‹ La pathologie de l'esprit [electronic resource]Chapitre 14 sur 43 · Philosophical Transactions, loc. cit · texte numérisé non relu

Philosophical Transactions, loc. cit

par rapport au cerveau caucasien normal ; les principales circonvolutions étaient plus simples et plus symétriques, et les circonvolutions secondaires manquaient quelquefois. Quel que soit son degré d'imperfection, le cerveau d'un idiot ne ressemble pourtant jamais exactement au cerveau d'un singe, pas plus que l'esprit d'un idiot ne ressemble exactement à l'esprit d'un singe ; il ne s'agit point d'un mécanisme complexe qui est réduit à l'état d'un mécanisme plus simple , mais d'un mécanisme complexe imparfaitement développé et moins propre à remplir ses fonctions que le mécanisme plus simple. Ce n'est pas seulement le poids absolu du cerveau qui est diminué chez l'idiot microcéphale, comme les tables instructives du D"" Thurnam le montrent; mais le poids relatif du cerveau au corps est « extraordinaiVement diminué. » Ainsi , dans les deux cas décrits par M. Marshall, la proportion du poids du cerveau à celui du corps n'était que d'un IhO^ chez la femme et d'un soixante-septième chez l'homme, tandis que les proportions normales sont de 1/33 dans le premier cas et de l/U dans le second.

Je n'ai pas besoin de citer plus d'autorités pour prouver que les idiots à petites tètes ont de petits cerveaux et parfois des circonvolutions moins nombreuses et plus simples que le chimpanzé et l'orang, et qu'un homme réduit à l'état d'espèce morbide par un arrêt de développement peut se trouver à un niveau inférieur à celui des animaux dont il se rapproche le plus '. Un examen minutieux des prétendues histoires d'hommes sauvages, comme celle de Pierre, l'Enfant Sauvage, ou du jeune sauvage de l'Aveyron, a montré qu'il s'agissait, en réalité % dans ces cas d'un défaut d'organisation; c'étaient des spécimens pathologi-

1. Dans les autopsies ou a décrit quelquefois, mais, raremeut, un défaut ou une absence du corps calleux. Eu pareil cas, on note habituellement d'autres anomalies cérébrales, et, dans la plupart des cas de cette sorte, il s'agissait d'idiots ou d'individus qui avaient présenté pendant la vie quelqn' faiblesse intellectuelle. Le Dr Juliiis Sauder a recueilli dix cas qui paraissiMil jusqu'à présent être les seuls où l'on ait constaté cette anomalie, et il le? ■! décrits dans les Archiv fur Psychiatrie and Nervenkrankheiten de Griesingi'r. 1" fascicule, 1868.

2. Ob.H'rvatiotis 07i thc Deranged manife.Hations of thc Mind, par G. -S. Spurzheim; voyez aussi Leclures on Man, par W. Lawrence, F. II. S.

ques. L'intérêt de ces cas, c'est que, de môme que les idiots offrent parfois une véritable régression vers un type cérébral inférieur, normal chez les animaux, de même ces individus donnent par leurs habitudes et leurs instincts la preuve d'une régression vers les instincts fondamentaux de la nature animale.

Chez quelques idiots et imbéciles, particulièrement chez ceux qui appartiennent au type crétin^ état morbide endémique, la maladie semble dépendre de certains changements morbides qui affectent primitivement le crâne et non le cerveau luimême. Des influences fâcheuses qui affectent les processus généraux de la nutrition empêchent le développement normal des os dont l'ossification des sutures se fait d'une façon prématurée; il en résulte que l'expansion générale du crâne, qui se produit en même temps que le cerveau se développe, est empêchée, ou qu'il se produit un rétrécissement du crâne au niveau des parties prématurément ossifiées.

En second Heu, si la lésion primitive est localisée, il peut se produire un développement exagéré dans une autre direction, ce qui amène des difformités crâniennes de diverses espèces. Il est commun de voir chez les enfants imbéciles, surtout chez ceux qui sont d'un tempérament scrofuleux ou d'une famille d'aliénés,. un palais très étroit et très arqué, que l'on a décrit sous le nom de palais en forme de selle; c'est une difformité qui semble être en rapport avec un mauvais développement des os de la base du crâne, et, quand elle existe sans véritable imbécillité, elle indique habituellement une intelligence peu vive. ' Il est inutde de dire que le développement normal du cerveau est empêché par ces états morbides, et il n'est pas étonnant qu'une tête difforme aille de pair avec un caractère mou et apathique et avec une intelligence faible. Cependant les altérations osseuses et cérébrales peuvent être des effets concomitants Gomme ces altérations ne se montrent pas avant une année après la naissance, on peut objecter qu'elles ne sont point congénitales; mais quelle que soit la véritable nature des troubles de nutrition qui sont la cause du mal, qu'ils soient de nature paludéenne ou scrufuleuse, il n'est pas douteux qu'ils agissent sml'enfant et déterminent leurs effets par l'intermédiaire de la mère

Un arrêt de développement du cerveau qui se produit immédiatement après la naissance est aussi bien un arrêt que celui qui se produit avant la naissance. On peut faire une objection spécieuse en disant qu'il ne s'agit pas là d'un défaut congénital ; mais, si nous réfléchissons que le développement le plus important du cerveau en tant qu'organe principal de la vie consciente, en tant qu'il représente l'organisation mentale, ne se fait réellement qu'après la naissance, nous pouvons admettre qu'un défaut qui gêne le développement est réellement congénital, bien qu'il ne le soit pas dans le sens strict du mot. Il y a bcBucoup d'idiots dont le cerveau et le corps paraissent bien formés, mais dont le développement mental reste dans un état inférieur. L'épilepsie est souvent une de ces causes d'idiotie, mais dans tous les cas il n'est pas possible d'assigner à l'arrêt du développement mental une cause précise.

Dans quelques cas d'idiotie où le cerveau paraissait normal, on a trouvé à un examen plus attentif que les ventricules étaient plus ou moins dilatés et contenaient une quantité plus que normale de liquide séreux; en fait, il existe des états intermédiaires entre l'état normal et la dilatation extrême des ventricules avec expansion de la substance cérébrale, que l'on observe sur un cerveau hydrocépbalique. Dans d'autres exemples où le cerveau paraissait normal à l'œil nu ou mêmeh ypertrophié, l'examen microscopique a montré que le volume normal ou anormal dépendait non de la quantité ou du développement normal des éléments propres, — c'est-à-dire des cellules et des fibres nerveuses, — mais d'une hypertrophie du tissu conjonctif qui pouvait avoir amené l'atrophie des éléments nerveux ou de leurs capillaires. Dans d'autres cas, l'anatomo-pathologiste ne peut découvrir l'altération d'un organe qui paraît absolument sain; et on ne peut s'en étonner si l'on rénéchit que les modifications physiques et chimiques les plus importantes peuvent exister sans qu'on puisse les constater à l'aide des moyens de recherches que nous avons à notre disposition. Rien n'empêche qu'il ne manque dans les circonvolutions un territoire entier de cellules, sans que le pathologiste puisse s'en apercevoir. Enfin le défaut peut résulcr dans la distribution, la qualité et l'activité de la circulatmn cere-

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l)rale; et Tafflux sanguin qui est nécessaire à l'exercice normal de l'intelligence peut être gêné soit par un défaut de la qualité du sang, soit par une faiblesse ou une anomalie du cœur qu'il n'est pas rare de constater dans l'idiotie.

Il est des idiots chez lesquels il y a un arrêt de développement du corps aussi bien que de l'esprit. Les cas les plus frappants sont ceux où un arrêt absolu de croissance s'est montré à •une certaine période de l'enfance, sans aucune difformité. Dancel a rapporté le cas d'une fille âgée de vingt-quatre ans, qui s'était développée normalement jusqu'à l'âge de trois ans et demi, qui était restée dans un état stationnaire jusqu'à dix-huit ans et ' demi, et dont la condition physique et mentale était celle d'un enfant de trois ans et demi. A l'âge de vingt et un ans, elle avait : grandi légèrement et depuis n'avait présenté aucun changement, j En 1857, Baillarger montra à l'Académie de médecine une [ Jeune femme âgée de vingt-sept ans, qui n'avait pas plus d'intelUgence et de désirs qu'un enfant de quatre ans et qui était haute de trois pieds. J'ai vu un exemple analogue chez un idiot •du sexe masculin. Ces cas extrêmes sont propres à exciter la surprise et la curiosité; ce ne sont, cependant, que les résultats frappants d'un défaut de développement qui s'observe souvent à un moindre degré. En fait, chaque élément du corps par- 1 tage le défaut de vitaUté de l'idiotie. On trouve dans les i grands asiles des idiots qui, sans aucune difformité particu- I lière, sans maladie reconnaissable , sans arrêt de dévelop- I pement du cerveau, se développent lentement de corps et I d'esprit; leur taille est petite; leur développement sexuel se ! fait tardivement ou ne se fait point; leur circulation est lan- ; guissante, leur sensibilité obtuse ; leurs mouvements ne sont pas brusques, mais faibles et lourds, indiquant parfois une j semi-paralysie; leur peau donne une odeur désagréable; leurs ■ dents sont cariées et tombent rapidement. Au point de vue de ! la capacité mentale, ils sont supérieurs aux véritables idiots, : car ils peuvent apprendre un peu, retenir quelque chose, et ils ! sont capables d'imitation; ce sont ceux que l'on « montre » ' dans les asiles où ils sont renfermés, et, quand ils sont I libres, ils peuvent rendre difficile une enquête médico-légale,

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si, par suite de l'énergie de leurs passions et de l'absence de sens moral, ils ont commis quelque violence, ce qu'ils font plutôt après l'âge de la puberté qu'auparavant. Si nous en parlons, c'est qu'ils nous amènent à cette conclusion que, en raison de conditions inconnues qui altèrent la nutrition, il peut se produire un défaut de développement qui va du degré le plus léger jusqu'à l'absence de tout développement; par suite, l'imbécillité ne peut être ramenée à un étalon fixe; ce n'est jamais qu'une question de degré.

Les causes qui arrêtent le développement du cerveau et qui ^ont la condition physique de l'idiotie peuvent être souvent rapportées aux parents. Les mariages consanguins fréquents paraissent conduire dans quelques cas à une dégénérescence qui se manifeste dans les individus par la surdi-mutité, l'albinisme et l'idiotie L'intempérance et les excès des parents, suivant le D' ïïowe, tiennent une grande place dans les causes des convulsions, de l'idiotie et de l'imbécillité chez les enfants. Sur 300 idiots, dans l'Etat de Massachusetts, dont il avait étudié l'histoire, il a trouvé que ilib descendaient de parents adonnés à l'intempérance ^ Mais ceux qui se sont donné la peine de faire la critique de sa statistique n'ont pu accepter une si forte proportion. Il n'est pas douteux qu'un parent qui se rend temporairement fou ou idiot par un vice dégradant propage quelquefois son état dans la procréation et détermine la fatalité du destin de ses enfants. Beaucoup d'exemples en ont été rapportés par différents auteurs. Guislain mentionne une famille de maniaques issue d'une femme qui s'enivrait chaque jour. A l'Institut de mécanique- de Manchester, on voit les moules des petites têtes de sept idiots ; leur père était un buveur désespéré, et, comme il était à la tête d'un cabaret il était toujours ivre, ou venait de l'être, ou était sur le point dele devenir. On ne connaissait rien de particulier sur les habitudes de sa femme. Ils avaient huit enfants, dont les sept premiers, qui étaient les idiots en question, étaient nés pendanl

1. On comangnineous marriages, par Arthur Mittchell (Edinburgh médical journal, 1865).

2. Report on tlie Causes of Idiocy in the State of Massachusetts.

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que le père était sous rinfluenee de ses habitudes d'ivrognerie. Ayant dissipé sa fortune et ne pouvant plus s'enivrer, son dernier entant, une fille, qui était né pendant qu'il était forcément sobre, était parfaitement sain et se maria convenablement i. « Un homme, dit Marcé, qui à la suite d'excès de boisson avait présenté des symptômes de folie, s'était marié deux fois ; de sa première femme il avait eu seize enfants, dont quinze étaient morts de convulsions durant le cours de la première année; le dernier était épileptique. De sa seconde femme il avait eu huit enfants; sept sont morts de convulsions, et le huitième est scrofuleux ^ ». Le terme naturel de la folie, qui se transmet librement de génération en génération, est, comme Morel l'a montré, l'idiotie stérile. Quand l'homme s'égare du but de son existence et qu'il méprise d'une manière égoïste les lois de la transmisi sion héréditaire, la nature l'arrête et met un terme à la propa- ! galion de la dégénérescence. Une grande frayeur ou toute autre agitation mentale qui affecte la mère pendant la grossesse, ou bien des irrégularités de régime et des excès de sa part, ou encore I un traumatisme de la tête de l'enfant pendant l'accouchement, peuvent déterminer chez lui une altération mentale congénitale.' Mais bien des causes de l'idiotie agissent après la naissance et jusqu'à la troisième ou à la quatrième année : telles sont l'épilepsie, les exanthèmes aigus, la syphilis probablement, et certainement la famine, la misère et l'encombrement. I En dehors de ces signes de dégénérescence qui permettent d'affirmer l'idiotie ou l'imbécillité, il y a encore un grand nombre de causes physiques d'altérations psychiques que nous ne pouvons découvrir. La sensibilité du tissu nerveux, qui fait qu'une impression faite sur un point est immédiatement sentie, est la conséquence de mouvements délicats actifs, mais occultes de ses éléments, mouvements qui, comme les oscillations ther- I maies, ou les ondulations lumineuses, ou les conditions moléculaires intimes de la couleur, appartiennent à une vie intime de la nature qui est encore impénétrable avec les moyens les .plus délicats de recherches, et inaccessible aux examens les

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