CHAPITRE X
Avant de décrire les modifications morbides du cerveau qw l'on observe dans les maladies mentales, il est bon d'exposer quelques considérations préliminaires d'un caractère général, d'autant plus que, tout d'abord, on doit savoir que dans certains cas on ne trouve aucune lésion pathologique. Cette absence de lésions apparentes, dans les cas où il existait des troubles mentaux très marqués, rend nécessairement un chapitre d'anatomie pathologique le chapitre le plus stérile d'un livre de pathologie mentale. Un malade meurt dans un état de folie complète, et cependant l'examen nécroscopique ne donne ni la raison de sa folie, ni même de sa mort. Néanmoins conclure de là que les éléments nerveux ne servent point de substratum aux fonctions mentales, ou qu'ils ne sont pas intéressés quand la fonction est affectée, c'est faire une induction hâtive et sans garanties. Actuellement, nous ne savons absolument rien de la constitution moléculaire intime de l'élément nerveux et du mode de son activité fonctionnelle, et il est hors de doute que des modifications moléculaires et chimiques importantes se passent dans ces récessus profonds, inaccessibles à nos sens. Les cellules nerveuses cérébrales sont de petits laboratoires chimiques et physiologiques où s'élaborent sans cesse non seulement les processus chimiques les plus complexes, mais aussi les pi-ocessus vitaux qui, matérialisant les expériences dans les
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tissus, conditionnent ou déterminent leur constitution intime. Et cependant tous ces processus sont hors de la portée de nos moyens actuels d'observation. Quand la subtilité de la nature dépasse de si loin la subtilité de l'investigation humaine, il ne serait pas plus juste de conclure de la non-apparence de modifications'à la non-existence de ces modifications cfue de voir un aveugle maintenir qu'il n'y a pas de couleurs, ou un sourd qu'il n'y a pas de sons. Il est plus juste avec Pinel de douter de la puissance de nos sens que de croire qu'il puisse exister un trouble mental sans aucune moditication physique du cerveau, et d'avoir la certitude qu'il viendra un temps où l'on découvrira un moyen de pénétrer les recessus encore inscrutables delà vie nerveuse, et de connaître les conditions physiques de ses manifestations fonctionnelles. C'est maintenant une région d'incertitudes et d'obscurités, mais un champ promis à des découvertes futures.
11 y a beaucoup de faits, qui prouvent que dés modifications importantes dans la constitution des éléments nerveux peuvent se produire sans que nous en ayons d'autres preuves que celles que nous tirons des changements corrélatifs d'énergie. Après un travail mental sérieux et prolongé, il y a un épuisement qui peut être si grand que le cerveau peut être entièrement incapable de toute autre fonction; une augmentation de phosphates dans les urines témoigne de la désintégration des nerfs ; l'individu, en tant qu'il s'agit d'une puissance de vie active, est presque une nullité; et cependant ni le microscope, ni l'anatomie pathologique ne peuvent découvrir une seule dilïërence entre la substance nerveuse de son cerveau et la substance nerveuse d'un individu qui, après un repos et une nutrition convenables, était préparé à une journée de grande activité. Le choc subit d'une forte émotion produit une mort instantanée, de même que la foudre et peut-être de la même manière; et dans aucun cas on ne peut découvrir une altération morbide. Si la torpille est continuellement excitée de manière à donner des chocs successifs, la dépense excessive de son énergie la laisse épuisée, et elle ne peut donner de choc avant que ses forces aient été réparées par le repos et la nutrition; les centres nerveux ont certaine-
ment subi une modification considérable, bien que nous n'en eonnaissions pas la nature. Sans tuer une personne, il est possible, en lui faisant respirer un mélange d'une partie d'air et de trois parties d'acide carbonique, de la rendre aussi insensible à la douleur que si elle avait absorbé du cbloroforme; mais ce B'est que le résultat grossier qui est accessible à nos sens. A ce point de vue cependant, les expériences de Lister sur les premières périodes de l'inflammation ont quelque intérêt; il a montré que l'acide carbonique produisait un effet sédatif direct sur les éléments des tissus, en paralysant pourun moment leurs énergies vitales, l'effet étant transitoire et les tissus recouvrant leur énergie après un temps considérable. L'expérience BOUS mène jusqu'aux éléments individuels des tissus, mais pas plus loin ; elle ne nous apprend rien sur les changements intimes dont ils sont le siège. Il est clair que la différence peut être celle qui existe entre la vie et la mort, et cependant il peut n'y avoir aucun changement physique ou chimique appréciable.
En ce qui regarde l'anatomie pathologique de la foUe , il B'est pas douteux que les cas où l'on ne trouve rien deviennent moins fréquents à mesure que l'investigation devient plus active et plus puissante; et ceux qui sont le plus capables de juger, qui sont le mieux préparés par leurs connaissances à donner une «opinion, ce sont ceux qui sont le plus convaincus de l'existence invariable de modifications organiques. Quand un poison morbide agit sur le corps avec toute son intensité, il laisse moins de traces d^altération organique des tissus que lorsque son action a été plus douce et s'est faite plus lentement; de même, les ehangements organiques des éléments nerveux dans la fohe, autant que peuvent les apprécier les moyens d'investigation que Bons possédons, ne peuvent se voir que lorsque la dégéneration a mis longtemps à se produire. En réalité, on peut dire assez Justement que les altérations morbides sont : a. ascopigue< m. intramoléculaires, c'est-à-dire matière de fait et non d observation : b microscopiques, telles qu'on les reconnaît au mieroscope, et c. macroscopiques , c'est-à-dire celles qui sont
itisibles à l'œil nu. • i T
Lesnombreuses et importantes recherches délicates qui ont eie
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faites sur la physiologie des nerfs depuis quelques années nous ont permis de concevoir plus facilement l'existence de changements organiques que Ton ne peut découvrir. Elles ont de plus rendu un véritable service en délivrant l'étude des fonctions nerveuses supérieures de ces conceptions métaphysiques vagues que la notion de l'esprit comme entité spirituelle et que la notion du cerveau comme humble instrument de l'esprit avaient imprimées sur elles, et en leur permettant de devenir le sujet de recherches scientifiques et de rentrer dans la catégorie des processus organiques. En perfectionnant les moyens actuels d'investigation et en en inventant de nouveaux, il est probable que nous arriverons à mieux connaître les fonctions nerveuses, de même que notre connaissance des cieux s'est agrandie à la suite de l'invention du télescope.
Une des premières choses que l'on a ainsi apprises, c'est que le temps est un élément aussi essentiel des mouvements intimes des nerfs que des mouvements des corps célestes. Un certain intervalle est nécessaire pour la propagation d'une excitation de la terminaison périphérique d'un nerf à son origine centrale dans le cerveau, et, quand l'excitation a atteint le cerveau, il y a un intervalle appréciable, d'un dixième de seconde environ, avant que la volonté puisse transmettre le message aux nerfs des muscles et produire ainsi le mouvement. Ce temps varie suivant les personnes, et chez le même individu suivant le moment et suivant le degré d'attention : si l'attention est légère, la période est plus longue et moins régulière ; mais, si l'attention est active, la période est très régulière. Mais que l'attention soit forte ou faible, il doit s'écouler un certain temps entre le moment où l'irritation se produit sur un nerf sensoriel et le moment où se fait la contraction musculaire consécutive. Un message parti du gros orteil mettra plus de temps pour se rendre au cerveau qu'un message parti de l'oreille ou de la face. Il y a un retard considérable dans le passage de la moelle épinière pour l'excitation d'une simple action réflexe. D'après une expérience dellclmliollz, il faut douze fois plus de temps à une excitation pour traverser la moelle que pour parcourir les nerfs sensoriels et moteurs. De plus, le temps de la propagation dépend encore beaucoup de la
lempéralure d'un nerf; le froid diminue la rapidité de la transmission, de sorte que la vitesse peut être dix fois moindre dans un nerf refroidi que dans un nerf normal ; et chez un animal à sang froid, comme la grenouille, la vitesse de la transmission n'est que quatre-vingts pieds par seconde, tandis que chez l'homme elle est environ de cent quatre-vingts pieds. Haller, le premier, proposa de mesurer la vitesse de l'agent nerveux, et il fit pour l'homme un calcul qui n'était pas très éloigné de la vérité; mais après lui personne ne paraît avoir essayé d'aborder la tâche, et MûUer déclarait même le problème impossible, parce que le. temps lui paraissait infiniment petit et non mesurable. Dans des expériences sur des grenouilles empoisonnées par l'opium ou la noix vomique, il ne pouvait saisir le plus petit intervalle enlre l'excitation et la contraction musculaire secondaire. Et cependant la vitesse de la transmission par les nerfs est non seulement mesurable, mais comparativement peu grande ; elle ne peut être comparée au mouvement infiniment plus rapide de l'électricité et de la lumière, elle est même inférieure à la vitesse du son, elle égale à peu près celle du vol de l'aigle et ne dépasse guère celle d'un cheval de course ou d'une locomotive. L'action nerveuse n'est point due au passage instantané de quelque principe impondérable ou psychique; la transmission nerveuse dépend d'une modification de la constitution moléculaire du nerf, qui demande un certain temps à se produire.
Les essais que l'on a faits pour déterminer le temps requis par le cerveau pour une volilion ont montré clairement qu'il y a là aussi une période mesurable et que le temps diffère suivant que la personne est préparée d'avance ou non à la réponse volontaire qu'elle doit faire : par exemple, Jaager a trouvé que lorsqu'il recevait un choc électrique sur un côté, s'il savait d'avance que le choc devait se produire sur ce côté, l'intervalle entre l'excitation et le signal donné par lui était environ de 20/100 de seconde; mais, s'il ne savait pas d'avance de quel côté le choc devait se produire, l'intervalle entre le choc et la réponse était d'environ 27/100 de seconde, c'est-à-dire que la différence était de 7/100 de seconde. Il n'est pas douteux qu'il y a des dillérences considérables dans le temps que les diffe-
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rents individus metleiU à accomplir les mômes fonctions mentales, ce qui lient à des difTérences constitiilionnelles, et dans le temps que met le môme individu à ditférenls moments, ce qui tient aux conditions passagères des centres nerveux. Il n'y a personne ayant fait un travail intellectuel qui ne connaisse les énormes différences de rapidité, de facilité avec lesquelles il se fait, suivant que l'esprit est bien ou mal disposé. « Il y a, dit Locke, une sorte d'obstination dans l'esprit de presque tous les hommes. Parfois, sans cause appréciable, il recule pour s'arrêter ensuite, sans pouvoir faire un pas en avant, et à un autre moment il s'élance en avant et il n'y a aucune prise sur
lui » L'oppression qui accompagne la souffrance mentale
est liée d'une manière remarquable à une grande lenteur de la pensée; la suite des idées semble s'arrôter, et la perception ellemême est obtuse et imparfaite. Dans quelques formes de maladies mentales, ce défaut d'association est très marqué, tandis que dans d'autres il y a une rapidité étonnante d'association, de sorte que les idées se suivent les unes les autres avec une rapidité extraordinaire et que les mots consonants se groupent de la manière la plus incohérente. Dans beaucoup d'aff"ections du cerveau, comme à la suite d'une attaque d'apoplexie, ou dans la vieillesse, il doit s'écouler souvent un temps considérable entre une question et la réponse du malade. Il y a pour ainsi dire une surdité de l'esprit qui perçoit et réagit plus lentement qu'à l'état normal Le temps de la fonction est probablement la mesure de l'activité moléculaire qui en est la condition. Mais il y a d'autres découvertes physiologiques qui peuvent
1. Chacun doit avoir remar([ué la lenteur aussi bien que la difficulté avec ■ laquelle les malades qui sont dans un étal demi-comateux sortent la lau'nie soulèvent les paupières, prononcent quelques paroles. Il semble qu'un cerUiin temps est nécessaire pour la concentration ou la transmission du pouvoir nerveux, avant que l'action voulue puisse commencer. La volition peut être si laborieuse que j ai vu plusieurs fois les sueurs être l'effet d'un effort prolonsé pour soulever un bras paralysé, qu'à la suite de cet effort il y avait un épuisement comparable à celui qui dans l'état normal peut suivre un violent exercice musculaire de tout le corps. Quel conti'aste frappant il y a là avec cet effort instantané et libre par lequel l'action au sens complet se produit presoue simultanément avec l'impression e.xterne qui la provoque, quelque variées
que soient les opérations mentales et corporelles qui entrent enjeu Sir
\\ Uo\\ana. Chaplers on incntal Phisiologij.
g24 PATHOLOGIE DE L'ESPRIT
nous aider à nous faire quelque idée des conditions physiques de l'activité mentale. Les recherches de Mateucci et de du Bois-Reymond sur l'état électrique des nerfs ont montré qu'il y avait des courants d'électricité engendrés dans ce nerf comme dans les autres tissus animaux et circulant continuellement le long de ce nerf. Quand le nerf qui se rend à un muscle transmet au muscle une excitation, il y a une diminution du courant propre du nerf, et l'aiguille du galvanomètre mise en rapport avec lui indique une variation négative. Mateucci supposait qu'il y avait nm succession rapide de décharges électriques dans le nerf et dans le muscle pendant leur état d'activité, et hien que cette supposition n'ait pas été confirmée, il n'est pas douteux que la variation négative de raiguille n'indique une diminution de la force électromotrice du nerf et que cette diminution ne soit en une certaine mesure « intimement liée à ce changement moléculaire dans l'intimité du nerf qui produit une contraction quand il se rend à un muscle, ou une sensation quand il se rend au cerveau ). On doit se mettre dans l'esprit que chaque particule intime des nerfs agit suivant les mêmes lois que le nert tout entier : par suite, le courant qu'un fragment de nerf produit dans un circuit dont il fait partie doit être considère comme un dérivé des courants incomparablement plus intenses qui circulent dans l'intérieur du nerf autour de ses éléments ultimes. Il existe ainsi une preuve certaine non seulement des propriétés électro-motrices du nerf, mais d'une modification de ces propriétés durant l'activité fonctionnelle : modification qui témoigne en outre d'un changement intime dans les molécules polaires du nerf.
Ces résultats prouvent assez clairement que les fonction> nerveuses ne doivent pas admettre une conception métaphysique et qu'elles ne doivent pas être écartées comme inexplicables. La transmission nerveuse est un processus mesurable d'un mouvement moléculaire : le courant électrique propre du nerf est diminué durant son excitation, et sa constitution moltculaire intime est modifiée, et il semble qu'il y a des raisons de supposer que son excitation est en rapport intime avec ce changements chimiques d'oxydation que l'on sait se pioduire
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durant son activité, qui rendent acide sa réaction, et qui donnent lieu aux mômes produits de métamorphose rétrograde que ceux qui sont produits par l'activité musculaire. Une théorie complète et exacte des fonctions nerveuses doit tenir compte et rendre compte de tous ces phénomènes.
Mais il est difficile de voir comment une théorie physico-chimique pourra jamais embrasser tous ces phénomènes des fonctions nerveuses. Il est certain que la vie est en grande partie plus que de la physique ou de la chimie, ou même que de la physique et de la chimie, du moins que la physique et la chimie actuellement connues. Dans les fonctions des centres nerveux, il y a des actes vitaux d'assimilation d'expériences et d'intégration organique par la nutrition dont ne peuvent aucunement approcher la physique et la chimie, telles que nous les connaissons. Mais si aucune personne sensée ne peut avoir la prétention de donner une théorie physico-chimique des sentiments d'un amoureux, de l'imagination d'un philosophe, du délire d'un monomaniaque, il n'est pas moins insoutenable de voler immédiatement à la conclusion que ces phénomènes mentaux sont indépendants de toute organisation physique. De ce qu'ils ne sont pas physiques ou chimiques, il ne s'ensuit pas qu'ils n'ont point de bas& matérielle, et il est hors de doute qu'ils dépendent autant du tissu nerveux que les mouvements d'un membre dépendent de ses muscles, qu'ils soient ou non plus spirituels que lui. Comment se fait-il que les personnes qui regardent avec dédain et mépris la doctrine matériahste du haut de leur tribune intellectuelle et morale n'aient pas inventé jusqu'ici une âme spermatozoïque capable de posséder et d'expliquer ces propriétés latentes étonnantes qui, bien que les spermatozoïdes les possèdent, sont absolument indiscernables dans sa substance matérielle.
Quand on voit qu'une molécule d'un élément nerveux est d'une constitution probablement plus complexe que tout le système solaire, et que nous n'avons aucun moyen d'observer ses mouvements intimes, il n'est pas surprenant qu'il n'y ait aucune altération morbide visible dans quelques cas de folie, et il est bien plus étonnant qu'on se soit attendu à trouver des lésions.
Si une sensation d'odorat est produite par 1/1 300 000 de gramme d'huile de résine, d'après les calculs, ou même par une quantité encore plus petite de musc, il est contradictoire de chercher à l'œil nu la condition physique des désordres psychiques et de parler d'une classification pathologique des désordres mentaux. On doit se servir du microscope pour voir le spermatozoïde et l'ovule — substances d'apparence presque homogène — qui contiennent néanmoins d'une façon mystérieuse ces nombreuses qualités des parents et des ancêtres qui se développent dans le caractère mental et corporel de leurs descendants ou qui, dormant en eux, se transmettent par leurs spermatozoïdes ou leurs ovules à une génération suivante. Celui qui serait assez habile pour découvrir et décrire la base physique de ces nombreuses qualités, qui sont latentes dans le spermatozoïde, réussirait peut-être à décrire la base physique d'un soupçon morbide de monomaniaque, et des replis de la pensée d'une personne héréditairement prédisposée à la folie.
Les raisons qui précèdent et qui expliquent l'absence de changements morbides dans quelques cas de folie sont tirées de l'expérience que nous avons de maladies, comme l'épilepsie, le tétanos, la rage et la névralgie. Dans aucun de ces cas on ne peut trouver après la mort la moindre modification qui puisse rendre compte de la tempête des symptômes pendant la vie, môme quand la maladie a été la cause directe de la mort. Et de même qu'il est certain que l'épilepsie, le tétanos ou la névralgie peuvent être le résultat d'une irritation périphérique, et être par conséquent un trouble réflexe ou sympathique, il est également certain que dans quelques cas une attaque de folïTî provoquée par une maladie siégeant ailleurs que dans le cerveau, est essentiellement réflexe ou sympathique. Quand une mélancolie profonde disparaît presque instantanément après la réduction d'un prolapsus utérin, il est juste de considérer le trouble mental comme un état réflexe, et dans un cas pared on ne doit pas s'attendre à trouver des lésions cérébrales si l'on a l'occasion de faire un examen post mortem. Mais cette mélancolie sympathique peut être aussi grave dans ses symptômes que la mélancolie dépendant d'une autre cause; pourquoi
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alors penser qu'il est étrange que l'on ne trouve pas d'altération morbide dans le dernier cas?
A ce propos, il est important de se rappeler que la transmission réflexe peut se faire par différentes voies ; elle ne se fait pas seulement de la sensation au mouvement, niais aussi de la sensation à la sensation, du mouvement à la sensation, du mouvement au mouvement et de la sensation ou du mouvement à la nutrition. Un changement moléculaire d'un nerf, produit par une irritation quelconqtie, se transmet à toutes les parties qui sont en connexion avec ce nerf par continuité de tissu ; quand l'agitation moléculaire atteint un centre moteur, il se produit un mouvement réflexe ou une paralysie réflexe ; quand elle atteint un centre sensoriel, il se produit une sensation réflexe ou sympathique; quand elle atteint les centres supérieurs de l'idéation, elle peut produire un désordre réflexe de la pensée, des sentiments et de la volonté. Quand elle atteint une glande, elle peut modifier les processus intimes de sa sécrétion, et quand elle atteint une région qui n'est pas sensible, qui ne se contracte pas, qui ne sent ni ne pense, ni ne veut, qui ne sécrète pas, elle peut encore donner lieu à des altérations de la nutrition, à des troubles trophiques. Prenons des exemples : Lorsque l'on ressent une douleur vive le long de la colonne vertébrale après un accès de toux subit et violent, quand on a la gorge chatouillée après avoir parlé longtemps, quand une névralgie faciale est augmentée par un exercice musculaire, le réflexe se fait d'un mouvement à une sensation. Quand il y a une douleur du genou dans la coxalgie, quand une névralgie faciale a sa cause dans un mal de dents,' quand le mal de dents est ressenti dans la dent qui fait face à la dent cariée, le réflexe se fait de sensation à sensation. Quand les muscles d'un membre paralysé chez un hémiplégicjue se contractent durant un acte émotionnel ou volontaire auquel prennent part les muscles correspondants du membre sain le réflexe se fait de mouvement à mouvement, et quand la suppuration d'une glande cervicale, entretenue par la carie d'une dent disparaît dès que la dent est enlevée, l'elfet réflexe se traduit par une modification nutritive. Mais les divers symptômes de la maladie proléiforme, l'hystérie, nous donnent des exemples
de toutes ces variélés d'action réflexe, si nous les considérons, comme nous pouvons le faire pour la plupart, comme l'effel de l'opération des organes reproducteurs sur un système nerveux instable. Nous rencontrons des troubles de la pensée, des perversions moraies, des altérations de la volonté, des sensation?^ anormales de toutes sortes, des spasmes ou des convulsions, des irrégularités vaso-motrices, des troubles de la sécrétion et de la nutrition dans difl^érents cas et souvent dans le même cas. Notons qu'il est probable que l'action réflexe peut se faire directement par l'intermédiaire du nerf sur les éléments des tissus ou indirectement par l'intermédiaire du système vaso-moteur.
Il reste encore, avant de quitter ce sujet, un pomt à étudier pour expliquer l'absence de lésions perceptibles dans la fohe : ce sont les troubles locaux de la circulation, qui, présents pendant la vie peuvent être absents après la mort. Je suis porté à croire que là plupart des auteurs qui ont écrit sur la folie ont attache trop d'importance aux changements vasculaires du cerveau et de ses membranes qui certainement s'observent souvent dans la folie mais qui ont été regardés comme les agents primitifs et producteurs des troubles mentaux; dans la plupart des cas, ils peuvent aussi bien avoir été l'effet d'un trouble mental prolonge La vérité, c'est que la première altération dans la folie est probablement, comme dans l'inflammation, une modification directe des éléments des tissus, l'altération vascula.re etan secondaire. Prenez, par exemple, les premières P<^"«des de inflammation : d'après les observations du professeui Listei , il est évident que dans le cas d'une lésion mécanique ou chimique les éléments des tissus sont directement lésés ; ils sont ramenés a un état de vie inférieur, à l'état embryonnaire, et leur activité onc- Uonnelle est diminuée. Par suite de la lésion, les — rapprochent de l'état de la matière non vivante oid ma > va^s'seaux sanguins se dilatent, et g^^»^^' tendance à s'agglomérer dans le voisinage de iM^nitie t comme ils le font quand ils sont sortis du coi-ps. La dila a on du vaisseau se fait Lirectement par "^^^^^^;^^Z nerveux. L'observation de l'effet de l'«in^l>cation nntant a le cellules pigmentaires de la peau de la grenouille a contirnie
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cette opinion d'une manière instructive : M. Lister a trouvé que, lorsque l'irritation était assez faible pour ne produire que peu ou point de modification vasculaire, elle déterminait néanmoins un certain degré de faiblesse dans les éléments de la partie sur laquelle elle était appliquée, car il se faisait une dilTusion de pigment dans les cellules, qui était, d'après lui, « la preuve visible de la diminution de l'activité fonctionnelle qui accompagne, si elle ne précède pas, les premières approches de la congestion inflammatoire, » et qui correspond à la dilatation artérielle. Les expériences ont montré que l'acide carbonique avait un effet sédatif puissant sur les tissus eux-mêmes, qu'il paralysait leur force vitale de manière à donner lieu à une congestion inflammatoire intense, transitoire 'V cependant. Même dans les membres amputés, où il n'y avait naturellement aucune circulation, les tissus se rétablissaient après son action, de sorte que, ainsi que la réajjparition du mouvement des cils vibra tils peut le montrer, « les tissus possèdent indépendamment de l'organe central du système nerveux et de la circulation, ou même indépendamment de la présence du sang dans les vaisseaux, un pouvoir intrinsèque de revenir à l'état normal après une irritation, quand celleci n'a pas été poussée au delà d'un certain point ^. » De ces recherches, il ressort que le premier trouble apporté par l'inflammation est une certaine altération des éléments des tissus, et une suspension plus ou moins complète de leur activité fonctionnelle, quelle qu'en soit la cause ; et il est évident aussi que les parois des vaisseaux sanguins sont plus ou moins privées de leurs propriétés vitales quand l'inflammation existe, vu qu'ils permettent alors la sortie facile de la fibrine qu'ils retiennent à l'état normal. Ces résultats expérimentaux ont confirmé l'opinion de ces pathologistes philosophes qui attachaient une grande importance aux eff"ets immédiats d'une lésion chimique ou mécanique d'une partie du corps, au développement des vaisseaux sanguins dans l'évolution primordiale des parties, à
1. On the turly stages or inflammation, par J. Lister, F. R. S. (P/iitosovhical transactions, voL XXXI, 1858). ^
MaUDSLKY.
rangmenlation d'activilé d'iirr rein quand l'autre est détruit ou insuffisant
Si l'on a bien dlans l'esprit ces considératîoTis sur l'action intrinsèque des tissus, il n'est pas difficile de comprendre cotoment une lésion du cerveau, quelle qu'en soit la cause, — le surmenage, une anxiété morale, un poison dans le sang, une irritation sympathique ou une lésion directe, — peut se manifester immédiatement par un trouble fonctionnel : l'élément nerveux est ramené à un état' dë vie inférieur, et il' traduit son écart de l'état normal par un trouble de ses fonctions. Eti de même que dans l'inflammation une dilatation- des vaisseaux saiiguins et un afflux de sang suivent une lésion locale, de môme il' se produit ici un trouble de la circulation, qui devient â son tour la cause d'une nouvelle altération. On peut comprendre aussicomment il se fait que, lorsqu'il existe une faiblesse innée des éléments nerveux par suite d'un^état héréditaire, la folie puisse se produire, sous l'influence de causes qui n'auraient pas eu d'effet si désastreux sur un cerveau bien constitué ; car l'élément faible est plus aisément ramené à un état de vie inférieur, et il est'par suite moins apte à la lutte contre les troubles vascuiaires qui se font autour de lui et qui l'altèrent.
Quand un chien est empoisonné par la strychnine, il peut n'y avoir aucune modification morbide appréciable dans le corps de l'animal. Mais, quand on en trouve, il' s'agit de congestion de la moelle épinière, de dilatation anévrysmale des capillaires et peut^tre de petites effusions sanguines dans la substance grise. Dans- ces cas, la congestion' ou l'efïusion sanguine 'sont nettement' lé résultat- de la grande activité morbide dfes éléments nerveux sur lesquels la sti7:chnirie agit directement. Nous avons là, en fait', une histoire abrégée de ce qui se passe, autant qu'on le'suppose, dans quelques cas de folie. Que l'action convulsivo se passe dans les cellules corticales des hémisphères au lieu de se passer dans les cellules spinales, le résultat est une manie aiguë et violente, dans laquelle l'action morbide des centres