‹ La Pastorale italienne et l'"Aminta"Chapitre 7 sur 20 · A. ARGENTI · texte numérisé non relu

A. ARGENTI

Neuf années s'écoulèrent avant que Ton vît paraître le Sacrifice d'Augustin Beccari (1554) que bon nombre de critiques considèrent comme le premier essai de pastorale dramatique, mais qui n'en avait guère que les défauts. Les intrigues amoureuses de trois bergers, Erasto, Carpalio, Turinio et de trois nymphes : Callinome, Melidia, Stellina, intrigues dépourvues de toute teinte dramatique, n'étaient pas propres à intéresser les nobles partisans de l'antiquité, si l'auteur n'eût eu soin d'introduire dans sa pièce un personnage vraiment comique : ce satyre trompeur, toujours trompé, dont la gaieté, souvent licencieuse, nuisait parfois à la naïveté où s'efforçait le récit.

Guarini, l'auteur du Pastor Fido s'exprime ainsi sur le compte de Beccari :

« Augustin Beccari ayant compris que l'églogue n'est pas autre chose qu'un bref dialogue entre deux bergers et considérant que Théocrite en fit une (les Pompes d'Adonis), composée non seulement de plusieurs personnages, mais avec un sujet plus dramatique etplus étendu qu'il n'était d'usage, crut pouvoir prendre une place que n'avaient occupé ni les Grecs ni les Latins, et donnant aux dialogues des bergers une sorte de fable dramatique, qu'il divisa en actes avec un début, un milieu, une conclusion, un nœud, un développement ou un changement d'action scénique, en créa une comédie, bien que les personnages ne fussent que des bergers. C'est pour cette raison qu'il l'appela : fable pastorale. Or ce titre de fable pastorale ne veut pas dire autre chose que la mise en scène de cette sorte d'hommes qu'on nomme pasteurs. Et parce qu'il faut que toute action dramatique soit ou comique ou tragique, ou mixte, le Sacrifice de Beccari est certainement construit sur le modèle d'une comédie, tant à cause des personnages qu'en raison de la formation et de la

conclusion comique de la pièce. Mais il ne voulut pas l'appeler comédie en prenant le nom générique pour le spécifique, et il le dénomma : fable et comique, afin de ne pas employer d'une manière impropre cette expression... A la longue, ce qualificatif, ajouté, de pastoral, prit une signification substantive : si bien que lorsqu'on dit : une pastorale, il faut entendre une fabh de pasteurs. »

UEglê de Giraldi Cinthio et le Sacrifice d'Augustin Beccari sont les deux premiers exemples de la fable pastorale arrivée à son point de perfection le plus complet. Cette fable pastorale, telle qu'elle vit le jour à Ferrare, est toute classique, et l'idéalisation du costume pastoral grec, sous son caractère le plus plastique, n'empêche nullement cette sorte de composition de refléter un sentiment tout moderne de sensuelle et troublante volupté.

Neuf ans après le Sacrifice de Beccari, Tannée 1563, Y Aréthuse d'Albert Lollio, fut représentée, à Ferrare, au palais de Schifanoia, en présence du duc Alphonse d'Esté et de son frère le cardinal

Louis. Ce n'était qu'une plate -et médiocre comédie. La scène se passait en Arcadie. En voici le sujet : Palémon, berger Napolitain, avait recueilli deux petits orphelins : un garçon et une fille. Celle-ci, nommée Sylvie, lui fut volée. Le garçon, Licidas, s'enfuit de son côté, et partit pour l'Arcadie. En Arcadie, Licidas fit fortune. Mais il s'y éprit de sa sœur qu'il ne reconnut pas, car le vieux berger, qui avait dérobé cette jeune personne, jadis, à Palémon, s'était rendu aussi en Grèce avec l'enfant qu'il avait nommée Aréthuse. Celle-ci s'était consacrée à Diane. Licidas, désespéré, voulait se tuer. Un brave homme, nommé Sylvain, le détourne de ce noir projet, et Licidas, par reconnaissance, choisit pour épouse Clizia, fille du dit Sylvain. Sur ces entrefaites Palémon arrive en Arcadie. Il reconnaît les deux enfants ; assiste aux noces de Licidas, tandis qu'Aréthuse, redevenue Sylvie, se consacre au culte de Diane. Cette pièce est pleine de détails ridicules et grossiers. Les bergers, se disputant entre eux, ou fréquemment ivres, sont dignes des personnages de Plaute. Les gens de condition plus élevée, comme Licidas ou Sylvie, s'expriment pourtant en

termes virgiliens. Cette œuvre, loin d'annoncer Sylvie et Amynte, héros de Tasse, faisait faire un pas en arrière à ce genre de composition et rappelait les élucubrations de Casalio et consorts.

Le dernier parmi les précurseurs des grandes pièces pastorales, se nomme Augustin Argenti, de Ferrare. Son Malheureux fut représenté dans cette ville, en 1567, devant Alphonse d'Esté et ses frères, le cardinal Louis et don François, avec musique d'Alphonse délia Viola, qui avait composé également celle du Sacrifice de Beccari et de YAréihuse de Lollio. Le Malheureux est un long et ennuyeux drame en cinq actes, en vers libres. L'action, comme d'habitude, se passe en Grèce : trois pasteurs, trois nymphes, trois chevriers ; ces derniers échangent des grossièretés. Les bergers et les nymphes se disent des duretés ou des tendresses. Longues sont les discussions amoureuses, interminables les plaintes. Le Malheureux et l'un de ses compagnons épousent les nymphes qu'ils aiment. La troisième jeune fille reste libre et se voue à Diane, à la grande admiration du troisième berger.

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