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Esquirol, Ti-aité des maladies metitales

LA FOLIE CnEZ L'ENFANT 303

commetlre des actes de pure cruauté sur des êtres assez faibles pour être leur victime.

Tels sont les phénomènes de la folie infantile qui viennent de la perversion du sentiment de la conservation. Disons maintenant quelques mots de la perversion de l'instinct de la propagation. Il est nécessaire de se mettre en garde contre cette objection possible que cet instinct n'existe pas jusqu'à l'époque de la puberté. Il est certain qu'il se manifeste souvent dans l'enfance, aussi bien chez les animaux que chez les enfants, avant qu'ils aient la conscience de l'impulsion aveugle. Ceux qui pensent le contraire doivent avoir prêté bien peu d'attention aux gambades des jeunes animaux, et ils doivent avoir oublié d'une manière étrange ou hypocrite les événements de leur propre enfance. A l'époque de la puberté, l'instinct devient conscient, il arrive à la connaissance de son but, et il désire les moyens de se satisfaire. De même que, dans le cours du développement à travers les âges, l'instinct aveugle de la procréation, qui est inhérent à la nature animale, a subi une merveilleuse évolution dans la conscience humaine, où il s'est épanoui dans toutes les gloires de l'amour humain.

Si cet instinct aveugle se manifeste chez l'enfant bien portant, il n'est pas étonnant de le voir s'exagérer et se pervertir chez l'enfant aliéné. L'idéaliste enthousiaste, qui est choqué par l'exhibition dégoûtante d'une précocité anormale chez des enfants de trois ou quatre ans, déclame contre elle comme si elle était incompréhensible et monstrueuse. Mais elle n'est pas sans intérêt pour le savant, qui édifie sur des exemples de ce genre ses généralisations sur l'homme considéré comme un être non idéal, mais réel, et sur son origine, le considérant non comme le produit d'une création spéciale, mais d'une évolution naturelle. Dans les Philosophical Transactions de 17/|5 on rapporte le fait d'un jeune enfant âgé seulement de deux ans et onze mois et qui faisait preuve d'une remarquable précocité sexuelle. Esquirol cite le cas d'une petite fdle âgée de trois ans qui prenait constamment les attitudes les plus indécentes et qui faisait les mouvements les plus lascifs contre tout objet approprie. D'abord, les parents ne songèrent à rien de particulier-

mais voyant que les manœuvres se continuaient , qu'elles avaient une signification incontestable, ils essayèrent tous les moyens de les réprimer, mais sans y parvenir. A l'église ou partout ailleurs à la vue d'un objet agréable le même abandonnement se produisait et se terminait par un spasme général. L'enfant avouait trouver dans ces actes un véritable plaisir ; elle continua de s'y adonner à mesure qu'elle grandit, et plus tard, bien que mariée, elle fut nymphomane. La plus grande salacité se montrait toujours pendant la durée du printemps

On pourrait citer d'autres exemples semblables de cette variété de folie instinctive, car il y a peu de praticiens qui n'aient vu des parents rendus perplexes et anxieux par la précocité des tendances sexuelles d'enfants de trois ou quatre ans. L'enfant n'a aucune conscience précise de la signification de ses actes précoces; certaines attitudes et certains mouvements sont le langage de certains états internes, — leurs exposants moteurs ; l'enfant n'est guère plus qu'une machine organique mise automatiquement en mouvement par le désordre des centres nerveux.

b. Folie morale. — On peut donner de nombreux exemples des divers degrés de cette variété de folie alTective, depuis ceux que l'on peut décrire, non sans raison, comme des exemples de simple vice, jusqu'à ces manifestations extrêmes qui dépassent les bornes de ce qu'on peut appeler vice. Dans le printemps de 1827, le Prichard fut demandé pour voir la fille d'un fermier dans la famille duquel plusieurs membres avaient été atteints de folie. Il s'agissait d'une petite fille âgée de sept ans qui avait été intelligente, aimable, pleine d'affection. Un grand changement s'était produit : elle était devenue grossière , vulgaire, sauvage et complètement intraitable; elle ne faisait rien, courait les champs, et, si on la réprimandait, répondait par des injures et d'une manière très passionnée. Son appétit était assez perverti pour qu'elle préférât des végétaux crus à sa nourriture ordinaire ; et elle aimait mieux dormir sur la terre froide et humide que dans son lit. Ses parents n'avaient aucune

i. Voyez les Etudes cliniques sur les maladies mentales de Morel,

autorité sur elle, elle était constamment méchante pour ses sœurs; et elle les pinçait quand elle pouvait le faire sans être vue. Elle avait eu une connaissance complète des personnes et des choses, et elle se rappelait tout ce qu'elle avait appris. Ses yeux étaient brillants , ses conjonctives rouges ; sa tête était chaude, les extrémités froides, les intestins dérangés; son corps répandait une odeur désagréable. Le J)^ Prichard la vit dans la maison d'un médecin ou elle avait été placée, parce qu'elle mettait le trouble chez elle. « A ce moment, elle s'était mise à manger ses propres excréments et à boire son urine ; elle jurait comme une poissonnière et détruisait tout ce qu'elle pouvait atteindre; cependant elle avait pleine conscience de tout ce qu'elle faisait, et en général elle paraissait savoir que ce qu'elle faisait était mal. » Après avoir fait quelque chose de mal, elle disait : « Yoilà! madame H...., j'ai fait cela. Je sais que vous en serez fâchée, mais je ne puis m'en empêcher; et je ne pui« être tranquille jusqu'à ce que je l'aie fait. » L'un de ses plaisirs était de se rouler dans la fange, chaque fois qu'elle avait des vêtements propres ; « en fait, elle satisfaisait rarement ses besoins dans un lieu convenable, mais elle réservait ses excréments pour le tapis du salon ou pour ses vêtements propres. » — « Parfois elle avait si bien conscience de sa situation qu'elle se plaignait amèrement et qu'elle exprimait ses craintes de devenir comme sa tante, qui était maniaque. De plus, elle volait tout ce qu'elle croyait précieux, soit pour le cacher soit pour le détruire ; il est difticile de s'imaginer qu'un enfant ait jamais pu entendre les jurements qu'elle proférait. » Aucune idée fixe ne guidait sa conduite; elle agissait « sous l'impulsion de ses sentiments, et ceux-ci étaient dénaturés et pervertis par la maladie. » Au bout de deux mois, elle guérit

Haslam rapporte le fait suivant d'un jeune gentleman âgé de dix ans dans la famille duquel on ne connaissait aucun cas de folie. Dès l'âge de deux ans, il était si méchant et si intraitable, ■qu'on ne put le garder à la maison ; et jusqu'à l'âge de neuf ans il continua d'être « volontaire et la terreur de la famille », et on

i. 0?i Ihn différent Forms of Insanily in relation lo Jurisprudence, par J -C Prichard, 1842. • ^A.iriL

MaUDSLEY. on

lui cédait en tout : il déciiirait ses vêtements, brisait ce qui tombait sous sa main, et souvent refusait de prendre sa' nourriture. On essaya mie discipline sévère, mais en vain; et l'enfant fut définitivement envoyé dans un asile. II avait des troubles de la sensibilité cutanée. Il avait une mémoire très tenace des choses qu'il avait vues ; mais il ne pouvait apprendre méthodiquement. Il fut « l'élève sans espoir de plusieurs maîtres », brisant les fenêtres, les vases et tout ce qu'il pouvait briser. Un de ses amusements cruels, c'était de prendi-e un chai, de lui arracher les moustaches avec une adresse et une rapidité étonnantes, en disant : « Je dois lui avoir fait la barbe ! » et de le jeter dans le feu ou par la fenêtre. Il était complètement insensible à l'amitié et ne jouait jamais avec les autres enfants. « Il était parfois sensible à sa propre condition : il exprimait souvent le désir de mourir, car il disait justement que « Dieu ne l'avait « pas' fait comme les autres enfants ». Et, quand il était contrarié il essayait de se détruire lui-même. » Aucune amélioration ne se produisit.

Un cas semblable à quelques égards est cité par Moreau de Tours, d'après Renmidin. Un jeune garçon d'une intelligence et d'un extérieur ordinaires était sujet de temps en temps à une véritable manie des actes, sans aucune incohérence mentale Quand ces accès se produisaient, il était tout à fait incorrigible, ce qui l'avait fait chasser de dilTérentes écoles. Après divers essais de discipline infructueux, on l'avait envoyé dans un asile. Là, il répondait avec inteUigence ; mais il pleurait et se taisait quand on lui parlait de sa mauvaise conduite ; quand on le pressait sur ce sujet, il répondait qu'il ne pouvait s'empêcher de faire autrement. Le fait intéressant, c'est qu'il avait une insensibilité complète de la peau au moment où ces accès avaient toute leur violence, tandis que la sensibilité cutanée était normale dans les inteiTalles, où il était doux et affectionné. Ses actes de violence avaient un caractère si excessif que, dit l'auteur, « nous étions portés à penser qu'ils pouvaient aller jusqu'au meurtre ^ »

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