CONCLUSION
• Une question intéressante, mais difficile, sur laquelle les écrivains qui ont traité de la folie nous ont donné peu ou point
1. Le cas suivant est rapporté par le B' A. Schwarzeutbal dans la Wiener medizinische Press, 20 août 1871 : Une femme ûgée de trente ans, journalière, qui avait déjà été soignée pour des accidents sj^pliilitiques et pour une leucorrhée, fut admise à l'hôpital pour une céphalalgie qui durait déjà depuis plusieurs semaines, avec de la prostration et une diminution de l'appéUt. Des accès de fièvre se présentèrent quelquefois le matin, quelquefois dans l'après-midi, et ou en conclut qu'elle avait une fièvre intermittente. Au bout d'un certain temps, sa situation s'améliora tellement qu'elle fut renvoyée. Elle retourna a ses occupations, fit un travail aussi difficile qu'auparavant, et parfois elle fréquentait des maisons mal famées ; c'est dans l'uuc d'elles qu'elle mourut subitement un mois après avoir quitté l'hôpital. La moitié postérieure de l'hémisphère droit était convertie en un large abcès, l'hémisphère gauche olail pâteux au contact, et le cervelet était ramolli. D'après l'histoire de la malade, le
D' S pensa que l'abcès du cerveau devait exister depuis trois mois, et, uinl-
gré cela, à aucun moment la malade n'avait perdu connaissance, et elle avait môme pu, sous le coup du mal, se livrer h un travail difficile.
(le renseignement, c'est qu'elle est la cause de la forme particulière du dérangement mental qui se produit dans un cas donné. Pourquoi telle forme de folie plutôt qu'une autre? D'abord il est certain que ce qui paraît être la même cause produit chez différentes personnes des formes toutes différentes et les effets sont également didérents chez la même personne aux diverses périodes de sa vie; et d'autre part là même forme de folie peut être déterminée par des causes différentes. S'il en est ainsi , il est clair que les conditions déterminantes spéciales restent cachées dans cette région inconnue que nous appelons des noms de temjjérame?2t et (ïidiosyncrasie ; malheureusement ces gros mots ne sont pour le moment que les masques de notre ignorance : ce sont des symboles qui représentent des qualités inconnues, plutôt que des mots qui dénotent des quahtés définies; et la psychologie ne pourrait entreprendre un travail plus profitable que de faire une étude patiente et systématique de l'individu, la dissection et la classification scientifique et précise des esprits et des caractères des individus par rapport à leurs traits et à leur complexion. Quel grand profit on pourrait retirer d'une exposition didactique des diverses périodes du processus rapide par lequel certains hommes, avec beaucoup de finesse et une grande expérience peuvent juger instinctivement les caractères des personnes avec lesquelles ils ont affaire et, en un moment, les classer mentalement dans telle ou telle catégorie! Nos systèmes de psychologie sont trop abstraits et trop idéaux pour pouvoir être de quelque utilité; ils dédaignent de s'occuper de l'individu, et ils méprisent le travail ennuyeux de l'observation pour le travail plus facile de hi spéculation, et ils ne sont d'aucun secours quand il s'agit de faire l'éducation d'un esprit sain ou d'établir le traitement d'un esprit aliéné.
De môme qu'il n'y a pas dans le monde deux personnes exactement semblables par leur caractère mental et leur développement, il n'y a pas deux causes de dérangement intellectuel qui soient exactement les mômes. Les variétés de leurs traits morbides peuvent être aussi nombreuses que les variétés du caractère individuel. Le cerveau n'est pas sur le môme
pied que les autres organes en ce qui concerne son développement en tant qu'organe de l'esprit ; car, tandis que le développement et le fonctionnement des autres organes sont à peu près les mômes chez toutes les personnes, ne demandent aucune éducation, et que leurs maladies sont semblables, l'évolution du cerveau comme organe des fonctions mentales se fait après la naissance et d'après les circonstances où se trouve placé chaque individu; et la variété des fonctions dans chaque individu correspond à la variété de structure dans l'instrument délicat de la pensée; c'est pour cela que dans deux cas d'aliénation mentale qui se ressemblent par leurs caractères généraux de dépression ou d'exaltation, et peut-être aussi par le caractère des illusions, il y a place pour des traits particuliers. Malgré ces variétés de détail, il y a cependant une grande ressemblance entre les principaux types de la folie, ce qui la rend à la fin monotone et fatigante ; le malade rentre dans l'une ou l'autre de ces classes peu nombreuses, et les aliénistes peuvent justement se plaindre d'un manque d'invention. Toutes ces nombreuses dilTérences sont superficielles et accidentelles et la folie est fondamentale et essentielle; et il est certain que celui qui a bien étudié les aliénés que renferme un grand asile connaît les caractères essentiels et les principaux traits de la folie de tous les âges, de tous les pays et de toutes les variétés d'hommes. L'activité productrice, c'est-à-dire créatrice, est la fonction suprême de l'esprit le mieux doué et le plus lucide.
D'une manière générale , on peut dire que le tempérament mélancolique prédispose à la folie mélancolique, et que le tempérament sanguin prédispose à une variété plus expansive d'aliénation, et le tempérament soupçonneux à un dérangement intellectuel où les idées de persécution prédominent. Mais il n'en est pas toujours ainsi : un individu mélancolique peut devenir furieux , et une personne sanguine peut avoir une folie rêveuse. Le siège de. la maladie primitive modilîe quelquefois le résultat ; une blessure de la tète ou une maladie organique du cerveau tendent à produire un trouble inlellectucl plutôt qu'un trouble émotif , tandis que les maladies abdominales favorisent le développement d'une dépression
émotive ; les condilions organiques de rintcUigeucc résidant, comme l'a remarqué Millier, dans le cerveau lui-même, tandis que « les éléments qui entretiennent les émotions ou les elTorts du moi résident dans toutes les parties de l'organisme ». Cela n'est vrai, cependant, que des maladies du cerveau assez avancées, car les troubles causés par un traumatisme ou par une grave lésion organique sont d'abord principalement émotifs : ce qui tient probablement à ce que l'altération initiale des centres nerveux ressemble beaucoup à celle qui est produite par une irritation venant d'un organe éloigné ou d'un sang altéré. Cette altération n'a pas dépassé le degré de trouble fonctionnel', qui a une expression émotive, pour arriver au degré qui correspond à la désorganisation des tissus, qui implique une altération intellectuelle. Quand une maladie du cœur coexiste avec une maladie mentale, et quand il y a entre les deux maladies une connexion essentielle, comme cela arrive parfois, et non pas simplement accidentelle, la maladie mentale prend ordinairement la forme mélancolique avec des appréhensions et des craintes très vives, — il existe une sorte de panphobie. Cette forme est donc un contraste frappant avec la manie plus ou moins active qui accompagne parfois la tuberculose pulmonaire. La disposition sanguine du phthisique est très remarquable à ce point du vue, car, sans le moindre trouble intellectuel, il conserve un espoir inébranlable, en dépit de ses forces décroissantes, et sur le bord de la tombe il fait des projets et décide ce qu'il fera quelques années plus tard.
Les modifications corporelles qui viennent avec l'âge déterminent parfois la forme que la maladie prend. On ne pense point et on ne sent point à cinquante ans comme à trente; qu'y a-t-il d'étonnant à ce que les caractères de la folie ditîèrent à ces ditîérents âges? Lorsque la folie éclate dans la jeunesse ou dans l'âge adulte, alors que la circulation sanguine est vigoureuse cl que les forces corporelles ont leur plein développement, la manie est beaucoup plus commune que la mélancolie, à moins que la santé n'ait été atfaiblie par de longues souffrances corporelles ou mentales ; dans la vieillesse, alors que la circulation est languissante que les vaisseaux sont en voie de dégcnéralion cl que les forces
2o6 PATHOLOGIE DE L'ESPRIT
corporelles s'alTaiblissent, c'est une variété de mélancolie ou quelque degré de déchéance intellectuel que l'on voit se produire. Le sexe aussi imprime parfois nettement sa marque sur les troubles de l'esprit, bien qu'il ne modifie pas autant les principaux types de folie qu'on pourrait s'y attendre lorsque l'on ne réfléchit pas à l'uniformité de la passion dans les deux sexes. Il est clair comme le jour que des modifications corporelles temporaires, de quelque manière qu'elles se soient produites, peuvent jouer leur rôle ; et il se peut que des recherches ultérieures découvrent les causes des traits caractéristiques de quelques variétés d'altération mentale dans les états diathésiques et dans les altérations corporelles qui leur sont associées. Si cela arrivait , nous pourrions espérer de nous trouver en possession d'histoires médicales plus complètes et plus exactes que celles que nous avons maintenant, sur lesquelles on pourrait fonder une classification naturelle de la folie qui nous fournirait des renseignements précis sur les causes, la marche, sur la déterminaison probable et sur le traitement d'un cas parlicuher appartenant à un des groupes de cette classification.
Le degré de développement que l'esprit a atteint ne peut manquer d'imprimer sa marque sur les phénomènes de ses altérations ; plus l'esprit est cultivé, plus ils seront variés et complexes. Un enfant, immédiatement après sa naissance, ne peut ofTrir aucun trouble de l'idéation ; il doit acquérir des idées avant que ses idées puissent être troublées. Pour la même raison, la folie d'un sauvage de l'Austrahe sera plus simple que celle d'un Européen ordinaire, qui probablement montrera des débris de culture et peut-être même le degré de cette culture. La croyance à la sorcellerie est commune chez les sauvages, et il n'est pas étonnant qu'un sauvage mélancolique se croie ensorcelé. Si dans notre pays une personne avait cette illusion, nous pouvons affirmer qu'elle n'aurait jamais brillé par son intelligence ; car, si elle avait eu plus de connaissances, elle n'eût pas attribué ses souffrances à des persécutions par le magnétisme et d'autres agents chimiques mystérieux. Les illusions des aliénés reflètent, quoique imparfaitement, les principales croyances de l'époque, ainsi que les événements sociaux et politiques; si bien qu'Esquirol alfir-
mait qu'il eût pu faire l'histoire de la Révolution française depuis la prise de la Bastille jusqu'à la chute de Bonaparte d'après des caractères que la folie présenta aux diverses périodes de la Révolution. Tout événement frappant, tout grand personnage qui occupe l'attention publique peuvent être saisis par l'esprit aliéné et être l'occasion d'une illusion. Peu importe, dans la plupart des cas,lanature particulière de l'illusion; la chose importante, c'est le mode affectif dans lequel elle a ses racines et dont elle tire sa vie. Une personne vaine et ambitieuse peut se croire un prophète inspiré ou même Jésus-Christ, si ses pensées ont toujours été dirigées sur les matières religieuses ; elle peut croire qu'elle a résolu le problème du mouvement perpétuel, si elle a fjuelque goût pour la physique : peu importe ce qu'elle pense d'elle-même; on ne la guérira point des illusions de grandeur tant qu'elle sera imbue des imaginations dont ses illusions sont l'expression.
Si l'on étudie la folie en général et si l'on considère qu'il doit y avoir au fond quelque chose de commun à tous les cas, et si l'on cherche quelle est la qualité dominant le plus chez ceux qui sont les victimes de la folie, on ne pourra manquer de faire quelques réflexions instructives. Une chose ne peut manquer de frapper ceux qui vivent avec les fous : c'est la manière dont ils sont drapés en eux-mêmes, c'est le peu de part qu'ils prennent aux soucis et aux malheurs de ceux qui ont longtemps vécu avec eux d'une manière intime. II n'y aurait pas d'exagération à dire qu'une personne pourrait vivre pendant des années au milieu de fous — je ne parle pas des déments — sans que son absence ou sa mort fût à peine remarquée. Vivant ensemble pendant des années, comme ils le font, ils ne témoignent ni d'aucun intérêt ni d'aucune sympathie les uns pour les autres. Ce n'est pas un égoïsme. conscient de leur part; mais leurs propres sentiments morbides ainsi que leurs pensées absorbent leur attention si complètement que rien de ce qui affecte les autres ne peut les toucher profondément. Une autre remarque que ceux qui ont longtemps fréquenté les fous ont eu l'occasion de faire, c'est que, lorsqu'ils sont guéris, ils ont rarement de la reconnaissance pour ce que l'on a fait pour eux, quelles que soient l'attention Maudsley, 17
2b8 PATHOLOGIE DE L'ESPRIT
et l'inquiétude que leurs soulTrances aient éveillées ; à de rares exceptions près , ils oublient rapidement les services rendus et s'empressent de laisser de côté tout sentiment d'obligation. Il est incontestable que cela est dù en partie aux préjugés sociaux qui existent contre la folie ; il est naturel qu'ils suppriment toute allusion à un malheur que leurs parents, qui peut-être partagent leurs particularités de tempérament, évitent de rappeler, et que le monde regarde en une certaine mesure comme une infirmité.
Mais ce n'est pas tout, et ce n'est pas toujours la principale raison : il y en a qui ne peuvent reconnaître qu'ils ont été aussi malades qu^on le pense, ou qui dans leur for intérieur attribuent leurs actes insensés au traitement qu'ils ont subis, et, tout en se rappelant exactement ce qu'ils ont souffert, oublient complètement ce qu'ils ont fait souffrir aux autres. Et nous ne devons point nous en étonner, si nous réfléchissons à la forte tendance qu'a une personne dont les passions sont bouleversées ou dont les intérêts sont très engagés à voir les choses à son propre point de vue exclusif, à transformer ses sensations en des qualités d'objets extérieurs, et si nous réfléchissons quelle est son impuissance de se mettre à un point de vue opposé et d'apprécier ses sentiments. On a dit que l'angoisse est une eourte foUe : il ne serait pas moins vrai de dire que la folie est une passion prolongée.
Après avoir noté le développement excessif de ce que l'on peut appeler le sentiment de la personnaUté chez le fou, — car ce n'est pas cet amour-propre conscient qui constitue à proprement parler l'égoïsme, — on peut se demander s'il ne s'agit pas là parfois du développement morbide d'une disposition naturelle. On trouvera, je pense, qu'un grand nombre de personnes qui sont devenues folles avaient un sentiment intense de leur personnalité sans pouvoir intellectuel qui pût faire contrepoids. Les amis de ces individus disent d'eux que c'étaient des natures très sensibles, qui ne pouvaient supporter la critique ou l'opposition, qu'il était souvent nécessaire de faire des choses désagréables pour eux, et ainsi de suite; et ce qu'ils disent, ce n'est pas pour la défense d'une infirmité, mais comme s'il s'agissait
CAUSES DE LA FOLIE, MOYENS DE LA PREVENIR 2o9
d'une nature plus fine que la nature ordinaire, comme si ce n'était pas l'affaire de tout individu d'avoir et de supporter toutes sortes d'impressions. Il y a une catégorie de personnes qui sont incapables de se mettre en rapport sobre et normal avec les circonstances de la vie, qui laissent aller leurs sentiments et leur imagination à la dérive; qui n'ont point le calme de la raison, et qui ne peuvent arriver à comprendre et encore beaucoup moins à mettre en pratique cette notion que le moi doit être un élément subordonné dans un tout complexe.
Pour quelques-unes, toute impression est une occasion de soupçon; elles s'offensent aisément, elles exagèrent les choses légères, grandissent des bagatelles ; elles sentent vivement que toute opposition blesse leur amour-propre, et, identifiant leur personnalité avec le vrai et le droit, elles se persuadent qu'elles sont la victime de grands torts. Ces personnes manquent parfois de sincérité sans le faire toujours consciemment; après avoir accepté avec empressement, avec effusion et, pour le moment, avec sincérité, un conseil ou une proposition, la défiance habituelle à leur égoïsme réveille immédiatement ses idées sympathiques, et elles commencent à découvrir des motifs cachés d'intérêt personnel dans le conseil en question, et elles se repentent de l'avoir partagé. Promptes au soupçon, elles se trompent invariablement et tombent dans les mains de véritables charlatans qui exploitent leur faiblesse. C'est une des raisons qui font que des imposteurs ignorants, mais audacieux, ont, dans la pratique des fous, un succès qu'ils n'auraient pas si l'on exigeait d'eux une connaissance et une habileté médicale réelles.
D'autres qui ne sont pas complètement enveloppés en euxmêmes se consacrent presque entièrement à leur famille. C'est une autre sorte de satisfaction égoïste. On entend dire d'une • femme, qui est devenue mélancolique et qui se laisse aller à toutes les habitudes de satisfaction égoïste si communes dans ces cas, que c'était une personne très aimable, qu'elle était singulièrement dévouée à son mari et à ses enfants, qu'elle ne s'occupait jamais d'elle-même et qu'elle est actuellement aussi différente que possible de ce qu'elle était jadis. Mais le mari et les enfants ne sont pas tout l'univers, et un dévouement excessif
pour eux peut être, dans certains cas, le maximum de satisfaction égoïste, et il peut être trop exclusivement absorbant pour être l'indice d'une vie conforme à une saine raison. De môme, un individu généreux pour donner de l'argent peut avoir été extrêmement regardant et peu scrupuleux sur les moyens de l'acquérir ; et, s'il devient ce mélancolique ou cet hypochondriaque qui ne pense qu'à lui et ne parle que de lui-même et de ses souffrances, il n'est peut-être pas vrai de dire que son moi actuel ne ressemble aucunement à son moi antérieur.
L'opinion que le philanthrope est le moins égoïste des hommes est une opinion commune, mais nullement indiscutable ; il serait plus vrai de dire que c'est ordinairement une personne d'un égoïsrae extraordinaire, qui trouve sa satisfaction dans ses travaux philanthropiques. Yivement blessé dans ses sentiments par la vue des souffrances et du mal, il réagit avec intensité en essayant de rendre les choses meilleures ; il arrive à soulager la blessure de ses sentiments aussi bien en faisant savoir au monde son affliction et en dépeignant les maux qui l'affligent que par ses œuvres de bienfaisance. Mais en même temps il peut être dans ses relations de famille d'une exigence minutieuse et habituelle pour les siens et très indulgent pour luimême. La philanthropie qui embrasse toute l'humamte a, en vérité, trop de tendance à négliger la famille, et on ne manque point d'exemples qui prouvent que les martyrs de la cause de l'humanité peuvent faire des martyrs parmi ceux qm son en relations intimes et journalières avec eux. Les devoirs humbles et ennuyeux et les abnégations de la vie journahere ex.gen une discipline personnelle calme et tranquille , ne cherchent point les occasions éclatantes de soulager des sentunenls outragés, ne réclament point l'attention et la sympathie publique et demandent une subordination sans parade du moi e de ses affections. Le monde a raison, sans doute, d applaudir le phi- S rope pour le bien qu'il fait dans le but d'encourager les hommes à considérer le but élevé du bien-être humain; m TZme il est heureux que le monde ne soit pas entièrement composé do philanthropes.
L'ascète religieux des temps anciens qui fuyait la socicic ut.
hommes pour vivre dans quelques cavernes des montagnes ou dans le désert, et qui, là, s'infligeait toutes les souffrances qu'il pouvait inventer, se mortifiant les chairs par des coups et de longs jeûnes, était persuadé qu'il faisait une chose très sainte, et le monde l'applaudissait comme un grand saint. La vérité, c'est qu'il entretenait un égoïsme exagéré voisin de la folie. Loin d'avoir le mérite qu'il s'imaginait, il aurait accompli une pénitence beaucoup plus difficile pour lui, il aurait subi une discipline plus saine, s'il avait fait son travail modeste, comme tout le monde, en sa qualité d'humble membre de la société. Au contraire, en mettant son corps dans un état d'émaciation, en fixant son esprit affaibli sur ce que Satan pourrait faire pour le tenter et le tourmenter, ou sur ce que Dieu pourrait faire miraculeusement pour le soiitenir et le soulager, il entretenait les hallucinations qui le faisaient croire à l'apparition de Dieu ou des mauvais esprits. S'il n'avait pas de ces visions, il s'était mis dans un état d'esprit si instable et si spasmodique qu'il déclarait les avoir, sans avoir positivement conscience de son manque de sincérité, de même qu'une femme hystérique, avide d'acquérir la sympathie et la notoriété, simule toutes sortes de maladies, ou, si son esprit est porté vers les choses sexuelles, accuse des personnes innocentes de tentatives criminelles sur elle, sans qu'elle ait sincèrement conscience de sa duplicité et de son mensonge. Si nous croyons les récits que quelques saints ont donnés de leurs rencontres avec le diable, nous serions forcjs de conclure que le diable a mis de côté toutes autres affaires dans le but d'employer toutes ses forces à ébranler leur vertu constante. Leurs folies fanatiques n'étaient en réalité que l'expression d'un égoïsme insensé qui s'était identifié avec la religion, de môme que le pharisien rigoriste identifie son orgueil avec la religion et remercie Dieu de ne l'avoir point fait comme les autres hommes. Mais, de môme qu'un singe paraît d'autant plus diflorme qu'il ressemble davantage à un homme, de môme la singerie de rhiunilité par l'orgueil religieux le rend plus odieux.
Nous voyons donc que les personnes qui deviennent aliénées ont souvent un caractère commun, à savoir un sentiment per-
sonnel exagéré et mal tempéré, en raison diiquel elles sont incapables de voir les choses dans leurs véritables rapports el sous leurs vraies proportions. Un sentiment très vif du moi avec peu de connaissances et peu de volonté est le sol le plus favorable au développement de la passion égoïste, qu'il s'agisse de la passion qui se traduit par les efforts que fait l'individu pour se satisfaire lui-même, l'ambition, l'avarice, l'amour, ou qu'il s'agisse de la passion qui indique la réaction du moi contre ce qui s'oppose à sa satisfaction, comme l'envie, la jalousie, les blessures de l'amour-propre, la dépendance. Et l'expression naturelle d'une pareille passion poussée à l'excès est le délire. Mais, par contre, il y a de grands avantages à avoir le sentiment exagéré de sa valeur ; il donne de l'énergie et de la vigueur au caractère ; ce qui est parfois un mal en donnant de la force à des convictions étroites, ce qui enflamme un zèle intempérant, peut rendre service à l'individu en lui permettant de résister fermement à l'opposition, tout en résistant seul. Le bon côté d'un pareil tempérament se voit chez le réformateur, le mauvais chez le fou. Une conviction acquiert une grande force, comme Novalis l'a fait remarquer, quand une autre personne la partage; et une autre personne ne peut manquer de le faire si cette conviction est basée sur une expérience solide et si elle correspond à une véritable évolution de la pensée. Mais la ' conviction de l'aliéné n'a aucunement besoin pour grandir de l'appui que donne l'approbation. L'assentiment ne lui ajoute aucune force, et l'opposition ne lui en enlève aucune. Le fou n'y croirait pas plus fermement si tout le monde croyait avec lui ; et il y tient, bien que tout le monde la rejette. On peut donc voir que le sentiment de sa valeur personnelle donne le pouvoir à un individu de devenir un réformateur, ou qu'il lui permet de devenir aliéné, suivant que les circonstances de la vie sont favorables ou non et suivant le plus ou moms grand degré de capacité intellectuelle ou de volonté dont il s'accompagne.
C'est Aristote qui a remarqué que les grands hommes ont de la tendance à la mélancolie et à l'hypochondrie. Chez eux, le sentiment de leur valeur est grand ; ils ne se subordonnent pas
aisément aux choses telles qu'elles sont, mais ils les veulent telles qu'elles devraient être. Aussi, quand leurs forces sont dirigées sous la direction de leur intuition supérieure vers l'accomplissement de quelque but, l'ardeur de leurs sentiments inspire leurs convictions et sinfuse dans leurs actions ; cet emploi de leur énergie les délivre de leur mélancolie. Mais quand ils ne trouvent point à s'employer activement, qu'ils n'ont point de grandes choses à faire, ils ont une tendance à devenir mé-" lancoUques, bien qu'ils aient ordinairement, en raison de leurs grandes facultés intellectuelles, assez de volonté pour s'empêcher de devenir véritablement aliénés.
Si l'on voit bien la manière dont opèrent les causes, comme on l'a fait voir dans les pages qui précèdent, il est clair que le dérangement mental doit nécessairement être une question de degré. Il peut y avoir toute espèce de variétés : 1" de défaut congénital, de capacité, c'est-à-dire de défaut de développement du substratum de l'organisation mentale, rendant l'individu incapable de s'adapter heureusement à son milieu , les ancêtres étant à blâmer; 2° de défaut de développement de l'organisation mentale après la naissance; la cause résidant dans une blessure, dans une maladie ou dans une mauvaise éducation, c'est-àdire dans les conditions défavorables du milieu ; et 3° il peut y avoir toute espèce de degré, de dégénération, attestant les divers résultats des mauvais rapports qui existent entre l'individu et son milieu. Entre les états les plus avancés de la folie et de l'idiotie et l'état le plus élevé d'un esprit sain, il y a de nombreuses variétés se fondant si insensiblement les unes dans les autres que l'observation peut suivre toute la série par des gradations légères, et qu'il est impossible pour qui que ce soit de marquer par une ligne précise où la santé finit et où l'insanité commence. Il n'est donc pas étonnant que dans ces cas il soit difficile de donner une réponse sur une question de responsabilité civile ou criminelle : d'une part, il y a des fous qui sont responsables de ce qu'ils font,. d'autant plus qu'ils se laissent conduire par des considérations d'intérêt personnel, qu'ils sont capables de contrôler leurs actions et de voir juste quand ils ont besoin de le faire; d'autre part, il y a des personnes saines,
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qui sont nettement irresponsables de ce qu'elles ont fait dans certaines circonstances, puisqu'aucun motif ne peut, au moment donné, les empêcher de faire autrement qu'elles n'ont fait.
Il existe, sur la folie, deux points de vue prédominants qui doivent être distingués pour la clarté de l'exposition, à savoir le point de vue médical, qui la considère comme une maladie exigeant un traitement, et le point de vue des légistes, qui la considère comme une affection qui rend l'individu incapable de connaître ses obligations et de remplir ses fonctions en qualité de citoyen. Du point de vue médical, une personne peut être assez aliénée pour exiger des soins et un traitement dans un but de guérison, l'expérience ayant mis hors de doute qu'il y a d'autant plus de chances de guérison que l'on adopte plus promptement un traitement convenable et que, si l'on altend, la guérison peut devenir impossible. — Mais en même temps cet°te personne peut ne pas être assez dangereuse pour ellemême ou pour les autres pour qu'elle ne puisse vivre en liberté et prendre soin de ses affaires. La loi admet le point de vue médical sur la nécessité du traitement, en sanctionnant le placement d'une personne aliénée sous une coercition, comme étant « une personne devant être soignée et traitée » ; mais elle dépasse ce point de vue spécial pour arriver à la considération plus large de sa responsabilité comme membre de la société : elle n'accepte pas la maladie de l'esprit en elle-même comme une décharge de responsabilité pour des actes criminels, ou comme une preuve suffisante d'incapacité à accomplir des actes civils ; mais elle exige la preuve, dans un cas particulier, d'un degré ou d'une forme de folie suffisante pour supprimer la responsabilité; pour la loi donc, un homme peut être fou et cependant n'être pas assez fou pour être irresponsable en tant que citoyen ; il peut être fou médicalement, mais non légalement ; il peut être appelé à subir un traitement médical, à cause de son dérangement de fesprit. Mais en même tempsil peut subir une condamnation judiciaire s'il viole la loi. Jusque-là, la doctrine légale est théoriquement juste, bien.que son application pratique soit soumise à bien des difficultés. Mais la législation anglaise ne s'en tient pas là : elle pose de
son autorité propre un critérium artificiel de la responsabilité dans les cas criminels, et elle insiste pour juger chaque cas d'après ce critérium, bien qu'il soit non philosophique en théorie et en discrédit auprès de ceux qui ont une expérience pratique de la folie. En fait, contrairement à tous les principes légaux, elle s'égare gratuitement de sa voie en regardant comme une bonne loi un dogme psychologique condamné, qui, loin d'êtreune loi, est une fausse doctrine. Ce critérium, c'est que l'individu aliéné est responsable de son acte criminel si, au moment où il l'a accompli, il savait faire une mauvaise action, ou s'il savait que l'acte était contraire à la loi. On peut se représenter très clairement la signification de ce critérium appliqué strictement en voyant quel serait le résultat si l'on prétendait que toute personne souffrant de convulsions et dont la conscience ne serait pas entièrement suspendue durant ces convulsions serait strictement responsable de ne pas les arrêter. Comme personne de ceux qui connaissent un peu de philosophie mentale ne croit que les impulsions viennent de l'intelligence et soient toujours sous sa puissance, et comme personne de ceux qui se sont occupés pratiquement d'aliénation mentale ne doute qu'un individu aliéné ne soit parfois contraint par sa maladier de faire ce qu'il sait être mal, qu'il peut avoir passé par une agonie indescriptible dans ses efforts pour résistera l'impulsion morbide avant d'y céder finalement, on doit saisir toutes les occasions favorables pour que le droit et la justice puissent enfin prévaloir, pour déclarer combien est injuste la maxime légale et pour protester contre son application.
Une autre faute, mais moins grave, de la législation concernant les aliénés, c'est le manque de précautions pour le traitement discriminatif de ceux qui ont été déclarés par elle malades d'esprits; car, dans tous les cas, le jugement doit porter aveclui la conclusion, non pas toujours fondée, qu'ils sont également incapables de prendre soin de leur personne et de régler leurs affaires. Néanmoins, un individu aliéné est parfois compétent pour diriger ses affaires, et en même temps on considère qu'il ne peut vivre entièrement en liberté ; et d'autre part il y a des aliénés qui n'étant pas compétents pour diriger leurs affaires
peuvent être laissés en liberté quand les précautions légales convenables ont été prises pour assurer la bonne direction de leurs biens. Nous avons beaucoup trop l'habitude de regarder la folie comme une chose spéciale et définie, qui est ou qui n'est pas, et qui, si elle existe, met du môme coup le malade en dehors de la catégorie des hommes ordinaires. On oubUe que Ton n'a point alïaire, là, à une entité constante, mais à une multitude A' individus aUénés qui montrent tous les degrés et toutes les variétés de la maladie. Une conséquence de cette habitude, c'est une facilité regrettable à déclarer aliénés et à renfermer dans des asiles des personnes qui s'écartent des routines habituelles de la pensée et de la conduite, que l'on aurait considérées autrefois comme inoffensives ou, dans certains cas, comme inspirées. C'est ainsi que le monde est aujourd'hui privé du bien qu'il pourrait retirer des idées excentriques et des impulsions nouvelles ; car dans le passé, il doit assurément beaucoup à ceux qui se sont écartés violemment des moules automatiques de la pensée et de la conduite, même lorsque leur originalité n'a peut-être été que le commencement de la foUe.
C'est par ces observations que je termine ce que j'avais à dire sur les causes de la folie. Elles ont peut-être montré la nécessité d'avoir des idées plus larges qu'on n'en a eu jusqu'ici sur l'origine et la nature de la maladie. Elles nous avertissent aussi que nous ne devons point laisser passer ces esprits avortés sans apprendre les leçons qu'ils peuvent nous donner. Exemple d'un défaut d'adaptation aux conditions de la vie, ils nous montrent en souffrant la voie de la dégénérescence, et ils nous indiquent en même temps la voie opposée de l'évolution ; ils nous apprennent ainsi que, sans perdre leurs forces en de vains regrets sur les malheurs irrémédiables, les hommes doivent s'appliquer à comprendre les lois de la nature et à mettre leur vie en harmonie complète avec elles.
APPE-NDICE
Dans le but d'éclaircir plus complètement ce chapitre sur les causes de la folio, j'avais ajouté en appendice dans les éditions antérieures de
càuses de la folie, moyens de la. prévenir 267
cet ouvrage le résumé de SO cas, dans lesquels je m'étais efforcé de déterminer le concours des causes qui avaient produit la maladie mentale. Je pourrais en ajouter beaucoup d'autres; mais je ne le ferai pas, parce que ceux qui suivent répondent assez bien aux divers ordres de causes et que, cités sans choix, ils suffisent au bat que je me suis proposé. , . ., .,
lo Capitaine dans l'armée, le seul fils survivant de sa mere, qui était veuve. Sa mère était très nettement scrofuleuse, et il dépérissait graduellement, sous l'atteinte d'une phthisie probable. État mental : mélancolie avec démence, nombreuses illusions de défiance ; vapeurs pernicieuses et autres agents nuisibles employés contre lui. 11 était le dernier né de sa famille, deux de ses frères paraissent être morts de la même maladie que lui. Son grand-père débuta par être portier ; finalement il devint associé dans une grande manufacture, et, après avoir amassé une grande fortune, il en fit un grand étalage cà Londres. C'est ainsi que finit le désir de s'enrichir, qui avait été le seul but de sa vie.
2° Il y avait dans ce cas une prédisposition héréditaire directe, et le tempérament était très excitable. Aucun témoignage d'excès d'aucune sorte. Mais de grandes inquiétudes dans la gestion des affaires. La maladie mentale était la paralysie générale.
3° Aimable gentleman qui après la mort de sa femme noua des relations immorales avec une femme perdue. Excès sexuels continuels. 11 s'adonnait au vin et aux autres excitants. Paralysie générale.
A° Vrai fat, le fils d'un riche tailleur de Londres qui pratiquait l'usure, d'apparence basse comme d'esprit, fortement imbu de l'esprit mercantile et d'un zèle choquant pour la secte non conformiste. Adonné à la masturbation et atteint de cette forme désagréable d'aliénation mentale qui accompagne quelquefois ce vice.
0° Deux dames d'un âge moyen, céhbataires, et cousines. Toutes les deux souffraient d'une folie morale très caractérisée et révélaient par leur conduite la tyrannie d'une mauvaise organisation. 11 y avait beaucoup de cas de folie dans la famille, et le père de l'une d'elles était fou. Dans les deux cas les parents étaient fantasques, capricieux, et peu judicieux comme parents. Une mauvaise organisation, rendue pire par une mauvaise éducation.
6° Dame célibataire, âgée de 40 ans, adonnée aux excès les plus extravagants et les plus grossiers, bien que jouissant d'une bonne position sociale et d'une fortune indépendante. Elle justifiait sa conduite à tous points de vue, bien que plus d'une fois elle eût été mise en prison. Histoire de la famille inconnue ; mais prédisposilion à la folie fortement soupçonnée, vu qu'il n'y avait pas le moindre élément moral dans son •organisation mentale. Vie sans but et sans occupation ; développement égoïste très prononcé à tous points de vue. 7o Receveur, âgée de 31 ans; n'a guère fait pendant quelque temps que
de s'abrutir avec de l'eau-de-vie dans son propre bureau. Comme conséquence, manie furieuse et extrême incohérence, manie aiguë par intoxication prolongée, pas de delirium tremens. — Guérison.
8° Femme, âgée de 47 ans, brune, la peau pcâle, tempérament bilieux; elle a souffert beaucoup du manque d'aifeclion de son mari et d'angoisses domestiques. Elle est à l'époque de la ménopause, et elle est devenue très mélancolique. On ne connaît rien de plus sur elle. — Guérison.
9° Prédisposition héréditaire très nette. Première attaque à l'âge de 38 ans, quand elle était encore célibataire. Seconde attaque à l'âge de 58 ans, quelques années après avoir épousé un vieux gentleman qui avait besoin d'une garde-malade. Elle s'était adonnée aux excitants, se croyait malade, et elle avait toujours un médecin pour lui parler de ses souffrances et se faire recommander quelque excitant; en fait, mélancolie avec hypochondrie, qui a augmenté graduellement jusqu'à aboutir à une véritable folie. — Guérison.
10° Dame mariée, âgée de 3 1 ans, sans enfants, sentiments très égoïstes. Elle assista une fois à une réunion de méthodistes où elle fut très impressionnée par un sermon violent; immédiatement après, elle devint folle, crut que son âme était perdue et fit des tentatives de suicide. — Guérison.
H° Jeune dame âgée de 25 ans, qui avait éprouvé quelques chagrins domestiques et des désappointements dans ses affections. Dépression confuse. Elle a toutes les apparences de la démence aiguë. — Guérison.
12° Femme mariée, âgée de 4i ans, d'un tempérament sombre et bilieux, n'a jamais eu d'enfants. A l'époque du « changement de vie » a été prise d'une profonde mélancolie.
13° Gentleman, âgé de 60 ans, d'un tempérament sensible et délicat. 11 parait que sa mère avait été très volage et bizarre, et lui-même a été remarqué pour les bizarreries de sa vie. Il est devenu profondément mélancolique, en pensant qu'il était ruiné, et il avait de fortes tendances au suicide. Refus des aliments. Il vomissait cependant tout ce qu'il prenait, et l'on fit le diagnostic d'une maladie organique abdominale, probablement de nature maligne. — Mort par épuisement.
Libraire, âgé de 41 ans, tempérant, d'une grande capacité intellectuelle, mais d'une imagination désordonnée; partisan du partage général des biens et de diverses autres théories excessives. Finalement, il en vint à croire que le gouvernement avait fait une conspiration contre lui, et il essaya d'étrangler sa femme sous prétexte qu'elle en faisait partie. Après une maladie de 2 ans, il mourut phthisique, avec plusieur.^ des symptômes de la paralysie générale. La maladie pulmonaire semble avoir conspiré avec un grand égoïsme naturel et avoir fait du dérangement mental l'un de ses premiers symptômes.
13° Homme marié, âgé de bO ans, d'un tcmporament agité. Profonde
mélancolie refus d'aliment. Seconde aUaqiie. Outre la prédisposition établie par 'une attaque antérieure, la cause de la maladie semble être dans un ^rand «sentiment de la personnalité, qui prend le masque de la rèli"-ion "on qui, en une certaine mesure, se manifeste par une émotion" religieuse. D'une dévotion très fervente, il est très égoïste; il rapporte tout à lui-même, et il est incapable de se mettre à un point de vue objectif. — Guérison.
16° Dame célibataire, âgée de 38 ans, qui s'imaguie être sous des induences magnétiques, et posséder le don de la clairvoyance, et qui offre une foule de sensations physiques anomales. Elle se frotte la peau jusqu'à produire des excoriations, elle mord ses ongles jusqu'au vif. elle éo-ratigne sa figure, etc. Accès maniaques semi-hystériques, dans lesquels elle ne peut se contenir, se jette sur un lit ou même se; roule sur le parquet dans une agitation excessive. Irrégularités de la menstruation; masturbation probable. — Guérison.
170 Dame càgée de 45 ans, mais qui parait beaucoup plus vieille et qui a eu une vie agitée. Prédisposition héréditaire. Ménopause; dépression mélancolique qui passe à la démence. Convulsions, paralysie, mort. Dans ce cas, le ramollissement cérébral fut précédé pendant quelques semaines par des symptômes mentaux.
18° Prédisposition héréditaire. Grands excès. Paralysie générale.
19° Excès alcooliques habituels; difficultés pécuniaires; manie. Quelques années après, hémiplégie du côté droit; au bout d'un certain temps, il recouvrit partiellement ses forces musculaires. Le malade vécut ainsi pendant des années. Une paralysie durant longtemps élait une maladie de famille et la cause de la mort.
20° Folie avec tendance au suicide chez une dame mariée. Prédisposition héréditaire à. la folie très prononcée. Épuisement produit par la lactation et dépression mentale amenée par les longues absences de son mari. — Guérison.
21° Troisième ou quatrièaie attaque de mélancolie aiguë avec lamentations chez une femme âgée de 40 ans. Conceptions personnelles et égoïsrae naturel, troubles gastriques et constipation obstinée. Quand le dérangement intestinal atteint un certain degré ou qu'une chose fâcheuse se produit, l'équiUbre d'un esprit mal ordonné se détruit, prédisposé, €omme il est, par un égoïsme exagéré et par des attaques antérieures. — Guérison.
22° .loueur, parieur, buveur; excès sexuels. Paralysie générale.
23° Organisation mauvaise, due non à l'existence de la ,folie dans la famille, mais à l'absence d'élément moral. Vie très agitée. Beaucoup de spéculations en Australie. Excès alcooliques et sexuels (?). Pamlysie générale.
24° Veuve âgée de o8 ans, fille d'un individu qui avait commencé par «tre porteur de charbon, qui s'était élevé à la position de commettant et
qui avcaii gagné beaucoup d'argent; il était sans éducation, de sorte que sa fille, élevée comme une personne riche, mais sans éducation, ne put se marier à temps, « elle était trop haute pour i'étrier, et pas assez pour la selle. » A l'âge de 50 ans, elle épousa un vieux gentleman que les habitudes de vie avaient mis dans la nécessité d'avoir une garde-malade. Il mourut, eu laissant à sa femme la jouissance d'une grande fortune. Elle eut alors des soupçons sur les parents de son mari, auxquels la fortune devait revenir après sa mort; elle était emijarrassée de son argent, ne savait qu'en faire, mais s'imaginait que d'autres le désiraient. Finalement, elle alla de mal en pis, et, croyant que tout le monde conspirait contre elle, elle acheta un revolver et menaça de tuer ses ennemis imaginaires.
23° La fille d'un ouvrier ordinaire qui s'était enrichi dans les mines, âgée de 32 ans, célibataire. A la mort de son père, elle hérita de ses biens; mais sans aucune éducation, très vulgaire, elle dépensa la plus grande partie de son temps à boire du gin et à lire des nouvelles à sensation. Grande prédisposition héréditaire, non pas à la folie seulement,, mais à la folie avec tendance au suicide. Mélancolie avec tendance au suicide ; incohérence approchant de la démence.
26° Gentleman âgé de 34 ans. Buveur déterminé; saisissait toutes les occasions possibles ; faiblesse générale d'esprit, et surtout perte notable de la mémoire. Un oncle lui avait ressemblé beaucoup. Quand il parlait de lui-môme, si par exemple il disait ce qu'il avait fait, il disait toujours « vous », comme si, eû se parlant à lui-même, il parlait à un autre.
27° Femme mariée, âgée de 40 ans, maigre et paraissant d'un tempérament bilieux. Après une fièvre « gastrique » d'une durée de cinq semaines, probablement après une fièvre typhoïde, excitation maniaque aiguë, violence, incohérence, etc. — Guérison au bout d'une quinzaine de jours.
28° Démence après épilepsie; les attaques revenaient aux époques cataméniales. Frère maniaque et sœur sans élément moral.
29° Il s'agit de la jeune femme déjà mentionnée au n° H ; elle avait été retirée de l'asile par son père, qui n'avait plus de ressource, avant que la guérison fût complètement établie, et malgré mes avis. De retour à la maison, les contrariétés ramenèrent une attaque de manie aiguë, avec bavardage sans fin et rimailleries incohérentes. ~ Guérison persistante cette fois.
30° Employé de magasin, âgé de 33 ans. Méthodiste primitif, adonné aux prédications. Il a fait lui-môme son éducation ; mais il a une imagination sans bornes et un sentiment de la personnalité très dévéloppé. Indigestion, pyrosis, vomissements fréquents après les repas. Mélancolie; il croit avoir commis un péché impardonnable, et il se lamente continuellement. Le sentiment de la personnalité était très remarquable dans ce cas, et l'abnégation n'était pas un mot qui fût entré dans son voca-
biliaire. Cet homme, par exemple, bien qu'il fût certain de vomir après chaque repas et que ses vomissements fussent suffisamment pénibles, ne pouvait être amené à régler son régime volontairement et, à moins qu'il n'en fût empêché, mangeait d'une manière gloutonne.
31" Femme mariée, âgée de 32 ans, vigoureuse, habituellement mal réglée. La mort subite d'un fils avait amené une mélancolie grave avec lamentations.
32° Femme célibataire, âgée de 57 ans, qui avait été folle pendant 30 ans. Prédisposition héréditaire aussi forte que possible.
33° Jeune homme 'très délicat, âgé de 22 ans; a une démence aiguë consécutive à une attaque de rhumatisme aigu. Lésions valvulaires du cœur, bruit d'insuffisance mitrale. — Terminaison inconnue.
34° Fille d'un marchand, âgée de 24 ans, portée à la fainéantise et n'ayant pas les habitudes appropriées à sa situation. Légère prédisposition héréditaire, aggravée par une mauvaise éducation; troubles domestiques et chagrin après son mariage, n'étant pas capable de diriger son ménage ; manie. — Guérison.
35° Femme âgée de 30 ans, Wesleyenne, célibataire; mélancolie avec tendance au suicide. Elle croit que son âme est perdue. Irrégularités de la menstruation. Dévotion excessive avec des sensations sexuelles actives. — Guérison.
36° Jeune femme de 23 ans, célibataire, Wesleyenne. Manie. La cause parait la même que dans le cas précédent. — Guérison.
37° Marchand respectable, sobre et industrieux, âgé de 40 ans, Wesleyen, teetotaller. De beaucoup supérieur â une femme vulgaire. Seconde attaque. Son père s'est suicidé; son frère est très léger. Paralysie générale.
38° Libraire, sobre, travailleur, respectable; n'a jamais fait d'excès d'aucune sorte. Mais lâ, comme dans beaucoup d'autres cas, on manque de renseignements sur les excès maritaux possibles. Légère prédisposition héréditaire. Paralysie générale.
Dans ces deux derniers cas, la paralysie générale s'était développée chez des hommes qui n'étaient pas intempérants. Chez les deux cependant, il y avait une nombreuse famille d'enfants, et la lutte pour la vie a dû être pénible et causer de nombreuses inquiétudes.
39° Femme âgée de 32 ans. Manie aiguë deux mois après l'accouchement.
40° Dame âgée de 34 ans, célibataire, sans autres occupations que des exercices religieux. Mélancolie avec tendance au suicide. Elle slmac^inait qu'elle s'était vendue au diable. Aménorrhée. — Guérison. °
41° Femme mariée, âgée de 40 ans; attaque subite de manie après être allée à un meeting. Aménorrhée. — Guérison.
42» Homme marié, avec une famille, âgé de '62 ans. Non conformisteaune place élevée dans son Église et est très exact à remplir ses de-
voirs religieux. Secrôlement cependant, il avait pris une maîtresse, et il menait plutôt une vie dissipée. Manie aiguë avec menace de paralysie générale. ■■ - Guérison incomplète et passagère.
43" Annihilation mentale chez un jeune homme une année et demie environ après son mariage. Un ou deux intervalles de quelques heures de lucidité d'esprit. Mort dans des convulsions épileptiformes. Ramollissement limité, mais très prononcé du cerveau. Très grands excès vénériens.
440 Femme mariée, âgée de 44 ans, qui a eu plusieurs enfants et qui est devenue folle après chaque accouchement. Incohérence maniaque et excitation excessive avec inconscience d'avoir eu un enfant. — Guérison.
45" Prédisposition héréditaire. Non conformiste, fanatique, esprit étroit, bigot. 11 s'est marié à l'âge de 36 ans et est devenu mélancohque quelq\ie temps après la naissance de son premier enfant. — Guérison.
46° Perte complète de la mémoire, absence de toute énergie de caractère défaut d'intelligence chez un homme de 36 ans, célibataire; buvait et .fumait continuellement. Il avait déjcà eu antérieurement deux attaques
de delirium tremens.
470 Jeune veuve de très bonne apparence; a chanté dans plusieurs cafés chantants et a été la maîtresse du propriétaire de l'un de ces établissements; excès vénériens. Paralysie générale.
48» Attaque de violente manie aiguë chez un jeune chirurgien âge de 27 ans. Puis trois jours d'un sommeil stertoreux; un semblant de guérison pendant 24 heures; mais, le jour suivant, retour de la marne, suivie d'attaques d'épilepsie. — Guérison.
490 Perversion morale extrême, avec amour-propre extravagant et conduite déréglée chez unjeune homme, un clerc. Alternative de dépression profonde et de tendance au suicide. Cause : masturbation.
SOo Dame célibataire âgée de 41 ans, qui à son retour de 1 école a l'à-e de 15 ans, devint étrange, indifférente, et depuis ce temps est restée bizarre. Prédisposition héréditaire. Mélancolie aiguë. Elle se croit perdue, parce .qu'elle a refusé les offres de mariage d'un clergyman qui na Jamais pensé à faire de pareilles offres.