‹ La Pastorale italienne et l'"Aminta"Chapitre 10 sur 20 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Un satyre a vu Sylvie et la convoite. Comme elle se rit de son amour, il se propose de la surprendre au bain (scène i).

Cette ingrate beauté, qui fait toute ma peine,

Et qui fe rit de mon amour, Vient icy le baigner dans l'eau d'une fontaine ;

le l'attendray, cette inhumaine, Et quand il fera temps, je la tiendray li bien, Que je l'empefcheray de me réfuter rien.

le riray de fa refiftance ;

Ses pleurs, fa beauté, les foûpirs, En vain s'oppofcront à mes ardents deiirs, Et je saftiferay ma Marne, et ma vengeance.

Surviennent Tircis et Daphné. Us examinent ensemble par quel moyen Aminte pourrait toucher le cœur de Sylvie. « Qu'il bannisse de son

âme une timidité vaine, s'écrie Daphné, et que profitant de l'heure quotidienne où la jeune fille va se baigner, il se présente hardiment devant elle a (scène II).

Mais Aminte, bien que sermonné par Tircis, ne se laisse point tenter. Il ne veut point manquer ainsi à Sylvie. Son affection pour elle est faite de respect et répugne à la violence.

Je me garderay bien de déplaire à Silvie,

Moy, qui ne fis rien de ma vie

Qui s'opposât à fes defirs, Si ce iVeft de l'aymer & pouffer des foùpirs ; Mais, j'y fus contraint par fes charmes, Et les yeux m'ont forcé de luy rendre les armes; Ainli je ne veux pas lui déplaire un moment, Quand je devrois par là foulager mon tourment.

A la fin pourtant, Ami n te cède à son confident, et, guidé par lui, se dirige vers le ruisseau dans les eaux duquel doit se plonger Sylvie (scène m).

La scène est suivie d'un charmant chœur :

En quelle efcole, Amour, apprend-on l'art d'aymer?

Quel Maître enfeigne à s'exprimer, Lors qu'on lent les transports d'une amoureuse flame,

Quand par un vol audacieux,

Nous allons jufques dans les Cieux, Tes aifles foutiennent noftre âme.

Athènes ne fçauroit en donner des leçons ;

Apollon, & fes Nourriflbns, Parlent trop froidement de tes divins myfteres ; Ils ont un feu trop lent pour animer leur voix.

Et pour graver tes caractères Dans les cœurs des Mortels qui refpectent tes Loix..

Amour, autre que toy ne peut eftre ton Maître. Tu peux feul te faire connêtre ;

Aux plus rudes efprits tu montres ailement Tout ce que par des traits ridelles, Tu graves dans les yeux des belles,

Et qu'on ne verroit pas fans ton confentement.

Tu délies la langue, & formes le langage

De ceux qui te rendent hommage ;

Tu fçais les infpirer, & les rendre dizers, Par une nouvelle éloquence,

Des mots entre-coupez, & mefme le filence

Exprime quelquefois leurs fentimens divers.

Page 1