Esprit des lois, liv. IV, c
ments qui sont faits pour s'unir. L'hymne de la reconnaissance envers le ciel, se joindra sans effort aux chants joyeux, où l'on célèbre le bonheur de se trouver rapprochés ; la prière consacrera la table où l'on s'assemble; l'assistance commune au sacrifice de nos autels entrera, comme partie principale, dans le programme des grands anniversaires.
Hélas! il faut l'ajouter, la mort a aussi ses fêtes, ses réunions obligées; et celles-ci, plus encore que toutes les autres, nous appellent au pied des autels.
Si dans ce grand deuil qui suit la perte de nos proches, nous pouvons espérer quelque soulagement et quelque consolation, la source n'en devra point être cherchée ailleurs. C'est ici, dans les perspectives que la foi nous ouvre; c'est au milieu des espérances évoquées par les paroles de l'Église et par le symbolisme des cérémonies sacrées, que nous sentirons nos cœurs abattus s'élever à des pensées plus hautes, et concevoir des sentiments moins terrestres.
Félicitez ceux qui seront venus dans le tem-
pie, aux jours de la joie ; ils ne s'y sentiront point dépaysés, quand aura sonné l'heure de la tristesse.
Les larmes qu'ils verseront dans le sanctuaire, témoin de leurs transports, ne seront point sans compensation: Dieu qu'ils n'ont pas oublié tandis qu'ils étaient heureux, se souviendra d'eux, à son tour, lorsqu'il les verra dans l'affliction ; et la même main qui leur verse l'amertume, saura encore y mêler quelque suavité.
Ainsi, Messieurs, souffrances et plaisirs, tout doit être offert au Seigneur. C'est lui qui sera le premier confident, et de ce qui vous réjouit, et de ce qui vous plonge dans la peine.
Le père de famille qui comprend son rôle, profitera de ces alternatives mêmes, pour élever la pensée des siens au-dessus des choses qui passent.
Les a-t-il appelés à se délasser avec lui ; le bonheur qu'ils goûtent en commun, aura une saveur si pure, qu'il les fera rêver déjà d'une autre félicité, plus délicieuse encore et moins
fugitive. Les a-t-il convoqués pour mêler ses larmes avec les leurs; sa foi les soutiendra dans l'épreuve; s'il le faut, sa patience inaltérable leur fera honte de leurs murmures ou de leurs désespoirs.
La bonne et la mauvaise fortune deviendront ainsi, dans sa main, des leviers puissants pour arracher les âmes à leurs préoccupations trop exclusivement temporelles. Car, quelle que puisse être l'attention qu'il accorde aux intérêts d'ici-bas, son ambition et son vœu le plus ardent, c'est qu'au milieu des vicissitudes et des fluctuations diverses de la vie, inter mundanas varietates, les cœurs ne changent point de direction, qu'ils soient, toujours, comme dit l'Église, fixés irrévocablement du côté où se trouvent les joies véritables : Ibi nostra fixa sint corda, ubi vera sunt gaudia*.