‹ La paternité chrétienneChapitre 41 sur 57 · Gen., îv · texte numérisé non relu

Gen., îv

27u TRENTE-TROISIÈME CONFÉRENCE.

Dans le Christianisme, l'usage qui a prévalu est plus beau, plus consolant encore.

Il s'agit, vous le savez, de rattacher celui ou celle qui vient de naître, à quelqu'un de ces héros dont l'Église est justement fière. On veut qu'il en obtienne la protection; on espère qu'il en reproduira, du moins de loin, les vertus. Puis l'Église militante, privée de ces grands hommes, qui habitent désormais un monde meilleur, se persuade, en quelque sorte, les retrouver; elle trompe sa douleur, en leur donnant des représentants et des homonymes.

Écoutez comment les chrétiens se parlent entre eux :JVoici Pierre et voici Etienne ; ici c'est Paul, c'est Jean; ce sont Laurent, Vincent. Thomas ou Philippe. Ne se dirait-on pas transporté au premier âge, alors que. tous ces saints personnages donnaient au monde le spectacle le plus magnifique qu'il eût jamais admiré?

Que l'on préfère des patrons plus rapprochés de nous, que chaque contrée honore spécialement les bienheureux qui lui appartiennent.

et les fasse revivre, dans les appellations qu'elle donne à ses enfants, nous ne pouvons qu'applaudir à cet usage. Mais comment ne pas s'étonner de la folie de ceux qui, laissant de côté ces immortels souvenirs, s'en vont chercher, pour leurs fils, je ne sais quelles dénominations bizarres et inusitées? Lorsque j'entends retentir ces noms sans antécédents, sans histoire, que voulez-vous qu'ils disent à ma pensée ou à mon cœur? En quoi pourront-ils aider la jeunesse qui les porte ? Quels patronages lui assureront-ils? Quels exemples peuvent-ils lui rappeler, et quelle noble émulation feront-ils naître dans son âme?

Il serait plus indigne encore d'une famille chrétienne, d'emprunter au paganisme ses noms odieux et justement décriés. Vainement voudrait-on évoquer ainsi des réminiscences classiques, ou rappeler des chefs-d'œuvre littéraires. Il y a mille fois plus de poésie dans les noms devenus vulgaires de Jacques ou de Matthieu, qu'il ne s'en peut trouver dans ces appellations modernes, qui ont été un instant

à la mode, mais qu'on commence, Dieu merci, à rejeter presque universellement.

Après l'achèvement des saintes cérémonies, l'enfant est rapporté à sa mère. Avec quels transports, mêlés de respect et de tendresse, elle va le recevoir dans ses bras et le presser sur son cœur! Heureuse, si ses forces lui permettent de nourrir elle-même un enfant de Dieu ! Du moins elle se gardera de l'éloigner de sa personne; car il repose sous ce toit, comme l'arche dans la maison d'Obédédom, attirant la bénédiction du ciel sur tous ceux qui sont dans son voisinage. Quoi de plus fort que l'innocence, pour nous assurer cette protection d'en haut? Quoi de plus propre à faire descendre la grâce que ce parfum du baptême, émanant d'une âme dont la beauté est encore intacte?

Il faudra une nécessité impérieuse, pour qu'un père en vienne à se séparer d'un tel bien. En consentant à le voir emporter loin de lui, il craindrait de fermer pour les siens la source la plus abondante des faveurs divines, et il sentirait aussi qu'il se prive

par là de ses joies les plus délicieuses et les plus pures.

N'avez-vous jamais vu un homme, penché sur un berceau, où il comtemple avec amour sa propre image et comme un dédoublement de sa vie? Dans ces traits à peine formés, il constate des ressemblances qui lui sont chères; il se voit refleurir, et avec lui, ses aïeux. Et déjà, dans ce passé qui ressuscite avec tant de grâces, il voudrait bien deviner le secret de l'avenir. Que de rêves séduisants 1 que de projets longuement caressés!

Oui, sans doute, jouissez du don qui vous est fait; souriez à ces horizons qui s'ouvrent, puisqu'il n'y a point encore de nuages pour obscurcir leur lumière et compromettre leur sérénité. Chaque soir, après une journée d'agitation, de travail et peut-être de luttes pénibles contre les choses et contre les hommes, votre plus douce récompense sera de venir vous asseoir auprès de cette couche enfantine, de regarder cette existence encore si frêle, à laquelle votre bonheur est suspendu, de contempler cette paix si suave

que les combats et les déceptions de la vie n'ont point encore troublée. Vous vous souviendrez alors que Dieu est là, qu'il habite sous cette fragile enveloppe et trouve ses délices dans ce cœur immaculé. Peut-être, poussé par un sentiment de foi, vous imiterez le père d'Origène; et découvrant cette poitrine, où le Saint-Esprit repose, vous la baiserez avec un profond respect, en faisant un acte d'adoration.

En même temps, vous entendrez ce grand avertissement : Depositum custodi*, gardez fidèlement le dépôt. Ce que Dieu a de plus sacré, il l'a remis entre vos mains. Mieux vous en apprécierez la valeur, plus vous aurez un juste sentiment de l'honneur qui vous est accordé et de la responsabilité qui pèse désormais sur vous.

Mais l'amour a parlé assez haut et il n'est plus besoin d'autres oracles.

Qu'est-ce qui pourrait vous coûter désormais? Tout est transformé; le monde entier

Page 1