‹ La Pastorale italienne et l'"Aminta"Chapitre 12 sur 20 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

A peine Aminte vient-il de s'éloigner que Sylvie survient. Elle a heureusement échappé au loup qu'elle avait blessé d'un dard, pendant qu'avec d'autres carnassiers de son espèce, il se gorgeait des lambeaux sanglants d'une proie. Dans sa fuite elle perdit son voile et put sortir du bois sans encombres.

Pour éviter du Loup les atteintes mortelles,

La crainte me donna des ailles ; Enfortant de ce bois j'évitay ce malheur, Et j'en fus quitte avec la peur.

Daphné apprend alors à Sylvie qu Aminte, la croyant dévorée, est parti, résolu à se donner la mort. Sylvie se refuse tout d'abord à croire cette nouvelle. Peu à peu, cependant, la compassion pénètre en son cœur. Bientôt à la compassion succède l'amour. Se reprochant enfin sa cruauté et son indifférence passées. « Que ne puis-je aujourd'hui, s'écrie-t-elle, ranimer au prix de ma tendresse mon cher Aminte ! Grands Dieux! accordez-moi de sauver sa vie aux dépens de la mienne » (scène m.)

Sylvie

Ah ! ne me perfecute plus

Par des reproches fuperflus ; Le regret de fa mort me tourmente & me trouble ; La douleur que j'en fens s'aigrit & fe redouble ;

Le fouvenir de ma rigueur, Que je nommois alors un foin de mon honneur, M'infpire un repentir d'avoir efté cruelle, Et j'en ay, mais trop tard, une douleur mortelle.

Le Chœvr

Lors que l'amour prétend s'établir dans un cœur, Dont luy ferme l'entrée une auftere rigueur, Il prend de la pitié l'habit & le vifage ;

Et, quand fous ce mafque trompeur, Il voit qu'il a banni le foupçon & la peur, Il entre en conquérant et montre fa puiffance.

Sylvie

Grands Dieux, que ne puif-je en ce jour, Ranimer cet Amant au prix de mon amour : Ou que n'accordez -vous à ma preffante envie De racheter fa vie aux dépens de ma vie?

Ergaste, messager, annonce qu'Aminte vient de se tuer. L'infortuné a prévenu Ergaste de son funèbre dessein. « Sylvie étant morte, je n'ai plus rien à faire ici-bas. » Et en disant ces mots, il

s'est jeté du haut d'un rocher dans un profond précipice.

Il me mena fur le haut d'un rocher, Du cofté qui paroît le plus inacceffible,

Quand je voulus en approcher,

le vis un précipice horrible ; Mais foudain, de frayeur, je retiray mes pas, Tant je fus allarmé de l'horreur du trépas : Luy, d'un petit fous-ris radoucit fon vifage, Et fa tranquillité raflura mon courage ; Ergafte, me dit-il, apprens, & fais fçavoir Aux Nymphes, aux Bergers qui font dans le bocage,

Ce que maintenant tu vas voir :

Et puis, en regardant le fond du précipice, Si la gueule des Loups m'eftoit auffi propice, Dit-il, & fi j'avois une mort àchoifir, le mourrois comme eu; mort l'objet de mon delir ; le voudrois que mon corps fût déchiré de même Que le corps délicat de la beauté que j'ayme ;

Mais puifque le Ciel en couroux Me refufe les dents et la rage des loups, Par un autre chemin je veux perdre la vie;

le te fuis, aymable Silvie,

Si tu ne me refufes pas Le précieux honneur de te fuivre au trépas : Si j'eftois afluré de ne te point déplaire, le serois, en mourant, au comble de mes vœux, le ferois fatisfait de ce que que je vay faire, Si ta cruelle mort, qui me rend malheureux,

Avoit pu dans ton fang éteindre ta colère ;

Dans le trifte eftatoù je fuis, Adorable Beauté, reçois-moy, je te fuis. Il finit par ces mots, et gardant le filence, Du haut de ce rocher tout d'un coup il s'élance, Et me laiffe immobile, interdit, abattu.

Sylvie, brisée de douleur, s'adresse de violents reproches sans vouloir écouter aucune consolation. Et voici que, guidée par le messager, elle part à la recherche du corps de son amant (scène n).

Sylvie

I'ay vécu jufqu'ici feulement pour Silvie,

Et pour entretenir l'excez de ma rigueur ;

Employons pour Aminte, à qui je rends fon cœur , Ce qui me relie encor de vie :

Mais puis qu'il eft parmy les morts, Vivons, mais vivons pour fon corps, C'eft le temps qui me refte à vivre,

Après je trouveray le moyen de le fuivre. Berger, montre-nous le chemin

Du lieu qu'Aminte a pris pour finir fon deftin.

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