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Henle, llandbuch der Rationndlcn Pathologie. 184G

2. Die Pathologie und Thérapie der Geistes Krankheiten auf anatomiscli-Phumlogischer Grundlage, par J.-L.-C. Schrœder van der Kolk 1863

sirent; il voyait disUnctemenl une foule de personnes autour de lui, bien qu'il eût conscience qu'il ne s'agissait là que de fantômes. Les hallucinations continuèrent pendant trois jours et augmentèrent jusqu'au moment où se produisit l'évacuation d'une grande quantité de selles dures ; immédiatement après, les hallucinations s'évanouirent. J'ai pu observer un homme qui avait souffert pendant plus d'une année d'une mélancolie profonde et qui était devenu très émacié ; parfois il rendait des fragments de ver solitaire, et il guérit dès qu'avec de l'huile de fougère mâle on eut provoqué l'expulsion de tout le tœnia '. Beaucoup de cas semblables sont rapportés dans les livres de médecine, mais il n'est pas nécessaire de multiplier les exemples pour prouver qu'une irritation morbide siégeant dans quelque partie du corps ou dans quelque organe éloigné peut causer des désordres fonctionnels et organiques secondaires dans les centres nerveux supérieurs.

Les affections de l'utérus et de ses annexes nous donnent des exemples remarquables d'une action sympathique puissante sur le cerveau, et assez souvent elles jouent un rôle important dans la production de la folie et surtout de la mélancolie. Il est possible que la meilleure occasion d'étudier les premières périodes de la genèse de la mélancolie nous soit fournie par la dépression mentale qui accompagne certaines maladies utérines.

1. Griesinger a vu une mélancolie profonde succéder chez une femme hystérique à une blessure accidentelle de l'œil par un éclat de bois. Herzog rapporte un exemple de folie qui suivit une opération pour le strabisme. Jôrdens cite un jeune garçon qui fut pris d'attaques de folie furieuse eu conséquence d'un fragment de verre implanté dans la plante du pied et qui disparurent dès que le verre fut enlevé. {Op. cit., p. 183.) Voir aussi un cas rapporté dans ma Physiologie de l'esprit.

« Deux fois, dit le D'' Burrows dans ses Commentaries on Insanitij, j'ai vu une manie subite naître à la suite d'une section de la gencive au niveau de la dent de sagesse... De violentes nausées produites par le mal de mer et prolongées pendant plusieurs heures ont k ma connaissance produit la folie dans trois cas. »

M. Laxivent (Annales médico-psychologiqnes, 1867) a rapporté \m cas de déliri' aigu avec refus d'aliments et terminaison mortelle, qu'il attribue à un ascaride lombricoïde trouvé après la mort dans l'œsophage d'uue femme. Uni' sœur était morte folle. En faisant des recherches bibliographiques, il a trouvé des cas rapportés par Esquirol ou par d'autres auteurs dans lesquels la présence d'un ver dans l'estomac ou dans l'œsophage avait produit une violente excitation délirante. Les vers dans ces organes semblent être uuc caust' puissante d'irritation.

M. Azam a étudié l'histoire de sept cas de lypémanie avec tendance au suicide, d'un cas de lypémanie simple avec tendances dangereuses et d'un cas d'hystéromanie. Il prétend avoir trouvé des granulations sur le col de l'utérus dans cinq cas, une antéversion de l'utérus avec congestion du col et ulcérations de la lèvre inférieure dans un cas; dans trois cas, il y avait des tumeurs fongueuses ou fibreuses de l'utérus, et dans un cas un engorgement douloureux avec leucorrhée. Schrœder van der Kolk rapporte le fait d'une femme profondément mélancolique, qui souffrit pendant la durée de sa maladie mentale d'un prolapsus de l'utérus, et chez laquelle la mélancolie disparut dès <iue l'utérus fut remis en place ; Flemming mentionne deux cas semblables dans lesquel la mélancolie fut guérie par l'emploi d'un pessaire, et, dans l'un d'eux, la mélancolie reparaissait dès que le pessaire était enlevé; et moi-même j'ai vu un exemple de mélancohe grave, d'une durée de deux ans, disparaître après la guérison d'un prolapsus de l'utérus. On a rapporté des faits où une femme devenait régulièrement folle pendant chaque grossesse : et d'autre part Guislain et Griesinger mentionnen t chacun un cas dans lequel la folie disparaissait pendant la grossesse et dans lequel la femme n'était raisonnable que pendant le temps qu'elle durait. J'ai vu un cas semblable chez une femme mélancohquè ou plutôt d'un esprit faible, qui n'était jamais lucide que lorsqu'elle était enceinte, et un autre exemple d'une jeune femme tourmentée par des tendances homicides qui la laissaient, tranquille pendant sa grossesse. Dans ses variétés de dé- ^sordres de l'esprit, le Skae comprenait une variété qu'il appelait la folie de la grossesse. Sa principale caractéristique semble être de se produire pendant la grossesse, et elle peut quelquefois être regardée comme l'exagération du mode particulier de 1 esprit chez les femmes qui sont dans cet état >.

1. Schenk rapporte l'histoire d'une femme enceinte chc7 i.,m,nn. .

On ne sait si Télat puerpéral agit comme cause occasionnelle de la manie en raison d'une action sympathique ou d'une autre manière; mais on ne peut mettre en doute le fait qu'une femme est parfois atteinte d'aliénation mentale pendant ou immédiatement après la délivrance, et que son enfant peut être la victime de sa folie. Cette forme de folie puerpérale diffère de la folie de la grossesse; elle diffère aussi de celle qui se produit à une période ultérieure après la délivrance et qui est probablement due à une sorte d'empoisonnement du sang ou à un choc moral ou physique subi pendant que le système nerveux est dans un état de susceptibilité extrême ; elle est dilférente enfin de ces troubles mentaux qui se produisent quelques semaines ou quelques mois après et qui paraissent dus à l'épuisement causé par la lactation ou par des influences morales déprimantes. Sous le nom de folie puerpérale, on a généralement confondu ces divers états, c'est-à-dire la folie de la grossesse, la folie puerpérale et la folie de la lactation. Sur 155 cas de soidisant folie puerpérale admis à l'asile d'Edimbourg, 28 ou 18,06 pour 100 étaient des cas de folie de la grossesse, 73 ou 47,09 pour 100 étaient des cas de folie vraiment puerpérale, et 57 ou 34,8 pour 100 rentraient dans le cadre de la folie de la lactation. Ces variétés produites par des causes différentes ont souvent quelques différences de symptômes

De quelque manière que ces désordres de la menstruation agissent, il est certain qu'ils exercent une grande influence sur la production et la marche de la foUe. Presque toutes les femmes sont susceptibles, irritables et capricieuses pendant ces périodes, et toute cause de vexation les affecte beaucoup plus sérieusement que d'habitude; quelques-unes présentent des changements de caractère qui vont presque jusqu'à la folie, et chez les folles la maladie augmente souvent pendant ce temps. Dans quelques cas, la suppression soudaine des règles a été suivie du développement immédiat d'une folie aiguë; mais le plus souvent la suppression précède de quelque temps la folie,

1. Voir un article très remarquable clans Edinburgh médical journal, iS6 >. sur la folie de la grossesse, la folie puerpérale et la folie de la lactation, par le û' J.-U. Tuke.

el elle agit comme un anneau dans l'enchaînement des causes. On ne doit pas oublier cependant que la suppression est assez souvent un effet du dérangement mental, soit comme résultat d'une forte sympathie avec les troubles de l'esprit, soit comme exemple de même nature que la suppression d'une bronchorrée profuse ou d'autres flux morbides par une attaque de manie; car il y a une grande vérité dans la remarque de Heberden que la folie, comme la goutte, absorbe les autres maladies et les change en sa propre nature. Quand la menstruation cesse entièrement à l'époque de la ménopause, il se produit une révolution dans l'économie qui favorise la production de la folie chez les femmes qui y sont prédisposées et qui est quelquefois suffisante pour l'engendrer. Il y a une variété de mélancolie qui se présente à cette période et que l'on a décrite sous le nom de folie dùnatériqite. La plupart des femmes présentent des modifications de caractère par suite de la révolution que subit toute l'économie de la constitution à l'époque du changement de vie. L'âge des plaisirs est passé, mais non pas toujours les désirs; line jalousie morbide, des sentiments religieux exagérés, une hypochondiie ennuyeuse, une tendance aux excitants sont autant de symptômes qui peuvent se manifester; le principal agrément de la vie ayant été d'attirer l'attention et de provoquer l'admiration, il faut chercher de nouvelles sources de plaisirs et d'excitations.

Le premier effet de l'action morbide sympathique sera, comme lorsqu^il s'agit du sang altéré, une modification du tonus de l'élément nerveux se manifestant fonctionnellement par des troubles émotifs. Mais, si la cause morbide persiste, elle conduit à un désordre systématisé dans les centres cérébraux supérieurs, c'est-à-dire à la production d'une illusion ou d'un trouble déterminé de la pensée, qui peut déceler un rapport distinct avec la cause primitive. Quand par exemple une femme qui souffre d'une irritation des organes sexuels a des illusions salaces, se croit violée chaque nuit, ou qu'avec une maladie de l'alerus ou des ovaires elle se croit enceinte par l'opération du Saint-Esprit ou par d'autres moyens surnaturels, le déran"emcnt secondaire des centres cérébraux témoigne de l'effet spé- Maudsley.

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cial de la maladie d'tin organe particulier aussi bien par le I rouble des idées que par le trouble des sentiments. L'interprétation illusoire de l'action morbide, quand elle devient consciente, témoigne de la nature de la cause morbide primitive. Le Wright a publié les détails d'un cas de cancer des ovaires, de Tutérus et de l'épiploon, dans lequel la femme avait des illusions horribles ; elle croyait que des esprits pénétraient dans son corps et lui arrachaient les entrailles, et que des personnes inconnues la violaient chaque nuit; et le Di- Skae mentionne un autre cas d'une femme qui se plaignit piteusement pendant plusieurs mois d'être violée toutes les nuits par le rectum et chez laquelle après la mort on trouva un cancer du rectum. Le D'" Skae a proposé de faire un groupe spécial de ces cas de folie associés avec des maladies de Vuiérus ou des ovaires^ un des symptômes les plus fréquents de cette catégorie de fait? étant \ hallucination sexuelle.

Il existe la plus parfaite harmonie, la connexion ou la sympathie la plus intime entre les différents organes du corps en tant qu'expression de la vie organique, c'est-à-dire une unité de l'organisme ; cette connexion, comme l'a dit Hunter, peut être appelée une espèce d'intelligence, et le cerveau sait parfaitement que le corps a un foie ou un estomac, sans que la conscience révèle la cause de ce qu'il sent. Cette activité céréJ)rale inconsciente, mais importante, qui est l'expression des sympathies organiques du cerveau, ne peut manquer, si on la comprend bien, de nous apprendre qu'aucun mouvement organique, visible ou invisible, sensible ou insensible, employé aux usages les plus nobles comme aux plus humbles, ne disparaît sans laisser de traces, mais qu'il réagit sur le tout et qu'il pénètre au milieu des récessus les plus complexes de la vie organique «.

Il arrive souvent qu'aucun renseignement n'est donné par cette espèce d'intelligence organique avant que le mal primitif

1. L'homme est tout symétrie; chaque membre est proportionné à lantre. et dans le monde, chaque partie demande un frère, car la lûtc aime parlicuhôrement les pieds, et les dcii.K sont en sj'uipathie avec la lune et la marée. (Georges IlEnDEiiT.)

OU secondaire soit très avancé, et ces renseignements ne sont donnés indirectement que dans un langage que l'on doit interl^réter à la lumière de nos connaissances pathologiques; car, si l'action morbide primitive siégeant dans un organe éloigné est entièrement inconsciente, de même que l'action morbide secondaire du cerveau, l'eiret néanmoins peut être positivement attesté, par de la mélancolie, par des illusions, ou par d'autres formes de dérangement intellectuel. Esquirol rapporte longuement l'histoire d'une femme qui croyait avoir dans le ventre tous les apôtres, les prophètes et les martyrs et qui, lorsque ses douleurs étaient plus violentes que d'habitude, les injuriait à cause de leur trop grande activité. Après la mort, on trouva que ses intestins avaient été rendus adhérents les uns aux autres par une péritonite chronique. J'ai vu un malade atteint de folie chronique qui s'imaginait avoir un homme dans l'intérieur de son corps et qui, lorsqu'il était constipé, comme c'était fréquent, faisait des efforts désespérés de vomissement ou autres pour l'expulser. Après un purgatif cependant, il fut en repos pendant un certain temps *. Dans la folie qui accompagne la phthisie, qui apparaît à peu près en même temps et qui marche parallèlement, il y a souvent des illusions de défiance qui paraissent avoir leur source dans les sensations anormales qui tiennent au développement du tubercule : un de ces malades que j'ai soignés

1. A l'asile de Leicester, il y eut pendant plusieurs années un malade qui avait 1 habitude de dire qu'il avait un poids de cent livres de fer sur l'abdomen • parfois il se posait les n^ains sur l'abdomen comme pour soutenir le poids dJ métal imaginaire, et il fut impossible de lui enlever son illusion enracinée II fut aUeint de mélancolie, et il était souvent taciturne ou peu communicatif Quelque temps avant sa mort, il perdit l'appétit ; et plus souvent il se comprimait l'abdomen avec les mains; quand il était debout, il penchait léo-éreiueut en avant, mais jamais il ne se plaignit de douleur ou de malaise On lui l)orsnada de se mettre au lit. Les symptômes augmentèrent alors d'intensité • 1 abdomen devint sensible ii la pression, l'appétit disparut, et le pouls devini faible et filiforme. Durant toute sa maladie, il fut taciturne, de sorte qu'il ne pu donner aucun renseignement. 11 mourut quelques jours après avoir pris le lit, et 1 autopsie révéla une perforation iutesliuale à pou ju-ès au niveau de 1 union du colon ascendant au côlon transverse, suffisamment lar^e nour admettre le bout du petit doigt. Par cetto ouverture, ([uelqucs matières fécale» avaient pénétré dans lu cavité péritonéale. Dans le voisinage il v avait àol signes d'inllammation, mais moins prononcés qu'on aurait pu le suDDoser La perloration graduelle étermiuée par l'ulcère était probablement la cause de son cleUre.

2!à8 PATHOLOGIE DE L'ESPRIT

s'imaginait qu'il était malicieusement brûlé par un feu secret, et c'est de la sorte qu'il interprétait l'augmentation de sa température ou les sensations modifiées qu'il éprouvait; il s'imaginait aussi que sa bouche était le siège d'une maladie dégoûtante, et il est probable que l'illusion provenait de l'altération de l'odorat ou du goût consécutive à sa maladie. Non seulement c'est l'effet pathologique éloigné d'une organe malade qui se révèle ainsi mentalement par le développement de quelque forme de folie, mais, comme on l'a déjà remarqué, un etîet spécial d'un organe particulier malade se manifeste parfois dans le caractère de l'illusion qui se produit. C'est en vertu de celte sorte d'action sympathique qu'une personne rêve parfois qu'elle a certaine maladie interne, et le rêve devient une prophétie. Le retour d'un certain mode de l'esprit, ou des mêmes séries de pensées et de sentiment, ou des mêmes hallucinations, qui précède le retour d'attaques de folie ou d'épilepsie, et la réviviscence de certaines idées morbides, de certains sentiments, de certains désirs durant le paroxysme de la folie, peuvent être et sont probablement dus à la réapparition périodique de l'irritation morbide de l'organe éloigné. Chez les femmes dont l'état mental est si profondément affecté d'une manière sympathique aux périodes menstruelles, les mêmes sentiments, les mêmes susceptibilités, les mêmes caprices et les mêmes imaginations reviennent souvent. Il y a de bonnes raisons de croire que le cerveau- retient quelque chose des impressions qu'il reçoit de la vie organique, même quand elles sont morbides, et, bien qu'il puisse les oublier à l'état normal, elles revivront si l'état morbide des organes reparaît, de môme que les détails d'un songe que l'on oublie pendant la veille peuvent rentrer dans le souvenir dans un rêve ultérieur.

Les troubles d'un organe interne produisent chez tout le monde des modifications du mode de l'esprit, plus grandes chez les uns, moins grandes chez les autres; mais quand, au lieu d'un simple trouble affectif, ils produisent un véritable dérangement intellectuel, nous sommes forcés de supposer qu'il existait une prédisposition individuelle à ce dérangement, d'autant plus que l'effet n'est pas le môme dans tous les cas; et

I cette prédisposition, nous la trouvons habituellement si nous la clierchons suffisamment. Mais ce que je voudrais faire remarquer ici d'une façon particulière, c'est que, lorsque des personnes ont ce qu'on appelle un tempérament nerveux sensible ou susceptible, cela ne veut pas dire simplement qu'elles sont plus affectées mentalement et corporellement par les impressions extérieures, mais que la sympathie physiologique de leurs organes est plus grande et plus directe, ce qui fait qu'ils répondent plus aisément et plus activement aux souffrances les uns des autres. Uidiosyncrasie d'une personne ne veut pas dire sa constitution nerveuse comme chose isolée, mais tout le tempérament de son corps, dont chaque partie est reliée à l'autre par l'union la plus intime, le moindre élément étant senti par le ^ tout et le tout par chaque élément. On peut n'avoir aucune prédisposition spéciale à la folie ou à toute autre maladie nerveuse, et cependant, en vertu de l'énergie des sympathies organiques intrinsèques qui se manifestent dans les fonctions du système nerveux, qui est le grand mécanisme coordonnateur du corps, et dans l'organisation mentale, qui en est le couronnement, l'esprit peut souffrir sérieusement de troubles des organes viscéraux qu'une autre personne regarderait comme de simples inconvénients. Pour la même raison, quand il existe un dérangement intellectuel, les troubles de l'organe viscéral colorent les symptômes plus fortement chez une personne que chez l'autre. " La philosophie, qui peut permettre à l'une de supporter patiemment un trouble abdominal, ne rend pas le même service à une 1 autre, bien qu'elle la pratique autant, parce que ses sympathies organiques sont plus vives. Des rapports trop directs et trop , intimes entre les parties et l'autorité supérieure sont probablement une chose aussi mauvaise dans l'organisme corporel que dans l'organisme politique.

Entre les sensations organiques dont il vient d'être question

— les sens vitaux, comme on les appelle quelquefois et les

I sens spéciaux supérieurs, il y a des relations intimes; ils pasi sent insensiblement des uns aux autres, de môme que la peau qui recouvre l'extérieur du corps se continue avec la membrane muqueuse qui en recouvre l'intérieur. Ainsi les or^-a-

nés digestifs ont des sympathies intimes avec les sens du goùi et de l'odorat, comme on le voit par l'altération du goût qui accompagne l'indigestion, comme le montrent encore les animaux en évitant les matières empoisonnées; les organes respiratoires sont de même intimement associés avec le sens de l'odorat, et le sens du toucher a des relations intimes avec la cœnesthésie. Dans la folie, ces sympathies physiologiques deviennent l'occasion ou l'aliment des illusions : le dérangement des organes digestifs altère le goût et fait croire que les aliments sont empoisonnés ; une maladie des organes respiratoires est quelquefois la cause de sensations olfactives désagréahles, que l'on attribue à une cause objective, telle que la présence de mauvaises émanations ou d'un cadavre dans l'appartement; et une altération plus ou moins grande de la sensibilité de la peau, comme cela se voit souvent chez les fous, est l'occasion fréquente d'illusions extravagantes. Une femme dont parle Esquirol avait une anesthésie cutanée complète, et elle croyait que le diable avait emporté son corps. Un soldat qui avait été gravement blessé à la bataille d'Austerlitz se croyait mort depuis celte époque : si on lui demandait qui il était, il répondait invariablement que « Lambert ne vit plus, qu'un boulet de canon Ta emporté à Austerlitz ; ce que vous voyez là n'est pas Lambert, c'est une machine qui lui ressemble mal; » et il ne manquait jamais de dire qu'il était cette machine. Il avait perdu la sensibilité de la peau.

Des hallucinations motrices se produisent de même. J'ai eu l'occasion de voir un exemple frappant d'illusions produites par un défaut de la sensibilité musculaire et par une perte de la puissance motrice chez un aimable malade qui était atteint de paralysie générale. Comine la maladie approchait de sa fin, — la fi-n de la vie, — il eut des convulsions épileptiformes graves, «lui n'affectèrent finalement que le côté gauche et qui furent suivies d'une paralysie de ce côté. Mais, bien que la sensibilité musculaire et les mouvements volontaires fussent complètement perdus, il y avait fréquemment des contractions spasmodiques des muscles et parfois des convulsions assez fortes pour faire sortir du lit la jambe et le bras du côté paralysé. Le pauvre malade

avait les illusions les plus singulières au sujel de ces mouvements : il supposait qu'un autre malade qui était complètement dément et impotent l'avait saisi et le tourmentait, et sans véritable angoisse, mais avec une grande énergie de langage qui lui était habituelle, il faisait tout haut le monologue suivant : « Quel est donc le pouvoir que ce damné voisin a sur moi? » et après un paroxysme convulsif : « Il m'a pris par le cou, et vous n'osez lui toucher, aucun de vous. Oh! mais c'est une vraie honte de laisser martyriser ainsi un pauvre homme dans un établissement public. C'est cet enfant qui me fait cela. » Quand on lui disait qu'il se trompait, il répondait : « Pourquoi ne pas dire que je suis un menteur? Oh ! c'est une honte damnée de me traiter de cette manière, moi l'homme le plus calme de la maison. » Et au bout d'un instant : « C'est étrange! quel pouvoir ces fous ont sur moi. Cet enfant est un diable pour moi ; il est plus mauvais qu'un putois ; il me fera mourir sûrement. » Et il continua ainsi jusqu'à ce qu'il fût enveloppé par la stupeur de la mort.

Justement soucieux de mettre suffisamment en relief les modifications de la sensibilité qui se rencontrent dans la folie, Griesinger a établi cinq groupes de désordres intellectuels en rapport avec diverses anomahes de la sensibilité, et il pensait que le plus souvent ils en dépendaient. Le premier groupe est la forme précordiale, où il y a des sensations morbides, — un sentiment de pression, de constriction, de froid, de frémissement ou une véritable douleur à l'épigastre, — sensations auxquelles succèdent la crainte et l'angoise, avec les idées et les liabitudes de pensées correspondantes; c'est un trouble de la sensibilité qui est assez commun dans quelques formes de mélancolie craintive et hypochondriaque, et qui s'accompagne souvent d'une alarme extraordinaire, comme si l'individu était abandonné sans secours. Le second est la forme vertigineuse dans laquelle existe une anomalie de la sensibilité musculaire Dans le troisième groupe, qu'il appelle la forme paresthhique, il y a des sensations anomales dans les dilférentes parties di'i corps, que les malades attribuent ordinairement à des machinations extérieures. Le quatrième est la forme anesthésique

232 [pathologie de l'esprit

dans lequel l'absence de la sensibilité est souvent la cause de mutilations personnelles. Enfin il y a la forme hallucinatoire, qui n'a pas besoin d'auli-e explication pour le moment. II est incontestable qu'il est important de donner une attention scrupuleuse à tous les désordres de la sensibilité, aussi bien qu'à ceux de la nutrition et du mouvement, qui se présentent dans les ditTérentes formes de folie : c'est le devoir du médecin, qui veut connaître l'histoire naturelle complète de la maladie; mais il n'est pas possible de faire des altérations de la sensibilité l'unique base d'un système de classification. Une telle classification n'aurait qu'un caractère artificiel et des fondements purement théoriques.

Le centre de l'irritation morbide qui donne lieu à dés troubles secondaires par action réflexe ou sympathique n'a pas besoin d'être dans un centre éloigné; il peut être dans le cerveau lui-même. Une tumeur, un abcès, un caillot sanguin, un cysticerque, un ramollissement cérébral partiel peuvent à un moment n'affecter aucunement les opérations mentales, quand, à un autre moment, elles déterminent des troubles graves, et il n'est pas rare de voir les symptômes de dérangement mental liés à un abcès cérébral disparaître entièrement pendant un certain temps, pour revenir ensuite subitement avec toute leur intensité. Quand les centres du mouvement, de la sensibilité et de l'idéation ne sont pas directement lésés par la maladie, ils peuvent, malgré elle, continuer de fonctionner; ils le peuvent même quand il y a dans le cerveau les altérations les plus graves; mais, à un moment, ils peuvent être intéressés par action réflexe ou sympathique, et un trouble secondaire ou une perte de fonctions peuvent ainsi survenir sans avertissements, et les symptômes les plus graves peuvent apparaître et disparaître d'une manière surprenante. De temps en temps, on voit des cas où une perte de conscience soudaine, une incohérence, une manie ou même la mort subite se produisent sans symptômes prémonitoires qui eussent indiqué une lésion locale grave du cerveau.

De plus, un trouble limité des centres de l'idéation, comme cela se voit dans les illusions fixes, dans ce qu'on appelle la

inonomanie, existe rarement sans avoir aucun etTet sur les autres éléments des centres supérieurs. L'élément nerveux est si sympathique et si sensible, qu'il n'est pas probable qu'un centre tFaction morbide manque d'affecter par action directe ou réflexe les parties voisines qui ne sont pas directement altérées par la maladie. En fait, un trouble plus ou moins grand duto?î mental accompagne ordinairement les illusions limitées, ce qu'on appelle la folie partielle. L'état des choses ressemble en une certaine mesure à ce que l'on a déjà décrit comme étant la première période de l'affection mentale produite par d'autres causes : c'est une modification du l09i mental. Ce funeste effet d'un désordre local n'est pas un cas de métastase, puisque la maladie primitive ne disparaît pas, mais c'est un cas de sympathie, où la maladie primitive continue d'agir; en d'autres termes, l'effet est produit par une irritation directe ou réflexe. Plus tard, nous aurons l'occasion de décrire des exemples du passage soudain et complet des désordres actifs d'un centre nerveux à un autre; car, comme le D"" Darwin l'a observé il y a longtemps, « dans quelques maladies convulsives, le délire ou la fohe surviennent et les convulsions cessent, et inversement les convulsions surviennent et le délire cesse. »

Il est nécessaire ici, comme pour les centres sensoriels et moteurs de la moelle épinière, de distinguer entre les degrés du désordre secondaire auquel une action morbide éloignée peut donner lieu. La manière subite dont apparaissent les symptôme mentaux les plus graves, et la manière subite dont ils disparaissent quelquefois, comme dans les abcès du cerveau, montrent que les troubles les plus graves peuvent n'être que fonctionnels, car il est impossible de supposer qu'une maladie organique puisse avoir existé et avoir disparu dans ces cas. Bien que, cependant, les troubles fonctionnels impliquent un changement moléculaire spécial dans les centres nerveux, on peut supposer que ce changement n'intéresse que les rapports polaires des molécules; et les expériences de du Bois- Rcymond et d'autres auteurs ont montré qu'il pouvait aussi rapidement disparaître qu'il s'était produit. Il est certain que la production expérimentale de modifications temporaires recon-

naissables dans la constiliilion physique et dans les fonctions nous autorise à croire à l'existence de moditications semblables produites par des causes qui ne sont pas artificielles, bien qu'elles soient aussi anomales que si elles l'étaient. Si la moditicalion de l'élément nerveux est trop grande ou trop prolongée, elle dégénère eh une modification nutritive et en une lésion de structure, de même qu'une émotion qui peut altérer temporairement une sécrétion amène, si elle est prolongée, une véritable modification nutritive dans l'organe. Plus un trouble fonctionnel dure longtemps, plus on doit craindre le danger d'une maladie organique, et, quand cette modification grave est une fois établie, la suppression de la cause morbide primitive ne supprime pas l'effet, qui est devenu une cause active indépendante.

k° Activité fonctionnelle excessive. — Comme le jeu d'une fonction est une usure de matériaux, il est clair que, si les intervalles de repos ne sont pas suffisants pour permettre la restauration de l'équilibre statique de l'élément nerveux, la dégénération doit se produire aussi sûrement que s'il était directement lésé par un poison morbide ou par un irritant mécanique ou chimique. C'est le sommeil qui répare ainsi les fatigues de l'élément nerveux, car, pendant le sommeil, l'assimilation organique restaure d'une manière statique aussi bien que dynamique les forces qui ont été épuisées par le fonctionnement. Le cerveau, comme tout autre organe du corps, n'a qu'un pouvoir limité de Iravailler, et il y a une limite qu'il ne peut dépasser sans danger; et sa force et sa faiblesse mesurent la force et la faiblesse de l'esprit. L'esprit le plus fort, s'il est continuellement surmené, se brise inévitablement, et l'un des premiers symptômes qui annoncent le mal est l'insomnie. Ce qui pourrait réparer la brèche est rendu impuissant par la grandeur de la brèche. Comme Hamlet, suivant l'imagination féconde de Polonius, l'individu devient sérieux, puis perd le sommeil, puis tombe dans les rêveries et, descendant toujours, dans la folie, qui finalement le fait divague)-. Le repos chez lui est la première condition de la réparation ; un bon sommeil ferme « l'œil de l'angoisse » et répare la « grande brèche de la natur.e épuisée » de l'élément nerveux.

C'est cependant (jiiand l'activité intellectuelle s'accompagne d'nne grande 'agitation émotive qu'elle est le plus énervante; c'est quand l'esprit est le théâtre de passions qui se combattent que son énergie s'épuise le plus rapidement. L'instabilité de l'élément nerveux, qui implique une grande susceptibilité émotionnelle, nous peruiet de comprendre comment se produit cet effet destructif. Quand un événement très pénible amène un grand chagrin, ou lorsqu'un événement critique amène une grande agitation, ou qu'un événement incertain amène une grande anxiété, l'esprit est sous l'influence d'une passion ou d'une souffrance; il n'y a point d'équilibre entre l'état interne et les circonstances extérieures ; et, jusqu'à ce que l'esprit puisse réagir d'une façon convenable, soit par suite de l'atténuation heureuse de la pression extérieure, soit par l'augmentation de son énergie, la passion persiste, c'est-à-dire que l'usure et les tiraillements de l'élément nerveux continuent. Une émotion douloureuse est en réalité une douleur psychique, et la douleur, là comme ailleurs, est le cri de la soutïrance d'un élément organique, une prière pour la délivrance et le repos.

Les mêmes objets ou les mêmes éléments produisent des impressions très différentes sur l'esprit, suivant la condition du moment, suivant peut-être qu'il est sous l'impression de quelque chose d'agréable ou de quelque chose de désagréable. S'il y a une dépression temporaire du ton psychique en raison de quelque infortune récente ou par suite de quelque trouble corporel, un événement qui, sous de meilleurs auspices, eût été indifférent, produit une émotion douloureuse, amène des idées tristes et fait durer la souffrance mentale qu'il augmente ; do même que l'action réflexe qui est provoquée ou augmentée par une cause morbide augmente parfois le désordre primitif. S'il y a une dépression persistante du ton psychique en raison de ([uelque cause morbide durable, chaque événement peut aggraver la souffrance, car il est vu au travers du prisme altérant^d'iui sentiment triste; et un événement particulièrement défavorable ou une série d'événements douloureux peuvent être une cause suffisante de dérangement mental. Après une série de bonnes nouvelles, ou lorsqu'un homme a bu un verre de vin ou pris

line dose d'opium, le Ion menlal est si excité qu'il se fait une léaction direcle et exacte en présence d'une impression défavorable, et il n'y a pas de souffrances; de là vient la tentation d'avoir recours, en temps de trouble, aux excitants, tels que l'alcool et l'opium. En cela, les centres supérieurs de la pensée ne diffèrent pas des centres nerveux inférieurs; quand les centres médullaires sont épuisés, l'excitabilité est augmentée, il se produit un état de faiblesse irritable, et une impression qui, sous de meilleurs auspices, n'aurait eu aucun mauvais effet, amène des mouvements spasmodiques : explosion qui ne diffère pâs de celle qui dans les centres supérieurs se manifeste par une émotion ou par un éclat de passiou, puisque les éclats de rémotion peuvent être considérés comme étant de même nature que les commotions ou les explosions moléculaires. L'excès cependant est un terme relatif; et un effort de fonction qui ne serait que normal pour un esprit puissant et bien ordonné, ou même avantageux pour sa santé, peut être fatal à la stabilité d'un esprit faible et mal réglé, chez lequel le sentiment domine babituellement la raison, ou même d'un esprit puissant qui est dans un état de prostration temporaire. C'est ainsi que, en poursuivant notre enquête sur les causes de la folie dans tous les cas, il ne suffit pas d'examiner le concours et la succession des influences auxquelles l'individu se trouve exposé : il est nécessaire de tenir compte du pouvoir qu'il a de les supporter à un moment donné.

Si l'on recherche quelle est la part des causes morales dans la production de la folie, on voit que leur effet est proportionné à la soudaineté et à l'intensité avec lesquelles elles frappent aussi bien qu'à leur puissance véritable; car un choc soudain, comme un fardeau que l'on reçoit violemment, brise la force qui aurait pu porter un fardeau plus lourd s'il avait été chargé graduellement. La violence du choc est déterminée par la soudaineté et le poids de l'impression morale, — par la force, en fait, avec laquelle elle frappe l'esprit. De même, si l'on dépense en peu de temps et d'une façon prodigue une grande quantité d'énergie, comme on le fait dans une crise financière, dans une révolution politique ou religieuse, ou dans des occasions seni-

blables d'agitation de sentiment et d'exaltation de forces, alors que toutes les facultés de l'esprit sont excitées d'une manière exagérée et usées sans économie, on arrive à un épuisement profond, qui peut aboutir à la maladie, bien que la même quantité d'énergie eût pu être dépensée sans danger si la dépense avait été prudemment réglée. Une personne devrait régler sa force vitale comme elle règle ses finances et ne vivre que sur l'intérêt de son capital ; car, si elle prend sur son capital soit une grosse somme pour répondre à un événement fortuit, soit de petits sous pour répondre aux légers excès de dépense de chaque jour, elle doit aboutir à la banqueroute.

Je prétends qu'une cause morale agit d'une manière aussi physique qu'un coup de foudre qui produit comme elle une paralysie ou la mort subite, et il est même probable qu'elle agit de la même manière; et je considère autant le dérangement mental produit par un chagrin comme un résultat physique produit par des causes physiques que le déhre de la famine. Quand une grande passion cause les troubles physiques et moraux qu'elle accasionne, voici, je crois, ce qui se produit : une impression physique faite sur le sens de la vue ou sur le sens de l'ouïe se propage le long d'une voie physique jusqu'au cerveau, où elle éveille une commotion physique de ses molécules; de ce centre de commotion, l'énergie mise en liberté se propage par des voies physiques à d'autres parties du cerveau, et finalement se décharge extérieurement par les voies physiques appropriées, soit par des mouvements, soit par des modifications des sécrétions ou de la nutrition. La passion que l'on ressent est le côté subjectif de la commotion cérébrale ; c'est son passage d'une base physique à la conscience, et elle n'est ressentie comme elle est qu'en raison delà constitution des centres cérébraux où ont été déposées les sympathies sociales des âges successifs ; héritant des résultats accumulés des expériences des générations sans nombre, les centres manifestent l'espèce de fonction qui est inhérente à leur structure. La commotion moléculaire du tissu est la libération delà fonction; si les ancêtres ont habituellement senti, pensé et agi d'une manière folle, le tissu sera instable et ses fonctions irrégulières.

238 PATHOLOGI'E DE L'ESPRIT

Les réflexions précédentes montrent que, d'un point de vue pathologique, les soi-disant causes morales de la folie rentrent dans le chapitre de la stimulation et de la fonction excessives. L'esprit est sujet à des violences plus grandes que celles qu'il peut supporter, soit par suite de la force du poids extérieur, soit par suite de sa faihlesse. Nécessairement, les passions déprimantes sont les causes les plus efficaces d'épuisement et par suite de maladie; les chagrins, l'angoisse religieuse, les pertes de fortune, les désappointements d'atTection ou d'ambition, les blessures d'un amour-propre exagéré, et surtout le sentiment douloureux d'être au-dessous des responsabilités, et toutes les autres conditions semblables d'agitation mentale et de souffrance, sont aptes à atteindre un degré de violence suffisant pour renverser l'équilibre mental. Une grande activité intellectuelle, si elle ne s'accompagne pas d'émotions, conduit rarement à la folie; c'est quand les sentiments sont engagés que l'esprit est le plus ému et que sa stabilité est le plus en danger; sur le théâtre de l'esprit, comme sur le théâtre du monde, les grandes catastrophes sont produites par la passion. De plus, quand un homme s'est mis, par une longue concentration de pensées, d'intérêts et de désirs sur un certain but, en rapport intime avec ce but, qu'il en a fait pour ainsi dire une partie de sa vie, un changement complet et subit, en renversant ses espérances longtemps caressées, peut produire la folie; car rien n'est plus dangereux pour la stabilité de l'esprit qu'un changement subit des circonstances extérieures qui ne laisse pas à la vie intérieure le temps de s'y adapter graduellement. C'est pour cela qu'une bonne fortune comme un chagrin manquent rarement de troubler pour un moment les têtes les plus fortes el parfois renversent une tête faible; les premières s'emprcssoni au bout d'un certain temps à rétablir l'équilibre entre elles et les circonstances nouvelles, et les autres ne peuvent le faire. Quand une passion épuisante n'agit pas directement comme cause d'un accès de folie, elle peut encore, par son influence déprimante prolongée sur la vie organique, amener de mauvais effets et aboutir ainsi au dérangement nienlal.

J'ai montré que la fonction'automatique était un pouNoii' cm-

magasiné — un extrait d'une fonction antérieure — inhérent à l'individu comme l'acuité originelle, ou acquis par la culture et l'exercice. Pour que l'individu soit à la hauteur du travail et des responsabilités de sa position, c'est donc une alTaire qui dépend d'abord et surtout des ('acuités natives et de son esprit, et ensuite de l'éducation spéciale qu'il a reçue pour l'adapter à ce qu'il doit faire : l'une de ces conditions pouvant en une grande mesure suppléer aux défauts de l'autre.

On rempht aisément ses devoirs accoutumés; mais des devoirs nouveaux exigent la dépense d'une plus grande énergie, parce que le pouvoir automatique spécial qui répond à ces devoirs doit être édifié sur une éducation laborieuse en rapport avec une loi de stnœturalisation de fonction. li est aisé de voir alors pourquoi, en s'imposant de nouvelles fonctions importantes auxquelles il n'est point adapté par ses facultés originelles ou par une éducation spéciale antérieure, l'individu soumet à une grande épreuve sa stabilité mentale : ce n'est pas seulement l'énergie cérébrale qui est sollicitée à s'adapter, il y a de plus une émotion épuisante, produite par l'appréhension nerveuse d'une inaptitude. Là se manifeste la bonté d'une saine culture générale, qui fait de l'esprit un instrument sujet à s'adapter aisément à toute forme d'activité spéciale; si une personne se donne la peine d'avoir une bonne habitude de jugement, de pensées, de sentiments, d'actions, par une continuelle pratique d'un bon jugement, de bonnes pensées, de bons sentiments et de bonnes actions, de sorte qu'elle n'ait pas besoin, à toute occasion nouvelle, d'examiner minutieusement, d'avoir des craintes, d'agir d'une manière anxieuse, mais qu'elle puisse juger, penser, sentir et agir pour ainsi dire instinctivement, elle aura une excellente stabilité de nature qui lui permettra de supporter les devoirs et les épreuves de sa vie, dans quelque position qu'elle se trouve placée.

Il y a une autre classe de causes morales de la folie qui agissent dime manière toute différente que les causes déprimantes dont il vient d'être question : ce sont les passions élevées. Il n'est pas rare de voir des personnes devenir folles — elles peuvent même en mourir — par la conmiotion que produit un excès de

joie; et quand une des passions expansives, l'ambition, l'exaltation religieuse, la vanité présomptueuse dans toutes ses formes protéiques, conduit graduellement à un dérangement intellectuel, elle ne produit pas un accès directement, comme le fait une passion douloureuse, ni indirectement, en causant un désordre organique et une folie ultérieure; ses effets morbides sont le développement exagéré d'une certaine particularité ou d'un vice de caractère, — l'hypertrophie morbide, pour ainsi dire, d'une mauvaise qualité du caractère. Chaque passion, chaque caprice, même chaque bizarrerie et chaque dépravation rendent plus facile un autre pas dans la même direction. Ce qu'une personne sème une fois, que ce soit bon ou mauvais, elle en recueillera les fruits plus tard; l'hypertrophie de la passion et des préjugés est l'atrophie des principes et du jugement. A l'asile d'Edimbourg, il y avait un forgeron qui se croyait le roi d'Ecosse; sa tille, qui était dans le même asile, se croyait une princesse royale, non qu'elle partageât l'illusion de son père, car elle voyait clairement que lui, le pauvre homme, n'était qu'un forgeron qui était devenu fou, de même que, lui, il reconnaissait que sa fille n'était pas une princesse, mais sa fille. L'illusion de la tille ne venait donc pas d'un héritage spécifique, et elle n'y était pas arrivée par une induction logique; mais il est probable que c'était le développement morbide d'une qualité fondamentale du caractère qui était commune à elle et à son père. C'est ce développement de la folie en tant que développement d'une disposition morbide, qui fait qu'il est si souvent difficile de dire où la folie commence et qu'il est encore plus difficile de la guérir. Quand une passion déprimante, due à des causes externes, altère l'esprit, le dérangement est pour aussi dire accidentel et extrinsèque, et l'illusion qui en est la conséquence s'atténue et finalement disparaît, à mesure que le ton émotionnel s'améliore et que la puissance mentale se restaure; lorsqu'une passion égoïste, ai. contraire, se transforme en une illusion morbide, le dérangement est essentiel et intrinsèque, et l'illusion qui en est le produit essentiel ne peut s'enlever qu'en déracinant la disposition : ce n'est pas un exemple d'activité fonctionnelle excessive, mais un exemple de développement morbide.

Un épuisement de la vitalité des centres nerveux supérieurs est dans certains cas la conséquence de l'exercice excessif d'une fonction physique, des excès sexuels ou d'une habitude de la masturbation. Rien n'est plus manifeste que de voir l'une ou l'autre de ces causes produire un énervement des éléments nerveux, qui, si le vice épuisant persiste, dégénère graduellement jusqu'à une véritable destruction. Les douleurs passagères, les tiraillements des membres qui suivent des excès sexuels accidentels sont les signes d'une instabilité des éléments nerveux dans les centres médullaires, et, si les excès se répètent fréquemment, il peut se produire un ramollissement de la moelle épinière et une paralysie consécutive. Les centres supérieurs n'échappent pas toujours. L'habitude de la masturbation donne surtout lieu à une forme particulière et désagréable de folie, caractérisée au début par des sentiments et des pensées égoïstes, une perte de l'énergie mentale, des projets hypochondriaques, une vacillation pitoyable, une extrême perversion des sentiments et un dérangement correspondant de la pensée; plus tard par une perte de l'intelligence, par des hallucinations nocturnes d'un caractère douloureux, et par des tendances suicides ou homicides. Les symptômes mentaux de la paralysie générale — maladie qui est souvent produite par des excès sexuels — indiquent une dégénération des éléments nerveux dans les centres supérieurs, qui est la contre-partie de ce qui, dans les centres inférieurs, est la cause de la perte de la faculté de coordonner les mouvements, et de,spasmes ou de paralysies plus ou moins prononcés. La grande exaltation émotionneUe, l'excitabilité inquiète accompagnée de faiblesse qui s'observent chez le paralytique général, sont la marque, non moins que l'extravagance de ses idées, d'une dégénéralion des centres de l'idéation. Il est par suite dans l'incapacité de coordonner et de conserver ses idées d'une manière correcte, même avant qu'existent les véritables illusions, de mêmequ'il est dans l'incapacité de faire des mouvements dans les dernières périodes de la maladie, parce que ses centres médidlaires sont pareillement affectés. Les excès sexuels ne produisent'pas habituellement cependant d'autres formes de folie que la paralysie géné-

Maudsley. a «

raie. Ils tendent plutôt à produire l'épilepsic ou quelque forme de paralysie. La masturbation est une cause de folie en général qui paraît agir d'une manière plus elfective chez les hommes que chez les femmes, et elle demande habituellement chez elles la coopération d'une névrose particulière. Sans chercher si la masturbation est aussi fréquente chez la femme, il est certain que la femme en supporte mieux que l'homme les effets, comme elle le fait pour les excès sexuels. D'autre pari, la privation des fonctions sexuelles est plus dangereuse pour les femmes que pour les hommes.

5° Blessures et maladies du cerveau et du système nerveux produisatit parfois, mais 7ion constamment, la folie. — Les blessures de la tête, quand elles ne sont pas immédiatement suivies de fâcheuses conséquences, peu.vent néanmoins amener un dérangement mental, par suite des modifications qu'elles déterminent ultérieurement dans les couches corticales des hémisphères cérébraux i;

Les modifications se montrent souvent avec un caractère lent et insidieux, se développant pendant des années avant de pro duire des troubles intellectuels déterminés. D'abord on ne note rien de plus qu'un changement de tempérament et de caractère chez l'individu ; il est sujet à des accès d'angoisse sans cause suffisante, ou à des excès étrangers à son caractère. Une légère quantité d'alcool produit chez lui une excitation extraordinaire et, sans qu'il soit ivre, le rend fou pour un moment, de sorte

1. Le professeur Sclilager, de Vienne {Zeilschrifl der K. K. GeseUschaft dcr Aerlze zu Wien, Xlll, 1857) a fait quelques recherclies intéressantes sur les troubles mentaux qui suivent les Iraamatisiues du cerveau. Sur oOO aliénés, il a pu rapporter l'altération mentale à un traumatisme du cerveau diius 19 cas (42 hommes et 7 femmes). Dans 21 cas, il y avait eu perte de couscionco complète après l'accident ; dans 10, un peu d'inseusibililé et de confusiou des idées; dans 12, une simple douleur de tète. Dans 19 cas, l'aliénatiou mentale apparut dans le cours de la première année après la blessure, mais beaucoup plus tard dans plusieurs autres, et dans 4 cas elle n'apparut qu'après plus de dix ans. Dans la plupart des faits, les malades étaient disposés à la congestion du cerveau, à de l'excitation et à un grand trouble émolionuol depuis le moment de l'accident, chaque fois qu'ils prenaient quelque liqueur forte. Fréqucmmeul, ils avaient des silïïcmenls d'oreilles, ou une obnnbilation de rouie, ou des hallucinations; fréquemment la disposition se modifiait, et le malade devcnail sujet à des accès d'angoisse ou se livrait à des excès. Le pronostic était très défavorable; dans 7 cas, la maladie aboutit Ji la démence avec paralysie, et dans 10 cas à lu mort, par suite du progrès de la maladie cérébrale.

qu'il peut se mettre en embarras pour une attaque ou une aiitre violation de la loi. Des années se passent quelquefois avant que des symptômes plus graves se montrent. Le D'' Skae mentionne le cas d'une femme qui, ayant eu une fracture du'cràne, montra un changement de caractère et de tempérament immédiatement après ce traumatisme et fut prise de folie furieuse au bout de vingt ans i. Une attaque de manie aiguë, ou une attaque d'épilepsie suivie de manie, peuvent être le dernier degré d'une longue série de changements lents, et être remplacées par une dépression mélancolique avec illusions soupçonneuses et violences impulsives, et par une démence croissante.

Un cas très intéressant a été rapporté par le D'' HoUand Skae -. Un mineur fut blessé par la chute d'un bloc de terre qui lui fractura le crâne environ 3 pouces au-dessus de l'angle externe de la paupière gauche. Il ne revint à la conscience qu'au bout de quatre jours, et au bout de quelques semaines il put reprendre son travail à la mine. Dès ce moment, on remarqua un changement dans son caractère et dans sa manière d'être. Au lieu d"être, comme auparavant, doux, sociable, d'un bon naturel, aimable avec sa femme et ses enfants, il était capricieux, taciturne, irritable; il repoussait les attentions de sa femme et les démonstrations de l'affection de ses enfants. Son état s'empira graduellement : il était souvent excité, et son langage était plein de menaces pour sa femme, ses enfants et ses voisins ; finalement, il devint maniaque et violent, essaya d'attenter à sa vie et à la vie de sa femme, et eut une série d'attaques d'épilepsie. On l'envoya dans un asile. Là, on lui fît l'opération du trépan au bout de deux mois, et l'on enleva un fragment d'os déprimé au point où il avait été blessé. Liimédiatement après l'opération, son état s'améliora, et d revint graduellement à son naturel; finalement, il redevint doux, actif et obligeant, et toutes ses alTeclions de famille se rétablirent. Par son travail, il pouvait soutenir sa femme et sa famille au moment où il quitta l'asile, et, quatre ans après son renvoi, il était encore en pleine santé. L'insolation est très dangereuse pour les centres cérébraux

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