‹ La pathologie de l'esprit [electronic resource]Chapitre 21 sur 43 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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objet sont perçues d'une manière plus exacte et se combinent (l'une manière plus parfaite, de sorte qu'une idée adéquate de l'objet s'organise finalement dans les centres supérieurs de l'idéalion; il y a une fusion des impressions sensorielles dans l'idée qui permet à l'enfant de penser à l'objet quand il n'est pas présent aux sens et d'en avoir une perception exacte et adéquate quand il l'est. A mesure que le développement se fait, une idée s'ajoute à l'autre dans l'esprit, jusqu'à ce que plusieurs idées simples se soient organisées en lui. Pendant longtemps cependant, elles restent plus ou moins isolées et imparfaitement développées ; il n'y a pas entre elles d'association précise et complète qui exprime leurs rapports, et les discours de l'enfant sont par là même incohérents; de plus, il n'y a pas d'abord une complète organisation des résidus, et la mémoire est trompeuse. Les enfants, comme les bêtes, vivent dans le présent, leur bonheur ou leur chagrin dépendant des impressions faites sur les sentiments ; l'idée ou l'émotion ne restent pas dans la conscience et éveillent d'autres idées et d'autres émotions qui modifient le sens du plaisir ou du chagrin présent par le souvenir de ce qui a été déjà éprouvé.

Cet état de développement, qui est naturel à l'enfant avant que son organisation mentale soit achevée, et à l'animal, chez lequel la constitution du système nerveux rend impossible un développement mental plus élevé, serait, s'il agissait d'un Européen adulte, considéré comme une idiotie ou comme un arrêt du dévelopement mental sous l'influence de causes morbides.

Dès que des idées se sont organisées dans l'esprit de l'enfant, les illusions sont possibles. Mais comme les idées sont d'abord comparativement peu nombreuses, comme leurs associations organiques sont très imparfaites, un trouble des fonctions des centres ne peut être caractérisé que par un délire très incohérent. Diverses idées morbides s'éveillent sans cohérence; et les phénomènes morbides sans systématisation correspondent non pas à ceux que nous décrirons chez l'adulte sous le nom de manie, où il y a un trouble plus ou moins systématique, une certaine méthode dans la fohe, mais à ces phénomènes connus sous le nom de délire, où les idées s'éveillent spontanément

dans la conscience de la manière la plus incohérente. Yériûons ces principes par l'examen des faits.

Comme une idée morbide dans l'esprit de l'enfant n'a, par nature, qu'un léger degré d'action sur les autres idées, elle tend à s'exprimer par d'autres voies, c'est-à-dire par une action sur les ganglions sensoriels ou sur les mouvements. Quand elle agit sur les ganglions sensoriels, elle donne lieu à une hallucination; et dans ces cas, comme on peut aisément le supposer, il n'est pas toujours possible de déterminer si l'hallucination est réellement secondaire ou primitive, c'est-à-dire si elle est engendrée indirectement par l'action de l'idée morbide sur le ganglion sensoriel, ou directement par l'excitation des résidus sensoriels par quelque irritation chronique. Si un enfant qui n'a pas plus de cinq ans voit des ligures étranges sur le mur, sans existence réelle, disparaissant avec aussi peu de raison qu'elles se montrent, il est probable que les hallucination? sont dues à quelque trouble organique qui agit directement sur les ganglions sensoriels. Mais si un enfant de huit ou neuf ans dont la tête a été remphe d'idées stupides et dangereuses sur le diable ou que sa nourice a terrifié, quand il était méchant, en le menaçant d'un homme noir qui allait venir l'emporter, voit subitement paraîtreun diable ou un homme noir etpousse des cris d'angoisse, l'hallucination est alors secondaire à l'illusion qui s'est implantée négligemment. Il n'est pas douteux que cette sorte d'hallucination produite par une idée se présente assez souvent dans ces cauchemars des enfants dont j'ai déjà parle.

La génération secondaire des hallucinations se voit d'une manière frappante dans l'apparition de fantômes devant les yeux de certains enfants précoces, d'un tempérament nen^eux, qui se créent des scènes et des drames qui paraissent des représentations visibles des pensées qui passent dans leur esprit; ce qu'ils pensent, ils le voient véritablement, comme e fait le rêveur. Ils ont devant les yeux une sorte de drame ou ils jouent un rôle, et ils vivent pour un moment dans une scène visionnaire comme s'ils la croyaient réelle. « Quel non-sens vous dites là, mon enfant! » dit la mère, et le spectacle s evanou . S'ils parlent de ces scènes imaginaires, on les accuse de men-

songe, et on les punit en conséquence : et cela n'est pas toujours juste, car, vu la vivacité des hallucinations et l'absence d'idées enregistrées dans leurs esprits, ils ont plus de tendance que les personnes âgées à les considérer comme des événements réels, et ils sont moins capables de les corriger. Quand les enfants sont délicats et très nerveux, prédisposés à la tuberculose des méninges ou atteints de cette maladie, la mère est parfois remplie d'anxiété par la manière étrange dont, pendant la nuit, alors que tous les objets sont plongés dans l'obscurité, ils parlent comme s'ils étaient au milieu d'événements réels, ou, ainsi que le dit parfois la mère, comme s'ils étaient éveillés.

Ils rêvent pendant qu'ils sont éveillés; bien que le monde extérieur leur soit fermé, la lésion morbide dont ils sont atteints agit comme un stimulus irritant sur les centres nerveux ganlionnaires et les fait entrer en une activité automatique. Dans un cas que j'ai eu l'occasion d'observer, un enfant qui avait une tête grosse, mais irrégulière, avait la nuit, pendant qu'il était éveillé, des visions terrifiantes de cette espèce. Il criait de frayeur, et il prétendait qu'il y avait quelque chose dans son lit. La lumière de la lune lui était particuhèrement pénible, parce que, disait-il, « elle fait tant de bruit. » Il fronçait les sourcils d'une manière très marquée quand il regardait vers la fenêtre ou la lumière, — degré inférieur de la photophobie qui se présente dans la méningite tuberculeuse. Ces enfants d'un tempérament tuberculeux ont souvent un esprit très précoce, si bien que les vieillards secouent gravement la tête et remarquent avec raison qu'ils sont trop intelligents pour vivre. Ils montrent dans telle ou telle circonstance une appréhension nerveuse excessive, et en même temps une absence extraordinaire de crainte dans une siutre : un petit être délicat habitué à jeter des cris de frayeur si un autre enfant ou un chien viennent à sa rencontre dans la rue, se réjouit au bruit de la tempête.

Les hallucinations peuvent être des événements fugitifs dans î'histoirc d'im enfant doué d'un tempérament très nerveux comme dans William J3Iake, le graveur, et elles peuvent n'indi-

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quer aucune maladie positive; mais si l'enfant s'y habitue, si les fantômes se disposent régulièrement en un drame déterminé, comme par exemple c'était le cas avec Ilartley Coleridge, alors il se produit un état tle choses qui, suivant toute probabilité, aboutira à quelque forme de désordre mental car il n'entre pas dans le cours naturel du développement mental que les idées, dès qu'elles sont entrées dans l'esprit, agissent sur les ganglions sensoriels et créent ainsi un monde imaginaire; au contraire, il est nécessaire au progrès du développement mental que les idées s'organisent complètement dans les centres de la conscience et réagissent les unes sur les autres ; qu'ainsi, par une intégration des perceptions semblables et une différenciation des perceptions dilTérenles, des conceptions exactes de la nature se forment et s'associent régulièrement dans la fabrique mentale, et que la réaction à la nature extérieure soit définie, volontaire et motivée. Des hommes comme Hartley Coleridge ne peuvent avoir une volonté, parce que l'énergie de leurs centres nerveux supérieurs se dépense prématurément dans des constructions fantaisistes ; c'est un état de choses qui correspond à celui qui existe dans les centres médullaires, quand, en raison de l'instabilité des éléments nerveux, des réactions directes succèdent aux impressions, de sorte que les assimilations des impressions et la coordination des mouvements deviennent impossibles. Dans les deux cas, il est probable qu'il existe un arrêt du développement normal, arrêt qui est ordinairement le précurseur d'une maladie plus active; dans les deux cas, il y a incapacité pour une véritable éducation. L'imagination précoce ou plutôt la fantaisie de l'enfance devrait être réprimée comme un danger plutôt qu'encouragée comme une preuve de talent. L'enfant doit être habitué à des rapports réguliers avec la nature, de sorte qu'en s'adaptant continuellement aux impressions extérieures il accumule dans son esprit un bon fonds de matériaux, et que, par une éducation bien dirigée, l'esprit

1. On dit que la première vision de Blake lui apparut vers l'âge de huit ou dix ans; c'était la vision d'un arbre rempli d'anges. Mistress Blake, cependant, avait riiabiludc de dire : « Vous savez, cher, la première fois que vous vîtes Dieu, c'était à l'âge de quatre ans; et II mit Sa tôte à la fenêtre, et 11 vous fit pleurer. >. (Gilchrist, Lifu of Blake.)

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puisse être moulé dans les vraies formes d'après lesquelles une imagination reposant sur des bases solides pourra se mettre dans une véritable harmonie avec la nature.

La dilTérenee entfe la fanlaisie et Yimagination correspond, ainsi que l'a fait remarquer justement Coleridge, à la différence qui existe entre le délire et la manie. La fantaisie môle des images fantastiques qui n'ont aucune liaison naturelle, mais qu'elle réunit au moyen de quelque coïncidence accidentelle, de manière à faire des créations qui souvent sont essentiellement incohérentes et fausses; tandis que l'imagination combine des images semblables ou différentes, d'après leurs rapports essentiels, et donne ainsi de l'unité à la variété. Quant à l'imagination précoce d'un enfant, qui est parfois la joie de parents déraisonnables, ce n'est souvent qu'une fantaisie mensongère ; et c'est pour la même raison que la folie des enfants doit être un délire et ne peut être une manie, c'est-à-dire à cause de la formation incomplète d'idées adéquates, et de l'absence d'associations définitivement organisées entre elles. Ceux donc qui étudient attentivement et sans parti pris la signification fondamentale du caractère du délire chez les enfants peuvent y voir la preuve de l'organisation graduelle de l'esprit; la fantaisie de l'enfant bien portant et le délire de l'enfant aliéné attestent tous les deux le môme état de choses, dont témoigne également l'incohérence habituelle des discours de l'enfant.

Dans le but de montrer la manière d'agir de l'idée morbide chez l'enfant et d'en tirer un enseignement physiologique, on l'a séparée artificiellement des autres phénomènes morbides qui l'accompagnent ordinairement. Chez les jeunes enfants, il est rare d'observer un trouble limité aux centres nerveux supérieurs : les autres centres sont toujours plus ou moins intéressés. Dans la chorée, par exemple, où le désordre des mouvements est la caractéristique de cette maladie, il peut y avoir des hallucinations qui indiquent un trouble des centres sensoriels, des rires, et des pleurs sans motifs ou des méfaits et des violences qui indiquent un trouble des centres moteurs plus élevés; il y a de plus, dans quelques cas, de l'excitation mentale et de l'incohérence qui peuvent devenir un délire maniaque et

aboutir à la mort, ou se changer en Un délire chronique et se terminer par la guérison. Les différents centres nerveux sympathisent les uns avec les autres; et, suivant qu'ils président à l'idéation, à la sensation ou au mouvement, ils expriment leur modification par du déUre, des hallucinations ou des mouvements spasmodiques.

Après avoir étudié d'une manière générale les phénomènes des désordres de l'esprit chez les jeunes enfants, je vais essayer ■de classer les différentes formes que l'on observe dans la pratique.

Aux principales variétés des troubles moteurs qui se présentent chez les enfants comme chez les adultes correspondent des groupes de désordres mentaux très voisins les uns des autres que l'on peut décrire sous le nom de folie choréique, de folie cataleptoïde et de folie épileptique. Naturellement, ce ne sont point des groupes nettement séparés, car l'existence de cas intermédiaires entre deux groupes voisins empêche une ligne de démarcation nette; cependant la plupart des cas de chaque groupe ont en commun des caractères qui permettent de les réunir.

Folie choréique. — Il y a une manie choréique qui se rencontre parfois chez les enfants et qui paraît être la contre-partie des spasmes choréiques. Ce qui, même pour un observateur ordinaire, est sufhsamment frappant dans celte manie, c'est son incohérence très nette et son caractère automatique. Il semble que les connexions des principaux centres nerveux aient été rompues, et que chaque centre agisse pour son propre compte, donnant lieu à une sorte de délire qui se répète d'une façon mécanique et est extrêmement incohérent. Un enfant d'environ onze ans, pour lequel on me consulta, fut subitement pris de cette forme de délire après une maladie légère et mal déterminée : il était continuellement agité, étendait les bras et répétait continuellement des phrases de ce genre : « Le bon Seigneur Jésus !» — « Ils le mettent sur la croix! » — « Ils enfoncent des clous dans ses mains ! » etc. Il était impossible de fixer sou attention un seul instant, car il s'échappait quand on essayait de le •faire, il divaguait sans raison, passant d'une question à l'autre et

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répétant ses phrases incohérentes. Autant que je pus le déterminer, il y avait une insensibilité considérable de la peau de certaines parties du corps, comme cela arrive ordinairement dans celte forme de folie. Au bout de deux jours, après un traitement approprié, le délire disparut et l'enfant revint à l'état normal. J'ai vu un jour un cas intéressant de folie chez une jeune fille âgée de quatorze ans, qui était enjouée, gentille et intelligente. De temps en temps, elle se levait subitement le soir, dans un paroxysme d'excitation, en s'écriant : « Mère, je vais mourir ! » et elle se mettait à prier avec une ardeur excessive d'une manière mécanique. Les paroxysmes duraient pendant trois ou quatre heures et la laissaient froide, pâle, épuisée, tremblante comme une feuille. Un de ses frères était mort après avoir présenté des accidents semblables. Quand je la vis, elle regardait d'une manière étrange, et elle était très négligente. Elle s'imaginait parfois voir son lit sur le feu et des cadavres sur le sol, tout en sachant que ses visions étaient des hallucinations. Sa mère avait été atteinte pendant plusieurs mois de suite de mélancolie avec mutisme, et presque tous les membres de sa famille étaient morts de phthisie. Elle avait eu quatorze fausses couches ; trois enfants étaient morts en bas âge, et cette enfant était la seule qui lui restât ; quand elle était enceinte, elle avait eu une frayeur terrible en voyant un enfant qui avait été tué par un accident, et sa lille était venue au monde avec des mouvements choréiques perpétuels, qui continuèrent pendant six mois après la naissance. Avant l'apparition des paroxysmes d'excitation mentale, elle avait été sujette à des attaques périodiques de dépression dans lesquelles elle criait pendant des heures ; et pendant toute sa vie elle avait souffert plus ou moins de douleurs de tête, surtout dans la tempe gauche, qui revenaient par accès.

Un jeune garçon âgé de douze ans qui était à l'asile de Devon avait été affligé pendant toute sa vie d'une chorée plus ou moins prononcée. Quelques jours avant son admission, il avait essayé de s'étrangler lui-même, et la corde avait laissé ses marques sur son cou. Au moment de son admission, il avait un accès de manie aiguë, il essayait de se briser la tête contre les

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murs, et, quand on l'eut mis dans une pièce matelassée, il se coucliait sur le plancher en criant : « Oli, tuez-moi! brisez-moi la cervelle! oli! laissez-moi mourir. » Il frappait et mordait les gens de service, et tentait tous les moyens de se tuer; sa tête était chaude et son pouls rapide; il refusait de se nourrir et ne dormait pas. Il guérit complètement en quelques jours, après un traitement convenable

L'exemple le plus frappant de désordre mental chez im enfant que Morel eût jamais vu est celui d'une jeune fille âgée de onze ans qui, après la disparition subite d'une maladie de la peau, fut atteinte de mouvements choréiques, et, immédiatement après, de furie maniaque. Elle essaya de tuer sa mère et noya presque une de ses sœurs en la jetant dans une mare d'eau. Dans ses paroxysmes, elle déployait une force presque incroyable, et il est à peine possible de se faire une idée exacte, dit Morel, des tendances destructives de ce petit être. Elle guérit après une fièvre, alors que tout traitement médical avait échoué.

Ces cas sont des exemples suffisants de folie choréique. Il est seulement nécessaire de se mettre dans l'esprit que, de même que dans les mouvements choréiques on voit, dans les différents cas, tous les degrés de violence convulsive, de même dans la manie choréique il y a tous les degrés d'excitation et d'incohérence. Des hallucinations des sens spéciaux et des altérations de la sensibiUté générale accompagnent fréquemment le délire.

Folie cataleptdide. — Une autre forme que revêt parfois la folie dans l'enfance est celle d'une extase plus ou moins complète, et on peut la décrire sous le nom de variété cataleptoïde. Le petit malade peut rester pendant des heures ou des jours dans une sorte d'abstraction mystique, les membres plus ou moins rigides ou fixés dans une position étrange; parfois il est insensible aux impressions, tandis que dans d'autres cas il répond vaguement aux questions qu'on lui pose ou rêvasse d'une manière incohérente, et de temps en temps a des accès soudains de cris sauvages. Ces attaques sont d'une durée

1. Mœiual of Psychologkal Medicinc, par les docleurs Hack Tuke e nill.

variable et se répèlent à des intervalles variables. Elles paraissent représenter une sorte de spasme de certains centres nerveux qui absorbent toute l'énergie nerveuse, de sorte que pendant un moment le corps devient un instrument automatique .de leur activité exclusive, tout pouvoir volontaire étant suspendu. Si, d'un côté, il y a des états intermédiaires entre cette l'orme de maladie et la chorée, ses attaques alternent parfois, d'autre part, avec des attaques d'épilepsie, en lesquelles elles se transforment graduellement plus tard. Cette forme représente une classe d'accès hybrides qui tiennent le milieu entre la chorée et l'épilepsie. Une jeune fille confiée aux soins du D'' West à l'âge de dix ans et dix mois avait eu à l'âge de huit ans une première attaque de convulsions générales, sans cause évidente. Depuis, elle était sujette à des accès d'excitation, et pendant six mois elle fut sous le coup d'une sorte d'état cataleptique dans lequel elle restait immobile pendant une ou deux minutes, regardant d'une manière fixe et sauvage, et murmurant des mots décousus qui se rapportaient à un objet qu'elle pouvait voir. Onze mois environ après le début de ces attaques, leur caractère se modifia ; les attaques devinrent véritablement épileptiques, et dans les intervalles la conduite de l'enfant, quoique parfois raisonnable, dénotait une certaine altération mentale*.

Cet exemple montre les rapports intimes qui existent entre les désordres des différents centres nerveux chez les enfants, la nature souvent hybride de ces désordres, et le caractère artificiel des distinctions que l'on a établies entre eux.

Folie épileptique. — Ce ne sont pas seulement les différentes formes d'épilepsics qui s'observent chez les enfants, ce sont aussi les différentes formes de folies qui sont associées à l'épilepsie. Le petit mal dure quelquefois pendant des mois chez eux et se transforme ensuite en attaques régulières d'épilepsie convulsive, son effet habituel étant de produire la perte de la mémoire et un degré plus ou moins prononcé d'imbécillité.

^P'j'P''f' Blodsinn und Irrsein dcr Kinder von Charles Wp.t nol fur Kinderkrank.voX. XXII, 1834. - Voir aussi un article de M n!f. Ann. méd.-psychol., vol. Vll, p. 185). ^"^'iisuiuve

Mais que l'épilepsie infantile revête la forme plus obscure de vertiges ou la forme manifeste de convulsions régulières, on doit toujours craindre grandement qu'elle ne soit l'occasion de l'arrêt de ce développement cérébral qui est la base d'une bonne organisation mentale. Dans le cas d'une jeune fdle de huit ans, d'une bonne conformation physique, que j'ai eu l'occasioiî d'observer, l'épilepsie paraissait avoir produit un arrêt du développement mental à la période sensorielle : c'était ine petite machine très malfaisante, jamais en repos, courant sansbut, saisissant ou essayant de saisir tout ce qu'elle voyait; jamais contente de ce qu'elle avait pris, le jetant immédiatement dès qu'elle l'avait dans les mains et se précipitant vers quelque autre chose qui attirait son attention. Elle n'était aucunement susceptible de correction ou d'instruction, et il était nécessaire qu'une personne fût exclusivement occupée à avoir soin d'elle. C'était une machine automatique excitée par les impressions sensorielles à commettre des actes mauvais et destructeurs.

Chez les enfants, comme chez les adultes, une attaque de manie violente, une fureur transitoire peuvent précéder ou remplacer une attaque d'épilepsie, ou lui être consécutive, vu qu'elles ne sont en. réalité qu'une sorte d'épilepsie mentale. Quand la manie remplace une attaque d'épilepsie, on la décrit quelquefois comme une épilepsie masquée, — une épilepsie larvée. Les enfants de trois ou quatre ans sont quelquefois prifr d'attaques soudaines pendant lesquels ils poussent des cris violents, sont d'un entêtement désespéré ou pleins d'une rage furieuse, et où ils mordent, pleurent et détruisent tout ce qu'ils peuvent. Ces attaques reviennent périodiquement, et au bout de quelques mois elles peuvent être remplacées par l'épilepsie classique ou alterner avec des attaques épileptiques. Elles constituent une sorte d'épilepsie vicariante. Morel a observé deux cas dans lesquels des enfants tombèrent en convulsions et perdirent l'usage de la parole, par suite d'une grandefrayeur; il survint ensuite une attaque de furie maniaque, avec pleurs, instincts de destruction et turbulence continuelle : l'un des enfants, qui était âgé de dix ans et demi, devint épilep-

•tique; l'autre, âgé de cinq ans, ne le devint pas'. Un enfant d'une école fut pris pendant la nuit, sans cause évidente, d'une fureur transitoire subite. Il s'élança d'une manière sauvage dans le dortoir, parlant tout haut et d'une manière inarticulée, et un autre élève essaya de le calmer; mais il s'attaqua à cet «lève avec une violence excessive, et, sans l'intervention de ses autres camarades^ il l'eût étranglé. On le ramena à son lit avec une certaine difliculté, et là il fut pris d'une véritable attaque d'épilepsie. Le malin suivant, il ne se rappelait rien de ce qui lui était arrivé, mais il se sentait épuisé ^ Le C Ludwig Meyer, <iui rapporte ce fait, cite un autre cas d'un enfant âgé de treize ans qui était sujet à des attaques périodiques de furie, suivies de convulsions épileptiques, et qui avait souvent de l'excitation maniaque furieuse sans convulsions : ce qui montre le .passage de la mania transitoria à l'épilepsie.

Quelques écrivains prétendent que, lorsque la manie paraît remplacer l'épilepsie, la vérité, c'est qu'elle a été précédée par ime attaque de vertige épileptique qui a passé inaperçu. Sans doute un vertige de cette sorte se produit souvent sans qu'on le remarque; mais ce n'est qu'une supposition de dire qu'il en est ainsi dans tous les cas; et, comme l'attaque de manie qui précède fréquemment une attaque d'épilepsie peut se présenter parfois sans être suivie de convulsions, pourquoi doit-on supposer qu'elle ne se présente jamais sans attaque convulsive antérieure?

De plus, chez les enfants comme chez les adultes, des attaques régulières d'excitation maniaque peuvent succéder à l'épilepsie. On en a rapporté beaucoup d'exemples. Mais je me contenterai d'un exemple remarquable de folie, de nature ;plutôt cataleptoïde qu'épileptique, consécutive à des convulsions, et qui est cité par Griesinger d'après Kerner.

Marguerite B...., âgée de onze ans, d'un tempérament pas-

1. Trailé des maladies mentales, 18G0, p. 102. Il rapporte aussi le cas dont j ai déjà parlé de a jeune fille, âgée de onze ans, qui eut des attaques de manie furieuse durant lesquelles elle essaya de tuer sa mére et de blesser sp« sœurs.

VIII, an Txf von D' Ludwig Mcyer {Vvxhovo's Ai-chiv, vol.

sionné, niais de sentimcnls pieux cl chrélicns, fut prise le 19 janvier, sans maladie anlérieiire, de convulsions qui pendant deux jours continuèrent avec un petit nombre de courtes interruptions. Aussi longtemps que les convulsions durèrent, l'enfant resta inconscient, lit des contorsions avec ses yeux, des grimaces, et des mouvements étranges avec ses -mains. Le 21 janvier, une voix de basse sortant du fond de sa poitrine répétait ces mots : « Ils prient pour toi. » Quand elle revint à elle, elle était fatiguée et épuisée, mais elle ne savait rien de ce qui était arrivé, et elle se borna à dire qu'elle avait rêvé. Le soir du 22 janvier, une autre voix, toute dilTérente de la voix de basse, parla continuellement tant que la crise dura, — pendant une demi-heure, une heure ou plusieurs heures; seulement, elle était de temps en temps interrompue par la voix de basse, qui répétait régulièrement son récitatif. La seconde voix représentait clairement une personnalité différente de celle de la jeune fdle ; elle s'en distinguait de la manière la plus précise et en parlait à la troisième personne. Dans ses expressions, il n'y avait pas la plus légère confusion ni la moindre incohérence, mais elle répondait d'une manière suivie à toutes les cfuestions. Ce qui leur donnait cependant un caractère distinctif, c'était leur ton moral ou plutôt immoral. Cette voix étalait la vanité, l'arrogance, le dédain, la haine de la vérité, de Dieu, du Christ. « Je suis le Fils de Dieu, le Sauveur du monde; vous m'adorerez! répétait fréquemment la première voix. Un mépris de tout ce qui est sacré, des blasphèmes contre Dieu et le Christ, un dégoût violent de tout ce qui est bon, une rage excessive à la vue de quelqu'un en prière ou même à la vue de mains jointes comme dans la prière, c'est là ce qu'exprimait la seconde voix, — toutes choses, dit le narrateur, qui auraient pu trahir le travail d'un esprit étrange qui la possédait, même quand la voix pieuse n'eût pas déclaré que l'autre voix était véritablement la voix du diable. Dès que ce démon parlait, la contenance de la petite fdle changeait de la manière la plus frappante et prenait un air vraiment démoniaque. Elle guérit fmalement, quand une voix cria : « Sor& de cette fdle, esprit immonde! » Ce cas montre comment s'est produite cette notion, autrefois répandue, maintenant aban-

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donnée, que la manie était due à la possession par un esprit malin ou par le diable.

Bien que le délire de l'enfance soit communément lié à quelque forme de maladie convulsive, il s'observe parfois sans convulsions sous l'influence d'autres causes que l'on reconnaît capables de produire la manie; chez les enfants, ces causes sont habituellement des coups sur la tête, des vers intestinaux et la masturbation. Les vers intestinaux, comme les autres excitations excentriques, agissent parfois sur les centres supérieurs de manière à en modifier le fonctionnement régulier, de même qu'elles agissent sur les autres moteurs, par l'intermédiaire desquels ils déterminent des convulsions. Les enfants d'un certain tempérament nerveux, qui ont hérité d'une névrose, dénotent de temps en temps des tendances sexuelles singulièrement actives et vicieuses dès l'âge le plus tendre , et ces tendances sont habituellement suivies ou accompagnées d'une grande perversité morale ou d'accès passionnés qui sont presque de la manie dans quelques cas. Quelle que soit leur nature, ils sont d'un mauvais présage pour l'avenir de l'enfant. Sous le nom de monopathie furieuse, Guislain décrit des attaques de manie chez une jeune fille âgée de sept ans et qui étaient dues à la carie des os du nez consécutive à un coup. D'autres cas sont rapportés par Haslam, Spurzheim, Frank, Burrows, Perfect et Friedreich K Certaines maladies aiguës, telles que le typhus, peuvent donner lieu au délire chez l'enfant aussi bien que chez l'adulte pendant le cours de la maladie, et à des désordres de l'esprit durant la convalescence. Dans tous ces cas de manie infantile, quelle que soit leur cause, nous ne pouvons manquer de noter un mélange d'imbécillité, dû à l'état d'imperfection du développement mental chez les enfants, et d'une grande perversion morale. Et nous pouvons noter, si nous voulons, qu'une attaque de passion chez quelques imbéciles est, du point de vue mental, presque une manie temporaire, et du point de vue physique, un paroxysme convulsif.

Troubles a//i?c/2/5.— Jusqu'ici j'ai donné des exemples d'exci-

1. Voir aussi un article sur « les maladies psychiques de l'eufauce .., dans le Journal of mental science, 1830, par Crichlon Brown.

tation mentale avec incohérence d'idées. Je vais étudier maintenant les conditions de la dépression mentale chez les enfants avec ou sans impulsions et illusions morbides correspondantes, cas dans lesquels les troubles affectifs constituent les symp- , tôraes prédominants.

Le ton affectif est fondamental; il est dù au système sympathique de la vie organique, et c'est le milieu qui donne de la couleur aux idées ; et, si les mots que l'on apprend les derniers forment le langage des idées, le langage primitif est représenté par des cris, des exclamations, des modifications du ton, de la voix et des gestes. C'est de cette dernière manière que le sentiment s'exprime avant que l'enfant ait acquis des idées, et, quand l'enfant a acquis des idées et qu'il est capable de les traduire par des mots le sentiment s'exprime encore de la manière primitive, bien qu'il puisse s'exprimer indirectement par les idées et les mots qui leur correspondent. Il n'est pas douteux qu'il n'y ait des différences naturelles entre les enfants, mais il arrive parfois que la dépression atteint un tel degré même chez les très jeunes enfants, qu'elle constitue une véritable mélancolie. Dans ces cas, l'enfant se plaint et gémit à toute occasion; quelle que soit l'impression qu'il reçoive, elle semble provoquer chez lui un sentiment douloureux; la mère demande l'avis du médecin, sous prétexte que l'enfant ne fait pas de progrès, qu'il ne repose ni pendant la nuit ni pendant le jour, qu'il dépérit, qu'il crie continuellement et que rien ne peut le calmer ; il n'y a aucune vie en lui, et la mère est dans l'anxiété. Ces symptômes indiquent un défaut constitutionnel des éléments nerveux, qui fait qu'une réaction sensationnelle ou émotionnelle d'une espèce douloureuse succède à toutes les impressions; le ton nerveux ou psychique est radicalement infecté par quelque vice de constitution, si bien que toute impression naturelle, au lieu d'être agréable, est pénible. La cause du mal est parfois dans la syphilis héréditaire, et souvent un traitement anti-syphilitique amène une certaine amélioration. Il n'est pas douteux cependant que d'autres causes, en dehors de la syphilis, peuvent produire une condition morbide semblable des éléments nerveux.

Quelque illusion spéciale peut coexister chez les enfants d'un certain âge avec la profonde dépression mélancolique. Un enfant qui depuis sa cinquième année s'était montré bizarre, qui se tenait immobile dans la rue sans raison apparente et ne bougeait que difficilement, fut à l'âge de douze ans affligé d'une véritable mélancolie, avec illusions soupçonneuses. Il était extrêmement déprimé, et ses manières indiquaient une crainte vive : il avait une tendance à pleurer constamment, et il avait «ne grande terreur de ses camarades d'école et de son maître, qui tous, pensait-il, le soupçonnaient de tout le mal qui était fait : si un vol était commis, il était sûr d'être regardé comme le voleur. II était agité pendant la nuit; il soupirait souvent et disait des mots sans suite pendant son sommeil. Au bout de cinq semaines, il parut guéri, mais sa conduite resta encore excentrique : s'il heurtait une pierre, il devait la heurter deux fois ; s'il crachait une fois, il devait cracher deux fois; et, s'il écrivait un mot d'une manière incorrecte, il devait répéter la correction. Il était tout à fait conscient de ces bizarreries, et il luttait contre elles sans pouvoir les éviter ; après beaucoup d'agitation et d'inquiétude, il dut leur laisser libre cours Dans d'autres cas semblables, des notions morbides concernant la religion peuvent ■être les exposants du trouble émotionnel du ton psychique.

Il y a des enfants un peu stupides, d'un tempérament mélancolique, bizarre et souvent triste, qui se tiennent à l'écart de leurs camarades et ne prennent point part à leurs jeux. Ils sont souvent hypochondriaques ; ils se plaignent de sensations morbides étranges dans l'abdomen, les organes génitaux, le cœur ou la tête; et, lorsque ces sensations sont très vives, les enfants ont des paroxysmes d'excitation assez prononcés pour perdre tout contrôle sur eux-mêmes, et ils s'imaginent parfois être possédés du diable. Ou bien, quelque autre variété d'idée folle ■ou quelque impulsion naît sur le sol favorable de leur perversion affective et les pousse à des actes bizarres ou fous. Quand .ils atteignent l'âge de la puberté, leur folie s'accentue, ^et ils <leviennent un objet d'inquiétude ; d'une manière stupide, ils

i. In-sein bei Kinder, von D'' Beckham,

essayent de se tuer eux-mêmes ou de tuer quelque autre personne, ou bien ils commettent quelque autre acte de violence criminelle.

Il est probable que c'est par le suicide que se manifeste de la manière la plus frappante la mélancolie infantile. Il est si étrange et si bizarre de voir un enfant de huit ou neuf ans dégoûté du monde, mettre un terme à sa vie, qu'on a une tendance à dire que c'est une chose contre nature et inexplicable. Ces suicides se font parfois sous l'influence d'une impulsion subite, déterminée par la crainte d'une punition, ou sous l'influence d'une punition que l'enfant vient de subir, ou bien ils sont prémédités et résolus dans un état de folie et de dépression consécutives à de mauvais traitements continuels infligés par un maître d'école brutal ou par les parents Falret rapporte le cas d'un enfant âgé de onze ans, qui fut amené par les mauvais traitements de son maître à un tel état de mélancolie qu'il se décida à se laisser mourir de faim et qu'il fit des tentatives répétées pour se noyer. Mais ces suicides peuvent avoir pour cause une indifférence constitutionnelle pour la vie, ou bien ils peuvent s'accomplir sous une impulsion momentanée de désappointement, même en dehors de tout mauvais traitement, à la suite simplement d'une légère réprimande. Ainsi un enfant câgé de neuf ans se tua parce qu'il avait perdu un oiseau auquel il tenait beaucoup ; un autre âgé de douze ans se pendit parce qu'il n'était que le douzième de sa classe ; et un enfant âgé de douze ans se pendit parce qu'il avait été enfermé dans un appartement avec un morceau de pain sec pour avoir brisé par hasard la montre de son père ^ Ce dégoût prématuré de la vie est le plus souvent le résultat de quelque tache ancestrale qui fait que la constitution nerveuse de l'enfant est intimement défectueuse, incapable de s'accommoder aux conditions extérieures et disposée à des penchants et à des dégoûts perverts et à une activité irrégulière. L'impulsion qui naît d'un sentiment anormal ou qui est entretenue par ce sentiment est parfois

1. Éhide sur le suicide chez les enfants, par Duraud-Fardel [Annales médicopsycholorjirjues, iSliS).

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