‹ La paternité chrétienneChapitre 20 sur 57 · I Rrg. xv · texte numérisé non relu

I Rrg. xv

la sainteté de leurs affections, par la pureté de leur vie ?

Et de fait, Messieurs, n'est-ce pas ce que nous voyons? Dans les familles chrétiennes, où tous sont nourris de la même foi, soutenus par les mêmes espérances, ces tristes moments ont beaucoup perdu de leur horreur poignante et profonde. Les souffrances y sont comme enveloppées d'une atmosphère de douce résignation, qui n'y laisse plus apercevoir que la purification des âmes. La mort s'y revêt d'une beauté et d'une lumière, qui arrive plus d'une lois à la rendre sympathique. En voyant ses victimes si calmes, si sereines, on est tenté de lui dire : Ubiest mors, Victoria tuai ubi est stimulus tuus * ? 0 mort, où est ta victoire? ô mort, où est ton aiguillon? La douleur lui fait cortège, mais c'est celle dont parle saint Paul, une douleur qui n'a rien de commun avec les désolations profanes et destituées d'espérances 2.

i. I Cor., xv, 55.

2. Ut non contristemini sicut et cœteri qui tpem non liaient, (f Thés., iv, 12.)

C'est que la mort n'est pas seulement une porte qui se ferme, mais aussi une porte qui s'ouvre.

Pour les hommes dépourvus de convictions, cette dernière ne laisse apercevoir que l'inconnu, peut-être même le néant. Ou plutôt, disons-le, malgré les obscurités qu'ils cherchent à accumuler sur ces horizons lointains, elle ne leur donne à entrevoir que des éventualités terribles. Qu'on ait essayé de se faire à soi-même des idées négatives sur la vie future, ou qu'on flotte dans les incertitudes et l'oubli volontaire, quelle consolation sérieuse voulez -vous qu'on se promette pour l'avenir? Quel espoir laisse-t-on derrière soi à ceux qui survivent et qui pleurent?

Du reste, ce n'est point seulement à la dernière heure que l'absence des croyances chrétiennes introduit dans les affections une lacune profonde ; c'est dès le premier moment qu'elles en sont atteintes et mises dans l'impossibilité de s'épanouir.

Quelle différence, en effet, de s'aimer pour

une durée éphémère, fugitive, ou d'être persuadé que l'on s'aime pour l'éternité?

Nous savons que l'amour a besoin d'avenir, qu'il lui faut la sécurité du lendemain, qu'il demande de vastes espaces, où il lui soit permis de se déployer à l'aise et sans contrainte. Il ne se fait point à ridée de ne vivre. pour ainsi dire, qu'un moment. Il ne peut même accepter la perspective de périr un jour. Car vous auriez beau reculer les limites dans lesquelles vous l'enfermez, du moment que vous lui assignez un terme, il proteste et se révolte. Ce mot d'immortalité qu'il a sans cesse à la bouche, n'est point une vaine formule pour l'amour véritable; c'est bien plutôt ce qui exprime sa conviction, son besoin ; c'est sa loi même, à laquelle il ne peut se soustraire, sous peine de se renier et de se détruire.

Mais que devient cette prétendue immortalité, pour ceux qui n'ont pas la foi en la vie future? Que peuvent-ils promettre à leurs affections, si ce n'est au plus de les égaler au petit nombre d'années qu'ils auront à passer

en ce monde? Tout leur horizon finit là. En vain ils se lieront par des nœuds indestructibles, se jureront mutuellement une fidélité éternelle; en réalité, tous ces grands mots sont vides de sens dans leur bouche; il faut rabattre de ces prétentions, il faut ramener ces paroles exagérées à leur sens positif; et ce sens, encore une fois, ne saurait s'étendre plus loin que la durée circonscrite dans laquelle ils s'emprisonnent. Aurai-je tort de

dire que bon gré mal gré l'amour, quand il est sincère, ne saurait s'en contenter, qu'il étouffe dans ce cercle restreint, qu'il lui faut plus d'air, plus de champ; et qu'en dépit de toutes les négations auxquelles on s'est arrêté, il proteste hautement, à la face du ciel et de la terre, contre le néant qu'on lui impose?

Oui, j'en appelle à tous ceux qui ont au cœur de nobles, de légitimes attachements; car ceux-là, comme disent nos Saints Livres, sont de force à lutter victorieusement avec la mort, forîis ut mors dilectio1; vous essayerez

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