CHAPITRE VI
LA FOLIE CHEZ l'eNFANT
Comme c'est extraordinaire ! C'est là une exclamation de surprise douloureuse que provoquent les exemples les plus frappants de folie chez les enfants. Cependant dire qu'une chose «st extraordinaire, ce n'est pas la mettre hors du domaine de la loi, hien qu'on pense souvent qu'il n'y a plus rien à dire d'une ■chose que l'on a ainsi qualifiée. Les anomalies, si on les étudie sérieusement, sont très instructives; elles attirent l'attention sur l'opération de lois cachées ou de lois connues mises dans des conditions nouvelles et inconnues, et elles mettent ainsi le chercheur sur une nouvelle piste, souvent pleine de promesses. C'est pour cela que je consacrerai un chapitre particulier à étudier les phénomènes anormaux des troubles de l'esprit chez les enfants.
Les premiers mouvements de l'enfant sont des mouvements réflexes; mais les perceptions sensorielles avec leurs réactions motrices suivent si vite ces premiers mouvements que nous ne pouvons établir qu'une limite idéale entre les actes réflexes «t les actes sensori-moteurs. Les mouvements sans but d'un membre le mettent en rapport avec quelque objet extérieur, ce qui détermine une sensation. La production d'un mouvement musculaire particulier doit aussi être la condition d'une sensation musculaire de l'acte, de sorte que le sens musculaire du mouvement et la sensation de l'objet extérieur sont associés et
Maudsley. i o
dans l'avenir se suggèrent l'un l'aulre : une intuition motrice (le la nature extérieure s'organise ainsi, et l'un des premiers pas dans la formation du processus mental s'accomplit. La même éducation se fait par l'exercice des mouvements des lèvres et de la langue, qui sont les parties qui s'exercent les premières chez l'enfant, et par les mouvements de la main qu'il porte à sa bouche dans le but de la sucer. Puis il porte également à sa bouche tout ce que sa main saisit. C'est ainsi que la sensibilité et les mouvements des lèvres lui donnent les premières connaissances; l'enfant, ayant eu la perception d'un objet extérieur qui a produit ou accompagné une certaine association de sensation et de mouvement, met immédiatement chaque objet qui lui tombe dans les mains en rapport avec ces moyens d'instruction. De cette manière, la main sert k exercer la sensibilité et les mouvements des lèvres, et la connaissance déjà acquise est mise à instruire la main, qui plus tard, quand elle a acquis une certaine expérience, est employée aux autres parties du corps pour les aider à interpréter et à localiser leurs sensations. Mais l'enfant est longtemps avant de pouvoir localiser une sensation dans une autre partie du corps que ses lèvres et ses mains; et quand, par exemple, il est piqué par une épingle de ses langes, il ne peut que crier sans pouvoir s'aider, il ne peut faire avec sa main l'effort nécessaire pour enlever l'épingle, comme il le fera plus tard, quand il aura appris à connaître la géographie de son propre corps. Si l'on se rappelle comment on a montré que, pour l'œil, une sensation était la cause directe d'un certain mouvement d'accommodation, et que ce mouvement permettait la vision à distance, on verra comment l'association organique d'une sensation venue de l'extérieur et d'un j mouvement musculaire associé édifie progressivement la connaissance précise des objets extérieurs dans un jeune esprit.
Supposons maintenant qu'un enfant devienne fou immédiatej ment après la naissance ; quelle variété de folie doit-il offrir? Le degré et la variété des troubles mentaux possibles sont naturellement limités par rétendue de ses facultés mentales, qui sont presque nulles. A ce point de vue, les faits observes sont d'accord avec la théorie; car lorsqu'un enfant, en raison
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(l'une mauA'aisc origine et d'influences fâcheuses qui ont agi sur lui pendant la vie intra-utérine, naît avec un tel degré d'instabilité des éléments nerveux que ses centres nerveux réagissent d'une manière convulsive dès qu'il se trouve en présence des circonstances extérieures, il meurt le plus souvent de convulsion. L'action morbide vient des centres nerveux de l'action réflexe, les seuls qui puissent fonctionner; et les convulsions sont dans ce cas l'équivalent du délire qui est l'exposant du trouble des centres de l'idéation; on peut dire qu'elles représentent leur folie, comme la folie représente, si l'on peut parler ainsi, l'action convulsive des centres nerveux supérieurs.
Par suite de la connexion intime qui existe entre l'action sensorielle et l'action réflexe chez l'enfant, — par suite de la véritable continuité du développement, — il y a ordinairement des manifestations sensori-motrices dans les premiers troubles nerveux. Une impression sur le sens de la vue, par exemple, ne s'assimile pas tranquillement de manière à persister comme résidu organique dans le centre nerveux correspondant, mais elle excite immédiatement les cellules nerveuses instables des centres moteurs associés à des actions violentes et irrégulières qui peuvent avoir un caractère plus ou moins approprié à l'impression primitive; si bien que les phénomènes d'une véritable folie sensorielle se mêlent aux manifestations morbides des centres nerveux inférieurs. Les exemples de cette action morbide immédiatement après la naissance sont certainement rares ; il s'en rencontre cependant de temps en temps, et on en a publié quelques observations. Crichton cite, d'après Greding, le cas bien connu d'un enfant qui, dit-il, devint fou immédiatement après sa naissance. « Une femme d'environ quarante ans, d'une complexion forte et pléthorique, qui riait constamment et faisait des choses étranges, mais qui indépendamment de cela jouissait d'une très bonne santé, accoucha seule, le 20 janvier 1763, d'un enfant du sexe masculin qui devint fou. Quand on l'apporta à notre workhouse, le 24 janvier, il possédai déjà une telle force de bras et de jambes que quatre femmes avaient par moments de la difficulté à le retenir. Ces paroxsymes finissaient par un irrésistible éclat de rire, dont on ne put découvrir
aucune raison, ou bien il arrachait avec colère tout ce qui était près de lui, les vêtements, les linges, la garniture du lit et même les cordes quand il pouvait les saisir. Nous n'osâmes point permettre qu'il restât seul; autrement il serait monté sur les bancs, les tables, et il eût même essayé de grimper aux murs. Puis, quand les premières dents apparurent, il mourut, d S'il n'y a point d'exagération dans cette description, on doit avouer qu'il est surprenant qu'un enfant si jeune ait été capable de faire tant de choses ; et ceux qui sont partisans de l'innéité des facultés mentales peuvent bien demander quelle autre hypothèse pourrait rendre compte d'un si singulier pouvoir de coordination chez un enfant si jeune. On peut suggérer deux remarques, qui permettent d'atténuer le caractère extraordinaire du phénomène : c'est d'abord que la mère elle-même était bizarre et que son enfant a hérité d'un organisation nerveuse instable et, par suite, d^une réaction irrégulière et prématurée aux excitations extérieures; c'est qu'en second lieu il y a dans la constitution du système nerveux humain des aptitudes innées à certains actes automatiques, coordonnés, qui correspondent chez l'homme aux actions instinctives des animaux. Plusieurs animaux naissent avec le pouvoir de se servir de leurs muscles d'une manière complexe, dans un but défini, dès qu'ils sont exposés à des stimulants appropriés, et l'enfant n'est pas privé du germe d'un semblable pouvoir sur ses muscles volontaires, puisqu'il peut accomplir certains actes automatiques coordonnés; on peut comprendre par suite que, sans volonté et même sans conscience, il puisse, lorsqu'il est fou, répondre aux sensations par des actes qui paraissent plus ou moins adaptés à un but S c'est-à-dire par des convulsions qui sont plus ou moins coordonnées. Si l'on voulait ouvrir les yeux et ne pas observer avec l'idée préconçue que la fonction des cen-
1. « Je suis pleinement convaincu qu'elles font cela par instinct, par quelque chose d'inhérent à leur constitution, par un mécanisuie physique sans aucune marque de jugement ou de raison, et je suis également convaincu que la nature leur apprend la manière de combattre propre à leurs espèces ; et les enfants frappent avec eurs bras aussi naturellement que les chevaux frappent du pied, que les chiens mordent, et que les taureaux luttent avec leurs cornes. » (Mandevillc, Fable des Abeilles, vol.. II, p. 332.)
très nerveux supérieurs est quelque chose de tout différent des fonctions des centres inférieurs, il serait moins difficile de reconnaître une convulsion coordonnée. En fait, nous avons une action convulsive d'une faculté innée de coordination, action qui se traduit par des mouvements irréguliers, violents et destructeurs et par des actes précoces qui seraient naturels sous une forme plus modérée et à une période plus avancée du développement, tels, par exemple, que les « accès de rire irrésistible sans raison évidente » Sans doute, les paroxysmes de rire violent étaient provoqués par l'état morbide des centres moteurs, et non par une conception mentale de l'enfant.
Comme les premières périodes du développement mental de l'enfant correspondent d'une manière générale aux conditions permanentes de l'esprit des animaux, dont les actions sont ' réflexes et sensori-motrices , il n'est pas étonnant que leurs phénomènes morbides soient comparables. Dans les deux cas, ils peuvent être rapportés à un trouble des centres nerveux sensoriels et des centres moteurs qui leur sont associés, et l'on peut décrire leur folie sous le nom de folie sensorielle. Les impressions qui sont faites sur les animaux, les sensations et le petit nombre des idées simples et imparfaites qui leur succèdent se transforment immédiatement en mouvement, de même que" chez les enfants ; rien qui ressemble à une véritable
1. « La plus jeune personne que j'aie vue atteinte de inanie, dit sir A. Morison, était une jeune fille âgée de six ans, que j'ai observée à l'hôpital de Bethléem. J'avais cependant rencontré des idiots violents et intraitables d'un ôge très tendre.» Le D'' Joseph Frank rapporte qu'il a vu en visitant S. Luke's Hospital.en 1802, un cas de inanie chez un enfant de deux ans. {Leçons sur la folie, par sir A. Morison.) Dans l'appendice de l'un des Reports des Scotch Lunacy commissioners, on parle d'une jeune fllle âgée de six ans qui, dit-on, était aUeinle de manie congénitale. C'était une fille illégitime, et sa mère était une prostituée. Elle ne pouvait marcher, étant devenue paraplégique à l'âge d'un an ; elle était incohérente et sujette à des paroxysmes de passion violente ; elle était toujours intraitable; elle dormait peu et mangeait beaucoup. Tous ces cas peuvent être considérés comme des cas d'idiotie partielle datant de la naissance. L'organisation cérébrale à un âge si tendre est si délicate qu'elle ne peut supporter des affections morbides graves sans perdre son apUludc au développement mental, et sans danger pour la vie. On peut dire que quelques-uns de ces cas de folie chez les enfants sont des exemples de défaut intellectuel, les autres étant des exemples de perversion ou d'imperfection morale, avec ou sans excitation. L'épilepsie accompagne parfois la manie, et ces enfants ont de la tendance à brûler, à déchirer, à blesser, à détruire, etc!
réflexion n'est possible, excepté chez quelques-uns des animaux les plus élevés; par suite, quand les impressions sont morbides, des mouvements morbides leur répondent immédiatement. L'éléphant, qui est habituellement un être assez doux, est sujet à certaines saisons à des attaques de folie furieuse, dans lesquelles il se débat d'une manière dangereuse, mugissant d'une manière épouvantable et détruisant tout ce qu'il peut atteindre ; et d'autres animaux sont de temps en temps atteints de paroxysmes semblables, que l'on peut comparer à la furie épileptique. Il y a plus de force chez un éléphant fou que chez uu enfant fou, et le premier est capable de faire beaucoup plus de malheurs ; mais il n'y a pas de différence dans la nature fondamentale de la maladie; les actes furieux sont les réactions des centres moteurs malades aux impressions qu'ils reçoivent des centres sensoriels également malades; et tout l'esprit, chez l'enfant comme chez l'animal, est absorbé par la réaction convulsive. Les chiens étant en général des animaux très intelligents, à cause de leur association intime avec l'homme depuis des âges sans nombre, offrent quelquefois plus que des troubles sensoriels, quand ils deviennent fous, bien qu'une grande partie des phénomènes soient sensoriels. Leur manière d'être et leurs habitudes souffrent un grand changement : ils deviennent stupides , irritables, solitaires; ils ont ensuite de véritables hallucinations, et ils mordent aussi bien les amis qui sont doux pour eux que les étrangers qui passent inditTérents ou qui les menacent. M. Magnan a produit expérimentalement des hallucinations très vivaces chez des chiens , en leur injectant de l'alcool dans les veines : l'animal se dresse, regarde le mur avec des yeux féroces , aboie furieusement et semble se précipiter au combat avec un chien imaginaire ; au bout d'un certain temps, il cesse de se battre, se retire en grognant une ou deux fois dans la direction de l'animal vaincu, et il se couche tranquillement.
Dès que nous avons reconnu l'existence d'une folie sensorielle, nous sommes frappés de l'importance de la distinction. Non seulement elle nous fournit une interprétation exacte des phénomènes violents de la folie chez l'animal et chez l'enfant,
mais elle suffit à expliquer cette furie désespérée, qui succède parfois chez l'homme à une série d'attaques épileptiques. Quand un maniaque épileptique furieux frappe et injurie tout ce qu'il rencontre, et, comme une tempête destructive, attaque un quartier avec une énergie convulsive, il n'a aucune notion, aucune conscience de ce qu'il fait; ce n'est plus qu'une machine organique mise en mouvement pour détruire; toute son énergie est absorbée par l'explosion convulsive. Et cependant il ne s'emporte pas tout à fait sans but, mais il attaque d'une manière plus ou moins déterminée les personnes et les choses ; il voit ce qui est devant lui et le détruit; il y a celte méthode dans sa folie : sa furie convulsive est plus ou moins coordonnée. Les actes désespérés répondent aux sensations morbides qui ont complètement absorbé sa conscience; il a souvent des hallucinations terribles, comme des flammes rouge-sang devant les yeux, des mugissements ou des voix impérieuses dans les oreilles, des odeurs sulfureuses dans les narines ; tout objet réel qui se présente devant ses yeux est vu avec les caractères les plus étranges et les plus imaginaires; des objets inanimés lui semblent menacer sa vie, et la figure attristée d'un ami lui paraît la figure menaçante d'un diable. Les actes forcenés ne répondeni donc pas aux réalités extérieures, mais à un entourage idéal que lui a créé son anarchie sensorielle * : ce sont les exposants moteurs de ses hallucinations épouvantables. Il y aune véritable foUe sensorielle, les fonctions des centres supérieurs étant suspendues ; et, après qu'un paroxysme de violence est passé, le malade oublie complètement ce qui est arrivé, comme on oublie un acte sensori-moteur ù l'état normal. Les ditîérences enti-e cette furie épileptique et la folie infantile viennent des résidus sensoriels etmoteurs, qui, manquant chez l'enfant, ont été acquis et organisés par l'expérience dans les centres nerveux de l'adulte : les résidus sensoriels rendent possibles chez l'adulte des hallucinations spéciales que l'enfant ne peut avoir, tandis
1. Un épileptique, que j'ai soigné, liabituellemeut doux et aimable, devenait le maniaque le plus violent et le plus dangereux après une série d'attaques etU commettait des destructions terribles. Pendant ces accès, il croyait lutter pour défendre sa vie contre un lion, et ses actes désespérés étaient les exposants de son désordre mental ^
que les résidus des cenlrcs moteurs, qui sont la base des facultés automatiques secondaires rendent possibles de la même manière, un degré et une variété de violence que l'enfant, qui ne possèdeque les germes de fonctions coordonnées, ne peut atteindre.
La transformation d'une sensation morbide en un mouvement morbide n'est pas aussi rapide et aussi violente dans tous le& cas. A mesure que l'enfant ajoute jour par jour au nombre de ses perceptions, et accumule les matériaux de la réflexion dont les opérations inhibitrices entrent en jeu, il y a une tendance moins forte à une expression motrice immédiate des étatssensoriels; par suite, des hallucinations peuvent se produire et disparaître ou même persister pendant un certain temps sans provoquer de mouvements violents. En fait, je puis distinguer deux catégories de cas, l'une dans laquelle une réaction violente et convulsive, résultat de la transformation instantanée de& impressions en mouvement, masque tous les autres traits de la maladie et lui donne un caractère é/?27e/?^z7o?'me; l'autre dans laquelle les résidus sensoriels actifs persistent dans la conscience en qualité d'hallucinations qui donnent lieu, s'ils provoquent des mouvements, à des mouvements d'un caractère plus ou moins choréique.
Une variété de folie infantile que nous pouvons donc étudier maintenant, c'est cette forme de folie sensorielle, dans laquelle il y a des hallucinations et dans laquelle les réactions motrices ne sont point convulsives et épileptiformes, mais plutôt spasmodiques et choréiques. Il y a des raisons de croire que des hallucinations temporaires ou fugitives ne sont pas rares dans l'enfance, et que l'enfant, lorsqu'il tend ses bras et paraît saisir unobjet imaginaire, est parfois le jouet d'une sensation subjective qui a été produite par un état corporel intérieur, de même qu'un sourire ou une mine rechignée sont parfois le produit d'un état purement corporel. La preuve expérimentale de cette origine ne manque point. Le docteur Thore rapporte le cas d'unenfant, âgé de quatorze mois et demi, qui avait été accidentellement empoisonné par des graines de Datura strammonium, substance que l'on sait, comme la belladonne, produire des troubles des centres sensoriels; il y eut des hallucinations
de la vue, qui se manifestèrent par les mouvements de l'enfant, qui constamment semblait chercher quelque objet imaginaire au devant de lui, étendait ses bras et se mettait au bord du berceau pour mieux l'atteindre Les exemples les plus remarquables de ces hallucinations sont fournis cependant par une forme de cauchemar dont souffrent quelques enfants; en proie à une vive hallucination, ils poussent des cris de terreur sans s'éveiller, bien que les yeux soient largement ouverts; ils tremblent ou sont presque agités d'une frayeur convulsive, et ils ne reconnaissent point leurs parents ou les autres personnes qui veulent les calmer, et il s'écoule un certain temps avant que le paroxysme cesse et que le calme revienne. Le matin, ils n'ont aucun souvenir de la frayeur qu'ils ont eue et ils l'oublient, comme le somnambule oublie ses promenades nocturnes, ou comme la sensation est habituellement oubliée. Il n'est pas juste de dire cependant qu'ils oublient l'expérience, parce que l'activité était toute sensorielle ; et comme il n'y avait aucune perception consciente, et comme l'enfant ne s'aperçoit pas qu'il a perçu, il ne peut y avoir aucune mémoire consciente. La production incontestable et assez fréquente de ces hallucinations chez les enfants, lorsqu'il y a autre chose qu'un rêve ordinaire, nous montre qu'il est probable qu'ils ont quelquefois à l'état de veille de véritables hallucinations. Et, si un tout jeune enfant est atteint d'hallucinations, il ne peut pas plus s'empêcher d'y croire qu'un rêveur ne peut s'empêcher de croire à ses rêves ; il ne peut corriger les sens par la réflexion, puisque les centres nerveux supérieurs de la pensée ne fonctionnent pas encore. Les hallucinations peuvent donc exister chez les enfants d'une manière temporaire sans indiquer aucune altération de la santé; les résidus organiques d'une sensation sont mis en activité par quelque dérangement corporel insignifiant et transitoire.
C'est donc d'accord avec l'observation pathologique, aussi bien qu'avec les principes physiologiques, que l'on peut affirmer Texistence chez les enfants d'une variété de folie sensorielle qui est caractérisée par des hallucinations, surtout par des
l. Annales médico-psychologiques, 1849.
halliicinalions de la vue, et par des mouvements irréguliers qui leur répondent. Des accès de rire involontaire se voient dans ces cas : le rire, ou pMôt le sourire de l'enfant est un mouvement sensori-moteur involontaire, avant que l'enfant ait la notion de la signification du sourire et avant même qu'il ait conscience de sourire; par suite, nous sommes en présence d'une manifestation irrégulière et convulsivc de cette fonction, qui est l'expression motrice d'un état de choses morbide. Le docteur Whylt rapporte l'observation d'un jeune garçon âgé de dix ans qui à la suite d'une chute eut pendant plusieurs jours de violents maux de tête. « Au bout d'un certain temps, il se produisit des accès de rire involontaire, entre lesquels il se plaignait d'une étrange odeur et de picotements dans le nez; il parlait d'une manière incohérente et il regardait d'une manière étrange. » Et immédiatement après il était pris de convulsions. Il guérit cette fois; mais deux ans plus tard il eut de semblables attaques : il avait de grands maux de tête, de la diplopie, et il souffrait d'une grande douleur dans le côté gauche de son ventre, douleur qui se localisait sur un point qui n'était pas plus grand qu'une pièce d'un shilling; «parfois elle changeait de place, et alors il était pris d'accès fatigants de rire involontaire. »Finalemen, il guérit partiellement, mais jamais complètement '. On doit s'attacher tout particulièrement, dans tous les cas d'hallucination chez les enfants, à examiner l'état de la sensibihté générale du corps, car des troubles ou un défaut de sensibilité s'observent également là où il y a des troubles correspondants des mouvements et là où les mouvements restent normaux. Comme cependant cette forme de folie sensorielle s'accompagne souvent de mouvements d'un caractère plus ou moins choréique, et comme, si on la compare à la variété épileptiforme dont on a donné des exemples, elle a des rapports qui ressemblent à ceux qui existent entre la chorée et l'épilepsie, je la décrirai comme la variété choréique de la folie sensorielle.
Chaque fois que l'on présente de nouveau un objet à un enfant, les impressions faites sur les différents sens par cet