‹ La paternité chrétienne (volume 3)Chapitre 7 sur 14 · Galat., iv · texte numérisé non relu

Galat., iv

De l'unité des affection'» dans la famille.

Le centre et les qualités qu'il doit avoir.

Messieurs,

Nous avons étudié ensemble l'unité qui doit régner dans la famille au point de vue des idées; cette unité n'est pas le but, mais un puissant moyen pour l'obtenir et une garantie à peu près assurée qu'on ne s'en éloignera pas; elle constitue donc comme un premier degré que la famille monte quand elle veut se rapprocher de son type et de son divin exemplaire.

Que la paix soit faite dans les esprits, c'est

beaucoup, sans doute ; mais que les cœurs se répondent, qu'une étroite union existe entre eux, qu'ils battent tous du même mouvement, c'est bien plus encore; et pourtant nous n'aurons en cela que la condition normale, indispensable au repos et à la joie de tous. Il suffirait que cette correspondance des sympathies réciproques vînt à manquer quelque part, pour jeter aussitôt le trouble dans les âmes et y engendrer des douleurs qui pourraient devenir inconsolables.

Inutile d'insister sur cette nécessité; nous la trouvons écrite dans nos aspirations les plus profondes ; de là elle jaillit comme de sa source, de là elle s'impo=e et éclate comme le cri de nos entrailles paternelles Car, si l'unité physique e^tle fait de la nature, l'unité morale en est le vœu; -et celle-là résulte surr tout de ces nœuds que forment entre les âmes leurs mutuelles tendres^ *s.

Or, il me semble que si la famille est vraiment une, au point de vue des affections, c'est parce qu'on trouvera en elle ces deux en ; un centre commun autour duquel ses mem-

bres \iendront se grouper ; et une puissante attraction qui les reliera entre eux, en même temps qu'elle les fera graviter autour de ce centre.

De ces deux conditions la première seule va nous occuper aujourd'hui. Nous chercherons quel est le centre de la famille et quelles sont les qualités qu'il doit avoir.

Partout où l'unité se révèle dans la multiplicité des éléments, elle a son centre, son foyer principal. Voyez ce monde naturel dont la magnificence et la grandeur non? étonnent. Pourquoi nous apparaît-il dans son ensemble comme un tout régulier, harmonieux, sinon parce qu'il a un centre, autour duquel ses diverses parties s'ordonnent dans une sympathique dépendance? Longtemps les nommes se sont persuadé que ce point central t tait la terre. Revenus de cette erreur, ils ont pensé que c'était le soleil. Aujourd'hui la science

nous apprend que cet astre lui-même n'est qu'un foyer subordonné, secondaire, servant à constituer l'unité de ce groupe particulier qu'on appelle notre système planétaire; celuici à son tour se relie à tous les autres et exécute vraisemblablement sa révolution autour d'un centre plus général. Voilà l'image frappante de la famille humaine.

Elle aussi est un monde, un monde à part et complet, mais non isolé, car il se rattache à beaucoup d'autres. Son unité intérieure serait impossible sans l'existence de ce foyer dont nous parlons ; elle serait troublée et ferait place à la division, si ce foyer, au lieu d'être unique, se trouvait lui-même partagé, réparti sur plusieurs points à la fois; tandis qu'elle ne sera pas altérée par une gravitation plus vaste, par exemple, celle qui se produit dans la société générale.

Il n'est pas rare que ceux qui sont à la tête de la famille et devraient collectivement en former le centre, séparent leur cause ; qu'au lieu de s'unir étroitement, ils s'établissent en rivalité. De secrètes jalousies les divisent et

les opposent comme des partis contraires; et l'on voit se renouveler sous le toit domestique l'affligeant spectacle que l'Apôtre signalait dans la jeune église de Gorinthe, alors que l'un disait : Je suis à Paul, l'autre : je suis à Apollo, un troisième : j'appartiens à Pierre, etc.1. On ne le senl que trop à leur manière de parler et d'agir. Ce sont des influences qui se combattent ; la guerre tantôt sourde, tantôt ouverte, est à peu près en permanence ; qu'elle se fasse à coup d'épingles ou, pour ainsi dire, à coup de glaives, avec des paroles piquantes ou avec des procédés acerbes et pénibles, toujours est-il qu'elle trouble singulièrement le repos de la maison et empoisonne entièrement des relations qui devraient être pleines de douceur; le présent est compromis; suivant toute apparence, l'avenir l'est encore davantage, car les oppositions dont il s'agit, croissent;de jour en jour suivant une inflexible progression. En attendant, leur moindre inconvénient sera de rendre toute

1. Ego quidem sum Pairii, ego autem Apollo, ego vero Cephœ, ego autem Christi. (I Cor., i, 12.)

éducation impossible. Pour éviter ces malheurs, il faut que le centre de la famille soit un ; il faut en même temps qu'il soit fixe.

Supposez que le pôle du monde vienne un jour à se déplacer, pouvons-nous seulement concevoir la perturbation universelle qui devrait immédiatement en résulter. Sans prendre nos exemples si haut, supposons simplement que dans l'économie du corps humain, un de ces organes principaux que la médecine appelle des centres nerveux, vienne à changer déposition : quelles souffrances! quelle anomalie dans les fonctions vitales ! quel danger souvent impossible à conjurer ou à prévenir! La fami lie humaine est, elle aussi, un corps organisé; sa vie ne peut se déployer d'une manière harmonieuse qu'autant que chaque membre reste a sa place et que les organes centraux remplissent fidèlement leur rôle. Si le foyer intérieur vient à osciller, si ce qu'on pourrait nommer le nœud vital se brise ou se trouve rejeté au dehors, quelle douleur se fera sentir! Quels dangers ne seront pas imminents !

Hélas! l'hypothèse n'est point chimérique. Parce qu'on est père, on n'a pas cessé d'être homme ; homme faible et accessible à la tentation ; homme sensible et pouvant éprouver le contre-coup des impressions les plus rapides, les plus diverses. Si l'on ne se met point en garde contre elles, la pensée, les désirs, le cœur lui-même peuvent être emportés au loin ; ce qu'il y a en nous de vivant aura été comme pris d'assaut et constitué tout à coup en dehors de la famille.

Messieurs, je ne suppose point de scandale; je veux même que rien n'ait transpiré, que l'ordre le plus parfait continue à régner en apparence; pensez-vous qu'aucun malaise n'existera? Croyez- vous que les cœurs puissent échapper à ces angoisses secrètes, qui ne laissent pas d'être poignantes, alors même que rien ne semble de nature aies provoquer? La souffrance dont je parle est douée d'un instinct divinatoire et prophétique. Elle naît parfois avant la cause qui aurait dû l'engendrer; mais si elle la devance, d'ordinaire elle n'a pourtant vu que trop juste. Quand le pivot

qui portait toutes choses commence à vaciller, tout s'ébranle dans la famille; le point d'appui leur manquant, les âmes ne sont plus soutenues ; elles vont çà et là sans direction certaine et sans lieu central de ralliement: aussi sera-ce un hasard si les affections les plus saintes gardent encore leur orientation d'autrefois.

Voilà, Messieurs, un clés grands fléaux de notre temps ; s'il y a tant de maisons en deuil, tant de foyers froids, déserts, où la joie n'habite plus, dont les premières ardeurs sont depuis longtemps éteintes dans les larmes, la raison véritable de ce triste phénomène, c'est sans doute que le chef de famille n'avait point assez affermi son cœur contre la séduction, ni assez solidement rivé sa volonté au roc immobile du devoir.

Comment acquerra-t-il cette nécessaire consistance?

Messieurs, disons-le, il ne peut être tout à fait sûr de lui-même, tant qu'il ne sera pas pratiquement et sincèrement chrétien. Le fondement de cet édifice que nous avons à

bâtir, c'est le Christ; vous ne pouvez pas. dit saint Paul, lui en substituer un autre : Fundamentum aliud nemo potest ponere prœter id quod positum est, quod est Christus Jésus \ Beaucoup d'hommes aujourd'hui ont voulu asseoir la famille sur une base différente, et voilà pourquoi nous y voyons tant de cruels mécomptes.

Il en est, par exemple, qui l'appuient sur le seul amour humain; l'amour est capricieux, il change aisément d'objet; vient-il à s'évanouir, tous les intérêts sont aussitôt menacés. D'autres relèvent sur la morale naturelle, sur l'honneur, sur le devoir mondain ; trop faibles barrières, que la passion renverse et qui ne sauraient l'arrêter toujours. Ne rabaissons point ces grands sentiments. Oui, sans doute, appelez pour faire la garde autour de votre foyer, l'amour et l'honneur, le sens de la loi morale et celui du devoir; mais si vous voulez que ces satellites soient forts, ne leur refusez pas la consécration religieuse qui leur est nécessaire. Au lieu de les laisser flottants,

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