‹ La paternité chrétienneChapitre 16 sur 57 · Heb. sur · texte numérisé non relu

Heb. sur

propre personne, vous pouvez trouver place pour une arrière-pensée et une suprême réserve. Quoi ! toute la vie, une menace planera sur le foyer ! constamment une incertitude cruelle restera au fond des cœurs î L'épouse aura beau être devenue mère ; sa maternité même ne saurait la rassurer pleinemen-t contre un brusque retour. Un jour pourrait venir, où celle qui régnait dans votre maison, n'y • serait plus qu'une inconnue ! Ges deux vies mêlées l'une à l'autre, au point de n'en plus former qu'une seule, seraient tellement désunies que chacune d'elles pourrait dorénavant prendre un autre cours ; on les verrait déserter leurs rivages pour aller chercher au loin des contrées nouvelles !

Qui ne sent que cette seule perspective, quand même elle n'aurait rien de probable, suffirait pour empoisonner les joies de l'hymen?.

Si tout peut être, un jour ou l'autre, remis en question, comment les âmes se livrerontelles avec un entier abandon et une pleine confiance ? De quel droit demanderez-vous à

la jeune fille de quitter son-père et sa mère 4, si le nouvel appui que vous lui promettez, conserve le pouvoir de se retirer volontairement et de la laisser à sa propre faiblesse? Le jeune homme, à son tour, s'attackera-t-il exclusivement et pour jamais à celle qui n'a pas encore dit son dernier mot, qui se réserve de revenir, quand il lui plaira, sur la parole •donnée ?

En vérité, quelle condition faites-vous à l'un et à l'autre? Ce qui devait être éternel, n'est plus que temporaire; ce qui ne se conçoit que comme absolu, est rendu incertain. Sous prétexte de remédier à une situation particulière, vous ébranlez toutes les situations: pour parer aune éventualité exceptionnelle, vous allez mettre obstacle au bonheur de tous.

Le mariage, contracté dans ces conditions, ne sera plus un état, mais un essai; il n'apportera plus avec lui des promesses de yie,

1. Relinquel homo patreni suuoi et matrem et adhœrebit uxori suae. (Gen., u, 24.)

mais bien plutôt des menaces de mort; réduit à ne se présenter que comme une pure hypothèse, il ne saurait servir de fondement aux plus sérieuses réalités qui soient ici-bas. L'amour, la fidélité, la paternité même ressentiraient bientôt le contre-coup de ce renversement coupable des principes.

Et si l'on me dit que toutes ces conséquences ne se produisent pas dans les pays où le divorce est en vigueur, je répondrai que c'est seulement parce que les mœurs y sont meilleures que la loi; et que les habitudes chrétiennes corrigent en partie ce que la législation a de défectueux.

En France, on ne tenterait pas impunément une pareille expérience. Si ce Titre fatal n'eût été sagement rayé de notre code, il est moralement certain que soixante ans d'un tel régime auraient plus que suffi pour opérer, dans l'organisation de la famille, une brèche à jamais irréparable. L'indissolubilté est la clause sacrée, à laquelle toutes les autres se rattachent. C'est l'arche du Testament. Malheur aux profanes qui y portent la main! Particuliers

ou peuples, ils seront frappés comme Oza et porteront le poids des divines vengeances.

C'est incidemment, Messieurs, que je me suis vu amené à vous parler de ces idées subversives, et seulement en tant qu'on nous les présente comme un prétendu remède au refroidissement qui se produit parfois entre les époux.

Ne pourrions-nous assigner un antidote meilleur?

Notre siècle a vu s'organiser tant d'assurances contre les divers fléaux dont la vie est menacée ! L'incendie, le naufrage, la mort ellemême sont devenus l'objet de savantes combinaisons, grâce auxquelles, sans réparer ce qui est irréparable, on trouve pourtant le moyen de conjurer de sinistres résultats et d'obvier aux plus grands désastres. Pourquoi n'imaginerait-on pas aussi des garanties à fournir contre un malheur bien plus redoutable encore ?

Celles-ci, je l'avoue, devront être d'un autre ordre ; car il n'est point de compensation ma-

térielle qui puisse tenir la place des affections perdues. C'est donc ailleurs qu'il les faut chercher; et parce qu'il serait trop tard de s'y prendre lorsque déjà le mal existe, c'est à une influence préventive qu'il faut ici avoir recours ; en d'autres ternies, c'est dès leur origine, que nos amours doivent avoir en euxmêmes un préservatif efficace, ontre ces amoindrissements et ces destructioiîs, auxquels ils sont exposés comme toute chose icibas.

Ài-je besoin de vous dire que le vrai préservatif viendra d'en haut; que les affections seront d'autant plus sûres d'elles-mêmes et de leur durée qu'elles seront plus chrétiennes ?

Confiez-les à Jésus-Christ et il vous les gardera; mettez-les sous le couvert d'une piété sincère; cet abri les préservera de tout dommage et les défendra contre toute invasion. Ni la mobilité naturelle de notre esprit, ni les mille influences qui agissent sur nous dans le cours des années, ne pourront les arracher de ce sanctuaire, où vous les aurez fait asseoir sous la douce surveillance de la

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religion. Bien loin de subir une détérioration par l'action du temps, elles ne feront que grandir tous les jours ; et leur verte vieillesse apparaîtra plus vivante encore que leurs jeunes années. C'est qu'en elles se vérifiera la promesse évangélique. Tout ce que Jésus- Christ touche de sa main, tout ce qu'il nourrit de sa sève, devient impérissable et immortel.

Les épreuves qui viennent de la mort de nos proches.

Messieurs,

Puisque nous avons entrepris de passer en revue les principales épreuves dont la source première est dans nos affections, il est impossible de passer sous silence la plus cruelle et la plus inévitable de toutes.

Nos amours ont beau être immortels, l'objet sur lequel ils se sont fixés n'a ici-bas qu'une existence fragile, une durée limitée et souvent éphémère. A chaque instant, la mort frappe en aveugle et détruit sans pitié ce qui

faisait le charme de notre vie ou son bonheur.

Point de famille qui ne soit visitée par elle, point de foyer qui ne soit assombri par le deuil. A mesure que nous avançons, des vides plus nombreux se déclarent autour de nous; la terre que nous habitons, se dépeuple des êtres chéris qui nous faisaient cortège; et pour peu que notre pèlerinage doive se prolonger, nous serons bientôt réduits à une sorte de désert; comme aux portes de l'ancienne Rome, nous suivrons une route bordée de tombeaux, dont le silence n'évoquera plus à notre pensée que des joies ou des grandeurs évanouies.

- C'est la condition faite à tout homme en ce monde. Mais la souffrance a beau être générale, son universalité ne lui enlève rien de ses amertumes. Chacun de nous pleure ses amis comme s'il était le seul à être frappé ; la prévision même de ces douleurs, par lesquelles tous doivent passer successivement, ne les a point adoucies : et les nombreux exemples qu'on a pu en avoir sous les yeux, tout en les

faisant envisager comme nécessaires, ne les rend ni moins intenses, ni moins déchirantes.

Il faudrait plaindre ceux qui s'estimeraient affranchis de ces tristesses. Caria tranquillité dont ils jouiraient, n'aurait pour principe que l'indifférence et l'insensibilité. Plutôt que de leur ressembler, nous saurons consentir à être malheureux. Nous préférerons nos désolations et nos larmes à cette attitude stoïque, qu'ils conservent en présence de la mort parce qu'ils n'ont pas su aimer, et que leur âme ignore toute tendresse. En nous inspirant le détachement, la religion chrétienne se garde bien de nous commander la froideur. Aussi, Messieurs, ce n'est point dans la diminution de nos affections que nous chercherons un soulagement à leur deuil.

Pour vous faire mieux saisir les adoucissements que notre foi peut nous fournir, j'au-' rai d'abord quelques explications à vous donner sur la nature même de ces attachements qui nous unissent à nos proches. Une fois cette question bien éclaircie, nous serons plus à même de prendre tous les moyens préven-

tifs, qui peuvent aider à parer les coups dont nous sommes menacés. Celui qui aura su les employer à propos, pourra bien sans doute ployer un instant sous le poids de l'épreuve ; mais il ne sera ni brisé tout à fait, ni exposé à se voir plongé dans un abattement voisin du désespoir.

La théologie distingue deux sortes d'amour, l'un qu'elle appelle amour de surabondance, l'autre qu'elle nomme amour de pauvreté. Rien que d'après ces dénominations , vous voyez déjà ce qui les distingue. Le premier ne fait que donner sans rien recevoir; le second donne, lui aussi, mais il reçoit davantage; et ce qu'il gagoe, l'emporte sur les biens dont il se dépouille.

A prendre les choses en rigueur, Dieu est le seul qui puisse aimer d'une manière complètement désintéressée et sans aucun retour.

Car il est le seul qui n'ait besoin de personne; le seul qui ne peut tenir des créatures ni accroissement de gloire, ni augmentation de félicité. Leur amour ne le rend pas plus riche ou plus heureux ; de même que leur haine ou leur indifférence ne l'appauvrit pas, ne lui enlève quoi que ce soit de son repos éternel. Telle est l'indépendance absolue qui caracté-» rise la suprême nature ; c'est à ce signe non équivoque que le Prophète déclare reconnaître Celui qu'il adore. « J'ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu, car vous n'avez nul besoin de ce que j'appelle mes biens et mes avantages ■ » .

Il est vrai pourtant que, dans ce monde où nous vivons, les saints deviennent, par leurs vertus, comme une manifestation éclatante de la Divinité. De même que les cieux racontent sa puissance, eux aussi, avec une éloquence bien plus grande encore, révèlent ses perfections et justifient sa Providence sur

1. Dixi Domino, Deus meus es tu, quoniam bonorum meorum non eges. (Ps. xv, 2.)

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