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CHAPITRE PREMIER

Comme nous passons presque le tiers de notre courte existence à dormir, il est consolant de penser que le temps que l'on dépense ainsi n'est ni gaspillé ni perdu. Le sommeil marque cette suspension périodique des fonctions de la vie animale, ou de la vie de relation, durant laquelle les organes qui les exécutent sont le siège d'une restauration des forces qui est nécessaire après une période d'activité. La perte de substance, qui est la condition et le résultat de l'exercice actif de la fonction, doit être réparée pendant le repos; aussi le sommeil est si loin d'être surprenant que ce serait l'absence de sommeil qui serait un miracle. Pendant le travail physique et intellectuel du jour l'énergie qui s'est accumulée pendant le repos se dépense graduellement. La réparation est également nécessaire pour les fonctions organiques, qui semblent ne jamais dormir, comme cela a lieu pour les fonctions animales qui dorment pendant une si grande partie de notre vie'. Car, bien qu'un organe comme le cœur semble ne se reposer ni le jour ni la nuit depuis le premier moment où il entre en action jusqu'à celui où il cesse de battre, il se repose néanmoins entre chaque contraction, de manière à recouvrer dans ces légers intervalles de repos l'énergie nécessaire pour la contraction suivante; el, en réalité, il est au repos pendant un plus long temps qu'en acii- Maudsley.

vité, et, quand la vie cesse, il s'est reposé plus longtemps qu'il n'a travaillé. Si l'on ralentit par l'excitation du nerf vague les battements du cœur d'un animal dont la poitrine est ouverte les contractions alternatives de cet organe continueront pendant longtemps; mais, si l'on augmente la rapidité des battements par l'irritation des nerfs sympathiques, le cœur s'arrête rapidement par suite de l'épuisement; la réparation nutritive et l'enlèvement des produits de déchet de son activité ne peuvent suivre l'épuisement rapide de son énergie quand les pulsations sont accélérées; le cœur s'épuise, comme la gymnote s'épuise quand on provoque la répétition de ses décharges électriques, et il ne peut donner aucune contraction avant d'avoir réparé ses forces. Les formes animales inférieures, qui semblent ne jamais dormir, dorment probablement comme le cœur pendant de brefs intervalles de repos analogues. L'organisme est une machine qui se nourrit et se répare elle-même, mais elle ne peut se réparer pendant qu'elle est en pleine activité ; elle doit avoir pour les différentes parties qui la composent, comme pour le tout, des intervalles périodiques de repos suffisant, et finalement il arrive un moment où, comme toute autre machine, elle s'use, n'est plus capable de restauration et où l'épuisement aboutit à la mort, sommeil durant lequel il ne se fait aucune réparation et dont on ne se réveille pas.

Les conditions qui nous mènent au sommeil, les causes qui le provoquent, et les mauvais effets qui sont la conséquence de sa privation sont des preuves de son utilité dans l'économie animale. Quand nous voulons dormir, nous évitons toute excitation extérieure; de la même manière qu'un oiseau met la tête sous son aile, nous bannissons tout sujet de pensée ou de sentiment actif, et nous plaçons notre corps dans un état aussi complet que possible de repos musculaire, et ainsi le sommeil s'établit progressivement à mesure que le repos est plus complet, et non d'une manière brusque; il tombe sur nous comme l'obscurité sur la lumière du jour. Les causes générales qui le produisent sont celles qui épuisent l'énergie du système nerveux, soit par la souffrance ou le travail, et qui produisent ainsi la fatigue du corps et de l'esprit; ce sont les exercices musculaires et

intellectuels quand ils ne sont pas trop prolongés, la fatigue qui suit les grandes émotions quand elles ne sont pas trop intenses, et les grandes douleurs corporelles. Il est vrai que nous pouvons, par un effort volontaire, ou à l'aide d'un excitant, prolonger la veille et résister au sommeil, bien que nous soyons assoupis; mais nous ne pouvons le faire indéfiniment, car la torpeur et l'incapacité des fonctions mentales, le délire et la mort sont la conséquence d'une privation absolue de sommeil.

Par contre, il est intéressant de se demander pourquoi nous nous réveillons, pourquoi, une fois endormis, nous ne dormons pas toujours. C'est très probablement pour les mêmes raisons qui font que l'anguille électrique recouvre son pouvoir de produire un choc quand la réparation de son énergie s'est faite par la nutrition durant le repos. Une excitation corporelle, d'origine interne ou externe, qui n'aurait pas été sentie pendant le sommeil profond de l'épuisement, ou qui n'aurait tout au plus provoqué qu'un rêve, suffit, quand le sommeil devient léger par suite de la restauration des forces, à réveiller l'individu soit directement, soit par la vivacité du rêve dont elle est l'occasion. Nous ne dormirions pas toujours, je crois, même dans le cas où toute stimulation extérieure aurait été supprimée, car l'accumulation de l'énergie nerveuse nous réveillerait, soit spontanément, soit à l'occasion des moindres excitations internes qui ne peuvent être supprimées, vu que les fonctions organiques ne sont pas suspendues, bien qu'elles soient plus languissantes pendant le sommeil. Si ces fonctions rentraient dans leur pleine activité, elles pourraient directement causer le réveil. L'habitude a, dans de certaines limites, une grande influence sur la durée de notre sommeil ; quand nous accordons au système nerveux un certain nombre d'heures de repos, nous l'accoutumons au temps qui lui est accordé, et il apprend à se réparer pendant ce temps.

Nous ne savons rien des états physiologiques qui accompagnent le sommeil, sinon que la circulation cérébrale est moins active. Cette diminution de l'activité circulatoire n'est probablement pas la cause du sommeil, mais c'est un effet coïncidant de

l'état des éléments nerveux. Il y a déjà longtemps que Blumenbacli a remarqué, chez un homme dont le crâne avait été trépané, que le cerveau se gonflait de sang et tendait à faire hernie par l'ouverture pendant la veille, c'est-à-dire pendant la période d'activité intellectuelle, et qu'il s'affaissait au contraire pendant le sommeil, et que M. Durham, qui enlevait des portions circulaires du crâne chez difl'érents animaux et les remplaçait par des verres de montre, à travers lesquels il pouvait observer ce qui arrivait, lorsque les animaux étaient réveillés ou endormis, a été convaincu par ses expériences qu'il y avait considérablement moins de sang dans le cerveau pendant le sommeil; la substance cérébrale était alors plus pâle et affaissée, tandis qu'elle devenait rouge et turgide dès que les animaux se réveillaient. Les fontanelles des jeunes enfants s'enfoncent pendant le sommeil, et une compression suffisante des artères carotides dans la région du cou produit le sommeil chez l'adulte. Le sang afflue activement vers cette partie où le stimulus de l'énergie fonctionnelle l'attire nécessairement, et, quand la fonction active est suspendue par la nécessité périodique de réparer dans le sommeil les forces dépensées, la circulation du sang tombe au niveau des simples besoins organiques du cerveau ; la distribution sanguine répond en fait aux différents états du cerveau : elle est active quand ses fonctions sont actives, modérée quand elles sont au repos. On a fait un léger pas de plus dans le champ de la conjecture. Sachant que les différentes parties du cerveau reçoivent le sang de différentes artères qui se divisent et se subdivisent en artères de plus en plus petites jusqu'à devenir capillaires, on a pensé qu'il pouvait y avoir quelquefois une circulation [active dans certains territoires vasculaires du cerveau, tandis que la circulation des autres parties était abaissée au même niveau que pendant le sommeil, de la même manière qu'il existe dans les autres parties du corps des rougeurs locales dues à des dilatations vaso-motrices; et on a pense que ces circulations locales actives du cerveau étaient la condition de cette activité anormale et irrégulière qui constitue le reve : on a supposé qu'une partie du cerveau est plus ou moins éveillée, tandis que le reste est endormi.

Récemment, on a émis la théorie que le sommeil est causé par l'accumulation des produits de l'oxydation qui se fait pendant la période d'activité; il est probable que ces produits ne sont pas enlevés aussi rapidement qu'ils s'accumulent pendant l'activité de la fonction, et qu'ils sont enlevés durant le repos de la nuit, comme les rebuts dans quelques villes. On ne sait pas quelle est la nature exacte de ces produits de coinbustion, mais on suppose qu'ils agissent sur les éléments nerveux de la même façon que le fait l'acide carbonique, en causant une sorte de narcose par leur accumulation. Par suite, toute condition qui s'oppose à leur élimination du cerveau, telle qu'une activité prolongée, favorise le sommeil, et toute condition qui accélère cette élimination tend à le prévenir.

Le sommeil n'est pas un état constant, il est sujet à des fluctuations. Il y a des degrés dans le sommeil, non seulement du système cérébro-spinal pris en masse, mais de ses différentes parties, tant il y a d'états intermédiaires entre le sommeil et l'état de veille. On peut donc dire que nous passons graduellement d'une sorte de veille obscurcie à un sommeil imparfait, et d'un léger assoupissement à une inconscience profonde. Il €st parfois difficile de dire si nous avons dormi ou non, car les idées indécises et incohérentes, les hallucinations soudaines de ruiture bizarre qui se produisent juste au moment où nous sommes pris par le sommeil ressemblent tellement aux fantaisies des rêves, que nous ne savons pas toujours si elles font' partie de la veille ou du sommeil. La perte graduelle de la conscience produite par l'opium montre bien quels sont les degrésdu sommeil. Il y a d'abord une sensation d'assoupissement qui aboutit vite à un besoin irrésistible de sommeil; l'individu tombe alors dans une somnolence dont on peut le tirer suffisamment pour qu'il réponde à une question faite à haute voix, mais il retombe immédiatement dans le sommeil qui aboutit bientôt à une perte de conscience comateuse qui ne lui permet de répondre à des coups, à des pincements énergiques, à des irritations de toutes sortes que par les marques les plus faibles de sensibilité; finalement, le coma devient si profond qu'il est insensible à tout; toutes les tortures que les sauvages ont in-

ventées et appliquées à leurs ennemis, ou dont les chrétiens ont martyrisé ceux dont la foi s'éloignait à peine de la leur, sont sans action sur lui; il est dans l'inconscience de la mort eu de l'état qui la précède. Les sens s'endorment les uns après les autres; chacun tombe graduellement dans un assoupissement de plus en plus profond, puis c'est la moelle épinière, et en dernier lieu, le centre respiratoire de la moelle allongée au moment où l'homme meurt. Quand on produit l'anesthésie par l'inhalation de chloroforme ou d'éther, nous voyons que l'individu continue d'entendre, quand il a cessé de voir depuis longtemps, et que les sens du goût et de l'odorat sont perdus avant ceux de l'ouïe et du toucher; et, dans le sommeil, il est clair qu'il y a les mêmes degrés d'inconscience, qu'un sens dort quelquefois plus profondément qu'un autre, ou que la moelle épinière est éveillée quand les centres sensoriels spéciaux sont encore endormis. Une personne légèrement endormie entendra parfois les paroles que lui dit doucement une voix familière et y répondra sans se réveiller, et il est certain qu'un homme peut dormir à cheval même lorsque les muscles du dos, sans compter les autres muscles, doivent être en action; il. peut même dormir en marchant; mais il ne peut dormir debout, parce que le corps tomberait en avant s'il n'était pas supporté. De même, quand nous sommes éveillés, il arrive rarement, si cela arrive, que tous nos sens soient éveillés au même moment. Un son est perçu par l'ouïe avant que les autres sens aient reçu une impression; en réalité, ils paraissent veiller successivement. Si donc nous voyons que le sommeil naturel n'est pas une quantité fixe et cojistante, que c'est un état corporel soumis à des oscillations, dans lequel il y a des différences considérables dans le degré d'insensibilité des diverses parties, les unes étant légèrement endormies pendant que les autres le sont profondément, il ne paraîtra pas étrange que dans certains songes on donne des marques d'une imagination active et que l'on exécute des actes qui exigent une certaine habileté : preuve qu'il y a des centres moteurs et mentaux qui veillent quand les autres sont endormis.

Il est un autre fait qui montre les variations de susceptibilité

des différentes parties aux impressions pendant la durée du sommeil : c'est la facilité avec lacf uelle un dormeur peut être réveillé par un léger bruit ou par toute autre excitation à laquelle il est habitué de répondre, tandis qu'un bruit plus fort ou une excitation différente d'une plus grande énergie, mais qu'il n'est pas habitué à remarquer, n'a aucun effet sur lui. Dans le sommeil, comme dans l'état de veilfë, l'oreille entend mieux ce qu'elle s'attend à entendre. De même que l'attente d'une certaine impression sur un sens éveillé augmente la susceptibilité de ce sens et la rapidité de. la transmission du message de l'organe externe au ganglion central, de même l'adaptation d'un sens endormi à une impression particulière engendre, pour ainsi dire, dans ce sens une habitude d'attente qui augmente sa sensibiUté à l'impression; et celle-ci, quoique légère, agit avec la même efficacité qu'une excitation extraordinaire. Si nous y pensons, nous voyons que, dans notre vie de chaque Jour, nos sens reçoivent à toute heure des impressions qui ne sont aucunement conscientes, à moins que, pour une raison on pour une autre, nous ne soyons portés à les noter d'une façon particulière; nous gommes, pour ainsi dire, endormis pour elles, et l'on s'imagine difficilement combien certaines de ces impressions non perçues contiennent de possibilités de connaissances, et quelles occasions de perception nous laissons passer. Nous ne vivons que dans des rapports très limités avec la nature extérieure, et ces rapports sont limités non seulemcui par le pouvoir, mais par les habitudes de nos sens ; et nous devenons automatiques dans nos réactions à un petit nombre de stimulus que nous sommes habitués de recevoir. Par suite, notre vie intellectuelle et pratique s'écoule en général en suivant quelques lignes fixes auxquelles nous sommes liés — de même que les animaux sont assujettis à leurs instincts particuliers en dehors desquels sont de vastes régions inexplorées. Nous ne percevons que les choses auxquelles nous nous attendons, que celles pour lesquelles nous avons, par une fréquente rcpélilion, organisé l'adaptation de nos sens et des associations motrices appropriées.

On songe peu à. tout ce qu'il y à de mécanique dans nos pen-

sées, nos sentiments et nos actions. On est si imprégné de l'idée Jixe, mais fausse, que la conscience *est le principal agent de tout ce que nous faisons, que l'on est étonné d'assister à un acte intelligent exécuté en dehors de la conscience, comme dans le sommeil, et qu'on le regarde comme quelque chose de merveilleux; tandis que la véritable merveille serait que l'organisme oubliât enti^ement ses habitudes intelligpites, simplement parce qu'elles ne seraient pas éclairées par la conscience. En fait, il ne les oublie pas; il s'éveille ordinairement à son heure accoutumée, que l'individu se soit couché à son heure habituelle ou plus tard; il s'éveille quand se produit le moindre bruit par lequel il a coutume d'être éveillé, comme lorsque la mère entend pendant la nuit le cri de son enfant, sans s'inquiéter d'un bruit plus fort qu'il a appris à négliger; et il s'éveille instantanément quand cesse un bruit à la continuité duquel il s'est habitué pendant le sommeil, comme le montre l'histoire bien connue du meunier qui s'éveilla quand le bruit de son moulin, qui marchait habituellement pendant la nuit, cessa par suite d'un accident de machine.

On s'est demandé si le sommeil était jamais entièrement privé de songes, et l'on a répondu différemment à la question. Quelques écrivains ont prétendu que dans aucun sommeil, quelque normal qu'il fût, il n'y avait absence de rêves. Ils n'étaient pas capables, apparemment, de concevoir deux états différents du sommeil, aussi éloignés l'un de l'autre qu'un rêve actif et une suspension complète des fonctions mentales ; probablement aussi, ils étaient imprégnés en une certaine mesure par le dogme cartésien que l'esprit n'est jamais ontièremcnl inactif. Ils prétondent que, lorsque nous affirmons n'avoir pas rêvé, la vérité c'est que nous avons rêvé et que nous l'avons oublié, et, en faveur de leur opinion, ils apportent des faits incontestables, tels que ceux-ci : l'évanouissement si complet et si rapide de rêves d'une grande vivacité qu'ils disparaissent en quelques minutes et ne peuvent être rappelés dans la mémoire, bien qu'ils fussent présents à l'esprit au moment du réveil ; la manière tout accidentelle dont un fait banal remémorera quelquefois un songe qui avait été entièrement oublié, et qui

sans cet accident eut été oublié pour toujours; et enfin le fait que d'autres personnes peuvent avoir vu, dans nos exclamations et nos mouvements durant le sommeil, la preuve que nous rêvions, alors qu'éveillés nous affirmons franchement n'avoir pas rêvé. On peut accorder beaucoup de valeur à ces faits, sans pour cela admettre qu'ils suffisent à la preuve de l'opinion que l'on soutient. Je crois que, dans un cas qui ne peut être décidé par la nature des choses, c'est à ceux qui soutiennent que le sommeil normal est toujours accompagné de rêves qu'il appartient de fournir la preuve. Quant à la difficulté de concevoir l'absence temporaire des fonctions mentales, on peut la négliger comme un préjugé arriéré ayant sa source dans la notion métaphysique qui considère l'esprit comme une entité spirituelle supérieure qui n'a rien à voir avec les basses nécessités du corps. Du point de vue de l'observation, on ne peut nier que nous percevons dans le sommeil tous les degrés entre les rêves les plus intenses et les plus actifs et les rêves où il n'existe qu'une ombre fugitive d'activité. Quelle difficulté y a-t-il, alors, à franchir en imagination la ligne imperceptible qui sépare un minimum d'activité d'une suppression complète de la fonction? De plus, dans certains cas où la vie est suspendue et la mort apparente, par e;ïemple, quand une personne est retirée de l'eau dans un état d'inconscience absolue et ne revient à elle qu'après des etforts énergiques continués pendant une ou plusieurs heures, il est certain, autant qu'une chose peut être certaine, que toute fonction mentale a été abolie depuis le moment où la sensibililé a été perdue jusqu'à celui où elle a été recouvrée. Prenez encore le cas remarquable d'un traumatisme de la tête qui produit une dépression du crâne et secondairement une compression cérébrale avec perte de la sensibilité; si l'on relève par un moyen chirurgical la portion d'os qui est enfoncée, non seulement l'individu revient instantanément à la conscience, mais il peut finir une piirase qu'il avait commencée au moment de l'accident, quand il était devenu inconscient Dans le coma

I. Dans le Journal of nervous and mental discases (Amérique) d'avril 1877 le D' Iloy rapporte l'observation d'un jeune homme Agé de dix-huit an^ qui' ayant reçu un coup de pied de cheval, eut une fracture du crûae avec enfou-

profond, dans l'insensibilité complète qui est produite par le chloroforme, ou dans les pertes de connaissance semblables produites par d'autres causes, il n'y a pas la moindre raison de supposer qu'il y ait plus de fonctions mentales que chez un animal privé de ses hémisphères cérébraux.

On a inventé une autre théorie : c'est que nous rêvons seulement au moment où le sommeil commence et au moment où il finit, — dans la transition de l'état de veille au sommeil, ou inversement. Mais cette opinion paraît moins soutenable que celle d'après laquelle nous ne cessons jamais de rêver quand nous sommes endormis. Si elle n'était pas réfutée d'une manière positive par le fait du somnambulisme, l'observation des personnes endormies qui montrent clairement par leurs actions ou leurs paroles qu'elles rêvent et qui continuent de dormir, et le fait que nous nous surprenons quelquefois au milieu d'un rêve quand nous sommes réveillés subitement, montreraient suffisamment que cette opinion est erronée. Le sommeil n'étant pas un état constant, mais bien soumis à des oscillations, il est clair que le degré des fonctions mentales variera suivant que le sommeil sera plus ou moins profond et complet; qu'il y aura parfois une activité dont la cohérence nous surprendra, parfois une activité indécise et incohérente, ou bien que les fonctions mentales seront supprimées complètement dans un sommeil aussi profond que celui pendant lequel on enleva une côte à Adam.

On a remarqué avec raison que, si nous accomplissions pendant le sommeil toutes les choses étranges auxquelles nous rêvons. Userait nécessaire de renfermer chaque personne avant

cernent' des fragments et perdit connaissance. — Après la trépanation, la sensibilité l'evint. Le D'' Iloy profita de l'occasion de cette perte de snbstance pour comprimer le cerveau après avoir adressé une question au patient. Tant que dura la compression, celui-ci resta silencieux, mais on ne l'eût pas plus tôt cessée qu'il fît la réponse, ne se doutant pas qu'il fût resté quelque temps sans répondre.

Le même auteur rapporte un autre fait d'un jeune homme âgé de di.K-neuf ans qui perdit connaissance à la suite d'une ruade d'une jument nommée DoUy. Aussitôt que l'os fut enlevé, il cria avec énergie « : Wlioa, Dolly! « et ensuite regarda autour de lui avec surprise, s'étounant de ce qui lui était arrivé. Trois heures s'étaient écoulées depuis l'accident. Il n'avait aucune conscience d'avoir été frappé par la jument; et la dernière chose qu'il se rappelât, c'est que la jument exécutait un moment de rotation et baissait les oreilles en arrière. J^'- '

qu'elle se mît au lit; car, comme le dit Cicéron, les rêveurs font des choses plus étranges que les fous.

Un rêve mis en action doit paraître entièrement semblable à la folie, de même que la folie a quelquefois les apparences d'un rêve que l'on fait éveillé. Dans les songes, comme dans la folie, les idées s'associent de la manière la plus étrange et la plus grotesque; les combinaisons et les successions d'idées ne suivent point une loi définie, autant que nous sachions, mais elles paraissent tout à fait accidentelles et transitoires ; et précisément nous considérons la perte de tout pouvoir sur la succession des idées comme le principal phénomène des rêves. II n'est pas vrai cependant, comme on l'a dit quelquefois, que la volonté est toujours abolie durant le rêve; car il est certain que nous pouvons subitement nous réveiller par suite d'un effort énergique de volonté fait dans notre rêve, comme lorsque nous nous battons avec une personne qui nous a insulté ou attaqué; et il est certain que dans d'autres circonstances nous restreignons volontairement l'expression de nos sentiments. Une ou deux fois, dans mes rêves, j'ai été sur le point d'être pendu, et je me suis éveillé au moment précis où l'opération allait être faite, et chaque fois j'ai eu la conscience d'avoir banni toute crainte ou toute autre émotion durant les préparatifs de l'exécution. Un acte concret de volilion de cette nature n'est pas impossible dans les rêves. C'est une question importante, néanmoins, de savoir jusqu'à quel point nous réussissons à accomplir notre volonté quand il s'agit d'agir et jusqu'à quel point nous sommes près de nous éveiller quand nous croyons le faire.

Car, dans nos rêves, il nous arrive de nous trouver essayant de faire quelque chose , de donner un coup, d'appeler au secours, de donner un ordre, par exemple — et d'être absolument incapables de le faire, et, au moment où nous réussissons à dégager nos facultés paralysées, nous nous éveillons. La volition mentale est à son maximum, mais nous sommes entièrement incapables de la traduire par des actes; l'instant qui s'écoule entre le désir ou la volonté d'agir et le réveil étant assez long pour que dans le rêve nous ayons l'illusion d'un drame

d'impuissance beaucoup plus long. Du reste, on ne doit pas oublier qu'une personne qui appelle dans ses rêves ne s'évedle pas toujours, et que nous nous souvenons de rêves dans lesquels nous nous imaginions vouloir quelque chose et l'exécuter.

Il n'est pas douteux que la volonté, dans le sens de contrôle sur les opérations mentales, est abolie dans le rêve, et un moment de réflexion montre que cela doit être. Car une telle volonté n'est ni plus ni moins que l'expression de l'activité la plus coordonnée des fonctions mentales, activité qui, nécessairement, varie beaucoup suivant le développement des fonctions par un entraînement préalable, et qui ne peut, vu la nature du cas, s'accommoder de la succession fortuite des idées dans les rêves. Il est impossible que la réflexion existe quand dans les rêves l'enchaînement habituel de nos pensées est presque entièrement suspendu; une idée qui est accompagnée de désir ne peut devenir une volonté raisonnée à la manière ordinaire; elle doit rester à l'état de désir particulier, et, quand elle est active, il se produit, au lieu des résultats naturels qui suivent les voies battues de l'association, quelque idée étrange sans rapport apparent avec la première et qui, donnée comme une vision, se présente en quelque sorte comme un changement subit de scène. Pour la même raison, le sentiment de l'identité personnelle, l'unité du caractère individuel, sont confus et semblent perdus. Au même moment, nous sommes nous-même et un autre, de même que d'autres personnes nous semblent être ellesmêmBs et n'être pas elles-mêmes, et nous exécutons des choses absurdes et peut-être tout à fait criminelles, et nous ne sommes que légèrement surpris, si même nous sommes surpris des choses que nous faisons. Comment peut-il y avoir un sentiment clair de l'unité du moi, comment peut-il y avoir une conscience quand il y a une complète absence de cette coordination des fonctions mentales, dont la conscience constitue le sentiment de l'identité personnelle? Il est probable que, lorsqu'on rêvant nous commençons à être surpris du changement d'identité et que nous le regardons comme bizarre, nous sommes sur le point de nous réveiller, le commencement du retour de la coordination des fonctions étant en fait le retour du sentiment de l'identité et

Foccasion de notre surprise. Mais il me semble qu'à travers toutes les divagations des songes il y a généralement au fond de nous un sentiment obscur ou un instinct de notre identité, car autrement nous ne serions jamais surpris de voir que nous ne sommes pas nous-même, ou que nous faisons quelque chose d'extraordinaire, ou nous n'aurions pas cette espèce de sentiment personnel qui est en nous dans tout drame bizarre où nous pouvons jouer un rôle. Je crois que l'organisme conserve son identité , quoique nos fonctions conscientes soient des plus distraites; bien que nous soyons endormis, les différentes impressions de notre sensibilité organique qui ne sont pas modifiées directement par les conditions externes sont transmises des viscères au cerveau; et c'est cette unité physiologique des fonctions organiques qui est quelquefois plus profonde que la conscience et constitue notre personnalité fondamentale, qui se sent avec plus ou moins de force dans tout état de conscience, dans le rêve ou à l'état de veille. Le pensionnaire d'un asile de fous qui a l'illusion d'être le Tout-Puissant et de pouvoir faire en un instant tout ce qu'il veut, demande humblement une légère faveur au même momant où il proclame son omnipotence. Ce sont là les inconséquences d'une identité distraite.

L'absence de surprise en présence des événements extraordinaires qui se passent dans nos rêves est parfois très remarquable. Mais cette absence n'est pas toujours complète. Dans quelque cas, il y a une surprise partielle ou particulière^ non une surprise venant d'une réflexion approfondie sur l'absurdité de toute l'affaire, comme cela se passe dans l'état de veille, mais une surprise qui vient d'une inconséquence particulière, comme à l'apparition, par exemple, d'une personne que nous savons morte et qui prend part aux événements du rêve. Ailleurs, nous pouvons avoir conscience que nous rêvons ; nous pouvons nous dire à nous-même : « Ce n'est qu'un rêve, » et peut-être nous résoudre à continuer ce rêve au lieu de rompre le charme, comme nous sentons pouvoir le faire à tout moment. Quand nous n'avons pas une conscience aussi distincte qu'il s'agit d'un rêve, il y a de temps en temps un doute demi cou-

scient concernant la réalité des images qui passent devant la vision mentale, une sorte de sentiment obscur et vague de leur non-réalité, comme si elles faisaient partie d'un spectacle dramatique auquel nous serions assez intéressés, par lequel nous serions assez transportés, pour perdre l'indépendance de notre jugement, et même le sentiment de notre individualité. Si ce sentiment vague devient plus fort, il aboutit probablement à la conviction que nous rêvons, conviction que nous avons quelquefois avant de nous éveiller, et qui fmit par nous réveiller en réalité. Car j'imagine que nous sommes près de nous éveiller quand nous avons ce sentiment; c'est-à-dire que les fonctions I coordonnées de l'accord desquelles naît la conscience de l'iden- J tité commencent à entrer en exercice. Les fantômes des rêves 1 se meuvent dans l'arrière-fond de l'individualité inconsciente, 1 qui, modelée et façonnée par l'habitude de notre expérience I journalière, se met nécessairement en contradiction avec eux au moment où elle devient consciente et donne lieu, quand elle n'est encore qu'à l'état de conscience naissante, à un vague sentiment demi conscient de scepticisme, avant que nous soyons capable d'aflirmer la nature imaginaire de ces fantômes. Il est impossible que nous-soyons surpris des inconséquences d'un rêve quand nous sommes profondément endormis, parce qu'il est impossible que nous réfléchissions; en d'autres termes, il nous serait impossible de comparer ces inconséquences avec les expériences mentales organisées qui sont les registres de nos observations de l'ordre de la nature, vu que ces expériences sont silencieuses ; ce serait donc surprenant, si nous n'acceptions pas comme réelles et sans étonnement les divagations des songes.

L'idée qui vient à l'esprit, dans un songe, étant incapable de suivre les voies accoutumées de la réflexion, influence les ganglions sensoriels inférieurs et prend la forme d'une image distincte ou d'une perception actuelle, de sorte que la suite des idées dans un songe est une suite d'images. De plus, c'est une image que nous voyons avec beaucoup d'intensité, parce que la conscience n'estnullcment distraite parles sensations extérieures ou par des idées collatérales, de même qu'en plein jour nous

voyons les étoiles si nous sommes dans un lieu profond, parce que dans ces conditions la ligne de vision est seule illuminée. Il en résulte que ce qui serait une succession d'idées à l'état de veille, dans un état qui dépasserait à peine le seuil de la conscience, devient une succession désordonnée d'images, ou, pour ainsi dire, une série de changements subits de scène dans un drame. Si l'on prend le célèbre exemple d'association d'idées de Hobbes, on peut chercher ce qui se serait produit si cette association avait eu lieu dans un rêve. « Dans une conversation au sujet de nos guerres civiles, quoi de plus inattendu que de demander, comme quelqu'un le fît : Quelle était la valeur du denier romain? Et cependant le rapport me paraît suffisamment clair : car la pensée de la guerre amenait la pensée de livrer le roi à ses ennemis; et cette pensée conduisait à celle de livrer le Christ, et celle-ci à la pensée de 30 deniers, qui était le prix de la trahison ; et de là suivait la question embarrassante. » {Leviathan, I, ch. 2.) Dans le rêve les scènes se suivraient si rapidement, ou se mêleraient entre elles d'une manière si confuse, que, lorsque le rêveur s'éveillerait et rappellerait à son esprit les détails de son rêve, il pourrait être incapable de rendre compte de l'étrange réunion des personnes et des incidents dans les spectacles qui l'ont occupé, et de la transformation subite d'un spectacle en un autre tout différent. Et, tandis que dans ce cas nous supposons qu'il y aurait entre les idées une association véritable quoique inaperçue, ce qui rend compte de leur succession avec une certaine cohérence, il est probable que dans beaucoup de rêves les idées qui se transforment en images s'appellent les unes les autres d'une manière fortuite et produisent ainsi des scènes plus bizarres.

Les écarts fantastiques des voies ordinaires de l'association des idées, la perte du contrôle sur les idées, la suspension de la conscience, l'abstraction du moi, le semblant de réalité des rêves grotesques sont autant d'effets de la môme cause : ils viennent de la discontinuité de la fonction des centres supérieurs du cerveau, d'une suspension temporaire des liens de l'unité fonctionnelle de ces centres. Quand un assemblage complexe et des séries de mouvements destinés à exécuter certains effets

compliqués el spéciaux ne peuvent plus se produire par suite de quelque trouble des centres moteurs qui leur correspondent, et sont remplacés par des mouvements spasmodiques, incohérents et sans but, on peut dire que les associations motrices habituelles ont été détruites, que ce pouvoir volontaire est aboli, et que leur identité essentielle en tant que fonctions ayant un but spécial a été détruite. Il en est de même en ce qui regarde la coordination des fonctions des centres cérébraux supérieurs dans les rêves; leurs phénomènes sont l'expression à des degrés différents, de la perte de la coordination, c'est-à-dire de la destruction ou de la désintégration des intégrations les plus complexes de l'évolution mentale.

On dit quelquefois que dans le rêve la faculté de combiner et d'arranger les idées est perdue ; cela est vrai en ce qui concerne la faculté de combiner et d'arranger les idées comme nous le faisons à l'état de veille; mais un des caractères les plus remarquables des rêves, auquel on a à peine attaché l'attention qu'il mérite, c'est la puissance singulière que nous avons de combiner et d'arranger les idées sous forme de drames les plus saisissants. Il n'y aurait pas grande exagération à dire que dans ses rêves la puissance dramatique d'un ignorant dépasse celle d'un écrivain de l'imagination la plus grande pendant la veille. Quand nous réfléchissons sur les créations extraordinaires des rêves, et que nous voyons les personnes les plus stupidesetsans la moindre imagination créerdes scènes, des caractères, inventer des événements avec une intensité de conception, une netteté de lignes, une exactitude de détails si remarquables, mettre dans la bouche de leurs personnages des dialogues qui conviennent à leurs divers caractères, nous pouvons conclure qu'il existe, indépendamment de la volonté ou de la conscience, une tendance naturelle des idées à se combiner et à se disposer elles-mêmes en une sorte de drame, bien qu'il n'y ait entre elles' aucune association connue et qu'elles paraissent entièrement indépendantes les unes des autres, sinon opposées. A cet égard, les idées peuvent être grossièrement comparées à ces substances chimiques qui, du moment où ellessont libres de satisfaire leurs affinités, se précipitent les unes avec les autres

pour former un composé d'une certaine nature. La même chose se produit dans la veille quand la succession des idées n'est pas contrôlée par la réflexion sur un sujet déterminé, et cet état constitue la meilleure part de l'activité mentale d'un grand nombre de personnes qui, eu dehors de leurs occupations pratiques , passent leur temps à rêver ou à laisser divaguer leurs idées. Si l'on tenait un registre fidèle du jeu fantastique des idées dans ces conditions, il paraîtrait souvent aussi extravagant qu'un rêve. Le point, cependant, sur lequel je veux insister et fixer l'attention, c'est la tendance qu'ont les idées à se réunir, bien qu'elles soient sans rapports les unes avecles autres, et à former une sorte de représentation mentale, complètement absurde ou plus ou moins conforme à la nature — c'est le pouvoir de construction qu'elles manifestent; car cette tendance montre clairement que la faculté plastique de l'esprit, ce que l'on appelle son imagination, est, au fond, la fonction organique des centres cérébraux supérieurs. Tout ce qui se produit quand la volonté est absente et que la conscience n'est qu'une lueur, tout ce qui est un indice de fonction mentale du cerveau, doit être au-dessous de la conscience et au-dessous de la volonté. C'est, si l'on veut, une fonction mentale inconsciente. Ce n'est pas simplement une association d'idées, et on n'explique rien, comme quelques-uns le pensent, par ce soi-disant principe au- ^juel on a l'habitude d'attribuer des pouvoirs extraordinaires. Le principe de l'association des idées n'est rien plus que la constatation de ce fait que les idées qui se sont produites simultanément ou consécutivement, ou qui se ressemblent, se reproduiront probablement ensemble, appelées l'une par l'autre. Mais nous avons afl'aire à quelque chose de plus, à un pouvoir constructeur, par lequel non seulement les idées se relient entre elles, mais donnent lieu à des produits nouveaux. La scène qui se présente dans nos rêves peut n'avoir jamais été un fait d'experience, et elle ne résulte pas toujours de la combinaison des images que nous avons vues. La scène et les images sont souvent également nouvelles, bien que suggérées en totalité ou en partie par des scènes ou des images semblables que nous avous vues.

Maudsley.

^ A cet égard, il est remarquable de voir comment dans les rêves une idée générale se résout en images concrètes telles qu'elle pourrait en être dérivée par abstraction, mais dont elle ne dérive pas en fait, bien que sans aucun doute elle soit abstraite d'expériences semblables. Une idée accidentelle à l'état de veille, par exemple l'idée qu'une personne a un grand tact ou un grand courage, peut être l'occasion pour elle de jouer un rôle dans la scène d'un songe et de faire des actes que nous considérons comme une preuve de tact ou de courage, bien que les scènes soient entièrement des créations de notre imagination et de telle nature que la personne en question ne peut jamais y avoir été mêlée. L'idée générale crée les scènes appropriées à son rôle et se résout pour ainsi dire dans les éléments concrets dont elle peut avoir été tirée. C'est une opération tout à fait involontaire et qui prouve , comme le montre aussi la formation d'une idée générale dans le premier cas, qu'il n'y a là aucun procédé volontaire, mais que l'esprit est capable de ces fonctions intelligentes qui sont l'essence de son être, mdépendamment de la volonté et de la conscience, ou qui prouve, à un certain degré, que la potentialité de ces fonctions réside non dans la conscience ou dans la volonté, mais dans la qualité plastique du cerveau. De même que la puissance organique inconnue d'une cellule vivante, quelle que soit la complexité des processus physico-chimiques intimes que sa vitahté renferme, s'assimile ce qui dans son milieu est approprié à son développement et se fait ainsi par degrés une individualité conforme avec les lignes de développement qui sont dans sa nature; de même le pouvoir organique spécial des éléments nerveux des centres supérieurs du cerveau édifie, en s'adaptant par degrés aux coexistences et aux successions du milieu physique et social, la structure complexe de l'organisation mentale de l'individu. Mais il doit rester dans les lignes qui lui sont imposées par les capacités innées de la nature individuelle : l'organisation mentale dépend, premièrement et avant tout, des capacités innées dont l'individu hérite de ses ancêtres, et secondement de l'influence de l'éducation et des circonstances de la vie. Il en est de môme de la graine d'un arbre tombée dans une forêt : sa puissance germa-

trice originaire peut être plus ou moins grande, sa situation plus ou moins favorable; mais elle ne prendra racine et ne gran- • dira, le développement de l'arbre ne dépassera celui des autres que suivant les avantages du lieu où la graine a eu la chance de tomber et suivant la puissance qu'elle a eue, par la force originelle de son espèce, de proûter des occasions et de tirer parti le plus possible de son milieu. Nous avons raison de considérer l'esprit comme la plus haute force de la nature, mais nous avons tort de le regarder comme une puissance en dehors et au-dessus de la nature, se suffisant à elle-même sans rapports de dépendance ou d'affinité; quand nous voyons la hauteur de ses plus nobles fonctions, nous ne devons point oublier les profondeurs où il prend racine. L'intelligence est un produit de la sensation et du mouvement, ou autrement de la capacité de recevoir et d'assimiler des impressions appropriées et d'y répondre par des mouvements définis , qui fait que l'homme en tant que partie de la nature prend part à son évolution, subissant son influence et réagissant contre elle ; et la volonté est l'impulsion qui, sortant des profondeurs de la *ie organique et se manifestant par le désir, est guidée par l'intelligence pour s'adapter d'une manière consciente au milieu social et physique. Mais la capacité de recevoir et d'assimiler des impressions appropriées et de rejeter et d'éviter celles qui ne le sont pas n'est en aucune façon une vertu mentale particuUère : c'est une propriété fondamentale des éléments organiques. L'homme n'est pas un mélange ou un composé de corps et d'esprit; c'est un être qui a, comme un aimant, deux pôles, l'un qui le réunit à ce qui est au-dessous de lui, l'autre qui représente ses aspirations spirituelles, ot qui a des attractions opposées et plus élevées.

Le pouvoir plastique des centres cérébraux supérieurs sur lequel j'insiste, comme étant quelque chose de plus profond que la fonction mentale consciente, montre d'une manière frappante sa nature spontanée et indépendante dans ces rêves singulièrement cohérents que chacun de nous fait de temps à aulre et dans lesquels il déploie autant de puissance intellectuelle qu'à l'état de veille. On a rapporté un grand nombre de cas, les plus dignes de foi, de personnes qui, dans leur sommeil,

ont composé des poèmes, résolu les problèmes de mathématiques les plus ardus, découvert la clef d'une situation difficile, ou fait des choses merveilleuses, et, si l'on remarque que les actions que nous accomplissons pendant nos rêves nous paraissent très belles au moment même pour n'être plus souvent qu'un non-sens au moment du réveil, on accordera que l'individu qui est doué de facultés naturelles et habitué au travail intellectuel à l'état de veille peut par hasard avoir la chance de le poursuivre pendant son sommeil, mettant ainsi à profil une bonne intelligence, même dans ses songes. Ces exemples montrent la nature spontanée des processus de l'activité créatrice, avec laquelle la conscience et la volonté n'ont pas plus à faire, en tant qu'agents actifs, qu'avec les créations de l'imagination d'un poète inspiré, car c'est seulement quand les proàmts sont formés qu'ils apparaissent clairement à la conscience, et 'c'est seulement quand on les connaît qu'on peut les vouloir.

Il est un autre fait qui a rapport au pouvoir dramatique mis en jeu dans les rêves, qu'il importe de noter : c'est la rapidité apparente de son action qui se passe en un instant et qui demanderait peut-être des heures si elle se passait dans la conscience, ou si l'on essayait de l'exprimer verbalement d'une façon exacte. Une tragédie ou une comédie de plusieurs actes s'ordonne et se joue en un moment, et il n'est donc pas surprenant, par conséquent, que celui dont le moi conscient est absent ne voie pas qu'il est l'auteur des divers caractères qui figurent dans la jpièce et des scènes qu'il joue. Il assiste, heureux ou attristé, approuvant' ou condamnant, à un spectacle qu'il a créé de toutes pièces et dont il ne peut et ne veut modifier aucunement le développement.

Je ferai remarquer un autre point plus en rapport avec les facultés mentales du rêveur : c'est le souvenir singulièrement vivace qu'il a quelquefois de choses qu'il ne se rappelle peutêtre nullement à l'état de veille. Il peut mettre à contribution Ites réserves de la mémoire, en tirer des choses nouvelles et vieilles, et donner ainsi à ses scènes une variété que l'on ne pourrait atteindre par la voie d'un souvenir conscient; caries détails d'un événement passé depuis longtemps, les sentiments

qui l'accompagnaient, les traits d'une personne morte depuis longtemps, le ton d'une voix qui s'est tue, tout est reproduit avec une vivacité et une précision étonnantes. Ce fait, qui a son parallèle dans le délire et dans cet éclair momentané de la mémoire qui précède immédiatement l'inconscience du rêve, montre sans aucun doute, d'abord que l'oubli n'existe pas pour une chose que nOus avons attentivement observée et qui a fait partie de notre expérience mentale, et ensuite quel rôle peu actif joue la conscience dans les fonctions du souvenir et de l'imagination. Quand nous sommes éveillés, nos facultés mentales suivent certaines lignes d'activité habituelle qui sont déterminées par nos tendances et nos expériences ordinaires ; elles suivent certaines voies accoutumées auxquelles la conscience est pour ainsi dire attachée, car les habitudes et les impressions extérieures contrôlent et déterminent nos pensées beaucoup plus que nous ne le supposons, de sorte que, dans la plus profonde rêverie, nos pensées ne prennent jamais tant le large que lorsque toutes les impressions extérieures sont écartées. Mais, quand nous sommes endormis et que nous ne percevons plus aucune impression, les voies ordinaires ne sont plus suivies, les idées s'éveillent indépendamment de leurs associations sous l'influence de causes physiques; et par suite il n'y a pas un point du cerveau où la mémoire est enregistrée, qui ne puisse entrer en activité d'une manière inaccoutumée. Comme il n'y a rien pour distraire la conscience de l'idée qui entre en activité., elle est remarquablement vive, et, comme les idées qui lui sont associées restent au repos, elle n'est point corrigée et prend des proportions exagérées.

Si nous cherchons à expliquer la remarquable réviviscence, pendant les rêves, d'événements oubliés, nous devons tenir compte : V de l'absence d'impressions extérieures qui enchaînent l'esprit à certaines directions de fonctions habituelles, non adaptées pour le conduire vers des événements oubliés; et probablement aussi de l'ouverture des voies inusitées ou négligées qui peuvent y mener; 2° de l'excitation directe des nerfs les plus cachés par l'intermédiaire de la circulation du sang, qui courant dans une multitude de petits vaisseaux, à travers Ici

recessus les plus intimes de la substance cérébrale, peut, suivant la quantité, la qualité et la rapidité du courant, mettre en activité les cellules nerveuses avec lesquelles il est en rapport, et incontestablement sans discerner les parties qui ont enregistré les faits les plus récents de celles qui ont enregistré les faits les plus éloignés; 3° il faut tenir compte enfln de l'excitation probable venant de quelque organe intérieur, de celte partie du cerveau avec laquelle l'organe est en rapport spécial, c'est-àdire dans laquelle il a sa représentation cérébrale.

Quelle que soit l'explication, c'est un fait indiscutable que des personnes se rappellent en rêvant des noms et des choses qu'elles avaient entièrement oubliés, et qu'elles ne reconnaissent peut-être même pas, d'une façon consciente, comme un souvenir; de même nos pensées journalières, qui nous apparaissent comme de nouvelles acquisitions, se trouvent parfois avoir leur source dans l'expérience antérieure ou dans quelque livre lu longtemps auparavant. Maury rapporte parmi d'autres l'exemple suivant : Dans son enfance, il allait au Trilport, village sur la Marne, où son père construisait un pont. Plus tard, devenu adulte, il rêva qu'il était enfant, qu'il jouait au Trilport et qu'il voyait un homme revêtu d'une sorte d'uniforme et auquel il demandait son nom. L'homme répondit qu'il s'appelait C. ... , qu'il était gardien du pont et disparut. Maury se réveilla ayant le nom de C... dans les oreilles, et il lui fut impossible de se rappeler s'il l'avait jamais entendu. Quelque temps après cependant il demanda à une vieille domestique qui avait été longtemps au service de son père si elle se souvenait d'une personne du nom de C...., et elle répliqua immédiatement que c'était le gardien du pont qui avait été construit sur la Marne. Les rêves eux-mêmes s'oublient d'une façon singulièrement rapide, en partie sans doute parce qu'ils ont peu de rapports avec l'expérience réelle de notre vie, et en partie à cause de leur caractère incohérent. Nous ne pouvons nous rappeler la centième partie de ce que nous voyons, entendons, sentons, pensons, et faisons dans un jour, et il serait peu sage d'essayer de le faire, vu les limites de la capacité de noti'o mémoire et la brièveté de notre vie. Si l'on écoule pendant quelques minutes

les discours incohérents d'un dément dans le but de se les rappeler et de les répéter immédiatement après, notre échec nous apprendra combien Tincohérence empêche le souvenir.

Nous voyons dans nos rêves une multitude de figures dont nous n'avons aucun souvenir quand nous sommes éveillés. Les inventons-nous, ou bien nous rappelons-nous des expériences qui avaient été oubliées? Il est certain que celui qui habite une grande ville, pleine de mouvement, voit en quelques jours une centaine de figures qu'il ne pourrait se rappeler volontairement, et il est possible que quelques-unes puissent se reproduire comme figures de rêves. Il semble bien certain aussi que la figure d'un rêve, oubliée pendant la veille, peut réapparaître et rentrer dans le souvenir dans un rêve suivant. Les figures des rêves peuvent donc être des reproductions et non des inventions, mais il est plus probable que nous les inventons, comme nous inventons des scènes et des événements, et même des mots que nous nous imaginons comprendre, mais qui peuvent n'être qu'un non-sens, s'ils nous restent à l'oreille au moment du réveil. Dans les rêves comme à l'état de veille, l'imagination a probablement une action productrice en ce qui concerne la forme, et reproductrice en ce qui concerne les matériaux.

Laissant de côté maintenant ces observations générales sur les rêves, je vais rechercher les causes et les conditions qui semblent déterminer leur origine et leur caractère; et je me propose de les classer sous six chefs principaux, plutôt pour la facilité de la discussion que parce que ces conditions sont distinctes en fait.

Ce sont :

1° Le caractère et l'expérience mentale antérieure;

2° Les impressions sur un sens spécial ;

3° L'état de la sensibiUté musculaire;

li° Les impressions organiques ;

5° Les conditions de la circulation cérébrale ;

6° L'état ou le Tonus du système nerveux.

1" Le caractère et rexpérie?îce mentale antérieure. Nous

ne rêverions jamais, nous aurions le sommeil sans songes du

nouveau-né, si nous n'avions pas quelque expérience mentale; les matériaux de nos rêves, les éléments qui concourent à former de nouveaux produits viennent de l'expérience. C'est une observation commune que les pensées et les sentiments du jour reparaissent sous diverses formes pendant les rêves, d'autant plus certainement et avec d'autant plus de vivacité qu'ils nous ont frappés davantage; et quelques personnes sont si susceptibles que tout sentiment énergique, toute conception intense éprouvés à l'état de veille se reproduiront à coup sûr pendant les rêves de la nuit. Il est certain que, dans nos rêves, nous faisons surtout usage de nos expériences immédiates ou comparativement récentes, vu qu'elles se ravivent par des associations directes, tandis que les expériences anciennes deviennent indistinctes et parfois s'éteignent complètement; encore est-il remarquable de voir avec quelle vivacité de souvenir nous pouvons nous rappeler de temps en temps des personnes, des lieux, etc., depuis longtemps oubliés, soit à l'occasion de quelque stimulus fortuit qui éveille pendant le jour de vieilles associations, soit par suite de quelque perturbation corporelle qui met leurs substrata en activité. Le docteur Danvin mentionne le fait d'un gentleman qui depuis trente ans était tellement sourd qu'il ne pouvait soutenir une conversation que par l'écriture ou par le langage des doigts : il prétendait que dans ses rêves on ne conversait jamais avec lui que par l'écriture ou avec les doigts, et qu'il n'avait jamais eu l'impression d'un langage parlé. Mais il n'est nullement certain que les premières expériences de langage de ce gentleman fussent anéanties ; elles auraient pu revivre dans un rêve, si une excitation appropriée avait eu la chance de se produire. Les principales expériences de notre première vie reviennent fréquemment dans nos rêves, et plusieurs scènes se rapportent à notre vie d'école ou de collège. Ouant au caractère des scènes où entrent les matériaux de notre expérience récente ou ancienne, il dépend en grande partie du caractère de l'individu qui rêve; et celui-ci, suivant qu'il est fier ou humble, agressif ou paisible, insolent ou timide, sanguin ou mélaucoliquc, vindicatif ou clémeut, généreux ou méprisable, candide ou habile, ne manque jamais de se retrou-

ver dans ses rêves. Dans cette influence du caractère, on peut dire qu'il y a un retour à des expériences ancestrales et un réveil de leurs substrata à l'activité, car on peut dire d'une personne qui reproduit un trait du caractère de son grand-père qu'elle répète ou se rappelle ce qu'a senti son grand-père.

Outre les associations directes et visibles que l'on peut aisément suivre, il y a des voies indirectes et subtiles qui échappent facilement et par lesquelles une suggestion ou un accident peut remettre en mémoire le passé. Une sensation qui a été associée avec quelque expérience mentale, il y a déjà longtemps, un son particulier, par exemple, ou encore mieux une odeur particulière, ramènera quelquefois dans un rêve les conceptionset les états de conscience de cette expérience, bien que pendant le Jour elle n'ait été qu'une perception momentanée et qu'elle n'ait paru réveiller aucune association. Une idée particulière ou un sentiment particulier qui passent rapidement dans la conscience, transitoires et isolés, produiront le même effet. Je sens une odeur particulière en passant le long d'une rue, et pendant la nuit je rêve des scènes de mon enfance qui étaient associées avec cette odeur et auxquelles je n'avais jamais pensépendant le jour : je vois un homme ou j'entends prononcer son nom, et c'est sa femme à laquelle je n'avais jamais pensé qui joue un rôle dans mes rêves. Il est probable que ce sont ces suggestions transitoires ou ces hasards du jour qui nous fournissent l'explication de la manière mystérieuse dont nous revenons à des scènes et à des événements de la première périodede notre vie, quand nous ne pouvons rien concevoir qui puisse évoquer leur reproduction. Connaissant toutes les influences auxquelles nous sommes exposés en un jour, influences dont quelques-unes sont à peine conscientes; connaissant la multitude d'idées qui passent dans l'esprit, les variations de sentiments que nous subissons, il est clair que nous avons là l'explication de certains rêves qui nous rendent perplexes. Des voies d'associations cachées ou inusitées se rencontrent et sont suivies, et elles nous conduisent à la découverte d'expériences oubliées. Il semblerait, par suite, qu'une idée, quand elle entre en activité, ne se borne pas à frapper une corde d'association,

mais qu'elle frappe une corde d'une manière prédominante, de sorte que les autres passent inaperçues, quand elles étaient néanmoins en vibration partielle. Durant le sommeil, une autre corde que la corde habituelle peut répondre avec le plus de force et réveiller ainsi des associations moins familières que celles qui nous sont habituelles pendant la veille.

Notez encore qu'un sentiment naturel produit pendant le jour par quelque scène ou quelque événement peut rappeler, dans les rêves, des scènes et des événements du passé qui avaient été accompagnés d'un sentiment semblable, mais qui en euxmêmes sont sans aucun rapport avec l'événement récent. Par exemple, quelque chose de désagréable blesse pendant le jour notre amour-propre et produit un sentiment de dépression et d'humiliation; ce triste sentiment, amenant une profonde dépression après que nous avons cessé d'y penser, persiste pendant le sommeil et se traduit par des images appropriées ; et nous rêvons de notre temps d'école ^'il a été malheureux, si nous avons subi pendant ce temps de semblables humiliations, et il peut arriver que nous combinions les personnes et les incidents de cette époque avec les incidents et les événements qui nous ont affecté douloureusement. Ce sentiment a rappelé une série d'idées sympathiques presque oubliées, et nous ne sommes pas médiocrement étonnés, même dans nos rêves, de nous trouver adultes, dans cette position pénible d'une subordination d'écolier. De même, un sentiment agréable de supériorité produit par quelque éloge se traduira pendant le rêve par une interprétation ou une représentation concrètes adaptées.

On a une tendance à croire que les images et les événements d'un rêve pénible sont la cause des sentiments désagréables que l'on éprouve; mais il n'en est pas ainsi; le sentiment est la véritable cause des images, il en est pour ainsi dire le généteur. Une habitude bien connue de l'esprit, c'est de chercher avec ou sans conscience claire, dans un objet extérieur la cause de nos sentiments et de créer cet objet, s'il est besoin; et, s'il ne trouve pas de cause objective de nos sentiments, nous attribuons à des objets indifférents le pouvoir de les produire, ou bien nous créons les objets appropriés ; et l'on a des exemples

très nets de celle tendance dans les rêves et dans la folie. Coleridge a fait remarquer avec raison que les images des rêves subissent les métamorphoses les plus soudaines et les plus étranges sans nous causer beaucoup de surprise et qu'elles disparaissent en même temps que les terreurs qui les accompagnent, au moment du réveil : ce qui ne serait pas le cas, si elles étaient la véritable cause de la terreur. De même, les illusions pénibles de celui qui souffre de cette forme de dépression mentale connue sous le nom de mélancolie subissenl peut-être des modifications allant du terrible au grotesque sans changer son angoisse; en fait, l'angoisse peut exister pendant quelque temps, comme un sentiment vague et terrible, sans être accompagnée d'aucune illusion déterminée, et la forme de l'illusion est plutôt le fait du hasard que de l'essence de la maladie. Dans cette génération ou cristaUisation des images de la crainte par suite des troubles du sentiment, nous trouvons une démonstration de la vraie nature des soi-disant fantômes et apparitions. Ce sont les effets du sentiment de l'appréhension engendré par des lectures, des conversations ou des idées concernant ces fantômes. Quand Luther vit le diable entrer dans sa chambre à Wittenberg et lui jeta immédiatement son encrier à la tête, il semble qu'il n'avait pas ressenti beaucoup d'horreur ni grande surprise, mais qu'il avait plutôt considéré la visite comme une intrusion d'un adversaire avec lequel il avait eu plusieurs rencontres; mais, si le diable avait réellement surpris Luther pendant qu'il se promenait dans sa chambre, je doule que Luther eût répondu à l'assaut d'une façon si prompte et si énergique. Ceux qui voient des fantômes dans cet état de préparation mentale n'en souffrent pas beaucoup, bien qu'ils puissent affirmer dans leurs récits que les cheveux se dressaient sur leur tête et qu'ils étaient dans l'agonie de la frayeur; tandis que ceux qui ont été terrifiés par une apparilion subite, par une figure que l'on a malicieusement dressée devant eux comme un fantôme, sont souvent sérieusemenl frappés par le choc, perdent connaissance, ou tombent dans une attaque, ou prennent une fièvre cérébrale, ou sonl même littéralement foudroyés par la mort. Dans un cas, l'apparilion se faisait devant un esprit con-

venablement préparé par un sentiment préalable donnant une forme au sentiment vague, et il n'y avait pas grande surprise. Dans l'autre cas, elle se présente inopinément à un esprit non préparé, par suite produit un grand choc et un effet désastreux.

Ce serait une longue tâche d'étudier à fond les phénomènes des rêves, et un volume, au lieu d'un chapitre, serait nécessaire pour exposer les résultats d'une étude complète. Je me contenterai de rapporter un des rêves vivaces qui m'obsédèrent pendant une nuit agitée, dans le but de montrer comment les circonstancës les plus bizarres peuvent, si on les examine avec suffisamment de soin, être rapportées à des incidents de l'expérience antérieure.. J'étais dans un grand édifice rempli de monde, ressemblant en partie à une église et en partie à une salle publique, quand deux clergymen, qui je ne sais comment se trouvèrent au nombre de trois, s'avancèrent dans la nef, se dirigeant vers la chaire, qui en occupait un côté; deux se détournèrent pour entrer dans cette chaire ; le troisième continua sa route le long de la nef, vers l'endroit où devait être l'autel; puis, quand il eut fait quelques pas, il disparut avec la nef et le tout. L'un des clergymen était difforme : il était presque pHé en double, et la chaire, dès qu'il y entra, fut transformée eu une espèce de plate-forme de salle publique avec des rangées de sièges par derrière, pleine de monde et dont j'occupais un des coins. L'un des clergymen commença le service ou la cérémonie en lisant un verset que je fus un peu surpris de ne pas reconnaître, et l'autre, au lieu de continuer par le « dearly beloved » du Prayer Book, se.mit à lire une histoire ennuyeuse de quelque livre étranger et qui me fatigua beaucoup; et, comme je m'étonnais de ce qu'il pouvait bien hre, subitement un vieillard, au milieu de l'église ou de la salle, s'écria : « Belle mort, sois damnée, et laisse-nous manier la vie! » et il se mit à chanter un hymne comme un vicaire de paroisse des anciens temps. Un mouvement général de surpriseparcourutl'assemblée; je regardai tout autour de moi, et, plaçant ma main devant mes yeux, je ris de tout mon cœur. A ce moment, un ami allemand que je n'avais pas vu depuis quelques années parut devant moi, et je m'éveillai.

Tel était le rêve; on voici Tinterprétation : La salle était une combinaison d'une vieille église de Paris où j'avais l'habitude d'aller dans mon enfance et de S. James's Hall, où j'avais assisté quelque temps auparavant à une réunion nombreuse et où je m'étais tenu derrière la plate-forme. Le clergyman difforme ressemblait à un monsieur que j'avais eu l'habitude de voir dans la rue, dix ans auparavant, qui demeurait près de mon appartement et dont la figure avait fait une impression sur moi. Ce n'était pas un clergyman ; je n'avais jamais eu aucun rapport avec lui, et je ne puis comprendre comment il a pu jouer un rôle dans mon rêve. La longue histoire qu'il se mit à lire en chaire, au lieu de faire un discours au public, était évidemment suggérée par le fait que j'avais lu ce jour-là même, dans un journal, un paragraphe qui rendait compte de la vie du D"" Newman à l'Oratoire, de Birmingham, et où l'on disait que, lorsque les frères de l'Oratoire étaient à dîner, l'un d'eux lisait à haute voix la vie de quelque saint ou un chapitre instructif.

L'apparition du vieillard dont les manières, mais non la figure ressemblaient à celui de l'ecclésiastique parisien que j'avais vu lorsque j'étais jeune venait du souvenir d'un passage bien connu de Jean Paul que j'avais souvent à l'esprit. « Oh ! que la mort est belle, vu que nous mourons dans un monde de vie et de création sans fin ! » et la dernière partie de son exclamation m'était clairement suggérée par les vers familiers de Tennyson :

« C'est après la vie et non après la mort que nous soupirons. C'est plus de vie, et une vie plus pleine que nous désirons. »

Le mouvement de rotation, et le rire en mettant la main devant mes yeux étaient un tic de mon ami lorsque dans un meeting il s'amusait de ce qu'il appelait une « bourde capitale » : la répétition de son mouvement avait ramené devant moi l'image ■de mon ami. Tout le rêve fut l'alTaire d'un instant, car je l'avais eu pendant une nuit où je n'étais pas plutôt endormi que je commençais à rêver furieusement et que je m'éveillais aussitôt. Quelques nuits plus tard je me surpris dans un rêve essayant de suivre les associations de mon rêve, ce qui tenait

évidemment à l'altention toute spéciale que j'avais donnée aux péripéties de mes rêves et aux efforts que j'avais faits pour les expliquer.

Sous le titre d'expérience mentale antérieure, bien qu'il ne s'agisse pas là d'expérience personnelle, on peut classer ces exemples de ce qu'on appelle les retours dans le sommeil aux modes ancestraux de penser, de sentir et'd'agir. Prenez, par exemple, le fait cité par Darwin d'un gentleman qui pendant son sommeil avait l'habitude de faire un mouvement particulier du bras droit, de l'élever lentement jusqu'à la hauteur de la face et de le laisser tomber pesamment sur son nez, et dont le fds et la petite-fille faisaient exactement les mêmes mouvements quand ils étaient endormis Dans ce cas, les substrata nerveux stimulés pendant le sommeil produisaient une fonction motrice qui s'était organisée dans la constitution par des expériences ancestrales. Qui peut empêcher qu'une expérience mentale matérialisée ne se produise de la même manière? Un proverbe aussi commun que le suivant : « Il ressemble en tout à son père, » peut être vrai de l'esprit comme du corps et aussi vrai des rêves que de l'état de veille. .

Je vais examiner maintenant la seconde classe des excitants des rêves.

J'en ai dit suffisamment pour montrer que les moindres occasions peuvent faire revivre des expériences depuis longtemps tombées dans l'oubli et les faire servir aux constructions dramatiques les plus nouvelles et les plus étranges, et pour prouver que la faculté de créer et de combiner qui est au fond de ce que nous appelons l'imagination est quelque chose de spontané, de presque instantané dans ses opérations et même de plus inventif dans le sommeil que dans la veille.

2° Impressions sur un sens spécial. — Gomme tous les sens ne sont pas toujours également endormis pendant notre sommeil, l'un d'eux est quelquefois suffisamment éveillé pour être susceptible de recevoir des impressions, et il est certain

1. Darwiu. L'expvcssioji des émotions chez l'homme et chez les aimnmuc. \oiv aussi au article inlûressaut <. sur quelques lois orsaniques de la mémoire, » par le D'' Laycock, dans le Journal of mental «cî'e/ice, juillet 1875.

que ces impressions peuvent être l'occasion d'un rêve, ou en déterminer le caractère. Le D'' Grégory nous apprend que, s'clant endormi avec une bouteille d'eau chaude à ses pieds, il rêva qu'il marchait sur le cratère du mont Etna. Bien qu'il n'eût jamais visité l'Etna, il avait dans sa jeunesse fait l'ascension du Vésuve et il avait éprouvé une sensation de chaleur aux pieds quand il marchait sur les bords du cratère. La sensation de chaleur aux pieds était la cause évidente du caractère spécial du rêve. On a souvent cité l'histoire d'une personne qui, ayant un vésicatiore sur la tête, rêva qu'elle était scalpée par les Peaux-Rouges. Un bruit dans l'appartement ou en dehors, lequel réveille le dormeur, peut être l'occasion ou l'un des éléments d'un rêve qui paraît avoir duré un temps considérable, mais qui n'a pas dépassé un instant : le bruit est entendu avant d'être perçu d'une manière consciente, et l'esprit, se pressant d'en donner une interprétation, met sans doute en jeu des idées qui ont été associées avec une impression forte et récente faite sur l'esprit pendant l'état de veille. Alfred Maury a entrepris une série d'expériences sur lui-même dans le but de montrer l'influence des impressions faites sur lui pendant son sommeil

Il donna ses instructions à une personne qui devait rester à ses côtés et faire sur ses sens diverses impressions, sans lui dire auparavant ce qu'elle allait faire, et qui devait l'éveiller immédiatement après chaque excitation. Après avoir eu les

1. La réception cérébrale et l'assimilation d'une impression antérieure à la connaissance consciente, qui lorsqu'elle suit immédiatement est forcément frappée par elle comme par une expérience semblable antérieure, est un phénomène du même ordre. (Voir Physiology of minil] p. 33.) Dans quelques états raormaes du cerveau, ces illusions d'expériences antérieures identiques sont très nettes. Dans les Avddo. fur Psychiatrie, le Dr Pick rapporte le cas d'un fou qui fut envoyé à un asile par suite d'excitations et d'illusions qui lui faisaient croire que I on mettait du poison dans ses aliments, que l'on écoutait ses conversations, etc. « Depuis sa jeunesse, il avait eu une vague conscience davoir deja eu 1 expérience des événements qui se passaient. D'abord ces notions étaient d un caractère obscur et incertain mais avec le temps elles devinrent plus claires, de sorte que le malade pensait posséder une double nature Des visites à des lieux de plaisir, la vue d'amusemesnts publics, de ren- (Jôntres accidentelles, affectaient si profondément sa mémoire qu'il était con

Z^r.ii'r",?-'^ "^'''^'^ d'avoir vu les mûmes personnes

'laus des conditions exactement semblables. » (Bd. VI, H. 2, p. «68.)

lèvres et le nez chaloiiillés avec une plume, il rêva qu'on lui avait appliqué sur la face un emplâtre de poix et qu'ensuite on l'avait enlevée si violemment qu'on avait arraché la peau 4e son nez, de ses lèvres et de sa figure. Quand on le pinça à la partie postérieure du cou, il rêva qu'on lui avait mis sur le -cou un vésicatoire; et cela lui rappela un docteur qui l'avait traité dans son enfance. D'autres expériences eurent un résultat semblable, mais dans beaucoup il n'y eut aucun rapport entre l'excitation et le rêve. Beaucoup de personnes doivent avoir rêvé de temps à autre qu'elles marchaient dans la rue dépouillées de tout vêtement et qu'elles se sentaient fort embarrassées de leur situation ; il est probable que la cause de ce rêve est une sensation de froid qui vient d'une insuffisance de vêtements ou tient à ce que les couvertures sont tombées du lit et laissent découverte une partie du corps. Quand le dormeur a la fièvre, une sensation de frisson peut être le point de départ d'un rêve, ■en dehors de toute insuffisance et de tout dérangement des couvertures. Quand la fièvre ou tout autre trouble physique, telle qu'une indigestion, a produit une irritation ou une modification de la sensibilité de la peau, il est aisé de comprendre que les impressions qu'elle reçoit seront modifiées et qu'elles subiront encore une nouvelle modification quand elles arriveront au cerveau, où, en prenant une forme objective, elles subiront des transformations extraordinaires : le moindre contact pouvant devenir un choc, un coup de poignard, une morsure de bête sauvage, et faire que le dormeur se réveille dans la frayeur d'un cauchemar.

Coleridge pensait que le cauchemar n'était pas un simple rêve, mais qu'il se produisait toujours au moment du réveil, « et le plus souvent durant une rapide alternative, une scintillation pour ainsi dire du sommeil et de la veille. »

Il supposait, en fait, que l'esprit recevait du dehors des impressions qui se mélangeaient avec les images des rêves et leur donnaient l'apparence de la réalité, car il y a en ce moment une absence complète du pouvoir de distinguer entre les images subjectives et les réalités objectives. C'est sans doute ce qui arrive quelquefois ; mais il n'est pas certain qu'il en soit tou-

jours ainsi. Il est digne de remarque cependant que, dans cette forme de mélancolie, où l'esprit est obsédé par quelque illusion vague, énorme, horrible, où l'individu est incapable du moindre exercice, restant comme une statue à l'endroit où il se trouve, état qu'on peut comparer à un cauchemar prolongé, les impressions du dehors sont modifiées pour s'adapter aux horreurs des illusions. Le malade ne peut, à aucun degré, distinguer entre les sentiments subjectifs qui viennent de son état morbide et les impressions actuelles qui sont faites sur ses sens ; et tous les efforts anxieux que font ses amis pour le tirer de sa léthargie, pour le rassurer, pour le soutenir avec des aliments qu'il refuse, lui paraissent des moqueries et des tortures de diables qui l'environnent et le tourmentent. Dans les cas de dérangement d'esprit moins profond, la mauvaise interprétation des sensations actuelles est aussi commune : une modification d'une sensation gustative, qui peut venir d'un trouble digestif, fait naître et entretient dans un esprit malade, l'illusion que du poison a été mélangé aux ahments; une modification de l'odorat lui fait croire qu'il existe dans l'air des vapeurs nuisibles ; un désordre du toucher lui fait croire qu'il est soumis à des influences magnétiques mystérieuses. Déplus, dès que l'interprétation fausse s'est produite elle réagit sur les sens et augmente le désordre de la sensation, de même que l'attente d'une sensation particuHère excite les sens à la sentir. Ces points de contact entre les opérations de l'esprit dans la folie et dans les rêves sont d'un grand intérêt en ce qu'elles jettent beaucoup de lumière sur leurs phénomènes réciproques, car, si nous connaissons les conditions actuelles des rêves, il est certain que nous avons un fil qui peut nous guider dans nos recherches sur les phénomènes les plus obscurs de la folie.

3° Impressions organiques. — Il y a des songes que je fais de temps en temps et qui certainement ont leur point de départ dans certains états des viscères abdominaux. Je prends pour accordé que chaque organe intérieur a, indépendamment de l'action indirecte qu'il exerce sur le système nerveux par l'intermédiaire du sang, une action spécifique sur le cerveau par l'intermédiaire de fibres nerveuses directes, action dont le résultat Maudsley. .V

conscient est une certaine modification du mode ou du ton de l'esprit. Nous ne sommes point directement conscient de cette action physiologique en tant que sensation définie, mais ses effets n'en sont pas moins attestés par certains états dont nous ne pouvons nous rendre aisément compte. En réalité, ces effets organiques du consensus physiologique des organes déterminent notre nature affective ; son ton est le produit harmonique ou discordant de leurs rapports complexes, et la quantité de force que nous développons de même que les couleurs sous lesquelles nous voyons la vie ont en eux leur fondement. S'il en est ainsi, il est évident que, lorsque les sens sont fermés et que les opérations conscientes de l'esprit sont en congé, ces effets intérieurs se manifesteront plus distinctement, de même que les étoiles deviennent brillantes quand le soleil est couché et que l'éclat de sa lumière ne les voile plus. Le mode sympathique ou le sentiment produit par un organe spécial qui peut, sous l'influence de certaines causes, exercer pendant le sommeil une plus grande action que d'habitude sur le cerveau, mettra en jeu les idées sympathiques de ce mode et fournira le fond sur lequel se broderont les rêves ; il ne déterminera pas directement la forme spécifique des idées, mais bien le ton fondamental exalté ou déprimé du di'ame qu'elles concourent à former, c'est-à-dire le caractère du rêve par rapport à la personnalité.

On ne mettra pas en doute que l'on ne puisse trouver dans ces opérations l'occasion de plusieurs rêves, car il y a tant de changements indéterminés dans nos sensations organiques que leurs différents effets peuvent se trouver dans les rêves, bien que nous ne puissions les reconnaître ou les décrire quand nous sommes éveillés. Quand, dans le sommeil, la respiration n'est pas suffisamment libre, et que l'action du cœur est gênée, comme cela arrive dans ces cas, le dormeur peut se révoilier subitement dans la plus grande appréhension de quelque chose de terrible qu'il a éprouvé pendant son rêve. L'expression motrice naturelle et involontaire de la gêne cardiaque se traduit par une action des muscles de la face et de la respiration qui sont mis en jeu dans la crainte et l'appréhension; mais cette

action ne peut se produire dans le sommeil, et, à sa place, nous avons dans le réve terrifiant et dans le désir que l'on ressent d'échapper à un danger qui vous menace une expression également involontaire de l'état physique. Car lorsqu'une passion s'est produite, ou plutôt quand il y a une excitation des substrata nerveux qui en sont la base physiologique, l'énergie peut se dépenser dans l'une de ces deux directions principales, ou bien en mettant en jeu les muscles qui sont l'expression naturelle de cette passion, ou bien en provoquant l'éveil des idées sympathiques.

Maintenant, si une personne a un bon sommeil, j'en conclus que ses centres nerveux moteurs et que son système musculaire sont si profondément endormis qu'elle ne peut en faire usage pour exprimer par des mouvements appropriés son état interne, et qu'alors l'énergie se dépense principalement dans des rêves pénibles. Il y a une sorte de rapport inverse entre les idées et les mouvements en ce qui concerne leur action; quand nous sommes profondément absorbés dans nos réflexions, le corps reste en repos et la respiration se ralentit ; quand nous sommes actifs et que nous respirons rapidement, nous ne pouvons peu ser; le fou dont l'esprit est obsédé par une illusion épouvantable reste passif et comme une statue, et l'extatique, quand il est dans la contemplation, est sans mouvement, avec une respiration et un pouls à peine perceptibles. La passion qui trouve une issue dans un langage abondant ou dans d'autres mouvements ne trouble pas beaucoup les pensées, et l'angoisse qui s'évanouit appelle une armée d'idées malicieuses. De même, l'excitation partielle du cerveau produite par un viscère devient dans le sommeil l'occasion d'un rêve, alors que dans la veille elle se serait probablement traduite par de simples mouvements corporels, comme un bâillement, des tiraillements des membres, etc., car nous exécutons souvent beaucoup de mouvements de cette nature que nous remarquons à peine et dont la source est dans la vie organique. Quand nous sommes endormis, nous pouvons remuer nos bras, étendre nos membres nous retourner, mais en général les idées sont beaucoup plus actives que les mouvements.

36 PATnOLOGIE DE L'ESPRIT

Un repas lourd et indigeste, pris quelque temps avant de se mettre au lit, est une cause bien connue d'une forme de cauchemar dans lequel on rêve que Ton a sur la poitrine une montagne ou un monstre qui l'écrasent par leurs poids. 11 n'est pas facile de dire si le rêve est l'effet direct de l'action sur le cerveau de l'estomac distendu ou de la gêne des fonctions des poumons et du cœur; mais, quel que soit le mécanisme intime, il est intéressant de noter que l'interprétation mentale de l'oppression est en rapport avec sa cause. Les troubles de la digestion manquent rarement de produire des rêves pendant le sommeil. On ne sait si la rate donne une couleur spéciale aux rêves, mais il n'est pas douteux que les désordres du foie et des intestins sont l'occasion de rêves dont ils influencent le caractère. Le passage des aliments dans le canal alimentaire peut de môme modifier les impressions faites sur le cerveau, et celles-ci sont interprétées, comme les autres sensations d'origine subjective, d'après les expériences objectives des sens. J'ai eu à plusieurs reprises des rêves très circonstanciés où j'étais occupé à faire l'autopsie d'un corps qui revenait à la vie et s'asseyait tranquillement sur la table où je travaillais. Une fois, je pris un maillet de bois pour lui frapper la tête avec force; une autre fois, je plongeai ma main dans la poitrine ouverte pour en retirer le cœur; mais aucun de ces efforts désespérés ne semblait produire la mort et remettre le corps à l'état de cadavre. Chaque fois, autant que je me rappelle, je ressentais un sentiment indescriptible de surprise et de crainte, avec la résolution d'échapper à tout prix aux conséquences de l'autopsie d'un corps vivant; il y avait de plus un sentiment très vif de réprobation ou d'humiliation que je n'avais jamais éprouvé depuis l'époque où j'étais à l'école.

Ces rêves paraissent toujours s'être produits en rapport avec quelque état anormal de l'intestin, non que le trouble intestinal eût quelque chose à faire avec les incidents du rêve, mais il est probable qu'il déterminait ce sentiment fondamental de réprobation que le rêve m'inspirait. J'ai connu un homme très éminent, qui, lorsqu'il souffrait de certain trouble abdominal, rêvait qu'il allait de water-closet en water-closet, à une sta-

tion de chcmia de fer, et qu'il les trouvait tous occupés ou hors d'état de servir. Les dérangements intestinaux peuvent encore réagir sur l'état mental d'une manière indirecte, par l'intermédiaire des effets qu'ils produisent sur la peau. Quand il existe une irritation ou un autre désordre de la muqueuse gastrique ou intestinale, la peau avec laquelle la muqueuse est en continuité sympathise, devient irritable, est le siège de troubles de la sensibilité, ce qui fait que les impressions qu'elle reçoit sont plus modifiées dans les rêves que de coutume.

Les organes qui montrent le mieux leur action spécifique sur l'esprit sont les organes reproducteurs; les rêves dont ils sont l'occasion ont un caractère qui ne peut laisser aucun doute sur le caractère spécifique de leur origine. Sans entrer dans une discussion détaillée des phénomènes qu'ils présentent, je puis en tirer certains enseignements plus clairs que ceux qui sont fournis par les autres organes internes. D'abord, on peut conclure, selon toute probabihté, que les autres organes ont également des effets spécifiques, bien que moins frappants. Ensuite, on peut noter que ces rêves caractéristiques, qui commencent à se montrer au moment où les organes reproducteurs entrent en fonction, se produisent avant que l'individu ait eu l'expérience de l'exercice de ces fonctions. L'expérience est d'accord avec le fait qu'il est inutile d'apprendre aux jeunes gens l'exercice de ces fonctions; l'instinct leur apprend ce qui est nécessaire pour les satisfaire. Il est clair qu'il y a des substrata nerveux qui sont inactifs dans le cerveau de toute personne, jusqu'au moment de la puberté, et qui fonctionnent alors pour la première fois. Cela peut nous faire soupçonner combien de particularités de la pensée, des sentiments, des mœurs, qui nous différencient des autres personnes, sont dues aux substrata nerveux dont nous avons hérités de nos ancêtres immédiats ou éloignes, et dont quelques-uns entrent peut-être en fonction en même temps que certaines modifications physiques qui se produisent à certaines périodes de la vie. L'individu qui commence à penser, à sentir et à agir suivant son caractère, au moment de la révolution de la puberté, peut aussi montrer,

pour la première fois, des particularités de pensée et de sentiments propres à ses ancêtres quand plus tard les fonctions des organes reproducteurs déclinent ou s'évanouissent. Enfm, les opérations mentales qui ont leur source dans ces organes servent à nous montrer de quelle nature sont les effets produits par les organes internes, et quel rôle elles jouent comme facteurs de l'esprit. Elles produisent un ton particulier, une façon de sentir de l'esprit qui donne naissance à certaines idées corrélatives, en même temps qu'elles les rendent actives, et de plus elles montrent la force du désir qui guide notre conduite. Mais elles n'intéressent pas directement l'intelligence, comme on l'a supposé ; l'intelligence est une fonction de la vie animale ou de relation qui se développe aux dépens des sensations et des réactions motrices, c'est-à-dire de la capacité de recevoir des impressions du dehors et de s'y adapter. Le rôle de l'intelligence, c'est de conduire, de diriger comme un pilote, la force de l'individualité, qui, elle, dérive des profondeurs inconscientes de la vie organique ; les idées sympathiques qu'éveille un mode particulier de sentir sont les canaux appropriés ou les formes par lesquelles s'exprime le sentiment quand il ne se traduit pas immédiatement en action, et c'est d'après l'éducation d'une personne, ou d'après son expérience, que les activités de l'idéation seront ou non l'expression intelligente du sentiment fondamental.

J'en ai dit assez pour montrer la grande part que prend l'action physiologique des organes viscéraux dans la production et la caractéristique des rêves. En somme, il est probable que ce sont les agents les plus actifs à cet égard, car le sommeil du corps n'est pas leur sommeil; ils continuent leurs fonctions pendant la nuit, bien qu'avec moins d'activité, et si le sommeil est léger, ou si quelques-unes de leurs fonctions sont assez troublées pour constituer une excitation anormale, leurs sympathies cérébrales se traduiront par l'activité irrégulière des rêves, si elles ne sont pas assez fortes pour provoquer le réveiL

h° Sensibilité musculaire. — On a rapporté que diverses personnes saintes do l'antiquité, dos hommes et des femmes, quittaient corporellement la terre pour flotter dans l'air, pendant

dant leurs ravissements spirituels ou leurs extases, et il n'est pas douteux que quelques-uns d'entre eux ne l'aient senti et cru faire. Saint Philippe de Néri, saint Dunstan, sainte Christine pouvaient à peine être retenus par leurs amis, et l'on dit qu'Agnès de Bohême fut subitement enlevée de terre, pendant qu'elle se promenait dans le jardin, et disparut aux yeux de ses compagnes, ne répondant rien à leurs demandes inquiètes, sinon par un doux et aimable regard à son retour sur la terre après son essor. Chacun de nous a fait la même expérience dans quelqu'un de ses rêves. On ne doit pas chercher l'explication bien loin. Ou peut avoir, pour ainsi dire, une hallucinatiou motrice et s'imaginer exécuter des mouvements que l'on ne fait point, de même que l'on peut avoir des hallucinations sensorielles et s'imaginer voir ou entendre des choses imaginaires. Nous sommes la victime d'une hallucination motrice, quand nous avons le vertige et que la chambre semble tourner autour de nous ; les intuitions motrices entièrement subjectives, produites par l'action irrégulière des centres moteurs, sont interprétées objectivement d'après notre expérience sensorielle ordinaire, de même que les sensations d'origine subjective sont interprétées objectivement pour devenir des hallucinations. Certains poisons introduits dans le sang déterminent d'abord des vertiges, et, si leur action continue, des convulsions; d'abord ils touchent légèrement les centres moteurs et les centres sensoriels qui leur sont associés; ils les mettent dans un état d'activité irrégulière, dont l'aspect subjectif est le vertige, ils les intéressent plus gravement quand l'énergie des centres se décharge par des convulsions. Quand un alcoolique ferme les yeux, il sent le lit s'affaisser sous lui dans des abîmes, le désordre de son intuition motrice s'interprétant de cette manière, et, quand il tombe par terre ou qu'il heurte sa tête contre les murs, il lui semble que la terre s'élève et vient le frapper ou bien que les murs s'avancent sur sa tête; son trouble moteur et ses hallucinations sont la conséquence dn-ecte de l'empoisonnement de ses centres nerveux par l'alcool. Un des effets de l'aconit, quand il est pris à doses toxiques, c'est de produire un sentiment comme si le corps était

gonflé et se tenait suspendu dans l'air, et cela est probablement dù à la perte de sensibilité de la surface du corps qui suit l'administration du poison et qui fait que l'individu ne se sent plus en contact avec ce qui est autour de lui ; la partie du corps qui ne répond plus au contact paraît ne plus lui appartenir, et il interprète l'interruption de sensibilité entre son corps et les objets environnants comme une séparation de substance telle qu'elle pourrait être produite si son corps était dans l'air. Ces exemples montrent quel rôle considérable les hallucinations motrices, combinées comme elles le sont avec des troubles sensoriels, peuvent jouer dans les phénomènes du rêve.

Si le dormeur est couché dans une position gênante, il peut rêver qu'il prend part à un combat désespéré, ou qu'il grimpe au risque de sa vie sur les bords d'un précipice escarpé, et quand il a fait des efforts convulsifs pour se sauver, qu'il sent qu'il ne pourra le faire, il s'éveille et quitte son attitude forcée. Il n'est pas rare de rêver que l'on est dans le danger imminent de tomber d'une grande hauteur, et l'on s'éveille juste au moment où l'on fait des efforts violents pour s'empêcher de tomber. On a supposé que ce rêve est dù au relâchement graduel des muscles au moment où l'on s'endort et à leur contraction soudaine, comme l'on voit tomber lentement la tête d'une personne assoupie par suite du relâchement des muscles et se redresser subitement par suite de leur contraction ; ce rêve peut encore être dù à la position inchnée du lit sur lequel la personne repose. Après de grands efforts musculaires , tels que l'ascension de hautes montagnes, j'ai souvent rêvé que je gUssais dans des précipices, que je tombais dans des abîmes, etc., et ces rêves étaient quelquefois si pleins de réalité que j'étais obligé en me réveillant d'étendre les mains etdesaisirles bords de mon lit pour m'assurer du lieu où j'étais; sans doute, les muscles fatigués étaient l'occasion, par l'intermédiaire de leurs centres moteurs, du drame mental auquel prenaient part les expériences sensorielle de la journée. Mais je fus un jour surpris de faire cette sorte de rêves quand, dans la journée, je n'avais fait aucun exercice musculaire particulier, que je n'étais au voisinage d'aucune montagne et que je ne pouvais d'abord trouver

aucune raison qui eût pu provoquer ce rêve ; à la réflexion cependant, je me rappelai un événement fugitif de la journée qui me parut une cause suffisante, car, étant en province, j'avais été conduit rapidement à la station du chemin de fer dans une petite charrette, et, pendantque les chevaux tournaient un angle de la route qui était en descendant, mes muscles s'étaient contractés involontairement, parce que j'avais senti, aux secousses de la voiture, la nécessité de me tenir solidement sur le siège. Sans aucun doute, c'était à ce sentiment passager d'un support qui faisait défaut qu'était dû mon rêve delà nuit. Quand Braid suscitait dans l'esprit des personnes qu'il avait hypnotisées certaines idées associées avec certaines attitudes corporelles, en donnant au corps des attitudes appropriées, il excitait l'état mental par l'intermédiaire des actes musculaires qui leur sont associés. Il eût pu les faire naître également sans aucune action musculaire mais par l'excitation, si elle avait été possible, des centres moteurs ; il eût provoqué de la sorte des intuitions motrices sans mouvements actuels, de même que nous provoquons les illusions spéciales à un amputé en excitant les nerfs de son moignon. Il n'est pas douteux que ce que M. Braid fit dans le sommeil artificiel se produit souvent dans le sommeil naturel et qu'on doit en tenir compte dans des recherches sur la cause des rêves.

Il peut être intéressant de se demander si les mouvements du cœur et de la respiration qui se succèdent sans interruption, qui se bornent à diminuer d'intensité pendant le sommeil, ont quelque effet sur les rêves. Quand ils ne sont ni accélérés ni ralentis , ils ne produisent aucun effet ; c'est là un fait, si c'est un fait, qui est prouvé par l'absence de rêves dans certains cas; mais, il y a de bonnes raisons de croire que lorsqu'ils sont anormaux ils entrent pour quelque chose dans les rêves. Plusieurs fois j'ai eu un rêve dans lequel je sentais la nécessité urgente de faire un instant d'exercice si je voulais continuer à vivre ; j'éprouvais le sentiment intense que sans cela j'allais mourir, et, bien qu'après un rêve pareil j'aie pris la résolution de rester tranquille pendant le rêve suivant, dans le but de voir ce qui arriverait, je n'ai jamais pu réussir : l'appréhension est si acca-

blante que j'ai toujours fait le tressaillement ou le soupir convulsifs nécessaires, et je m'éveillais avec une agitation tumultueuse du cœur. Ce rêve semble avoir son origine dans un obstacle à l'action du cœur qui, au bout d'un certain temps, se contracte avec violence pour surmonter l'obstacle et ensuite pendant un certain temps continue de battre avec rapidité. On peut supposer qu'une augmentation d'activité des poumons ou du cœur ou même que l'activité normale de ces organes, dans des conditions spéciales, influencent le cerveau pendant le sommeil, et impriment un certain caractère au rêve qui suit. Je ne pourrais dire quel est ce caractère, à moins que la sensation de voler ne soit due à la conscience d'une activité rythmique des poumons ou des mouvements respiratoires, qui suggère le rythme des mouvements du vol. Mais, que nous ayons dans ces mouvements continus des facteurs occasionnels dans la production des rêves, c'est là un point qui est en accord avec les considérations physiologiques générales et avec l'expérience positive, autant que cela est possible dans un sujet aussi obscur.

50 La circulation cérébrale. — Quand le cerveau pense, il est le siège d'une circulation plus active que lorsqu'il est au repos; mais cette circulation ne doit pas être trop active ; sans quoi le cours des pensées ne peut rester régulier. L'expérience a montré qu'il y avait deux conditions qui gênaient la pensée, à savoir une circulation excessive ou une circulation trop faible dans la substance cérébrale. Il peut y avoir cependant un excès de sang dans le cerveau avec un ralentissement de la circulation ; c'est là la congestion passive qui met également un obstacle à la pensée, parce qu'elle empêche l'écoulement d'un sang vicié et l'afflux d'un sang nouveau. Quand la circulation est trop active, les idées sont rapides, imparfaites, transitoires, tumultueuses, confuses, et à peine cohérentes; et, si le trouble physique est poussé plus loin, le tumulte des idées dégénère en un véritable délire, comme on peut le voir, par exemple, dans l'inflammation des membranes du cerveau. Lorsqu'une trop petite quantité de sang, ou qu'un sang appauvri circule dans le cerveau, il y a également un obstacle à la pensée : il y a de la langueur, de l'apathie, de l'impossibilité de concentrer son attention et une

positive incapacité de penser ; et, si cet état s'aggrave, le délire peut également se produire, mais plus faible, moins énergique que le délire de l'hyperliémie. Si l'on applique ces considérations à l'état de la circulation cérébrale pendant le sommeil, il est aisé de comprendre que ses oscillations peuvent être souvent l'occasion de rêves. Ces rêves sont quelquefois remarquables par leur vivacité et leur cohérence; le dormeur sort de son rêve comme de quelque chose de réel ; il se rendort et immédiatement est repris par un autre rêve également vivace, qui le fait se réveiller de nouveau ; il n'est pas plus tôt endormi qu'il est déjà engagé dans un autre rêve et que les rêves se succèdent rapidement, faisant ainsi du sommeil une malédiction, si bien que l'on peut s'écrier avec Job : « Quand je dis : Mon ht me soulagera, ma couche allégera ma douleur; alors tu me tourmentes par des rêves, tu me terrifies par des visions. »

Il est probable que ces rêves si vifs et si cohérents indiquent une activité générale de la circulation cérébrale et qu'ils se suivent aussi longtemps que la circulation est troublée. Le malheur, c'est que dans cet état la cause et l'elfet semblent réagir l'un sur l'autre, de manière à entretenir leur activité : la rapidité du courant sanguin excite les éléments nerveux, et les éléments excités provoquent en retour et entretiennent l'activité de la circulation. Nous ne pouvons dormir d'un sommeil paisible que si la circulation se calme, et le courant du sang ne se calme que si l'on peut arrêter le cours des idées. Mais ni le cours du sang ni le cours des idées ne s'arrête le premier. Aussi l'un des meilleurs moyens de s'endormir est-il de fixer son attention sur quelque objet ou quelque événement insignifiant pendant un temps assezlong pour permettre aux idées de se calmer. Imaginer un bruit monotone et continu, l'écoulement de l'eau d'une rivière, etc., et fixer sur ce sujet son imagination sans lui permettre de s'égarer vers des idées excitantes ; se répéter à soi-même quelques vers de poésie, compter, etc. : ce sont là autant de moyens par lesquels on peut arriver au môme résultat, et le succès sera encore plus probable, d'après mon expérience, si l'on ralentit volontairement la respiration, et si l'on porte les yeux en haut, comme on le fait involontairement pendant le sommeil.

Des variations locales de la circulation peuvent de même être considérées comme les causes de rêves d'un ordre plus limité et d'un caractère moins cohérent. Il est certain que ces variations existent, bien que nous ne puissions en déterminer les causes exactes. Etant donnés les rapports qui existent entre le cerveau et les dilTérents organes du corps, il est aisé de concevoir que quelque désordre banal de ces organes puisse agir temporairement, par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, sur la circulation du territoire cérébral qui les représente; le territoire vasculaire particulier rougira ou pâlira pour ainsi dire, en sympathie avec l'état de l'organe. Baillarger rapporte un fait qui peut trouver place ici aussi bien qu'ailleurs. Un marchand grec avait souffert pendant longtemps d'un fluxhémorrhoïdal qui s'était supprimé à la suite d'un traitement. Mais immédiatement après il avait souffert de maux de tête, sans aucun délire toutefsis. Il se produisit un singulier phénomène; chaque nuit il rêvait qu'il était à la tête d'immenses richesses et qu'il distribuait la fortune et les honneurs tout autour de lui. Le retour de ce rêve toutes les nuits lui parut si extraordinaire qu'il en parla à ses amis. Au bout de peu de temps, le délire se produisit, caractérisé par les mêmes conceptions qui l'avaient obsédé pendant quinze nuits consécutives; en fait, le délire n'était que la continuation des rêves. On peut supposer que, dans ce cas, il y avait, par suite de la suppression du flux hémorrhoïdal, un trouble de la circulation cérébrale qui se traduisait par des maux de tête, puis par des rêves nocturnes, et que les modiûcafions vasculaires ainsi que l'activité cérébrale spéciale qui les accompagnaient étaient devenues au bout d'un certain temps chroniques et permanentes.

La qualité du sang n'est pas un facteur moins important que sa quantité et sa distribution. Des matières étrangères, produites dans le sang ou venues du dehors, augmentent, diminuent ou modifient les fonctions des centres cérébraux supérieurs et donnent lieu à une exaltation temporaire de l'énergie mentale, ou à de la stupeur et du coma, ou à du délire. Les modifications constantes dans la constitution du sang, qui sont la conséquence de son emploi et de son renouvellement dans les nutritions des

tissus, sa vie n'étant qu'une métastase continuelle, subissent de temps en temps des changements qui donnent naissance à des substances pouvant agir sur les centres nerveux, comme sur les autres tissus du corps, exalter, déprimer ou vicier leur activité fonctionnelle; et il est clair que la circulation de ces produits dans le sang peut être une cause active de rêves. Le sang qui est appauvri par suite de l'absence d'un de ses éléments essentiels, comme dans l'anémie, où le fer fait défaut, ou bien le sang qui est rendu impur par la rétention de produits qui devraient être excrétés, comme lorsqu'une gêne delà respiration empêche l'éhmination de l'acide carbonique, ou lorsqu'il contient de la bile ou de l'acide urique qui devrait être excrété par les reins, ce sang-là peut sans aucun doute agir sur le cerveau pendant le sommeil aussi puissamment qu'il le fait pendant la veille.

Qu'on n'oublie pas, à ce point de vue, que le sang vicié ou altéré peut agir sur tous les centres nerveux, sur les centres sensoriels, moteurs, vaso-moteurs aussi bien que sur les centres de l'idéation. Des sensations visuelles subjectives, telles que les points brillants, des cercles de lumière, des taches colorées, des ligures vagues, qui sont dues à l'excitation directe de la rétme ou de son ganglion central, et qui peuvent s'observer dans tous les états hypnagogiques, si nous y prenons garde, sont le point de départ des rêves ou en forment les éléments! Les intuitions motrices sont produites de la même manière par l'action d'un sang vicié, qui agit également sur les centres vasomoteurs qui règlent la circulation dans les vaisseaux sanguins et qm modifient secondairement la circulation cérébrale - enfin par suite de sa distribution aux centres nerveux supérieurs un sang vicié éveille mécaniquement les idées, indépcndamment'des voies habituelles de l'association, et produit ainsi apparemment ces rêves incohérents, remarquables par leurs transformations rapides et leurs inconséquences grotesques

Les rêves précèdent quelquefois une maladie grave qu'ils semblent annoncer. Avant que le délire de la fièvre s'éveille le malade est inquiété par des rêves pénibles et vivaees dont le déire ne paraît être que la continuation; cl dtiraut le cours de la fièvre, alors qu'il ne délire pas et qu'il n'a aucune tendance

au sommeil, des pensées pénibles se suivent rapidement dans son esprit; il est abîmé dans un sentiment terrible de dépression profonde et de crainte vague, et sa soulFrance est si grande qu'il ne voudrait pas la souffrir de nouveau pour tout au monde. Si l'invention de l'enfer avait besoin d'être expliquée, il est des cas où les souffrances mentales du malade qui délire pourraient donner l'explicalion. Un accès de manie aiguë d'un caractère expansif est quelquefois précédé par des songes d'un caractère également joyeux et expansif, et de mauvais rêves peuvent de même annoncer une attaque de mélancolie. Je fus un jour consulté par une dame qui avait eu plusieurs accès de mélancolie, dont chacun avait duré environ quatre mois. Ils avaient été séparés par de longs intervalles de santé et de gaieté durant lesquels elle différait complètement de ce qu'elle était pendant sa maladie. Le fait remarquable de son cas, c'est qu'invariablement avant chaque accès elle rêvait qu'elle était malade de cet accès, et que, lorsque l'accès était sur le point de finir, elle rêvait qu'elle revenait à la santé, qu'elle était gaie et bien portante. Ces présages étaient si certains qu'ils n'ont jamais manqué de se produire et ne l'ont jamais trompée. Et cependant elle ne se sentait pas plus gaie immédiatement après sa guérison, et elle n'avait pas plus de forces; au contraire, pendant les deux ou trois jours qui précédaient la fin de l'attaque, elle se sentait plus malheureuse que jamais, elle était plus irritable, de sorte qu'elle avait une tendance à tout briser autour d'elle ; et, immédiatement après, elle était épuisée, faible et incapable de tout exercice. Avant l'accès, elle présentait toujours les mômes symptômes de troubles digestifs, et aucun traitement, malgré de nombreuses tentatives, n'avait pu les soulager; la langue était rouge; la malade prenait peu ou point de nourriture, et avait une diarrhée incoercible. Ces symptômes, sans aucun doute, dépendaient d'une affection primitive du grand sympathique, que suivaient rapidement des troubles cérébraux; et il paraît certain que pendant le sommeil le cerveau sentait les troubles sympathiques si bien que les rêves permettaient de prévoirie malheur imminent avant que la malade en eut conscience à l'état de veille, de même qu'ils faisaient prévoir la guérison.

Je ne sais si l'état du sang a quelque rapport avec les rêves qui se montrent dans certaines maladies, mais il est probable qu'il en est ainsi dans quelques cas. C'est là une recherche à faire que l'on peut mentionner. Tout ce que nous pouvons dire d'une façon positive, c'est que la qualité du sang est un facteur réel dans l'excitation et la dépression des centres nerveux, cérébraux ou autres, et qu'elle peut être la cause de certains rêves. Le sang peut produire son effet en agissant directement ou indirectement : directement sur les centres cérébraux supérieurs, en les excitant à fonctionner d'une manière irréguhère, ou directement encore sur le système nerveux sympathique, et indirectement sur le cerveau, en troublant profondément la nature affective et en donnant un ton prédominant aux rêves.

6° Vétat du système nerveux. — Il est inutile d'insister pour montrer combien il est difficile d'examiner l'état du système nerveux indépendamment de la qualité et de l'activité du sang; en réalité, ces conditions forment un état complexe plutôt que des conditions distinctes agissant simultanément. Les échanges vitaux constants qui se font entre le sang et la cellule nerveuse sont une partie essentielle de la fonction de cette dernière, en tant que cellule vivante ; sans eux, elle ne pourrait exercer aucune fonction; elle constitue une sorte de fabrique mécanique qui est mise en action par le plasma fourni par le sang qu'elle use et épuise dans ses fonctions; et, par suite, elle sent les moindres changements dans la quahté des matériaux qui lui sont fournis. Mais ce tissu se consume lui-même au bout d'un certain temps ; il se consume naturellement quand vient la vieillesse, et prématurément s'il est surmené d'ime manière habituelle. Le sang n'a pas seulement à fournir le riche plasma nécessaire à la force potentielle d'où sort l'énergie actuelle mise en œuvre dans les fonctions nerveuses; il doit fournir également à la réparation du tissu nerveux, et à ce point de vue il peut faire défaut si les éléments nerveux sont continuellement soumis à un surmena"e excessif. Etant donnée cette détérioration, comme celle qui est due a la vieillesse, étant données aussi les modifications temporaires du tonus nerveux qui se produisent sous les influences atmosphériques inconnues, j'ai pensé qu'il était bon de grouper

les faits se rapportant à l'état du système nerveux dans un chapitre spécial.

Un état d'épuisement nerveux modéré, qu'il tienne à une fatigue mentale ou corporelle ou à quelque autre cause, est la condition la plus favorable pour dormir. Mais, quand l'épuisement est poussé trop loin, il n'en est plus ainsi; l'individu ne peut dormir, ou il ne dort que d'un sommeil agité; il peut prendre quelques instants d'un repos peu réparateur, mais il est obsédé par des rêves qui ressemblent aux bizarreries d'une imagination demi éveillée, si bien qu'il peut se demander s'il est réellement endormi ou éveillé. C'est un fait bien connu qu'un choc moral ou une grande épreuve qui ont produit une grande émotion troublent le repos de la nuit par des rêves pénibles, et il est également certain, quoique cela soit moins bien connu, qu'un état d'épuisement et de dépression du système nerveux dû à des excès de toute sorte et spécialement à des excès sexuels a le même etfet. Les rêves qui se présentent dans ces conditions révèlent leur origine par leurs caractères. Ce sont des rêves désagréables ou pénibles, dans lesquels on se trouve engagé dans des difficultés de toute espèce ; ils indiquent une condition de l'élément organique, c'est-à-dire une diminution de sa vitalité. Car une fatigue morale aussi bien qu'un excès physique peuvent produire les mêmes elTets physiques dans les centres nerveux du cerveau, c'est-à-dire l'épuisement de la force, l'abaissement de la vitalité; et cet abaissement de vitalité devient dans les rêves une oppression, ou un échec, ou une humiliation du moi, de même qu'une douleur physique dont nous souffrons pendant le sommeil se transforme quelquefois pour tourmenter nos rêves. Nous ne pouvons être trop frappés des effets physiques des causes morales ; un choc moral peut tuer aussi sûrement et aussi rapidement qu'un coup de foudre, et la manière dont il agit et ses effets sont aussi certainement physiques que dans le dernier cas. Et de même nous ne pouvons être trop attentifs aux effets des conditions physiques qui épuisent la tonicité et la puissance mentale.

Celui qui est assez malheureux pour avoir habiluelleraent des insomnies et des mauvais rêves doit bien savoir que sa sauté est

menacée, car d'une manière ou d'une autre il n'est pas bien portant. Un homme prudent peut se servir de ses rêves pour juger de sa santé. Quand Hamlet déclarait qu'il pouvait vivre dans une coquille de noix et se croyait le roi de l'espace infini, c'est que s'il n'avait pas eu de mauvais rêves, il soulfrait au moins de la grande commotion morale produite par l'effraj^ante révélation du meurtre de son père, révélation que le fantôme de son père lui avait faite, et qu'il souffrait de la grandeur terrible de l'obligation qu'il avait de venger le crime; ses rêves — si nous pouvons prendre au pied de la lettre ce qu'il dit — étaient les signes et les effets d'un épuisement de son énergie mentale qui eût pu conduire un esprit moins fort à la folie. Le surmenage et l'anxiété sont des causes bien connues de l'insomnie et des mauvais rêves; mais, dans quelques cas de prétendu surmenage, je suis convaincu que l'insomnie qui excite l'alarme n'est pas tant due au surmenage de l'esprit qu'à des excès imprudents sous d'autres rapports. Les complaisances de la vie sont en réalité plus à blâmer dans ces cas. L'homme d'affaires fait sa routine journalière sans plus de variété d'impressions que celle qui sont occasionnées par une cause extérieure de chagrin ou par les coups de bonne ou de mauvaise fortune; sa fortune seule l'intéresse et, quand il n'est pas occupé à ses affaires, il n'a qu'à manger et à dormir. II est probable qu'il mange abondamment, qu'il boit largement, et qu'il n'est pas plus avare d'excès sexuels; et ce train continue pendant des jours, des années, jusqu'à ce que l'élasticité du système disparaisse avec l'approche de la vieillesse et qu'il demande les avis d'un médecin, sous prétexte qu'i n'a plus de sommeil, que son travail le fatigue (ce qui ne lui était jamais arrivé), qu'il est irritable et qu'il se sent épuisé. C'est à la suite des excès sexuels et de l'épuisement qui en est la conséquence, c'est à la suite d'une négligence d'hygiène mentale qu'il commence à souiïrir. Il eût pu faire son travail journalier sans fatigue s'il n'avait pas épuisé son capital par de légers excès habituels et s'il n'avait pas ajouté un grand fardeau à ses devoirs journaliers. Mais je ne veux pas poursuivre plus loin celte question. Je n'y ai touché que pour montrer la ressemblance des résultats, en ce qui concerne le Maudsley. /,

sommeil et les rêves, enlre les effets des causes morales et physiques d'épuisement des éléments nerveux.

Quand le tissu nerveux subit un affaiblissement dans la vieillesse, la déchéance est naturelle, et je ne sache pas que les rêves des vieillards soient particulièrement pénibles. Le déclin de l'âge n'est pas, comme une maladie, un usurpateur contre lequel les forces organiques doivent se défendre et se défendent en fait avec plus ou moins de succès ; l'organisme le reconnaît et l'accepte plutôt comme une déchéance naturelle qui rend sa mort plus aisée. Ce que nous observons dans la vieillesse, c'est que la distinction entre le sommeil et la veille est moins marquée que dans la jeunesse et dans l'âge adulte, l'un et l'autre étant moins complet : la nature, à mesure qu'elle approche du dernier sommeil, se façonne pour ce voyage. Quand le déclin arrive à sa dernière période, avant que la mort se produise, et que la vie ne fait plus que vaciller avant de s'éteindre, il se produit une série de rêveries qui ressemblent à de véritables rêves et des rêves qui ressemblent à de légers délires. Dans la dernière lettre qu'il écrivit la veille de sa mort, lord Jeffrey donne les détails suivants sur son état : « Je ne crois pas avoir eu un véritable sommeil pendant les trois dernières nuits, et je passe une partie de mon temps dans une sorte de rêve, couché dans mon lit avec toute ma conscience et tenant les yeux alternativement ouverts ou fermés, et voyant des visions curieuses. » Il vit des fragments d'épreuves d'une nouvelle édition des Apocryphes, aux endroits qui concernent Baruch et les Machabées, et il les lut avec un grand intérêt ; il vit aussi un grand journal cahfornien plein de toutes sortes de vieilles annonces, dont quelques-unes l'amusèrent beaucoup par leur nouveauté. « J'eus ensuite une édition des vieilles comédies populaires d'avant Shakespeare , qui étaient dégoûtantes. Je pus me donner le spectacle d'un journal politique très finement imprimé et rempli de discussions sur le libre échange, la protection, les colonies, telles qu'on en voit dans le Times, VEconomiste, le Daily News. Je lisais les pages idéales avec assez de difficulté, vu la petitesse des caractères, mais avec un grand intérêt, et ma lecture dura, je crois, plus d'une heure ; je [ne formais un jugement de leur mérite avec

une grande liberté d'esprit et une certaine pénétration, et souvent je me disais : « Cela est clairement fait, mais ici il y a une erreur pour telles et telles raisons K » Les habitudes littéraires de toute sa vie donnaient leur caractère aux der- N nières lueurs de son intelligence affaiblie, et les habitudes critiques de son esprit se manifestaient dans ses dernières opérations.

Les rêves de l'enfance sont quelquefois d'un caractère pénible et sont accompagnés d'une grande terreur et d'une grande angoisse. Le rêve le plus terrifiant que je me rappelle avoir jamais eu, un rêve qui m'a rendu malheureux pour toute une journée et m'a fait craindre de me mettre au lit la nuit suivante, dont je me rappelle encore les principaux incidents, date de ma première jeunesse, de l'époque la plus reculée dont j'aie gardé le souvenir. Il est incontestable que la cause de la plupart de ces rêves de l'enfance tient à des troubles physiques liés à la dentition, à une indigestion, à une mauvaise nourriture, etc. ; l'oppression corporelle ou la souffrance se traduit mentalement par ces formes de terreur, de tristesse auxquelles on habitue l'imagination des enfants, qui sont en conséquence tourmentés par des visions de lions, de tigres, de vilains vieillards qui viennent emporter les méchants enfants. La vie émotionnelle a chez eux la prépondérance sur la vie intellectuelle ; ils vivent constamment soit dans la joie, soit dans la tristesse, riant ou pleurant; ils sont donc très accessibles à la crainte, de même que les sauvages; et il peut à peine en être autrement; leur faiblesse fait un contraste si étrange avec la force apparente des objets environnants, quand ils n'ont pas l'expérience suffisante pour corriger et contrôler par la réflexion les images terrifiantes qui se présentent à eux et qui, de plus, acquièrent dans les rêves une intensité extraordinaire par suite de l'absence de tout état de conscience qui puisse les modifier ou en distrîiire l'esprit. Nous voyons un exemple de l'intensité d'un rêve terrifiant dans cette forme de cauchemar où un enfant d'une constitution nerveuse pousse des cris avec l'apparence de la plus

1. Jeffrei/s Life and Correspondenco, par lord Cockbum, vol. 1, \t. 407.

grande angoisse, regarde avec des yeux égarés un objet imaginaire et ne se réveille pas malgré ces cris : l'enfant est dans une véritable extase de terreur; l'idée terrifiante a une activité convulsive, et pendant un certain temps les centres nerveux sont complètement inaccessibles à d'autres impressions. Le matin, l'enfant n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé, et comment pourrait-il en être autrement, quand son état mental était isolé par son énergie convulsive? Un autre point que l'on doit noter touchant les rêves des enfants, c'est qu'ils parlent pendant leur sommeil, les idées se traduisant directement par les mouvements du langage à mesure qu'elles se produisent, ou par des cris de détresse si elles sont d'un caractère terrifiant. De même, les chevaux hennissent et frappent du pied, les chiens aboient et tremblent, pendant leur sommeil. Il est probable que c'est parce que les idées se traduisent directement en mouvement, parce que leurs idées sont peu nombreuses, que les enfants se rappellent rarement leurs rêves ; et il est intéressant de noter à ce point de vue qu'il y a quelques grandes personnes qui ne se rappellent pas leurs rêves quand elles parlent en dormant et qui se les rappellent parfaitement quand elles n'ont pas parlé.

En ce qui concerne les conditions atmosphériques, électriques ou autres, qui peuvent modifier la tonicité du système nerveux, et par là même modifier le sommeil et provoquer une tendance aux rêves, on . ne peut rien en dire, sinon qu'il existe des influences de cette nature, bien que nous ne les connaissions pas exactement. Les observations systématiques font entièrement défaut. Je ne crois pas que quelqu'un se soit encore attaché à faire une longue série d'observations de ses rêves et aies comparer à des séries correspondantes d'observations météorologiques. Mais, d'après mon expérience personnelle, je suis convaincu que nous vibrons à l'unisson avec plus d'infiuences subtiles de la terre et du ciel que nous ne pouvons l'apprécier dans notre philosophie ^ On a négligé l'étude des rêves;

1. Voyez l'effet sur quelques personnes, aussi bien pendant le jour que pendant la nuit, de l'ùlat accablant de l'atmosphère qui prc^cède et accompagne un orage! J'ai souvent pensé que le cerveau d'une personne âgée.

cependant c'est une étude qui promet des fruits abondants, quand elle sera entreprise d'une manière méthodique et laborieuse par des observateurs compétents; c'est probablement aux médecins que les rêves fourniront le plus denseignements.

qui avait eu uae vie pleine d'activité, sans peut-être un jour de maladie, comme l'on dit, pouvait sombrer subitement sous l'influence de pareilles conditions atmosphériques.

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