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PRÉPARATION DU SÉRUM ANTIPASTEURELLA

Il est facilé de préparer un sérum contre la pasteurella du bœuf mais moins aisé d’obtenir un produit d’une activité toujours égale en raison de la variabilité de l'agent virulent.

Les propriétés anti de ce sérum sont d’une manière générale assez peu, tranchées; le pouvoir agglutinant notamment ne donne qu’une idée très inexacte de l’activité du produit; bon nombre de sérums normaux agglutinent d’ailleurs facilement la pasteurella du bœuf, agent d’un groupe nombreux et très répandu; on

En FIRE

conçoit ainsi que Kleptzoff ait rangé le sérum qui nous occupe parmi ceux qui agissent en stimulant les phagocytes.

Parmi les animaux utilisables en Indochine pour la préparation de ce sérum, buffles, bœufs, chevaux, c’est le bœuf que nous employons. Le cheval est d’une telle sensibilité aux injections successives de cultures virulentes qu’on ne peut lui imjecter plus de 2 centimètres cubes par la voie hypodermique et même dans ces conditions, on n’évite pas toujours les accidents éventuels, immédiats ou lointains. Quant au buffle 1l est d’un maniement difficile et son immunisation préalable est d’une réalisation plus délicate.

Chez le bœuf, les accidents locaux consécutifs aux réinoculations sont sans gravité —— œdème réactionnel de quelques jours — et les accidents généraux sont à peine indiqués; lorsqu'on garde les mêmes fournisseurs en service pendant longtemps, ils finissent par faire des arthrites toxiques et s’amaigrissent quelque peu, surtout lorsqu'on procède à leur hyper-immunisation par injections intraveineuses.

I est indiqué, tant pour obtenir un sérum d’activité prononcée, que pour éviter les accidents, de faire usage d’émulsions microbiennes provenant de cultures sur gélose Martin, et de les injecter par la voie sous-cutanée.

Les bœufs fournisseurs préalablement vaccinés (1), sont donc soumis à des injections de doses progressivement croissantes de pasteurella; la dose maxima correspond à une boîte et demie de Roux. On commence à saigner quinze jours après la dernière injection, et l’on

(1) Le mieux alors, pour réduire la période de préparation des fournisseurs est de les immuniser par administration de cultures par la voie digestive; on les vaccine ainsi beaucoup plus solidement et beaucoup plus rapidement que

par des injections sous-cutanées, mais il faut bien entendu choisir avec beaucoup d'attention les animaux à soumettre à ce traitement.

renouvelle la saignée de quinze jours en quinze jours; vingt-quatre heures après chaque saignée enfin, on recharge les fournisseurs par injection de culture viru-

lente (1 boîte 1 /2).

Résultats obtenus par l’emplor de ce sérum.

Nous avons pu guérir expérimentalement deux veaux sur cinq par l’emploi du sérum spécifique, à titre curatif.

Première expérience. —1 veau de 125 kilos reçoit en injection souscutanée 1 /1000 de centimètre cube de culture virulente de pasteurella, puis vingt-quatre heures après : œdème naissant, hyperthermie de 195.

100 cc. de sérum sous la peau.

100 ce. de sérum dans la jugulaire.

Il guérit; le témoin meurt en moins de quarante-huit heures.

2e Expérience. —1 veau de 100 kilos reçoit en injection sous-cutanée

1000 centimètre cube de culture virulente et après vingt-quatre heures : æœdème, adénite; prostration, pas d’hyperthermie.

100 cc. de sérum sous la peau.

100 cc. de sérum dans la jugulaire.

Il meurt quarante heures après l'injection virulente.

3e Expérience. — 1 veau reçoit en injection sous-cutanée de cen-

sé timètre cube de culture virulente puis après vingt-quatre heures : ædème naissant, adénite, prostration marquée, pas d’hyperthermie. 100 cc. de sérum sous la peau.

150 cc. de sérum dans la jugulaire.

Le sujet meurt quarante heures après l’injection'virulente.

4e Expérience. — 1 veau reçoit en injection sous-cutanée 1000 1°

centimêtre cube de culture virulente puis après quinze heures : œdème naissant.

400 ce. de sérum sous la peau.

100 cc. de sérum dans la jugulaire.

Il guérit; le témoin meurt en vingt heures.

5e Expérience. — 1 veau reçoit en injection sous-cutanée

od0 1° centimètre cube de culture virulente, puis après vingt et une heures, œædème volumineux, fièvre.

100 cc. de sérum sous la peau.

400 ce. de sérum dans la jugulaire.

Une amélioration se produit mais qui ne dure pas; on renouvelle

alors les injections de sérum le lendemain; le sujet meurt malgré cela

après trois jours de maladie; le témoin meurt, lui, en trente-six heures

De ces essais nous conclurons que dans la maladie expérimentale du veau, les effets du sérum spécifique sont incertains.

Dans la maladie naturellement contractée d’autre part, nous avons eu l’occasion d’user de ce sérum, lors de petites enzooties de troupeau, mais les résultats obtenus, apparemment satisfaisants, ne nous autorisent pas — ici non plus que dans les essais de traite-

ment par le bactériolysat — à une conclusion formelle sur la valeur du procédé.

20 THÉRAPEUTIQUE ADIUVANTE

La thérapeutique adjuvante s’inspire, en ce qui a trait aux troubles généraux, des indications communes à toutes les grandes infections. Les antiseptiques intestinaux, les toniques amers, les stimulants sont à recom-

mander ainsi qu’en certains cas les antithermiques.

Les antiseptiques généraux ont été employé avec plus ou moins de succès : permanganate de potassium, argent colloïdal, arsénobenzol, aniodol interne, en inJections intraveineuses, sérum artificiel phéniqué en injection sous-cutanée. Holmes, intervenant dans les seize heures qui suivent l’inoculation virulente, sauve la moitié des malades par l'emploi de l’iode en injection hypodermique ou per os; per os :

Iode RENE:

Jodure de potassium: 2, "44% 72 AU ON Ne Te) D'ALIET

pour animal de 100 à 150 kg.; sous la peau : doses de moitié moindres dans 300 cc. d’eau).

Les diverses localisations requièrent certaines interventions particulières à chaque cas : saignée et applications révulsives sur les côtés du thorax lors de locahsation pectorale; cardiotoniques lors d’extension du processus au péricarde; cautérisation profonde (?) des ædèmes sous-cutanés lorsqu'il s’en forme.

On ne doit fonder que des espoirs très modestes sur des interventions de telles natures.

Il est recommandable enfin de donner aux malades des aliments de déglutition facile, très ahbiles, rafratchissants.

XIII — IMMUNITÉ — IMMUNISATION

On a toutes raisons de penser que dans les régions à pasteurellose, un certain nombre des animaux possèdent à l’égard de l'infection une immunité naturellément acquise.

Il est, en effet, certain en premier lieu, que les sujets guéris bénéficient, d’une solide résistance à l’infection ultérieure.

Tous les expérimentateurs ont observé cette résistance à la suite de la pasteurellose expérimentale; observation suivante témoigne d’un même état d’im- munité chez les animaux guéris d’une atteinte naturelle de la maladie; nous rapportons cette observation avec quelques détails car elle éclaire divers points du processus, |

Le 30 juin 1926, à la suite d’une courte période d’orages, nous som-

mes consulté par un colon français pour une épidémie qui a pris naissance trois jours avant dans son troupeau. Ce troupeau compte 60 bovins de tous âges et des deux sexes, de race annamite ou issus de croisements à divers degrés avec du bétail breton.

Les deux premiers malates sont morts avant notre arrivée, le 27 et le 28 juin, après moins d'un jour de maladie, au dire de ceux qui les ont vus.

On a noté chez eux les signes suivants : prostration, poils piqués, inappétence; jetage et larmoiement légers; tuméfaction de l’épaule

droite et boiterie; excitation générale au moment de la mort.

Un troisième sujet malade en même temps qu’eux était complètement guéri à notre arrivée.

À ce moment nous trouvons 3 malades, 2 bœufs, n°8 10 et 15 et une vache n° 37 qui allaite un veau d’un mois.

Chez ces 3 malades les signes généraux sont les mêmes que ceux qu’on a notés précédemment sur les deux animaux qui sont morts; en outre : le bœuf n° 10 présente un jetage rouillé, et les mouvements de son antérieur droit sont gênés; le bœuf n° 15 manifeste à la palpation du défaut de l'épaule droite une vive sensibilité, l’appui du membre est hésitant, le malade tourne la tête de ce côté avec inquiétude; la vache n° 37 est très abattue, ses conjonctives sont rouge brique; elle rejette des excréments mêlés de mucus; son veau ne présente aucun trouble et continue à têter; le lait est fortement teinté en jaune.

Chez ces trois malades la maladie progresse pendant toute la journée du 30 et la température atteint respectivement 4005, 400 et 410,

Le 1er juillet l'amélioration se dessine, elle ne cesse alors de se poursuivre et le 3 au soir les malades sont guéris.

Le 1€T juillet une vache, n° 56 est frappée à son tour; la maladie évolue chez elle de façon analogue; au cours du déclin on note de la diarrhée; la guérison est effective le 4. |

Le 2 juillet enfin un taurillon, n° 14, fait la maladie et pendant vingt-quatre heures son état est grave; ilboite de l’antérieur droit sans tuméfaction apparente de l’épaule; le 4, il est guéri.

Des prises de sang ont été faites à tous ces animaux; l’inoculation du liquide au lapin est restée négative; négatives aussi les scarifications avec les excréments et le jetage des malades.

Convaincu qu'il s’agissait néanmoins de pasteurellose nous avions, après, isolement des malades, soumis le reste du troupeau à la séroprévention spécifique.

Six mois après cette épidémie la vache n° 37 et son veau ont été réinoculés au laboratoire de 2 centimètres cubes d’une émulsion aux

E d’une culture de quarante-huit heures : le veau (âgé alors de

7 mois) a succombé à cette réinoculation comme le témoin, la vache

n’a été que légèrement troublée; nous avions bien eu affaire à une

endémie de pasteurellose et la vache 37 en était sortie vaccinée.

En second lieu, on peut supposer que dans les troupeaux un grand nombre des autres animaux gardent d’une atteinte très légère et qui ne s’est pas exprimée cliniquement, un degré appréciable de résistance à la contagion; l'allure et la forme de certaines épidémies donnent à le penser et nous trouvons en faveur de cette hypothèse une présomption de plus dans les résultats, plus haut rapportés de certains de nos essais (immunité consécutive à l’ingestion de produits virulents, ingestion par elle-même pourtant sans effets notables).

Il n’est pas irrationnel d'admettre l’existence d’un certain degré d’immunité congénitale, transitoire, chez les veaux nés de mères qui ont subi une atteinte légère de la pasteurellose au cours de leur gestation.

Enfin les jeunes qu’allaitent des vaches récemment libérées d’une forme bénigne de la maladie sont susceptibles de posséder, passivement, quelque résistance à la pasteurellose. |

Artificiellement, toutes les fois que lon introduit dans l’organisme des agents virulents, et quelle que soit par conséquent la voie adoptée pour le faire — digestive, veineuse, trachéale, hypodermique — on immunise, lorsqu'on ne tue pas, plus ou moins fortement et pour plus ou moins longtemps, que le sujet fasse la maladie ou qu’il ne traduise son infection par

aucun signe.

Pratiquement, les procédés d’immunisation contre la pasteurellose se rangent sous deux chefs : immunisation

temporaire par l’emploi de sérum spécifique et vacci nation proprement dite.

À. — SÉRO-PRÉVENTION

Blin et Carougeau, après avoir constaté que le sérum normal, même d’espèces réfractaires était dépourvu de toute influence sur la pasteurella du bœuf, ont autrefois préparé sur le cheval un sérum spécifique qui employé préventivement protégeait le veau, durant quinze Jours, à la dose de 20 centimètres cubes.

À notre tour, nous avons tenté d’immuniser passivement les bovidés du pays mais en nous adressant au bœuf lui-même comme fournisseur de sérum; nous avons exposé précédemment, en même temps que les raisons de cette préférence, la technique opératoire à laquelle nous nous sommes arrêté pour la préparation du sérum anti-pasteurella.

Nos essais de séro-prévention réalisés sous des modalités diverses, ont porté sur 38 veaux âgés de 1 an à 18 mois, indépendamment des témoins d'épreuves; 35 de ces veaux ont résisté à l’inoculation de virus pratiquée dans les trois semaines consécutives à l’injection préventive dé sérum, soit approximativement dans la proportion de 87 %.

Voici à titre d'exemple les résultats comparatifs obtenus sur deux séries parallèles d'animaux traités les uns par le sérum, les autres par le bactériolysat.

Cinq veaux n9%5 179 G, 183 D, 198 I, 202 C, 199 A, reçoivent chacun 10 centimètres cubes de sérum spécifique sous la peau. Trois autres veaux n°% 189 B, 162 E, 189 C, reçoivent chacun, le

même jour, 1 /2 centimètre cube de bactériolysat.

CE TToS

{ On réinocule successivement tous ces sujets de —— de culture vi-

rulente aux époques suivantes :

Après cinq jours le n° 179 G (sérum).

I résiste sans réaction. |

Et le n° 189 B (bactériolysat).

Il fait la maladie et meurt.

Après dix jours le n° 183 D) (sérum).

Jl résiste sans réaction.

Après quinze jours le n° 198 I (sérum).

Il résiste sans réaction.

Et le n° 162 E (bactériolysat).

I] fait une maladie grave (æœdème, hyperthermie de 20) et guérit.

Après vingt Jours le n° 202 (sérum).

Il fait une maladie légère {ædème réduit, hyperthermie de 495) et guérit.

Après trente Jours le n° 199 A (sérum).

T1 fait la maladie et meurt.

Et le n° 189 G (bactériolysat).

I] fait une maladie légère (œdème réduit), hyperthermie de 40) et.

guérit.

La résistance est donc allée croissant régulièrement dans la série

traitée par le bactériolysat et décroissant régulièrement dans la série

traitée par le sérum.

De l’ensemble des essais que nous avons effectués sur ce point et qu'il nous paraît inutile de rapporter ici en détail nous nous croyons autorisé à conclure qu'il est possible de prévenir la pasteurellose chez le veau anndmite par injection sous-cutanée de sérum correspondant, à la dose de 10 ec. par tête; cette dose qui expérimentalement protège pendant une dizaine de jours au moins le plus grand nombre des sujets contre une inoculation de virus sûrement mortelle pour les témoins,

doit plus sûrement encore et de manière plus durable mettre les animaux à l’abri de la contamination naturelle (1).

On doit recommander pour le bœuf la dose de 20 à 30 ce.; pour le buffle il faudrait, à égalité d'âge, l’augmenter de 50 %, eu égard à la sensibilité particulière de l’espèce et à la masse plus considérable des animaux qui lui appartiennent.

B. — VacciNATIoN

Depuis qu’en 1880 Pasteur a précisé les particularités biologiques essentielles de la pasteurella du choléra aviaire, et mis en évidence la possibilité d’atténuer l’activité de cet agent pour vacciner la poule, les procédés expérimentaux les plus divers ont été mis en œuvre un peu partout pour tirer des cultures virulentes des diverses pasteurella des produits immunisants à l'égard des maladies qu’elles déterminent.

Nous rappellerons d’abord les principales tentatives de vaccination contre la pasteurellose du bœuf et du buffle et nous les rangerons en quatre catégories suivant les principes dont elles découlent.

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