Luc,, il
nous débutons tous par un sommeil profond. Mais bientôt le réveil commence, et l'intelligence se dégage peu à peu de ses ombres.
C'est merveille de voir comment elle entre en possession d'elle-même, atteignant d'abord les objets extérieurs et matériels, puis arrivant bieo vite à des notions plus relevées. Les choses religieuses surtout pénètrent avec une extrême facilité clans cet esprit, qui paraît encore si peu ouvert. On dirait que, malgré leur sublimité, elles ont pour sa faiblesse un attrait sympathique et des affinités spéciales. Les plus hauts mystères savent se proportionnner aux idées de l'enfant ; ils se mettent à sa portée, et lui arrivent sous des formes réduites, où ils se trouvent pourtant tout entiers, sans perdre aucun de leurs attributs essentiels. Dieu, la prière, le devoir sont déjà l'objet de cet enseignement élémentaire. Incapable de découvrir tout ce qui se cache sous ces grandes formules, l'âme enfantine en comprend néanmoins la signification; elle s'en fait une idée juste, qui devient la base de toute la formation morale. Dès cette pre-
mière heure, les assises sont posées ; et ce qu'on bâtira plus tard, viendra nécessairement s'appuyer sur cette première pierre.
Suivre ces progrès, recueillir et diriger ces lueurs de l'aube naissante, c'est à la fois une des obligations du père de famille et le charme de sa vie.
Ai-je besoin, Messieurs, d'insister sur l'importance de cette instruction religieuse, qui va précéder la première communion? Il est bien vrai que, vu l'âge de ceux à qui elle s'adresse, elle restera forcément restreinte, limitée. Elle rasera plutôt la terre qu'elle ne prendra l'essor; elle s'enfermera en des explications simples, accessibles, sans pouvoir aspirer aux proportions d'un développement scientifique.
Et pourtant c'est elle qui formera le fond de ces connaissances indispensables, qu'on gardera toute sa vie.
S'il s'agit de l'enfant des champs, la seule initiation chrétienne qui lui sera donnée, consistera dans ces deux ou trois années de catéchisme, qui prépareut le grand jour. A la
ville, Dieu merci, il n'en sera pas de même, du moins pour un certain nombre. Mais remarquez, s'il vous plaît, que ceux qui n'ont point gravé dans leur mémoire , à cette époque, la' lettre de l'abrégé doctrinal, ne la sauront vraisemblablement jamais. Or, ne pas la retenir, c'est se condamner à n'avoir, pour toute la suite, que des notions inexactes, sans précision, sans fixité. Il y a là une lacune qui se comble difficilement. Le manque de clarté dans les leçons de la première heure, jettera de l'obscurité sur celles qui viendront après. La maison a été mal prise dans ses fondations; ou elle ne durera pas, ou du moins elle ne sera pas solide.
Le père de famille ne doit point se désintéresser de cette instruction, puisqu'elle est la plus nécessaire. A vrai dire, le catéchisme est la théologie des gens du monde. Plût à Dieu qu'on le possédât à fond ! Quand même on n'aurait pas poussé plus loin l'étude des choses divines, on serait sûr au moins de ne pas errer grossièrement, en ce qui concerne les vérités capitales.
C'est tout le contraire qui arrive aujourd'hui. Ou se lance dans je ne sais quelles considérations qui se targuent de philosophie, et on ne connaît pas même les éléments de la religion. On raisonne à perte de vue sur les dogmes, dont on ignore la notion exacte ; on voudrait planer dans les hauteurs, tandis qu'on ne sait pas marcher dans la plaine sans faire les plus tristes chutes. Notre siècle est orgueilleux de ses conquêtes ; il a sans cesse à la bouche le nom de la science ; or, la science vraie, la science-mère, par laquelle il aurait fallu commencer, est précisément celle qui fait défaut. On ne l'a pas apprise ; et surtout on ne s'est pas donné la peine de la comprendre.
Les parents ont ici une immense responsabilité.
Ne dites pas : C'est l'affaire du prêtre. Sans vous, le prêtre ne peut rien. De vous dépend l'assiduité à ses leçons, l'attention qu'on y apporte, le zèle qu'on met à en profiter. Si l'enfant, rentrant chez lui, sent que les idées religieuses n'y sont pas en honneur ; s'il voit
PREMIÈRE COMMUNION D'UN ÈiNFANT. 28o
qu'on est loin de leur donner la première place ; que l'enseignement chrétien n'est qu'une nécessité qu'on subit, une formalité à laquelle on se soumet ; sans aller jusquelà, si on néglige de s'en occuper, et si on ne le traite qu'avec indifférence ; comment voulez-vous que l'œuvre du catéchiste s'accomplisse avec succès? Quel goût, quelle ardeur ceux qui dépendent de vous, apporteront-ils à ces études ? Ne rejetez pas la faute sur autrui. En toute hypothèse, il sera vrai de dire que, si cette formation échoue, c'est à vous, et à vous seuls, qu'il faudra s'en prendre.
En même temps que l'intelligence s'ouvre à la vérité chrétienne, la piété doit éclore et se développer au fond du cœur.
Un admirable instinct y a été déposé d'avance par le Saint-Esprit, comme une bonne semence jetée dans ceite terre encore vierge; il suffira d'un rayon de soleil, pour la faire germer et produire une tige pleine de vie. Pour peu que la famille l'y excite, l'enfant priera comme spontanément; on le verra joindre ses petites mains et élever son regard
vers le ciel. Il comprendra aisément qu'il a là un Père, dont celui qu'il voit de ses yeux, n'est que l'image ; et quand on lui dira de s'adresser à lui soir et matin, il le fera sans crainte, sans respect humain, sans défaillance.
Quoi de beau, Messieurs, comme la prière de l'enfant! Le voyez-vous, à cet âge si tendre, ployant ses genoux devant l'Éternel, murmurant des paroles sublimes, qui le dépassent de cent coudées, essayant de faire parvenir jusqu'au trône du Tout-Puissant, sa voix qui tremble encore et qui peut à peine articuler quelques syllabes?
Et dire que Dieu est attentif! Et savoir que le ciel tout entier écoute en silence cette louange, qu'il déclare parfaite, parce que les lèvres qui la prononcent, sont pures : Ex ore infantium et lactentium , perfecisti laadem * / Vous aussi, Messieurs, admirez, respectez; mais surtout favorisez de toutes vos forces l'éclosion de cette prière. Car, s'il est vrai qu'elle soit instinctive et presque spontanée,