ACTE III
Dialogue de Tircis et du chœur. Tircis raconte qu'Aminte est arrivé sur les bords du ruisseau pour arracher Sylvie des mains du satyre qui vou-
lait enlever la jeune fille. Celle-ci, une fois délivrée, loin de remercier son généreux sauveur s'est enfuie sans même lui adresser la parole (scène i).
TlRCIS
Dès qu'elle fut en liberté, Elle s'enfuit foudain d'un pas précipité ;
Et quoy que le refpect d'Aminte Dût bannir de son âme & [l'orgueil & la crainte,
Elle eut bien afiez de rigueur, Pour partir fans parler à fon Libérateur.
Aminte arrive et se lamente sur la rigueur de Sylvie. Ali ! que Daphné ne l'a-t-elle laissé se tuer...
Dispietata pietate
Fu la tua veraniente, o Dafne, alhora
Che riteucsti il dardo.
Que ta pitié eft rigoureufe, Eh pourquoy de ce dard defarmois-ru mon bras?
Plus je diffère mon trépas,
Et plus ma vie eft malheureufe ;
Daphné, tu raifonnes en vain, Pour m'arracher du cœur ce généreux deffein,
Crains-tu que je m'ofte la vie ?
Hélas! tu crains un bien dont mon âme eft ravie.
A ce moment la bergère Nérine accourt, éplorée. Elle apprend à Daphné et Aminte que Sylvie, partie pour la chasse, vient d'être dévorée par un loup. Le doute n'est pas possible. Nérine a retrouvé les traits de l'arc de Sylvie, son voile, et elle a vu de loin une troupe de loups se repaître des restes d'un corps, puis lécher le sol, rouge de sang. Aminte, désespéré, fou de douleur, veut mettre fin à son martyre en se donnant la mort.
Ah ! contre moy le fort eft trop impitoyable, le ne refifte plus, je cède à fa rigueur.
Le chœur insiste sur le cruel destin des deux amants.
Non, il n'eft pas befoin de courir à la mort, Pour engager un cœur fous l'amoureux empire ;
Lors que tout de bon on foûpire, Pour un fi beau deflein l'Amour eft aflez fort. Ce nom qu'on cherche tant, cette gloire immortelle,
Accompagne un Amour ridelle :
L'Amour eft le prix de l'Amour ;
Et près de la perfonne avinée
On trouve cette renommée.
Dont les preffans defirs nous font perdre le jour.