LE MOYEN AGE
Les œuvres bucoliques de Virgile et de ses imitateurs, Calpurnius et Némésianus, parvinrent ainsi au moyen âge, époque mystique et scolastique admettant les héros de l'idylle, parce qu'on leur faisait représenter d'illustres personnages, et qui, sous le voile de l'allégorie, donnait, au vme
siècle, les noms d'emprunt aux chrétiens mis en scène; composait, avec Angilbert Omero, des églogues en l'honneur de Charlemagne et de Pépin; célébrait, avec Alcuin, les règles monastiques et les religieux qu'il nommait Coridon; et, avec Nasone, invoquait, en vers virgiliens, l'illustre Pàlemon qui, de Rome, dominait les empires. Tandis que Bède le Vénérable, ou quelque disciple d'Alcuin, dans un poème intitulé : Conflictus Verts et Hiemis, associait la nature et les procédés de la tradition germanique à la forme latine. Plus tard, aux xe et xie siècles, la poésie monastique dissimulait, sous les vocables de Philis et Galatée, les plaintes sur le deuil des abbayes dévastées ; et un certain Métellus, bénédictin, dans une suite de dix églogues, réunies sous le titre de Bucoîica Quirinalium, mêlait aux discours de Mélibée et de Tityre, des considérations pieuses sur un saint nouvellement canonisé!
C'est à partir de cette époque que commence le concept allégorique de l'églogue qui devait durer jusqu'à la Renaissance. Les dénominations idylle et églogue s'appliqueront désormais aux deux œuvres bucoliques de Théocrite et de Virgile. Mais si la
première répondait à merveille au sujet traité, il n'en fut pas de même de la seconde qui signifie, à proprement parler, choix. Et peut-être que le grammairien, qui en fit le premier l'usage, présumait ou savait, d'après l'option opérée par Virgile parmi ses bucoliques, que tel était le terme particulier à cette poésie dans l'antiquité grecque et romaine. Le terme églogue, inauguré à l'époque carolingienne, s'étendit aux poésies descriptives et aux poésies légères, mais signifia plus particuliè. rement les représentations pastorales. Tel fut le sens dans lequel en usèrent les poètes italiens du xive siècle et qui, par la suite, se répandit dans les compositions des peuples latins.