‹ La paternité chrétienneChapitre 29 sur 57 · Matth., xix · texte numérisé non relu

Matth., xix

•2. Ephes.. v, 32.

C'est cette page divine, que la liturgie catholique nous fait lire à la messe des épousailles. C'est à l'ombre du sanctuaire, au milieu des rites sacrés, qu'elle convoque les futurs époux pour les- revêtir de leur dignité nouvelle. Entonnant des hymnes joyeuses, allumant son luminaire, remplissant les cœurs de saintes émotions et les oreilles de suaves harmonies, elle célèbre une solennité à laquelle le ciel et la terre sont invités à la fois.

Pourquoi ce cortège brillant? Pourquoi ces accents d'allégresse et cet appareil de fête, où tout semble ne faire entendre qu'une prophétie de bonheur?

Ah! Messieurs, c'est qu'il se fait là, au pied de cet autel, une création importante. Voici une image fidèle de l'union qui existe entre l'Église et son époux. Voici un couple auguste, chargé de perpétuer la tribu sainte, et de donner des membres à la famille de Dieu. -Temple du Seigneur, résonnez de sacrés cantiques. Et vous, autel de l'Agneau, revêtezvous de vos plus belles parures. Que les Anges descendent de leur gloire, que la divine

tSk TRENTE-DEUXIÈME CONFÉRENCE.

victime elle-même se bâte d'apparaître; ce n'est pas de trop de toutes les bénédictions d'en baut et de toutes celles d'ici-bas, pour accompagner ces époux dans leur voie et célébrer leur triomphe.

Car, comme dit saint Atnbroise, l'union des chrétiens doit être abritée sous le voile sacerdotal et sanctifiée par la bénédiction du prêtre1. Et, comme ajoute saint Augustin : Chez nous, l'état conjugal se recommande bien plus par la sainteté du sacrement, que par la fécondité même qui le caractérise5. Avant lui déjà, Tertullien s'était écrié : Comment exprimer le bonheur de cette union, que l'Église établit, que l'oblation des mystères consacre, à laquelle la bénédiction met le sceau, dont les Anges portent le message et que le Père céleste ratifie*.

1. Ipsum coujugiuni velamine sacerdotali et benedictione s an eti fi cari oportet. (Amb. ad Vigilant, ep. six, n° 7.)

2. In nuptiis plus valet sanciitas sacranienti quam fecundilasuteri. (Aug. de bon. cong., c. 18.)

3. Unde sufficiauius ad etmrrandam felicitatem ejus niatrimonii quod Ecclesia conciliât, et confirmât oblatio, et An^eli renunciaut, et Pater rato babet (Tert. ad Uxoiv

Et voilà, Messieurs, ce qu'où voudrait nous enlever!

Une doctrine intolérable, qui s'efforce de prévaloir, décuurorme les époux, en faisant de leur union, je ne dirai pas un contrat purement naturel, — il y aurait là du moins quelque grandeur; — mais une sorte de transaction exclusivement civile, du ressort de la loi, comme toutes les autres; soumise au magistrat, et résiliable sur le prononcé de sou verdict.

Nous avons apprécié précédemment ces tendances. Nous avons vu que, si jamais elles l'emportaient, le mariage descendrait au-dessous du niveau où l'avait placé le paganisme; car les idolâtres ne niaient pas son caractère religieux; et c'est précisément ce que des légistes sans entrailles voudraient effacer et détruire.

Le sacrement catholique n'est point une simple cérémonie. Il apporte avec lui sa grâce. Et celle-ci a un double effet, comme l'enseigne la.théologie.

D'une part, elle augmente en nousîa justice

et cimente de plus en plus l'amitié avec le ciel. D'autre part, elle crée, dans les époux chrétiens, des dispositions conformes aux nouveaux devoirs qu'ils contractent. Le rapprochement intime des âmes, la concorde parfaite des sentiments et des pensées, seront les premiers résultats de cette effusion nouvelle des dons divins. Ce qui sort de là, ce n'est point seulement cette unité dont le Sauveur a dit : Désormais il n'y plus deux chairs, mais une seule, Jam non sunt duo, sed unâ caro ' ; pour l'exprimer complètement, il faut ajouter que bientôt aussi il n'y aura plus qu'un seul cœur et une seule âme : corunum et anima una2.

Est-il nécessaire de vous faire observer que la grâce qui opère cette merveille, est une grâce de joie; qu'elle ne peut se répandre en vous sans provoquer au fond de votre âme un épanouissement, qui renferme une garantie de bonheur, ou qui est déjà le bonheur luimême?

i. Matth., xix, 6 2. Act., iv, 32.

De là, cette première période de Ja vie conjugale, dont la douceur semble surpasser toutes, les autres, et dont la reuommée est proverbiale. Les satisfactions qu'elle apporte, ne viennent pas seulement de l'explosion légitime dusentiment naturel ; pour les chrétiens, elles dérivent avant tout du sacrement, qui garde encore, à cette heure, toute sa fraîcheur et tout son arôme.

Aussi ceux qui sont sages, ont-ils grand soin de conserver le don qu'ils ont reçu. Ils îe ménagent, pour ainsi dire, évitant avec précaution tout ce qui serait de nature à l'endommager, à le diminuer. Bien loin d'en laisser perdre la moindre parcelle, ils s'efforcent d'accroître cette dot précieuse et de l'augmenter tous les jours par la prière. N'est-ce pas le trésor de leur vie, et ne faut-il pas que ce trésor dure autant qu'eux mêmes?

Félicitez ceux qui ont foi à la puissance de cette grâce, et qui espèrent en elle pour la solution de toutes les difficultés à venir. C'est parmi eux qu'on trouvera d'admirables modèles des vertus domestiques. Ce sont

eux qui fonderont un foyer paisible, ou> régnera l'unité des sentiments, sans que les divergences inévitables d'opinions ou de caractères puissent en altérer la paix profonde.

Si ce spectacle devient de plus en plus rare, savez-vous quelle en peut bien être la principale cau^e ?

Les mariages qui se contractent parmi nous, ne sont-ils point souvent entachés d'une faute originelle ? On ne s'est pas préparé au sacrement; et plusieurs* ont débuté dans cette vie nouvelle, par une sacrilège profanation. Du moins, en venant à l'autel, ils n'y ont pas été conduits par une pensée de foi, et ils n'y ont guère apporté que des préoccupations profanes.

Où sout aujourd'hui ceux qui répéteront, avec les jeunes époux dont j'ai déjà cité l'exemple : Nous sommes les enfants des Saints, et nous ne pouvons pas nous unir, à la manière des païens qui ne connaissent pas le Seigneur? Filii sanctorum sumus et nonpossumus ita conjungi sicut gentes quce ignorant

Deum1'} Où sont ceux qui débutent par la prière commune , qui préludent aux joies qu'ils attendent, en imposant un frein à leurs désirs, et en offrant au ciel le sacrifice de leurs empressements les plus légitimes?

Rétablissez l'esprit chrétien, rendez à ces origines de la famille le caractère religieux dont elles étaient autrefois si fières; vous y déposerez par là-même une semence précieuse et comme un germ'e de douce union; pour parler avec l'Écriture, vous aurez planté sur le cours d'une eau vive, un de ces arbres toujours verts, qui ne se dépouillent jamais de leur feuillage et donnent, au temps marqué, un fruit délicieux2.

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