LA GRÈCE. — ROME
La seule forme qu'adopta la poésie pastorale dans l'antiquité fut l'idylle et l'églogue. Le roman pastoral mêlé de prose et de vers, la fable pastorale dramatique, sont des productions italiennes dérivées et composites. Mais dans quelle mesure ? C'est là toute la question.
Les idylles de Théocrite n'étaient que de simples tableaux de mœurs, des scènes de la vie des bouviers, des bergers, des pêcheurs, des paysans et même des gens du peuple habitant les villes. Théocrite, et c'est ce qui fait le mérite de ce poète, sut donnera ces petites esquisses, au nombre de vingtsept, une ampleur souvent admirable. Déjà, chez lui, le dialogue marque la forme favorite, presque nécessaire et naturelle, de la poésie bucolique. A côté du dialogue proprement dit, Théocrite introduisait dans ses poésies le chant amébée, c'est-à-dire le chant en dialogue où deux interlocuteurs se répondent par deux couplets, ordinairement de la même longueur, et le vers intercalaire, c'est-à-dire qu'on répète plusieurs fois en refrain, dernier ves-
tige de poésie populaire et indice d'une tendance originelle au drame. Je dis, tendance : parce que le fond du drame est le récit, non d'un événement héroïque, bien que parfois farci d'allusions mythologiques, mais spécialement de l'amour ou d'une autre petite passion, d'un événement secondaire. Sans parler du récit, l'idylle offre aussi des côtés épiques. Daphnis, le premier berger, le fils d'Hermès et d'une nymphe inconnue, est à cette poésie ce que le héros est à proprement parler à l'épopée. Ainsi l'idylle bucolique arriva insensiblement à être un genre intermédiaire entre le drame et l'épopée, quand les accents passionnés des personnages n'en font pas quelque chose de lyrique. Finalement, la poésie bucolique, prenant son essor au sein d'une vie raffinée, poursuit, au moins extérieurement, l'idéal d'une existence simple et pure qui cherche elle-même ses manifestations dans la représentation idyllique. C'est alors que l'expression ou le caractère sentimental des personnages, à peine apparents dans Théocrite, prennent, chez Virgile, une importance beaucoup plus grande.
Avec Virgile le poète entre en scène en personne
dans la représentation bucolique. Il y introduit des arguments, des réflexions qui paraissent parfois peu adaptés à ce genre de composition. On trouve dans le Silène du poète latin tout un système philosophique développé longuement. La quatrième et la dixième églogues, sous leurs délicats ornements poétiques, contiennent des allusions très claires à l'ambition de Pollion et à l'amitié de Gallus; et nombre de dialogues, de chants ou de débats des bergers virgiliens, rappellent, à chaque instant, les tristes effets des guerres civiles, et l'heureuse intervention politique de Mécène ou d'Octave, dont la cinquième églogue donne un portrait fort ressemblant.