‹ La passé, le présent, l'avenir de la RépubliqueChapitre 7 sur 107 · VI · texte numérisé non relu

VI

Je ne nie pas cela; je suis trop exercé au cœur humain pour croire que les racines vieilles comme le temps se sèchent en un jour dans l'àme des partis nourris de traditions et d'habitudes; je suis trop juste pour condamner même ces souvenirs, ces fidélités de la mémoire, ces arrière-horizons des partis du passé. Les espérances sont le droit commun de tout le monde; les conjectures ne sont pas des crimes dans un pays libre ; les légitimistes ont les leurs, les orléanistes ont les leurs, nous avons les nôtres. Quelles seront de ces espérances celles qui sécheront ou mûriront de cette germination d'idées qui végètent dans les différentes régions d'un grand peuple.^ Mais les légitimistes donnent du temps à la République , ils donnent leur concours à la démocratie raisonnable, ils prêtent force au gouvernement républicain, ils offrent appui à l'ordre, à la modération, à la propriété, au sentiment religieux et moral, à la conservation de ce qui doit être conservé dans les bases de la nouvelle République. L'irréconciliabihté de leur principe, de leur dynastie, de leur cœur, avec la monarchie illégitime et usurpatrice à leurs yeux de la maison d'Orléans ou de la maison impériale, nous assure leur

préférence au moins relative pour la République. Il n'y a pas en politique de plus sûr traité d'alliance (|u'une haine commune! Laissez-les espérer! laissezles se flatter s'ils se flattent. Alliez-vous par ce que vous avez de commun, et soyez sûrs que vos alliés ne vous manqueront pas le jour où il faudrait combattre ensemble une dynastie de 1850 ou une dynastie de 1810! L'irréconciliabilité du parti légitimiste avec l'une ou l'autre de ces dynasties comme avec la démagogie est la })ierre angulaire de la République, f.aissez dire les républicains à courte vue ; les légitimistes bien reçus dans le camp de la bberté sont le salut de la démocratie. Sans l'antipathie des légitimistes contre la dynastie d'Orléans, jamais la révolution de février ne se fût accomplie ! jamais la démocratie ne se fût fondée en 18 18 ! jamais vous n'auriez conservé un mois la République !

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