentatives pour exproprier le genre humain dans un pays qui compte, sur trente- six millions d'âmes, huit millions de propriétaires de terre, douze millions de propriétaires de maisons, six millions de propriétaires de capitaux, de rentes, de banques d'industrie, de commerces, de navigations^ de fonctions publiques, de grades, de soldes dans l'armée ou dans la marine, en tout vingt-six millions de propriétaires, dont pas un ne céderait son foyer, son capital, son commerce, sa rente, sa solde qu'avec la vie !
Et ajoutez qu'il n'y a pas un de ces propriétaires qui ne raUie à sa cause et ne recrute dans l'armée défensive de la propriété et de la famille, par le salaire, par la domesticité, par l'affection, par la rehgion, par le bon sens, par le bon sentiment, un, deux, trois, dix, vingt et jusqu'à des centaines de prolétaires, encadrés eux aussi dans des propriétés quelconques, ne fût-ce que
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par l'espérance de posséder à leur tour, par la responsabilité de leurs économies et par l'avenir de leurs femmes et de leurs enfants ! Tout compte fait, l'armée du socialisme subversif, armée sans solde, sans organisation, sans subordination, sans discipline, sans unité de plans et de chefs, armée debout aujourd'hui, évanouie demain, armée de volontaires de l'anarchie, ne pourrait se recruter que dans cinq ou six cent mille ouvriers des villes manufacturières dont la misère et la souffrance auraient oblitéré momentanément le sens intellectuel et moral, dans cinq ou six hommes de clubs^ de désordre et de perturbation par communes rurales, et dans cette partie nomade, flottante et débordée des villes, qui se corrompt par son oisiveté sur la place publique, et qui roule, à tout vent des factions, à la voix de celui qui crie le plus haut.
Récapitulez bien, vous ne trouverez pas un million d'hommes en France, et quels hommes, pour exproprier un peuple dont la propriété sous toutes ses formes est le caractère, la nature, la vie, le travail, l'instinct, la passion, la rehgion!... En vérité, quand on fait autour de soi cette revue de la société ori^anisée, armée, propriétaire, et cette revue du sociahsme épars, désorganisé , désuni, sans armes, sans trésor, et surtout sans idées, il faut avoir envie de se faire peur à soi-même pour conserver la moindre inquiétude sur cette prétendue expropriation du genre humain! Sous la Convention elle-même, au plus fort de la terreur, le dogme de la propriété était tellement
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inhérent an peuple et tellement séparé, dans l'esprit des mas=.''3, de la révolution politique qui s'accomplissait dans le sang, que Robespierre et Danton euxmêmes, sentant qu'ils étaient perdus s'ils toléraient le. socialisme, montèrent trois fois à la tribune pour faire les plus foudroyantes professions de foi à la propriété, et qu'ils envoyèrent à Charenton ouàl'échafaud les socialistes prématurés du temps. Du sang, oui ; mais le pillage ou le partage de la propriété, non ! Tel fut le cri de la révolution dans sa fureur, parce que c'est le cri de la nature humaine même dans sa passion. Voilà pourquoi il faut craindre les terrorictcs; mais les socialistes, il faut les plaindre, les défier et les ramener au bon sens ! La République en souifre, mais n'en périra pas.
Examinons donc de sang-froid ses affaires au dedans et au dehors.
CHAriTRE ÎV
DE L'I^TÉRIEUn.
DES PÎUNCIP.VUX l'ARTlS QUI EXISTENT EN FRANCE, ET DLS DANGERS QUE CES PARTIS PEUVENT FAIUE COURIR AU PAYS.
Nous venons de parler du parti socialiste ; nous avons démontré qu'il fallait déplorer l'exislence de
ce parti, mais qu'il ne fallait nullement le craindre. Il relarde la reprise du travail et le débordement des canitauxsurle sol et dans les induslries ; c'est un mal surtout pour le peuple qui vit de travail et qui absorbe les capitaux en salaires pour les rendre aux capitalistes en produits, comme le sable absorbe les eaux du débordement du Nil pour les rendre en moissons à l'Egypte. Mais l'imagination publique, rassurée sur l'impuissance radicale des socialistes, reprendra bientôt son élasticité ; la sécurité et le besoin d'intérêts et de jouissances feront refiuer les capitaux effrayés et inactifs; avec les capitaux, le travail et î'aisance du peuple renaîtront. C'est une alfaire de jours et de mois: le temps guérit.
Nous avons vu également que le parti terrorisic existe réellement et toujours dans une nation , parce que la tyrannie^ l'ambition forcenée, la violence et le crime font malheureusement et toujours partie dépravée des éléments de la nature humaine. Nous avons démontré que ce parti de la violence et du crime^ qui ne s'est révélé que ])ar quelques assauts désordonnés contre l'Assemblée constituante, par les tentatives avortées du drapeau rouge du i(> avril, du 15 mai et du 25 juin et par quelques vociférations sanguinaires et réprouvées dans les clnbs, était un tel contre-sens à la llépubliquede 1818, que l'unanimité de la France se lèverait contre ce parli, et qu'il serait noyé dans sa première goutte de sang. La Trance, républicaine ou non républicaine, n'a aucun entraînement à voir guillotiner ou à se laisser guil-
lotiner par une terreur de fantaisie et pour flatter les souvenirs de quelques parodistes de Danton et de quelques promeneurs de drapeau rouge. C'est du crime , et de plus c'est du crime posthume, une vieillerie exhumée du répertoire de Marat! Quand le criaie est devenu une absurdité chez un peuple spirituel comme le peuple français, il n'y a plus rien à demander à Dieu. Ce n'est pas tout d'être odieux, il faut encore être ridicule. Un échafaud élevé au milieu de la France aujourd'hui serait un ridicule sanglant.