I Cor., m, il
incertains et comme suspendus sur le vide, faites qu'ils reposent sur les principes chrétiens où ils peuvent uniquement trouver leur puissance. N'y eût-il à leur demander que la sécurité du bonheur domestique, c'est là qu'il faudrait recourir. Le père, armé de sa fui, se défendra donc avant de défeudre les autres. En veillant sur le cœur de tous, il aura aussi les yeux ouverts sur son propre cœur. A lui, comme au ministre des autels, ou peut dire que chargé d'une responsabilité redoutable, il ne saurait presque faillir seul : Soîi non potestis peccare. Car il tient tout dans ses affections; il porte dans sa fidélité et dans son devoùment sa maison tout entière.
Le centre de la famille, qui est un et fixe, devra en même temps être sympathique.
En effet, si un centre agit sur ce qui rayonne autour de lui. c'est en vertu de Fat-
traction qu'il exerce. Telle est la loi du monde matériel, telle est celle du monde moral. On a été longtemps ayant de le constater pour le premier ; on n'a jamais pu le méconnaître dans le second. La* force, alors même qu'elle groupe, qu'elle rassemble, ne produit qu'une unité factice et bien souvent temporaire ; tandis que les sympathies intimes et les mutuelles attractions créent les vraies unités, celles qui auront pour elles la durée et la vie. Elles sont aux diverses parties de l'humanité qu'elles affectent, ce que la force de cohésion est à la matière.
Si donc un centre moral perdait cette puissance de rallier ce qui l'entoure, il perdrait par là même son caractère et sa vertu; au lieu de rester centre, il ne serait plus qu'un point isolé comme tous les autres.
Messieurs, ai-je besoin de vous montrer un pareil privilège dans le père de famille? N'occupe-t-il pas une place à part? N'est-ce pas à lui que tout remonte et vers lui que tout gravite? La nature elle-même a pris soin d'imprimer ce mouvement ascensionnel,
d'établir ces t eu dan ces, de créer ces sympathies : nous y voyons tous un fait général; il faut y voir de plus une véritable loi providentielle. Le propre de Dieu, c'est de faire de grandes choses avec des moyens petits en apparence. Qu'y a-t-il de moins important, ce semble, que ces forces répandues partout dans les corps et que la science appelle moléculaires, parce qu'elles ont pour siège les dernières particules des êtres matériels? Forces infinitésimales qui ne nous opposent le plus souvent qu'une résistance débile et impuissante; et pourtant ce sont elles qui, s'ajoutant les unes aux autres, maintiennent l'équilibre des mondes.
L'amour que l'enfant porte à la parenté peut paraître seulement une de ces forces minimes, qui passent facilement inaperçues. Eh bien! Messieurs, ce sentiment, avec ceux dont il est l'origine, produit et soutient tout ce qu'il y a de plus grand dans l'humanité. C'est lui qui fait l'unité morale de la famille et celle de la nation; c'est lui qui inspire les dévoûments domestiques, et qui pousse jus-
qu'à l'héroïsme la fidélité à la patrie. L'amour du foyer et l'amour du pays se tiennent par des liens étroits, et ils ont germé, pour ainsi dire, sur la même racine. Ces deux cultes n'en font qu'un; du moins ils se rejoignent dans les profondeurs de l'âme et jaillissent d'une même source. Tous deux appartiennent à cette religion naturelle et primordiale, que le christianisme développe, qu'il complète, dont il tire les plus belles vertus, avec laquelle il a su fournir les plus magnifiques pages de notre histoire.
Le père a donc entre les mains un moteur tout-puissant. A lui de s'en emparer de bonne heure et de l'exploiter pour la grande œuvre qu'il doit accomplir. Si la tache imposée à chacun de vous est difficile, la nature est venue à votre secours; elle vous a servi à souhait en remettant entre vos mains cette force née sans travail, par le fait des inclinations spontanées, force que tout père possède, en vertu de la seule position qu'il occupe et presque indépendamment de ses qualités personnelles. Il est néanmoins en son pouvoir de l'aug-
menter ou de l'affaiblir. Sans doute, c'est d'abord un instinct aveugle qui pousse le cœur de l'enfant à s'attacher. Mais peu à peu cet instinct ouvre les yeux, il devient intelligent, il discerne les défauts comme les qualités aimables. Pour lui, la parenté était, à l'origine, l'idéal de toute perfection. L'enfant ne croit point qu'il y ait de bornes à la science de son père ; et voilà pourquoi il l'interroge sur toutes choses, sans se douter jamais qu'une question doive l'embarrasser ou qu'il puisse se trouver sans réponse. De même, dans sa pensée, il dote ses parents de toutes les vertus; il ne croit pouvoir mieux faire que de les imiter, car ils sont pour lui la représentation vivante de ce beau, de ce bien, dont l'idée rayonne au fond de sa conscience. Ali! faudra-t-il que la lumière, grandissant, lui montre des taches dans ceux que la Providence lui a donnés pour modèle? Faudra-t-il qu'à mesure qu'il les connaîtra mieux, ils descendent graduellement de ce rang élevé où son amour les avait placés tout d'abord? Messieurs, je ne crains pas de le dire, cette première
déception de la vie n'est pas la moins cruelle. De grâce, que les désenchantements d'une âme naïve ne commencent pas sous le toit paternel. Assez de tristes expériences l'attendent au dehors pour lui faire toucher au doigt les faiblesses de l'humanité et ses côtés malheureux; que du moins, dans ceux qui l'entourent et qui sont ses guides, l'enfant ait plutôt un de ces spectacles qui relèvent, qui raniment; qu'à leur aspect, il sente s'allumer une noble ambition de marcher sur leurs traces; qu'en les suivant, il soit sûr de prendre toujours le sentier de l'honneur et du triomphe moral de l'homme sur lui-même.
Plus le père se montrera en rapport avec ce type de sagesse et de prudence, de tendresse éclairée et de fermeté calme, que l'enfant luimême connaît, parce que la nature l'en a d'avance instruit, plus il sera sûr de conserver, d'augmenter encore les sympathies qui s'attachent à sa personne. C'est par là qu'il les faut fixer, et non point par une mollesse qui compromet tout espoir.
On ne voit aujourd'hui que trop de chefs
de famille qui semblent se réduire vis-à-vis de leurs enfants au rôle d'inférieurs. Etrange oubli de leur dignité et de leurs droits, les voilà pour ainsi dire aux genoux de leurs fils, flattant leurs caprices, courtisant peut-être leurs passions, travaillant, à force de concessions, à obtenir ou à garder leurs bonnes grâces.
Semblables à ces princes d'un caractère faible, qui ne visent qu'à la popularité et ne réussissent qu'à la perdre, parce qu'ils lâchent la bride à tous les désordres, eux aussi ils n'ont ni l'énergie du commandement, ni le courage de la répression. Sous leur autorité devenue illusoire, l'enfant a bientôt deviné )e personnage qu'il lui convient de faire; ses faveurs sont mises à un prix élevé, le moindre de ses sourires devient une spéculation; il faut acheter un regard, il faut payer une caresse; car c'est seulement à la condition que tous ses désirs seront satisfaits, qu'il daignera accorder à la parenté le bienfait de sr,s prévenances; tendresses et colères sont à sa disposition ; il sait surtout qu'on ne résiste
pas à ses larmes, et s'en prévaut pour exercer une véritable autocratie.
Mais cette autocratie, que peut-elle être, sinon le triomphe de l'instinct sur la raison, la victoire perpétuelle d'une volonté inconsistante, aveugle, désordonnée sur la sagesse et l'expérience, qui auraient dû prévenir ou réprimer ses écarts? Le sceptre est alors remis à des mains débiles et passionnées qui le portent mal, et ne s'en servent que pour faire peser sur tous une tyrannie insupportable.
Qui n'a vu en effet quelqu'un de ces intérieurs où tout est renversé, parce que le [commandement, qui devait descendre d'en haut, vient au contraire d'en bas? Au milieu de -ces volontés faibles, incertaines, une seule est sûre d'elle-même et sait se faire obéir ; et celle-là est d'autant plus obstinée dans ses exigences qu'elles sont elles-mêmes plus capricieuses et plus déraisonnables. Le père a cessé d'être redouté; c'est lui, au contraire, qui fléchit et qui tremble ; désarmé par cette abdication du premier pouvoir, le second, je veux dire la mère, n'ose plus même faire entendre
ces réprimandes et ces observations que l'amour, dans sa bouche, rendait si douces; ou, si elle se hasarde parfois à en adresser quelqu'une, qui sait si sa parole ne sera pas désavouée, si le conflit près de naître à cette occasion au sein même de la parenté, n'y révélera pas une division qui tournera encore au profit du despotisme enfantin? Car ce despotisme puise sa force dans le défaut d'entente de ceux qui devaient conduire; si l'un deux, pressé par la voix de sa conscience et par l'évidence de son devoir, a voulu un instant reprendre les rênes, il les laissera bientôt tomber, de guerre lasse; et, pour avoir la paix, il abandonnera toute direction. Désormais délivré d'un contrôle gênant, l'enfant, avec ses mille idées folles, exercera dans la maison un empire absolu et sans contre-poids.
De là , messieurs, que va-t-il arriver? La nature, qui n'a point été contrariée de bonne heure dans ses inclinations déréglées, grandira pour le désordre. L'esprit et le cœur qui n'ont point été accoutumés de longue main à plier sous le joug de la vérité et sous celui de
la vertu, seront à jamais incapables d'en porter aucun. Vous jouez avec ces saillies d'une colère précoce, avec ces essais impuissants d'une rancune enfantine, avec cette impétuosité de désirs qui n'a point appris à se modérer; et vous dites tranquillement : La raison viendra avec l'âge, et tous deux amèneront la modération , la paix, l'harmonie. Eh quoi! vous ne savez donc pas tout ce que l'âme humaine apporte en naissant d'éléments de ruine?
Je vous vois dompter prudemment ces forces que la nature inerte remet aux mains de l'industrie. Cette vapeur toujours rugissante, vous l'enfermez dans une prison d'airain , d'où elle ne pourra sortir qu'avec mesure et sur votre ordre ; cette poudre des batailles, vous l'éloignez de tout contact dangereux, vous lui tracez sa voie et le sens dans lequel elle agira, quand l'heure sera venue de déployer sa puissance ; et vous laissez s'accumuler dans l'adolescent des idées, des sentiments inflammables, qui ne demandent qu'à faire explosion au premier moment I Et la tension
augmente pendant que vous vous endormez; et bientôt les parois deviendront trop faibles et l'enceinte trop étroite : il faudra que bon gré mal gré les engins de mort s'ouvrent un passage; et c'est vous qui." par votre tendresse dénaturée, vous qui, par votre inexplicable incurie, aurez préparé, aurez déterminé d'irréparables desastres !
Ali! si vous voulez que ce périlleux voyage qui s'appelle la vie, se fasse et s'achève sans catastrophes, commencez donc par en discipliner le moteur: si vous voulez que les combats où le jeune homme, où l'homme mûr sera nécessairement engagé, ne se terminent pas par une honteuse défaite , gardez-vous de laisser la passion naissante s'emparer d'armes qu'elle retournerait ensuite contre vous: empêchez-la de mettre la main sur le premier âge, de se saisir des forces vives qu'elle ne cédera plus et auxquelles appartient l'avenir.
Mais du moins ces complaisances insensées de la parenté, si à l'ordre du jour dans les familles, lui assureront-elles l'affection qu'elle cherche? L'attraction exercée par le centre
sera-t-elle en raison directe de son éloignement pour toute répression et toute rigueur? En d'autres termes, l'enfant adulé, idolâtré, s'attachera-t-il plus persévéramment? aimerat-il d'avantage?
L'expérience journalière parle ici plus haut que tous nos raisonnements. On voit ces petites divinités du foyer domestique oublier bientôt leurs adorateurs et n'user du pouvoir qu'on leur a reconnu que pour les plonger dans la tristesse. Pareils à ces dieux de pierre ou de bronze, devant lesquels se prosternent encore aujourd'hui de pauvres infidèles, ils deviennent sourds aux prières, aux supplications de ceux qui cherchent à les attendrir; ils voient sans en être émus les larmes de désespoir versées à leurs pieds et dont eux-mêmes sont la cause.
Que leur importe, en effet? Pourvu qu'ils s'amusent dans leur olympe, qu'ils se repaissent de la fumée des sacrifices offerts à leurs honteuses passions, qu'il s'enivrent du nectar malsain qui pétille dans leurs coupes impures, ils comptent pour rien l'affliction
qui règne ailleurs, le deuil dont ils sont l'objet, les chagrins amers dont ils ont euxmêmes ouvert la source. Accoutumés de bonne heure à n'aimer que ceux qui les flattent, à voir ce qui les entoure voler au-devant de leurs désirs, ils sont logiques en voulant continuer la vie comme ils l'ont commencée ; ils s'étonnent, ce semble avec quelque apparence de raison, que la parenté ait changé de discours, qu'elle condamne et réprouve aujourd'hui une conduite qu'autrefois elle encourageait de ses approbations et qu'elle couvrait de ses applaudissements.
Non, rien de plus éphémère que ces tendresses mendiées et accordées comme par grâce à une paternité qui s'amoindrit. Les affections de famille ressemblent à ces beaux fruits que l'automne mûrit dans nos jardins et qui font l'honneur de nos tables; ils sont exquis sans doute; mais si Ton veut les conserver longtemps, il faut commencer par les soustraire aux causes d'altération qui se produisent de toute part. Certains condiments ont cette puissance; ils nous les font retrouver tout
entiers bien au delà du temps assigné d'ordinaire à leur vie si courte et si fragile. Ainsi en est-il des amours de l'homme; je dis même de ses amours sacrés, qui ont fleuri sur la tige immaculée des plus saintes relations, de ceux qui ont mûri aux douces chaleurs du regard paternel et dans le jardin fermé de la famille. A eux aussi il faudra un condiment, si on veut les rendres durables; et ce condiment, c'est le respect. Otez-leur ce sentiment que la nature elle-même inspire, vous les dépouillez de ce qui fait leur force, et même vous diminuez d'autant leur suavité.
On croit aujourd'hui rendre les rapports des pères aux fils plus faciles en renversant toute barrière; on s'imagine que la loi d'égalité devenue à la mode , en effaçant toute distance, favorisera l'expansion et rapprochera les cœurs. On se trompe, Messieurs. Ce que la Providence avait fait était bien. Vous avez voulu corriger son œuvre et vous ne parvenez qu'à la gâter; vous pensez ajouter à sa perfection et vous ne faites que lui enlever sa beauté et ses harmonies.
Est-ce donc sans motif que la nature a donné au père la supériorité de lage, de la prudence, de la sagesse acquise, et cette autre autorité que tous comprennent, quoiqu'on ne l'exprime pas aisément, je veux dire celle qui appartient au principe sur son effet, à la cause sur son produit, et j'ajouterais presque à l'ouvrier sur son œuvre? Car l'enfant, dans son être moral, doit être pétri et façonné par la main intelligente de la paternité chrétienne. On prétend mettre sur le même rang deux existences entre lesquelles règne une subordination nécessaire. Qu'arrive-t-il? c'est qu'à mesure que l'égalité s'introduit, la paternité diminue. Ce ne sont point seulement ses droits qui sont atteints; ce sont encore les affections sur lesquelles elle comptait qui s'affaiblissent graduellement et finiront vraisemblablement par disparaître.
Ne nous abusons pas. La loi du respect n'est pas une loi de répulsion, c'est tout au contraire une loi d'attraction. La chose est si claire qu'on n'aime, à vrai dire, que ce que l'on respecte. Et voilà pourquoi les passions
qui naissent indépendamment de ce sentiment ne sont qu'un entraînement passager et une impression sans consistance. Veut-on, comme dans le roman par exemple, leur donner un peu plus de profondeur, il faut, de toute nécessité, que, sous une forme ou sous une autre, on s'efforce de leur concilier je ne sais quelle estiriie, de leur ramener un certain respect ; tant il est vrai que c'est seulement sur ce fonds que les amours même profanes peuvent élever une construction solide; ailleurs ils posent à peine une tente mobile qui se replie et se transporte selon les hasards du voyage.
C'est également dans le respect que les affections de famille jetteront leurs racines, si elles ne veulent point être plus tard ébranlées. Une noble dignité qui n'a rien de raide ni de dur et qui sait descendre à propos sans jamais se compromettre, siéra mieux au père que ces familiarités de mauvais aloi par lesquelles il n'obtient qu'une amitié de camaraderie. L'enfant oublie alors l'auteur de sa vie pour ne plus voir qu'un compagnon qui le
récrée, j'allais presque dire un jouet, qui l'amuse. Or. il est de son âge de se dégoûter bien vite et du jouet et du compagnon ; quand il n'y trouvera plus de plaisir, vous le verrez se tourner d'un autre côté et courir où l'attrait de la nouveauté l'appelle.
Combien la paternité eût été mieux avisée, si au lieu de fonder sa domination sur des attraits qui s'usent, elle l'avait établie sur ceux que ni le temps, ni les circonstances ne sont capables d'altérer! Le dévoûment vrai et constant au bonheur des siens est un de ceux qui présentent le plus ce caractère. Quand on sent que le chef de famille ne vit point pour lui-même, que, tout entier à la pensée de ce qui fera le bonheur d'une épouse et d'enfants chéris et ne recule pour eux devant aucune peine, il ne compte avec aucun sacrifice, croyez bien que, tôt ou tard, justice lui sera rendue. A mesure qu'il sera en état de comprendre, l'enfant se prendra à réfléchir, il sentira de plus en plus ce qu'il doit à ces immolations de tous les jours, à cette abnégation de toutes les heures. Enveloppé dans
les sollicitudes de cette providence visible, plus encore que clans ses tendresses, comment ne s'attacherait-il pas à elle par les liens indissolubles de l'affection et de la reconnaissance?
En outre, Messieurs, que cette providence se montre à lui avec un visage aimable et propre à gagner ses sympathies ! Quand la vertu doit vivre à l'écart, lorsque, comme au temps des anachorètes, elle se retire au fond des déserts et n'a d'autres témoins de ses actes que les antres, les rochers, les hôtes sauvages de la solitude, elle peut prendre sans inconvénients la forme qui lui plaît; rude, agreste, si elle le préfère, puisqu'elle n'a rien à démêler avec les hommes et qu'elle s'inquiète uniquement du regard de Dieu. Mais il n'en est point de même de celle qui se cultive au sein de nos sociétés, et en particulier, de celle qui doit être l'ornement du foyer domestique. Dans ce milieu de la famille, la vertu ne sera ni complète, ni bien entendue, si elle ne sait se donner à elle-même des attitudes aimables. Ce n'est pas assez qu'elle soit solide, il faut
qu'elle entraîne ; il ne lui suffit pas d'être dévouée, son dévoûment doit encore avoir un caractère attractif. Qu'elle sache si bien tempérer toutes choses qu'on ne voie en elle ni austérité rebutante, ni rigidité odieuse. Que sa fermeté soit suave, ses sévérités bienveillantes, sa dignité facile, son autorité sans raideur. Tout en conservant sa place, elle saura s'incliner avec tant d'amourvers ce qui est audessous d'elle que l'aisance la plus absolue régnera dans les relations, que nulle part on ne sentira la gêne, la crainte ou je ne sais quelle contrainte pénible, qui naît bien vite là où les cœurs ne sont pas à l'unisson. L'autorité, quelle qu'elle soit, a toujours besoin de se faire pardonner ses titres et la suprématie qu'elle exerce, mais s'il enest nue à qui il soit facile de trouver grâce, c'est assurément l'autorité paternelle. Elle l'obtiendra, nous l'avons dit, non point en trahissant ses devoirs, mais en y restant fidèle. Une juste fermeté unie à la douceur, loin de diminuer sa puissauce d'attraction, en sera bien plutôt la condition nécessaire. -Par elle le centre de la l'a-
mille restera ce qu'il doit être ; il sera un, il sera fixe, et il ne cessera point de se montrer sympathique.
C'est dans le Sauveur ressuscité * qu'il nous faut chercher le modèle à suivre. Voyez-le au milieu de cette famille adoptive qu'il s'est faite, et qui, après les désolations du Calvaire, le retrouve tout à coup dans les gloires et dans les joies de son triomphe. Quelle nouvelle autorité lui confère, aux yeux de ses disciples longtemps incrédules, la victoire qu'il vient de remporter sur la mort! Mais comme il tempère la majesté de son front ! Comme il sait éclipser et adoucir les rayons trop éblouissants qui partiraient de son visage! Sa parole est indulgente et suave, alors même qu'il reprend et qu'il redresse; et si des fautes ont été commises, elles trouveront leur réparation surabondante dans un redoublement de dévoûment et d'amour.
Etudions, Messieurs, ces admirables mystères; et puisque la pâque chrétienne que vous avez déjà faite ou que vous allez faire,