Commriitarics on Insanily
3. D'' Ilamineld Joues, iii S. George f Hospital Reports, vol. Il, 1867.
riiypcreslliésie, qui était la manifestation d'un troul)le des centres sensoriels. Qu'il y ait dans ces cas un véritable transfert de l'action morbide d'un centre à un autre, ou que le désordre' morbide du dernier naisse d'une manière indépendante et annihile ou suspende le désordre du premier, de même qu'une grande douleur suspend une douleur plus faible, ou de même qu'une attaque de manie suspend une attaque d'asthme ou un flux morbide, c'est ce que l'on ne saurait dire. Mais nous devons accepter le fait quelle que puisse être la véritable explication pathologique.
Une des observations les plus fréquentes que le clinicien puisse faire touchant les abcès, les tumeurs, les cysticerques, etc., du cerveau , c'est l'absence de symptômes de dérangement mental. Le fait parait d'abord étonnant, parce que la présence d'une pareille maladie au milieu de la substance cérébrale peut être considérée comme incompatible avec le fonctionnement normal du cerveau comme organe de l'esprit. x\près avoir rapporté avec soin dix cas de tumeur du cerveau, le D'' Ogle appelle l'attention sur le fait « que dans aucun cas il n'y avait eu durant la maladie aucun symptôme se rapportant à l'imbécillité mentale, ni aucun symptôme des diverses phases ou des diverses formes de folie '. » L'examen cadavérique fournit dans ces cas une raison suffisante de l'absence d'affection intellectuelle. Dans aucun. les centres nerveux de l'intelligence n'étaient intéressés par l'action morbide; la lésion était plus ou moins centrale, et malgré cela les ganglions hémisphériques continuaient de fonctionner tant bien que mal. S'il est une chose que l'observation pathologique nous enseigne, c'est le peu d'irritabilité du cerveau adulte; le développement graduel d'une tumeur permet au cerveau de s'accommoder à de nouvelles conditions, et les centres nerveux voisins peuvent rester inaffectés jusqu'à ce que l'action morbide les envahisse directement. C'est moins les maladies de l'intérieur du cerveau que les lésions des membi'anes qui le recouvrent, et qui portent aux circonvolutions les vaisseaux sanguins, qui ont de la tendance à produire des troubles de l'intelligence; dans le dernier cas,;^la
fourmi of mental science, Jaly 18G4: cas de carcinome primitif du cerveau.
maladie touche directement aux centres délicats de l'intelligence en empêchant leur circulation. Quelle qu'en soit l'explication, on ne peut douter du fait qu'une grosse tumeur peut exister dans le cerveau, ou qu'une grande quantité de suhstance céréhrale peut être ramollie ou en voie de transformation purulente, — le pus pouvant même s'enkyster, — sans qu'il se manifeste un seul symptôme qui puisse nous conduire à soupçonner une maladie du cerveau k II est même arrivé que des malades d'hôj^ilal qui se plaignaient seulement de langueur, d'une faihlesse générale, , d'être incapables de faire aucun effort, ont été accusés de simulation et regardés comme paresseux, parce qu'il n'y avait aucun symptôme accusé de maladie, alors qu'une mort subite ou rapide venait prouver quelque temps après l'existence d'un abcès du cerveau et montrer l'injustice que l'on avait faite au malade ^
Il est certain cependant qu'il arrive parfois qu'un trouble intellectuelaccompagne une maladie cérébrale, mêmelorsque la lésion est centrale ; mais, dans ces cas, nous devons supposer que la lésion agit comme centre d'irritation et que les centres de l'esprit sont affectés secondairement, l'action morbide agissant soit directement sur les éléments nerveux ou indirectement par l'intermédiaire des troubles vaso-moteurs. Deux choses s'observent souvent touchant les symptômes mentaux : 1° c'est qu'ils sont intermittents, de sorte qu'ils peuvent s'évanouir pendant un moment; 2° et qu'ils ont le caz'actère soit d'un délire incohérent, soit d'une imbécillité mentale plus ou moins grande.
La disparition complète de tous les symptômes de trouble intellectuel est la preuve qu'ils ne sont pas dus à une lésion organique des centres nerveux qui président directement au fonctionnement de l'esprit, car, si une pareille lésion existait, la guérison ne pourrait être ni aussi soudaine ni aussi complète. Mais si le trouble des cellules corticales est secondaire, s'il est un effet réflexe de l'action morbide primitive qui existe dans le voisinage, il est aisé de comprendre qu'il peut se produire et
1. Comme exemple de lésions graves du cerveau sans dérangement mental, voir un article du D"" Ferriar dans le l»"" vol. des Memoirs of Ihe Literary and Ph ilosophical Society of Manchester.
2. Vctjcr Gehirnabscesse, par le professeur Lebert [Vircliow's Archiv, vol. X, 1836).
disparaître subitement, comme le font les convulsions épileptiforraes qui se produisent dans les mômes circonstances. Cette explication des troubles transitoires est peut-être plus probable que l'explication dans laquelle on suppose des modifications vasculaires transitoires, bien que ces troubles vasculaires puissent être amenés par Firritation morbide et puissent parfois jouer un rôle dans la production des désordres intellectuels. Pourquoi un effet pathologique réflexe se produit-il dans un cas et pas dans un autre, ou pourquoi ne persiste-t-il pas quand il s'est produit? iNous ne pouvons pas plus le dire que nous ne pouvons dire pourquoi une irritation excentrique donne lieu dans certains cas et non dans d'autres, à des convulsions ou à des paralysies. « Quelle raison, demande le D'' Whytt, peut nous expliquer pourquoi, après l'amputation d'un bras ou d'une jambe, les muscles masseters se contractent convulsivement plutôt que les autres muscles? »
Le caractère de l'altération mentale est également d'accord avec l'interprétation de cette altération considérée comme effet réflexe, car elle se manifeste surtout par a. une grande torpeur mentale ou par de l'imbécillité aboutissant à une véritable démence dans les cas les plus graves, ou h. par du délire. Si nous ne rencontrons pas habituellement les formes connues de la folie c'est là un fait qui a bien quelque intérêt et quelque importance; car ce fait indique l'existence de conditions morbides qui diffèrent de celles de la véritable foHe. Une manie ou une mélancolie systématisées représentent un résultat organisé du caractère anormal, — l'organisation, si l'on veut, de l'altération; le délire incohérent, ou l'imbécillité mentale dont nous nous occupons ici, indiquent au contraire un trouble général des troubles supérieurs de l'inteUigence sans systématisation de l'action morbide. Par suite, bien que le délire puisse être actif, il est habituellement très incohérent, et il ne témoigne d'aucune coordination; il indique une agitation des centres ganglionnaires des hémispiiè'res consécutive à une irritation venue du dehors. Il en est de même en ce qui concerne l'imbécillité quand le trouble mental prend cette forme : c'est une faiblesse générale sans caractère défini, sans aucun débris d'une illusion systématique, comme cela se
voit ordinairement dans la démence qui suit la manie ou la mélancolie. Je doute, cependant, qu'il soit possible de diagnostiquer la maladie d'une manière satisfaisante par ses seuls symptômes mentaux; nous devons plutôt rechercher d'autres symptômes : les céphalalgies intenses avec paroxysmes , le vertige, les troubles des différents sens spéciaux, l'affaiblissement des muscles, la perte du langage, la névrite optique, et finalement les attaques épileptiformes et apoplectiformes et le coma.
Quand la lésion locale intéresse directement les centres supérieurs de l'intelligence, les troubles intellectuels peuvent être excessifs ou ne pas exister; quand ils existent, il est remarquable de voir comme ils sont parfois capricieusement intermittents; en fait, ils peuvent apparaître et disparaître d'une manière si étrange que le médecin peut arriver à soupçonner la bonne foi du malade. A un moment, le n^alade affirme qu'il est aveugle, ou' qu'il est sourd, ou qu'il ne peut parler, tandis qu'à un autre moment il voit, entend et parle bi^n. Le cas suivant est un bel exemple de l'intermittence et du caractère pseudo-hystérique des symptômes. Une jeune fille âgée de seize ans, que j'ai vue deux ou trois fois, se plaignait de ne pas voir, de mal entendre et d'avoir une démarche incertaine. Son père, un homme habile dans les affaires, était très excitable et avait eu plus d'une fois des attaques de manie. Une tante était bizarre, et ses sœurs étaient nerveuses et hystériques. Dès son enfance, elle avait été fine, dissimulée et précoce, toujours méchante, aimant à détruire et se plaisant à jouer de mauvais tours. Elle fut réglée à l'âge de onze ans et dès cette époque manifesta des tendances et des idées érotiques ; elle se tenait sans aucune modestie devant son jeune frère, et elle témoignait d'une connaissance surprenante des questions sexuelles. Elle fut chassée de l'école. Dans une autre école où on l'envoya, sa conduite générale fut mauvaise. Elle était toujours dissimulée et entêtée, et à diverses reprises elle eut des attaques hystériques avec rires et cris. Un jour, après avoir reçu une correction pour sa mauvaise conduite, elle se dit aveugle; mais la maîtresse d'école et un médecin qui la virent pensèrent avoir
CAUSES DE LA FOLIE, MOYENS DE LA PRÉVENIR 2ol
alFairc à une simulation. Quelques jours après elle recouvra la vue. Mais, au bout (Fun certain temps, elle déclara qu'elle était de nouveau aveugle et même sourde, et au bout de quelques semaines l'ouïe, mais non la vue, revint à l'état normal. Tous les médecins qui la virent pensèrent qu'elle était hystérique. Enfin la surdité revint, et la malade dit qu'elle ne pouvait marcher, que ses jambes étaient trop faibles. Parfois cependant, elle pouvait voir et entendre. De temps en temps, elle avait des accès d'excitation pendant lesquels elle criait, riait, se déchirait ellemême ou frappait sa garde. A la fin, la cécité complète, la surdité et la paralysie des membres étaient indiscutables. Elle se plaignit de violents maux de tête, eut du délire et mourut. A l'autopsie, on trouva une tumeur, supposée cancéreuse, du volume et de la forme d'un œuf de poule, qui était située dans l'hémisphère droit.
Autre exemple": Un jeune homme âgé de vingt-quatre ans souffrait de maux de tête qui revenaient souvent par accès très douloureux, d'une faiblesse de la vision, d'anxiété, d'un grand sentiment de débilité, de faiblesse des membres; il avait également de la confusion des idées. Au bout d'un certain temps, il eut un accès de manie ; il voyait des globes de feu qui tombaient sur lui; il se croyait poursuivi par des êtres monstrueux, et il était très violent. L'excitation dura trois jours ettrois'nuits sans sommeil, et ensiiite le malade tomba dans un sommeil profond qui dura vingt-quatre heures, et à son réveil il était lucide d'esprit, n'ayant aucun souvenir de la période d'excitation. Les maux de tête revinrent avec des bourdonnements d'oreilles et une paralysie plus ou moins grande des muscles volontaires. L'excitation maniaque revint aussi, mais d'une manière plus persistante, et la paralysie et la stupeur mentale augmentèrent. Un jour, il ne put ni se lever ni mouvoir ses bras, mais après une nuit tranquille ces accidents disparurent, et il put répondre d'une façon intelligente aux questions qu'on lui posait. Le soir, il était de nouveau repris par son agitation; puis il tomba dans le coma et mourut. De nombreux kystes de cysticerciis cellulosus fin-ent trouvés dans le cerveau; cinq de ces kystes étaient attachés à la surface interne de la dure-mère et le reste dispersé dans la
substance grise du cerveau. Le plus grand nombre fut trouvé dans la substance grise des hémisphères, où ils étaient réunis çà et là par groupes très denses. Dans un autre cas où après la mort on trouve 12 cysticerques dans le cerveau, les symptômes avaient été ceux d'une démence croissante avec paralysie.
On sait très bien qu'une personne peut perdre une partie de son cerveau sans offrir aucun trouble ou aucun désordre mental. On a rapporté des cas qui montrent qu'un hémisphère peut suppléer tout le cerveau; la seule conséquence apparente de la destruction de l'autre hémisphère était une fatigue plus rapide, et peut-être une irritabilité plus grande. Cela étant ainsi, il est aisé de comprendre qu'une lésion directe des couches grises des circonvolutions peut se produire sans déterminer aucun dérangement de l'esprit
On a beaucoup écrit dernièrement sur ce qu'on .appelle la fohe syphilitique; mais les produits syphilitiques n'ont pas plus de tendance à produire la folie que toute au-tre tumeur ou tout autre produit morbide du cerveau. La carie syphilitique du crâne peut amener des complications cérébrales, par suite de l'extension de l'action morbide, de même que peut le faire la carie des os de l'oreille.