P.S CWXViI
■1. Ps. cit.
Les joies tlu Sacrement.
Messieurs,
De tout temps, chez tous les peuples, l'union de l'homme et de la femme, pour fonder une famille, a été revêtue d'un caractère religieux. Le mariage a toujours été considéré comme une chose sainte, res sacra ; le contrat qui intervient pour confondre deux vies et deux destinées, n'a jamais manqué d'être placé sous le contrôle et sous la protection du ciel.
us retrouvons cett- loi au sein même
des ténèbres amoncelées par l'idolâtrie. Les païens, qui mêlaient la divinité à tous les actes de leur existence, auraient-ils pu la laisser de côté, quand il s'agit du plus auguste et du plus solennel de tous ? Vous savez que des dieux spéciaux étaient censés présider aux alliances matrimoniales. Il y en avait qui protégeaient le foyer, d'autres qui favorisaient la naissance des enfants, d'autres encore qui veillaient sur le lit nuptial. Au moment où les jeunes époux se juraient fidélité, les cérémonies qui accompagnaient leurs promesses réciproques et en sanctionnaient la valeur, avaient pour but d'y faire intervenir des influences supérieures et de les placer sous leurs auspices.
Sans doute, ces traditions mythologiques étaient loin d'êtres pures. Les idoles n'avaient pu iuspirer à leurs adorateurs ces sentiments de pudeur délicate, auxquels le christianisme nous a accoutumés; tout était grossier dans ce culte; tout y respirait la volupté ou même y consacrait la débauche. Rien de plus triste, au fond, que ces rites anciens ; rien de moins
édifiant que ces- prétendus habitants de l'Olympe, dont on voulait faire les protecteurs de la famille.
Le polythéisme portant l'abomination dans le lieu saint, livrait aux profanations le sanctuaire domestique. Et pourtant, à travers ces désolantes déviations, nous aimons à retrouver encore quelques vestiges des vérités gravées au fond de notre nature. La conscience n'avait pu sombrer si complètement, qu'elle ne reparût de loin en loin et ne fît encore entendre sa voix. Ce sens du divin, qui avait été déposé en elle à l'origine, n'a jamais pu être tellement oblitéré, qu'il ne se révèle au moins partiellement, et surtout dans les lois fondamentales sur lesquelles l'humanité repose. C'est lui qui proclame, même par l'organe de ces rites incomplets ou corrompus , que l'homme ne s'attache point à la compagne de sa vie, sans que la divinité se rende garant de leurs serments réciproques. Le lien qui s'établit entre eux , en vertu de leurs promesses mutuelles, n'est point semblable à ceux que nous pouvons former et dénouer , tous les
jours; et la stabilité qui le caractérise, vient d'une consécration qu'il a reçue par Tintermention d'une volonté surhumaine.
Mais à quoi bon chercher notre lumière dans ks régions de l'erreur, lorsque nous avons pour nous l'éclat si pur de ia révélation biblique? G'est là qu'il faut nous hâter de revenir, c'est dans lÉeuiure, dans les enseignements de l'Église, qu'il nous faut aller puiser nos oracles.
Vous vous demandez peut-être. Messieurs, où je vous conduis par ce chemin. Vous êtes tentés de croire que j'ai perdu de vue ce qui doit faire l'objet de nos conférences de cette année. Rassurez-YOU$: nous n'oublions point notre but; nous y allons, au contraire, par la route la plus directe. Car ces joies, dont j'ai a vous parier, ont leur source et leur principe iment qui fait la famille. C'est à cette cause première que nous devons remonter, aûn de nous bien rendre compte des trésors de grâce qu'elle renferme.
Il suffit d'ouvrir nos Livres Saints, pour constater l'antiquité de cette croyance à une immixtion du Ciel dans les questions de mariage.
Les patriarches étaient persuadés que Dieu ne restait indifférent ni au choix des personnes, ni à l'acte solennel de leurs épi vailles, ni à la fécondité de leur union. Qu'un se rappelle le Père des croyants, envoyant son serviteur à la recherche d'une épouse pour Isaac, et la prière d'Éliézer près du puits de Nachor : « Seigneur, Dieu de mon maître, s'écrie-t-il, venez, je vous en conjure, au vant de mes désirs et déployez votre miséricorde en faveur d'Abraham1. » Ce qu'il demande, c'est un signe auquel il reconnaîtra
1. Domine Deus domini mei Abraham, occurre, obsecro, inihi hoclis et fac misericordiam eurn domino meo Abraham. (Gen.,xxiv, 12.)
la jeune fille que la Providence a préparée pour son maître ; et il est si sûr de la réponse d'en haut, que lui-même il fixe d'avance les circonstances qui la lui feront discerner. Or, il n'est point le seul à penser de la sorte.
A peine ce messager fidèle a-t-il raconté devant les parents de Rébecca ce qui vient de se passer entre lui et leur fille, que la famille tout entière n'hésite plus à y voir une désignation venue du Ciel. D'une commune \oix, Laban et Bathuel s'écrient : « C'est le Seigneur qui s'est fait entendre, et nous ne pouvons rien faire qui soit opposé à son bon plaisir; voici Rébecca devant vous, emmenez-la et qu'elle soit la femme du fils d'Abraham, comme Dieu lui-même l'a commandé1. » Le fait, sans doute, porte avec soi un caractère spécial ; mais, à travers le merveilleux qui l'entoure, nous voyons clairement ce que pensaient ces illustres maisons, du soin que
1. A Domino egressus est sermo; non possumus extra placitum ejus quidquam aliud loqui tecum. En Rébecca coram te est, toile eam et proficiscere et sit uxor filii domini tui, sicut locutus est Dominus. (Gen., xxiv, 50, 51.)
prenait la Divinité d'assurer leurs alliances.
Plus tard, la législation mosaïque tracera les règles à observer, fixera les limites qu'on ne doit point franchir. Une foule de prescriptions saintes, dictées au guide des Hébreux sur le Sinaï, apprendront au peuple la sollicitude avec laquelle le Souverain du monde veille sur la formation des familles ; et comme il tient à bannir de leurs origines, non-seulement toute souillure, mais aussi toute condition d'infériorité. Bien que l'union conjugale ne puisse encore être élevée à ce niveau supérieur, où la portera plus tard la loi chrétienne, on sent bien que rien n'y est abandonné au hasard, qu'elle constitue un lien religieux et sacré, dont s'occupe la même puissance qui a créé l'humanité au commencement, et qui trouve bon de la multiplier de cette manière.
Mais c'est surtout au livre de Tobie que nous est révélé le cérémonial du vrai mariage israélite.
Vous y voyez tout d'abord la Providence, attentive à écarter d'une jeune fille vertueuse tout les prétendants indignes d'elle. Sept fois
déjà Sara a été fiancée, et sept fuis les jeunes hommes, auxquels elle avait pensé s'unir, ont été frappés de mort à ses pieds, avant d'avoir pu devenir ses époux. Lorsqu'enfin celui que le ciel tenait en réserve pour la rendre heureuse, est arrivé dans sa maison, sous la conduite mystérieuse d'un ange ; lorsque, la prière sur les lèvres et la loi de Moïse à la main, les parents ont compris la volonté divine, et accurdé leur consentement au projet qu'on leur avait soumis; Voici, Messieurs, la scène simple et auguste à laquelle l'Écriture nous fait assister.
Le père prend la main de sa fille et la met lui-même dans celle du jeune Tobie; puis, élevant la voix, il prononce ces solennelLes paroles, que l'Église catholique recueillera, pour s'en servir dans les mêmes circonstances : « Que le Dieu d'Abraham, ie Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob soit avec vous; que luimême vous unisse, et qu'il accomplisse en vos personnes ta bénédiction féconde1. » Après
î. Apprëhéhdèns [Raguél) dexteram lilite mji£, dexteraeTo-
quoi, on dresse la minute du contrat et on célèbre le festin nuptial1, en rendant au ciel mille actions de grâces.
Quoi de plus touchant que ce rite, et quoi de plus significatif que ces paroles ? Les voilà, ces saintes joies de l'hymen religieux, se révélant à nous dans ces siècles lointains, et devançant les joies, bien plus .complètes encore, du mariage catholique.
Un jour, les Pharisiens étaient venus poser au Sauveur des questions iriaidieuses sur la séparation et. le libelle de divorce. Profitant de la circonstance. Jésus-Christ les ramène à l'idéal révélé dès le commencement du monde. 11 rapporte la loi d'exception, qui ne devait avoir qu'un temps, et qu'avait nécessitée la dureté de leurs cœurs. Puis il formule nettement l'obligation sainte qu'il faudra désormais universellement reconnaître. Plus de di-
biae tradidit, dicens ; Deus Abraham et Deus Isaac et Deus Jacob vobiscuin sit et coujucgat vos, impleatque beuedio tionem suaui in vobis. (Tob., vu, 15.)
1. Et accepta charta fecerunt conscriptionem conjugii. Et... epulati suot benedicent Deum. (Tob., vu, 16, 17.)
vision entre les époux, puisque le lien qui les unit est, de sa nature, indissoluble ; plus de possibilité pour eux de reprendre leur liberté, puisqu'ils l'ont eux-mêmes engagée spontanément. Si le sens charnel se récrie, on lui fera comprendre qu'il n'a rien à voir dans une cause, que Dieu lui-même a prise sous son patronage. Le nœud qui s'est formé, est l'œuvre d'une volonté toute-puissante ; et aucune main humaine ne doit être assez téméraire pour essayer de le rompre. Quod Deus conjunxit, homo non separet J.
Par sa présence au festin de Gana, le Sauveur avait d'avance réfuté les hérésies, et consacré les unions conjugales qui se célébreraient dans la suite.
Les Apôtres le comprirent; saint Paul, en particulier, nous révèle sa pensée tout entière, quand il parle de ce mystère auguste et de ce grand sacrement, qui existe dans le Christ et dans son Église2.