Durand-Fard el, op. cit
LA FOLIE CHEZ l'enfant 299
de nature homicide ; et de temps en temps on cite un cas dans lequel un enCant a tué un autre enfant avec une insensibilité et un sang-froid étonnants, et sans autre motif que celui de le tuer ; et l'on a rapporté quelques cas dans lesquels plus d'un meurtre avait été ainsi commis par le môme enfant. La question d'une tare héréditaire est en réalité la question capitale dans ces cas, comme dans tous les cas, du reste, de folie dans l'enfance.
Dans la majorité des faits, on peut dire que la 'folie alïective chez les enfants est une maladie héréditaire ; mais il y a des cas dans lesquels la condition morbide des éléments nerveux, qui se manifeste par une grande perversion morale, n'est pas héréditaire, mais acquise à la suite des habitudes vicieuses de la masturbation. Il n'est donc pas juste de décrire sous le nom de folie héréditaire tous les cas de folie morale chez les enfants, bien que les penchants sexuels précoces qui les mènent à la masturbation soient habituellement le résultat d'une tache héréditaire. Je préfère employer le mot affectif axx lieu du mot morale parce que c'est un terme plus général et qui exprime d'une manière plus exacte la condition fondamentale des éléments nerveux, qui ne se manifeste pas seulement par le mode spécial du sentiment moral mais par toutes les affections en général ; en d'autres termes, parce qu'il indique cette alfection profonde de la conscience dans ses éléments primitifs qui permet de dire que la vie affective donne la nature réelle de l'individu.
Les exemples de folie affective chez l'enfant se divisent naturellement en deux groupes : a. Le premier comprend tous ces faits dans lesquels il y a une perversion étrange de quelque instinct fondamental, ou des impulsions tout à fait morbides encore plus étranges, b. Le second groupe comprend tous ces faits de perversion morale complète qui semblent souvent à l'observateur des exemples d'une scélératesse volontaire. Le premier peut être décrit sous le nom de variété instinctive ou impulsive de folie affective, et le second sous le nom de folie morale proprement dite.
a. Folie instinctive. — Quels sont les instincts innés de
l'espèce humaine? Ce sont l'instinct de la conservation de soimême, qui est la loi de l'existence de toute matière vivante, et l'instinct de la propagation, qui pourvoit à la continuation de l'existence de la vie et qui est par suite une sorte de manifestation secondaire de l'instinct de la conservation. L'instinct à l'activité que dénotent les organes de relation, c'est-à-dire de la vie animale, et l'instinct aux diverses sortes d'activité auxquelles la forme et la structure de ces organes sont adaptées, peuvent •être considérés comme des moyens que les instincts fondamentaux mettent en œuvre pour atteindre leurs buts. L'instinct de la conservation n'est pas seulement déployé par l'individu, quel que soit son degré dans l'échelle animale, mais -il existe implicitement dans la vie de chacun des éléments organiques ■dont l'organisme est composé : il est, comme on l'a déjà vu, à la racine des passions, qui sont déterminées par les impressions agréables ou désagréables au moi. Les enfants sont nécessairement très égoïstes, car c'est leur instinct de faire que le monde extérieur s'adapte à eux, dans le but de se développer •et de grandir. Un bébé, comme on l'a- dit, c'est le seul roi qui existe, parce que tout doit s'adapter à lui tandis qu'il ne s'adapte à rien. Le corrélatif nécessaire de l'instinct d'adaptation par lequel ce qui est agréable au moi est assimilé, c'est un instinct répulsif ou destructif, par lequel tout ce qui n'est pas agréable •est rejeté , éloigné ou détruit. L'enfant rejette le sein de sa mère, quand,, pour quelque cause, interne ou externe, le lait lui est désagréable ; en criant et en luttant, il arrive à se débarrasser d'une impression corporelle qui peut lui être douloureuse, de même que la grégarine évite un stimulus, que le limaçon rentre ses cornes lorsqu'on les touche subitement, ou qu'une personne sensible fuit un spectacle pénible ; et, quand l'enfant est un peu plus âgé, il rejette, détruit ou essaye de détruire tout ce qui ne lui plaît pas.
Parler de la pureté et de l'innocence de l'esprit d'un enfant, c'est là un exemple de cet idéalisme poétique et de cette hypocrisie voulue qui font que les hommes ignorent la réalité et se plaisent à suivre des ombres vaines ; tant que la pureté existe, elle témoigne de l'absence de l'esprit ; et les impulsions qui
déterminent les actes de l'enfant sont les impulsions égoïstes de la passion. On pourrait tout aussi bien s'enthousiasmer sur la pureté et l'innocence de l'esprit d'un chien. « Un enfant, dit Platon, c'est la plus vicieuse des bêtes féroces; » ou, comme un autre l'a dit, « il vaut mieux pour un enfant de ne pas naître que rester ignorant. » Pécheur et vicieux par nature, l'homme acquiert la connaissance du bien par le mal , et la vraie question scientifique n'est pas de savoir comment le mal a pu pénétrer en lui, mais comment quelque chose de bon a pu en sortir; ses passions se développent par les mille canaux de l'intérêt et de la prévoyance ; l'histoire du développement mental commence par les passions les plus basses, qui sont dans toute vie à l'état de courant inférieur, mais qui dans beaucoup apparaissent à la surface d'une manière tumultueuse. Le mal, c'est le bien en acte, comme le vice c'est la vertu en acte .
Dans la folie des jeunes enfants, nous voyons la passion avec toute sa difformité et toutes ses exagérations. Les instincts, les appétits ou les passions, qu'on les appelle comme on voudra, se manifestent par une perversion, excessive et sans pudeur. It n'existe plus trace de contrôle, et l'enfant est comme l'animal, et il revêt sa nature animale avec aussi peu de pudeur qu'un singe qui satisfait ses passions devant tout le monde. Comme le seul instinct qu'il possède est celui de se satisfaire lui-même, et par cela même d'éloigner ou de détruire ce qui ne lui est pas agréable, sa maladie, s'il devient fou, se traduira par un désir pervere et continuel de posséder tout ce qu'il remarque et de détruire tout ce qu'il peut détruire. Refusez-lui ce qu'il demande, et il se met à crier, à mordre , et à frapper du pied avec
1. «Je ne puis estimer », ajoute Milton, après avoir dit que nous connaissons le bien par le mal, «une vertu fugitive et reufermée, sans expérience et sans vitalité, qui n'attaqne jamais son adversaire et ne le voit jamais, mais s'écarte de cette piste où cette immortelle couronne devrait courir, non sans poussière et chaleur. Il est certain que nous n'apportons point l'innocence dans le mondenous y apportons bien plutôt l'impureté : ce qui nous purifie, c'est l'épreuve' et l'épreuve n'existe que par ce qui lui est contraire.... Aussi cette vertu' qui est novice dans la contemplation du mal, qui ne connaît pas ce que le' vice promet à ceux qui s'y abandonnent et qui le repoussent, n'est qu'une vertu pAle et non une véritable vertu; sa pureté n'est qu'une pureté superficielle et accidentelle. » *
énergie ; donnez-lui l'objet qu'il désire, et il le mettra en pièces s'il peut. C'est une petite machine destructive, désordonnée, qui s'empare de tout et soumet tout à son action désespérée. Haslam rapporte un cas de cette espèce : il s'agit d'une petite fille âgée de trois ans et trois mois qui était devenue folle à deux ans et demi après avoir été vaccinée. Le frère de sa mère était idiot, bien que ses parents fussent sains et bien portants. Ce petit être voulait prendre tout ce qu'il voyait, et il criait, mordait, frappait, du pied si l'on ne lui obéissait pas. Son appétit était vorace, et elle eût mangé de tout indistinctement ; elle voulait ratisser le feu avec ses doigts et paraissait oublier qu'elle avait été brîUée ; elle se laissait aller partout. On ne put rien lui apprendre, et elle ne guérit jamais
L'exemple le plus frappant des tendances destructrices qui atteignent parfois un degré excessif dans la folie de l'enfance nous est donné par la tendance homicide. « Une petite fille âgée de cinq ans conçut une haine violente contre sa belle-mère, qui l'avait toujours bien traitée, et contre son petit frère, et, à plusieurs reprises, elle essaya de les tuer tous les deux -. » Il y a une apparence de dessein conscient dans cet acte ; mais il est clair que, si nous remontons plus en arrière dans le développement de l'esprit, l'impulsion morbide sera moins consciente et moins déterminée. De plus, dans le cas d'impulsion homicide chez un jeune enfant, la conscience du but de l'acte ne doit être que très vague et très imparfaite. L'enfant est poussé à détruire, par une impidsion dont il ne peut rendre compte et dont il n'apprécie pas la nature réelle ; c'est un instinct naturel, qui est exagéré et perverti par un trouble des centres nerveux. Peu importe, au point de vue de sa nature, la forme particulière de l'impulsion destructrice, homicide ou suicide, incendie de la maison, meurtre d'un chat ou d'un oiseau, brisement d'un vase ou de tout autre objet; l'impulsion qui domine est aussi peu sous le contrôle de la volonté ou de la raison que la convulsion des membres dans la chorée. On a rapporté plusieurs cas d'enfants âgés qui avaient montré une propension incorrigible à