CHAPITRE II
l'hypnotisme, le somnambulisme et les états analogues
Sous les noms de mesmérisnie, de magnétisme animal, d'électro-biologie, d'hypnotisme et de braidisrae, on a décrit et étudié, avec plus ou moins de soin, certains états anormaux de l'esprit, caractérisés par une sorte d'extase et que l'on peut produire artificiellement par des moyens appropriés. On a trop longtemps rejeté ces phénomènes, comme de simples impostures indignes d'une étude sérieuse, en partie sans doute parce qu'ils fournissaient aux fripons l'occasion facile de faire des dupes pour leur plaisir ou pour leur profit, et en partie parce qu'ils semblaient n'avoir aucun rapport avec les lois physiques connues. Si la seule interprétation possible eût été celle de ceux qui avaient hâte de découvrir quelque chose de merveilleux, ces phénomènes se seraient trouvés en contradiction flagrante avec les lois physiques connues. Mais il n'en était pas ainsi : Quand on les a étudiés de près et avec critique, on a vite reconnu qu'ils pouvaient être véritables, bien qu'ils fussent mal interprétés; et leur étude scientifique, quoique encore imparfaite, a montré qu'ils sont conformes à certains autres phénomènes nerveux obscurs, et a jeté quelque lumière sur le mécanisme intime des fonctions nerveuses.
Un avantage des choses rares, c'est qu'elles nous forcent à regarder avec plus de curiosité les choses banales, que nous dédaignons ordinairement. Ces phénomènes anormaux n'ont pas encore, il est vrai, été soumis à dos lois, parce que nous
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n'avons pas une connaissance suffisamment exacte des condilions qui leur donnent naissance pour pouvoir définir ies fois (jui les gouvernent, et parce que leur caractère changeant, irré- ^ulier, pour ainsi dire capricieux, met de grandes difficultés à des recherches systématiques. Mais on ne met plus en doute ([u'ils ne puissent tenir leur place dans une exposition complète (les fonctions nerveuses.
Quand une personne tombait dans cette sorte d'état mental anormal, sous l'influence d'une autre personne qui agissait sur elle, on se demandait si l'efTet était dû à quelque force subtile et inconnue, émanée du système nerveux de l'opérateur et transmise au patient, ou bien s'il était dû à l'excitation de l'imaginalion de ce dernier, c'est-à-dire à une activité extraordinaire de son système nerveux. Ceux qui veulent trouver des causes extraordinaires et mystérieuses à des phénomènes étranges et mystérieux ont inventé de nouvelles forces qu'ils ont appelées mesinériques, magnétiques, odyliques, et ainsi de suite ; ils ne pouvaient croire qu'ils n'avaient affaire qu'à des phénomènes qui, quelque bizarres et étranges qu'ils fussent, pouvaient être rapportés à des causes connues, et ils ne pouvaient se résoudre ;i rechercher patiemment s'il n'y avait pas d'autres phénomènes iiéghgés, parce qu'ils étaient moins frappants, avec lesquels on pouvait les classer et les comparer. Cette recherche, si elle avait l té faite avec soin et avec sincérité, aurait démontré qu'il s'agissait là d'exemples extrêmes de lois connues.
Voyons maintenant quels sont ces phénomènes anormaux et comment ils se produisent. Après avoir été invité à regarder atlentivement l'opérateur, ou le magnétiseur, qui attire l'attenion par des passes, ou en mettant à une faible distance des \eux un objet brillant, ou en regardant fixement l'opéré, celui- ■ i tombe rapidement dans une sorte d'extase, dans laquelle les fonctions ordinaires de son esprit sont suspendues, dans laquelle il perd sa raison, son jugement, sa volonté et, est 'Inminé par la suggestion de l'opérateur. Il sent, pense, fait tout <■(' qu'on lui dit de sentir, de penser et de faire, quelque absurde que cela soit. Si on lui affirme que de l'eau pure est un "lélange amer et nauséabond, il la rejette avec des grimaces de
dégoût quand il essaye de l'avaler; et si on lui dit que ce qu'on lui présente est agréable et d'une saveur douce, bien que ce soit aussi amer que de l'absinthe, il s'en délecte comme s'il avait bu quelque chose d'agréable ; si on lui dit qu'il est entrain de prendre une prise de tabac alors qu'il n'a rien entre les doigts, il renifle et immédiatement éternue; et si on lui suggère qu'il est attaqué par un essaim d'abeilles, il se livre à la plus grande agitation, comme s'il voulait les chasser. Ses sens sont dominés par l'idée qui est suggérée à son esprit, et il est dans le même état qu'un fou qui croit sentir des odeurs délétères, manger des aliments empoisonnés, qui se croit couvert de vermine, quand il a ces différentes illusions ; ou bien il se trouve dans le même état que le rêveur qui est tout entier sous la domination des perceptions imaginaires du moment, quelque extraordinaires, ridicules ou pénibles qu'elles soient.
Il fait en vain des efforts violents et grotesques pour soulever son bras ou sa jambe quand on lui dit qu'il ne peut le faire. Jamais il ne peut faire ce qu'il ne croit pas pouvoir faire : l'activité de l'enfant se développe avec la foi en son activité. Il peut savoir et dire son nom d'une façon correcte quand on le lui demande; mais, si on lui affirme que c'est le nom d'un autre , il le croit et agit conformément ; ou bien on peut l'amener à commettre les erreurs les plus grossières sur l'identité de personnes qu'il connaît parfaitement. Il y a à peine une absurdité qu'il ne puisse croire ou faire, vu que ce n'est plus qu'une sorte de machine aux mains de l'opérateur. Il est intéressant de noter, cependant, qu'habituellement il ne fera pas un acte indécent ou criminel : un pareil ordre produit un trop grand choc sur la sensibilité du cerveau, et il réveille ses fonctions suspendues. La sensibilité des différents sens, de l'un ou de plusieurs, peut être exagérée ou bien abolie de manière à simuler une véritable extase; et rinsensibilité est quelquefois assez grande pour permettre de faire les opérations chirurgicales les plus graves sans provoquer le moindre signe de douleur
1. En 18S9, deux éminents chirurgieus français, Velpeau el Broca, tirent sans provoquer de douleur des opérations chirurgicales sur 24 femmes qui avaient été mises dans l'état hypnotique par la méthode de Braid.
l'hypnotisme, le somnambulisme 57 Quanti l'individu revient à la conscience, les illusions disparaissent immédiatement, ses sens recouvrent leur sensibilité normale, ses facultés mentales reprennent leurs fonctions suspendues; mais, dans'quelques cas, il s'écoule un certain temps avant qu'il puisse recouvrer son pouvoir de contrôle, et, dans une autre occasion, il sera plus facile à mettre dans l'état hypnotique.
Les conditions qui permettent de produire cet état anormal de la conscience semblent être d'abord un système nerveux d'une susceptibilité et d'une instabilité plus grandes qu'à l'état normal, et ensuite une attention soutenue pendant un certain temps. En ce qui regarde la première condition, le baron de Reichenbach, qui croyait sincèrement à l'action d'une force spéciale qu'il appelait force odique, donne un témoignage qui a la plus grande valeur, parce qu'il vient d'une personne qui trouvait dans le phénomène quelque chose de plus qu'une fonction nerveuse naturelle. « Je demande, dit-il, à toutes les personnes avec qui je suis en relation, si elles ne connaissent point quelqu'un qui ait fréquemment des maux de tête et surtout la migraine, qui se plaigne parfois d'oppression d'estomac, qui ait un mauvais sommeil sans cause apparente, qui parle en dormant, qui se lève de son lit, qui ne puisse prendre de repos durant la pleine lune, ou qui ne puisse supporter en général le clair de lune, ou qui soit facilement gêné dans les églises ou dans les théâtres, ou qui soit enlin très sensible à de fortes odeurs, au grincement d'une scie ou à des bruits aigus, etc Toutes ces personnes, qui d'ailleurs peuvent être bien' portantes, je les recherche de préférence, et, après avoir fait une passe avec mon doigt sur la paume de leurs mains, je no manque presque jamais de les trouver sensibles.. « Neuf sur dix de ses « sensitives « étaient des femmes « ou des jeunes gens du même tempérament nerveux « ; la majorité avait environ vingt-cinq ans, et tous paraissaient avoir hérité de leurs parents leur sensibilité spéciale. Il est clair qu'un tempérament nerveux est l'une des conditions les plus favorables pour produire l'état mesmérique ou hypnotique. La seconde condition cest d examiner quelque chose attentivement. M. Braid faisait
habituellemenl regarder un disque ou un autre objet brillant tenu sur le front et un peu au-dessus du niveau des yeux; mais habituellement l'opérateur regarde en face le patient et avec la main fait des passes devant ses yeux; au bout d'un certain temps, les yeux tremblent, la pupille se dilate et le patient tombe dans l'état mesmérique. Tout ce que l'abbé Faria, un brillant magnétiseur, faisait, c'était de regarder fixement ses sujets et de leur dire d'une voix de commandement : « Dormez! » et ils dormaient immédiatement.
Il y a longtemps que les jongleurs savaient, et il y a deux cents ans qu'un jésuite, Kircher, qui attribuait l'effet au maj^uétisme, a montré que si l'on prend dans les mains un coq ou une poule, et si on la maintient immobile, le bec par terre, de manière que les yeux convergent sur une ligne faite à la craie et partant du bec, l'oiseau reste immobile et plus ou moins insensible, si bien qu'il ne sent même pas les piqûres d'épingles que l'on enfonce dans son corps. Il est dans un état de sommeil hypnotique. La ligne faite à la craie n'est pas nécessaire; il suffit de tenir la poule immobile pour que l'eiTet se produise. De plus, comme Czermak l'a montré, on peut réussir l'expérience sur d'autres animaux, sur de jeunes homards, des grenouilles, des oies, des canards, et môme sur des cbiens, la vue d'un objet sur lequel l'attention se fixe étant nécessaire dans quelques cas. Quelque chose de semblable se produit, je crois, quand un chat fascine un oiseau qui ne peut faire le moindre mouvement pour s'échapper et tombe de sa branche dans les pattes du chat. Nous voyons donc qu'un état spécial qui fixe l'activité du système nerveux peut le priver de ses fonctions habituelles et le rendre insensible, aussi longtemps que dure cette activité isolée, aux impressions qui le frappent ordinairement. Nous ne savons quelle est la nature intime des modifications du système nerveux qui dissocient des centres nerveux associés, qui produisent cette discontinuité de fonction en dépit de la continuité des fibres qui les relient, mais il doit nous suffire pour le moment de savoir qu'une forme particulière d'activité peut atteindre un tel degré de force qu'elle suspend ou arrête, tant qu'elle dure, les fonctions ordinaires du
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système nerveux, et de le savoir par des exemples où l'on ne peut faire intervenir la transmission d'une force particulière de l'opérateur au sujet que l'on opère.
Le sujet hypnotisé, qui est pour le moment sous le pouvoir des idées que lui suggère l'opérateur et qui est insensible aux autres impressions, est dans un état analogue d'activité partielle et d'impuissance générale de ses fonctions cérébrales ; si l'on y réfléchit, on peut voir tous les degrés qui existent entre cette forme anormale d'activité et l'exercice normal des fonctions flienlales. Prenez, par exemple, l'état de profonde rêverie où le cerveau est si profondément engagé dans une réflexion absorbante, si détourné de ses fonctionnements ordinaires qu'il est pour ainsi dire inaccessible aux impressions extérieures, et où l'individu est inconscient de tout ce qui se fait autour de lui : des sons frappent son oreille, et il ne les entend pas; des incidents se produisent autour de lui sans qu'il les remarque ; la douleur elle-même n'est pas sentie quand l'esprit est profondément absorbé. Il y a une aire d'activité qui est éclairée par la conscience; mais, autour, iln'y a qu'obscurité et inactivité. Sans s'abstraire aussi complètement qu'Archimède, on peut noter que, Lorsqu'on réfléchit à une question qui vous intéresse beaucoup, on est à peine conscient. La conscience ne se montre que dans les i-ntervalles où l'attention est moins grande, et le même temps peut paraître une minute ou une heure, suivant que l'on est ou non absorbé par un problème. Une grande douleur nous rend insensibles à une douleur moins vive, bien que cette dernière continue d'exister; les messages qu'elle envoie au ganglion central n'y sont point remarqués, car il y a une suspension locale ou une inhibition des fonctions sensorielles de ce ganglion, par suite de l'abstraction de la conscience par une activité voisine prédominante. De même, une névralgie intense peut être remplacée par des convulsions, et elle peut revenir quand les convulsions cessent; il y a pour ainsi dire un translert de l'énergie anormale d'une classe de centres nerveux à l'autre. Au milieu d'une bataille, il peut se faire qu'une blessure ne soit pas sentie au moment où elle se produit, et quelques animaux, comme les grenouilles et les limaçons,' sont in-
sensibles aux pinccmenls et aux coupures pendant l'acte de la copulation; du reste, chez tous les animaux, toute excitation sensorielle interne est incompatible avec une distraction de la pensée ou du sentiment, et, pendant qu'elle dure, elle fait taire toute douleur qui pourrait se produire. Il n'y a pas de meilleur exemple que celui-là, qui est tiré de la vie physiologique, pour montrer un mode de fonction nerveuse qui s'observe pathologiquement dans certaines formes d'extase hystérique. L'état de demi-catalepsie et d'insensibilité presque complète du mélancolique dont l'esprit est obsédé par des illusions qu'il ne peut chasser, la véritable catalepsie dans laquelle les membres gardent indétîniment la position qu'on leur donne, pendant que le malade est insensible aux impressions extérieures, me semblent des exemples du même mode de fonction.
On pourrait citer beaucoup d'autres exemples de cette sorte de discontinuité ou d'interruption des fonctions mentales dans les centres cérébraux supérieurs. Si une personne nerveuse se trouve en présence d'un supérieur qui lui demande son nom brusquement, elle peut l'oublier complètement, de même qu'un étudiant nerveux peut être incapable, à un examen oral, de répondre à une question qu'il connaissait quelques minutes auparavant et qu'il se rappellera quelques minutes après. Il ressemble à l'hypnotisé qui ne peut prononcer une lettre, bégaye et fait des efforts inutiles de prononciation, mais qui peut la prononcer inconsciemment dans les mots dont il se sert pour dire qu'il ne peut le faire. Qu'il est fréquent de voir une effronterie ou une assertion impudente entraîner la conviction dans un esprit qui essaye de lutter contre la croyance et qui n'est capable de ressaisir l'indépendance de son jugement qu'après réflexion faite dans la tranquillité! Des personnes nerveuses et hystériques peuvent croire tout ce qu'une personne qui a conquis leur confiance et qui a en elle-même une conflanee illimitée peut leur affirmer, et il n'est pas nécessaire d'être nerveux ou hystérique pour être influencé à l'occasion d'entreprises douteuses par des prédictions do succès ou d'échec; qu'elle soit fondée ou non, la prédiction concourt dans l'un ou l'autre cas à sa propre réalisation. Nous pouvons savoir
l'hypnotisme, le somnambulisme 61 qu'une personne n'a pas de bases suffisantes d'appréciation pour donner des garanties à ses prédictions; nous n'en sommes pas moins impressionnés, malgré môme notre meilleur jugement, et nous ne pouvons empêcher que notre énergie ne soit affaiblie ou distraite, ou augmentée et concentrée par cette prédiction. Il y a des personnes qui ont l'habitude de peser si minutieusement leurs raisons qu'elles arrivent difficilement à prendre une décision, et on les secoui't grandement si l'on endosse ou simplement si l'on répète sur un ton de confiance qui leur donne la prépondérance les raisons qui font pencher d'un côté. Ces personnes se sentent soulagées et prennent une résolution, bien qu'au fond elles puissent n'avoir aucune estime dans le jugement de l'individu qui les a conseillées, et qu'à la réflexion les idées adverses puissent se trouver en opposition comme auparavant.
C'est un fait bien connu que l'idée la plus absurde peut prendre possession de l'esprit dans les rêves, et, bien qu'elle ne compte que pour une faible part dans la multitude des idées latentes de l'esprit, avec lesquelles elle est souvent dans une incompatibilité absolue, nous sommes entièrement à sa merci pendant un certain temps, et nous ne pouvons la corriger. Il serait même étonnant que nous pussions le faire quand elle est seule en activité, et que nous pussions ne pas y croire quand les fonctions mentales sont au repos, comme elles le sont dans le sommeil, et ne sont pas susceptibles d'être éveillées par elle ou par les impressions ordinaires venues du dehors. Dans ce cas, comment pourraient-elles venir la corriger ou la contredire, ou même l'affecter de quelque manière?' Dans l'état hypnotique, l'idée s'isole par une interruption sembhible dans la continuité fonctionnelle des centres supérieurs l'excitation du courant idéal est telle que, semblable à un spasme ou a une convulsion musculaire, elle échappe au contrôle des fonctions voisines et ne peut se coordonner avec elles que lorsqu'elle cesse. Nous voyons pourquoi on oublie quelquefois ce qui s'est passé dans l'esprit pendant la durée de Thypnotisation; cela vient de ce qu'une idée active a perdu ses rapports avec les autres idées, et qu'il n'y a rien dans les opérations men-
laies ordinaires pour la rappeler à la mérrioire. Si l'on se la rappelait, c'esl-à-dire si elle revenait accompagner ces opérations normales, ce serait exactement comme si un mouvement convulsif pouvait se reproduire dans une série de mouvements naturels ordinaires, incompatibles avec lui : l'irruption d'un mouvement anormal amènerait l'interruption, l'inhibition des mouvements normaux. Si, dans une nouvelle séance d'hypnotisme, on se rappelle ce qui est arrivé dans une séance antérieure, c'est parce que le même état de choses se reproduit. L'instabilité des fonctions est un caractère de ce qu'on appelle le tempérament nerveux; il y a une tendance des idées et des mouvements à échapper aux hens de leurs relations fonctionnelles, à agir indépendamment, à briser le consensus de la fonction, et à devenir pour ainsi dire désordonnées, de même qu'un fou a de la tendance à mépriser les obligations de l'état social pour suivre une conduite antisociale. C'est pour cette raison que j'ai décrit le tempérament comme une névrose spasmoclique.
On peut regarder comme une loi générale que, deux centres nerveux de fonctions mentales étant donnés, ils ne peuvent en même temps fonctionner d'une manière également consciente ; si l'un est activement conscient, l'autre n'est qu'au seuil de la conscience, ou n'est pas conscient du tout; et, si l'un atteint un certain degré d'activité, il exerce une action inhibitrice sur l'autre; il le rendra temporairement incapable de toute fonction.
Dans l'état hypnotique , l'individu est en somme moins sensible aux impressions extérieures que dans le sommeil naturel, mais il est plus sensible au stimulus particulier qui vient de la voix de l'opérateur qu'il ne l'est à toute excitation pendant le sommeil naturel, bien que, ainsi que je l'ai fait remarquer, il y ait des variations considérables dans le sommeil, et que l'on rapporte que certaines personnes se [sont trouvées pendant le sommeil aussi accessibles aux suggestions que les sujets hypnotisés. Que l'individu hypnotisé soit sensible aux suggestions de l'opérateur avec lequel il est en rapport sympathique et ne le soit pas aux suggestions d'un assistanl. c'est là un fait qui est d'accord avec l'expérience, d'aprrs
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laquelle une personne qui dort peut entendre une question qui est en rapport avec l'idée de son rôve ou qui lui est faite par une voix familière, et parfois peut y répondre. De môme, pendant la veille, la conscience fait abstraction de toutes les choses auxquelles nous ne pensons point, n'admettant que les impressions qui sont en rapport avec nos réflexions et rejetant celles qui ne le sont pas ; et c'est là une chose que nous ne faisons pas seulement volontairement, mais que nous faisons souvent sans le savoir, et beaucoup plus sans le vouloir; c'est au fond un processus inconscient, de même que celui par lequel un senliment violent fait naître et entretient ses idées sympathiques, pendant qu'il ignore et exclut les idées qui ne lui sont pas sympathiques. Nous n'avons qu'à exagérer en imagination cette condition de la réflexion normale, nous n'avons qu'à supposer une rêverie assez profonde pour atteindre le degré morbide de l'hypnotisme, pour avoir une fonction mentale partielle, accessible aux impressions qui la concernent, et agissant d'une façon inhibitrice sur les autres fonctions mentales.
Quand une personne a été assez peu sage pour se soumettre plusieurs fois à l'état hypnotique, elle devient très susceptible; l'attente produit l'hypnotisme même lorsqu'on se borne à fermer les yeux. Les expériences de Reichenbach sur les sensitives qu'il gardait dans sa maison prouvent, d'une manière parfois amusante, que toute circonstance, même banale, pouvait produire le sommeil chez des personnes qui l'attendaient et y étaient accoutumées. Et l'habitude s'augmentait en elles de
• même que des habitudes d'actions nerveuses, bonnes ou mau- ' vaises, normales ou anormales, augmentent si elles sont encouragées. Au début, cependant, il semble qu'il est bon ou même nécessaire de fixer l'attention par la vision, et si l'objet que l'on
• regarde est situé un peu plus haut que les yeux, de manière à fatiguer davantage les muscles oculaires, l'effet sera plus ra- ' pide. En fixant la conscience de cette manière, c'est-à-dire en :ne fixant l'attention que sur un seul objet, on arrête l'activité générale du cerveau, et l'on provoque le sommeil. Si l'on empêche la conscience de s'égarer en fixant l'attention sur toute ■autre chose, que ce soit par une image mentale ou par un eff^ort
musculaire, le résultat sera sans doute le même. Si le sujet hypnotisé est plus aisément influencé par la vue, cela tient à ce que l'attention se fixe mieux de cette manière, et qu'autrement l'individu ne pourrait soutenir son attention sans se distraire pendant un temps aussi long; demandez-lui de penser constamment à une même chose pendant quelques minutes, sans permettre à son attention de s'égarer, et il ne pourra le faire; au contraire, si l'on fixe son attention d'une manière solennelle sur quelque objet, il s'attend à quelque chose d'extraordinaire, et involontairement l'attention se maintient sans distraction de la conscience.
Ce n'est pas un simple amusement innocent, pour une personne susceptible d'entrer en état d'hypnotisme, de se soumettre fréquemment à ces pratiques; car il peut se faire que son esprit s'alTaiblisse temporairement ou d'une manière permanente. Il est vrai que, si la volonté était forte et bien conditionnée, l'opération ne pourrait réussir, car pour cela la volonté du sujet doit se soumettre à la volonté de l'opérateur, et quelquefois le sujet a conscience d'opposer une résistance de moins en moins grande aux ordres du magnétiseur avant d'être complètement vaincu et de lui appartenir sans condition. Après le sommeil, un certain temps s'écoule avant qu'il puisse se rendre maître de ses facultés, et pendant ce temps il reste accessible aux suggestions et plus susceptible d'être influencé par des ordrés. Enfin, si les pratiques se continuent, il est sujet à perdre tout contrôle sur son esprit et à devenir fou, car le consensus des centres supérieurs se dissout, une tendance au désordre s'entretient , et les centres dissociés sont prêts à continuer d'agir d'une manière anormale et indépendante. Assurément, c'est le chemin de la folie.
Il ne me reste qu'à faire remarquer, en ce qui concerne l'hypnotisme, qu'un état analogue peut se produire sous l'influence de causes entièrement physiques. Cet état se développe quelquefois à la suite d'une blessure ou d'une maladie du cerveau, sans que l'on puisse établir aucune connexion entre une blessure et une maladie particulière et l'alTcction singulière de la conscience. Il n'est pas difficile, cependant, de comprendre
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qu'une cause physique d'irritalion du cerveau soit suffisante pour produire un état de non-conduction, général ou partiel, dans son tissu délicat, et que des étranges aberrations de la <;onscience en soient la conséquence; mais nous ne savons ■encore rien de ce qui se produit en réalité.
, L'état qui ressemble le plus à l'hypnotisme, c'est le somnambulisme naturel; en fait, l'hypnotisme peut être décrit comme un somnambulisme artificiel. L'état des sens présente de grantles différences dans le somnambulisme naturel aussi bien que dans le somnabulisme artificiel; la personne peut entendre sans voir, ou voir sans entendre; ses yeux peuvent être fermés ou largement ouverts; elle peut paraître voir quelque chose et ne pas voir d'autres choses qui sont également dans le champ de la vision; la sensibilité d'uu ou de plusieurs sens peut être con- •sidérablement augmentée. Les difTérences dans l'état des sens peuvent être telles que, dans un cas, le somnambule puisse avoir aussi bien conscience des objets environnants que s'il était éveillé, et que, dans un autre, il soit presque aussi inconscient ■que s'il était profondément endormi. De même que l'hypnotisé, il se rappelle parfois durant une attaque les événements d'une attaque antérieure, bien qu'il n'en ait aucun souvenir à l'état normal. D'autres fois, il oublie tout ce qui s'est passé durant l'attaque, fait qui est en rapport avec ce que l'on sait des rêves dont on ne conserve aucun souvenir quand le dormeur parle pendant la nuit. Dans quelques cas, le somnambule peut se rappeler ses rêves, d'une manière imparfaite et confuse, surtout quand une scène ou un accident nous met par hasard sur leur trace pendant le jour.
Comme le somnambule ne voit pas les objets qui sont près de lui, bien qu'il ait les yeux ouverts, tandis que sa manière dagir montre qu'il perçoit d'autres objets éloignés, on a supposé qu'il avait le pouvoir de recevoir des impressions par d autres voies que les sens ordinaires. S'il ne voit pas une chose qui est directement sous ses yeux, comment peut-il en voir une autre? C'est là une question que l'on peut raisonnablement se poser. La réponse, c'est qu'il voit ce qui est en rapport avec les idées de son rêve; les sens sont ouverts à l'attente
Maudsley.
d'un objet dont l'idée est active dans l'esprit; ils sont fermés pour les choses qui n'ont aucun rapport avec les images de son rêve. De môme, il peut ne pas entendre certains sons, bien qu'ils soient clairs et forts, et cependant il peut entendre d'autres sons qui entrent dans la trame de son rêve et lui donnent peut-être une nouvelle direction. L'occlusion des sens pour tout ce qui n'est pas immédiatement nécessaire à ce qu'il fait actuellement est probablement la raison principale qui permet au somnambule de marcher adroitement et sans appréhension sur les toits des maisons ou d'autres endroits dangereux où il ne s'aventurerait pas s'il était éveillé. Ne voyant que ce qu'il veut voir, il n'est pas distrait par la vue d'autres objets qui pourraient troubler son attention, et il consacre toute son énergie à exécuter ce qu'il veut faire. La manière de faire une chose difficile, mais praticable, ce n'est pas d'entrevoir vaguement les difficultés, mais de voir avec précision les moyens de succès ; alors la force n'est point distraite par des considérations étrangères. L'hypnotisé, que nous pouvons regarder comme étant dans un état de conscience isolé, exécute quelquefois des actes qui exigent une force musculaire et une agilité dont il eût été incapable à l'état normal. Une autre raison des actes intrépides du somnambule, — intrépides si l'on veut, mais sans danger pour lui comme on le pense vulgairement — c'est peut-être l'iiyperesthésie du sens musculaire, qui le rend, comme un aveugle, susceptible de recevoir les impressions les plus légères, c'est-à-dire des renseignements précis et certains qui guident ses mouvements. H y a des motifs de croire que la sensibilité des autres sens peut être augmentée dans quelques cas, comme cela se voit dans le somnambulisme artificiel; grâce à la sensibilité plus perçante de sa rétine, le somnambule peut distinguer des objets dans l'obscurité, aussi bien que quelques nyctalopes, comme les hiboux et les chats; et l'augmentation de sa sensibilité auditive et tactile peut lui permettre de saisir des impressions très légères qu'il eût à peine perçues à l'état normal, ce qui peut donner une apparence miraculeuse à ces perceptions. Une des prétendues « sensitives » de Reichenbach prétendait quece toute lumière ordinaire lui était une charge, une douleur, et
l'hypnotisme, le somnambulisme 67 obscurcissait la clarté de ses impressions ; Tacuité de sa vue était en proportion de l'obscurité qui régnait autour d'elle. » Mais nous avons une autorité plus sobre et plus digne de foi, s'il est besoin, dans le témoignage de Cabanis et d'autres auteurs qui ont témoigné de l'augmentation de sensibilité de chaque sens dans différents cas de somnambulisme artificiel. . Malgré la haute autorité de sir W. Hamilton, qui déclarait, « qu'il était hors de doute que dans certains états anormaux du système nerveux les perceptions fussent possibles par d'autres voies que par les organes des sens, » il est inutile de discuter longuement la question de savoir si le somnambule peut avoir des perceptions autrement que par ses sens naturels, s'il peut lire par exemple, comme on l'a affirmé,: par le creux de l'estomac ou par le derrière de la tête \ Sans doute les somnambules s'imaginent quelquefois avoir ce don : ils ont peutêtre, comme les hystériques en ont souvent, des sensations anormales à l'épigastre ou à d'autres parties du corps, sensations dont ils interprètent mal le caractère et auxquelles ils attribuent les perceptions qu'ils reçoivent par les voies ordinaires. Mais invariablement, quand on soumet au contrôle de juges compétents les facultés extraordinaires qu'ils s'imaginent ou affirment posséder et qui inspirent la confiance aux crédules, le miracle manque de se produire. Ils prétendent avoir le pouvoir de regarder dans le corps des autres personnes ou dans leur propre corps, et ils décrivent d'une façon mesurée, comme si leur langage suivait les découvertes graduelles de l'œil, l'état des organes intérieurs, la nature et le siège d'une maladie dont ils peuvent être atteints, excitant ainsi l'admiration en provoquant la croyance chez ceux qui ignorent l'anatomie ou qui n'en ont qu'une connaissance vague par les livres; mais quand leurs prétentions sont soumises à l'examen d'un médecin compétent, on ne manque jamais de les trouver va-ues et absurdes, les descriptions étant fondées sur le souvenir de quel-
1. « Il est absolument indifféreat, .. dit Beichenbach, » gue les -ranrfpc sensilives aient les yeux bandés ou non ; cela est aussi indifférent «onr ollf que d'appliquer à une non-sensitive ayant de bons yeux uriSi^n f pour l'empêcher de voir un chameau. ^ Daudage au coude
ques figures anatomiques; et Von peut, si l'on prend un air de confiance, si l'on ne met pas en doute leurs facultés, les conduire à décrire toutes sortes de maladies impossibles dans des organes impossibles. Il suivent les suggestions que leur mspirent les questions qu'on leur pose, et ils expriment les notions vulgaires sur les maladies et sur leur traitement; de même que l'esprit d'un grand philosophe ou d'un grand poète, quand il visite la terre pour assister à une séance spirite, exprime les sentiments vulgaires et les pensées du médium qui l'a fait comparaître. Les prédictions de l'avenir que les somnambules arrivent progressivement à faire sont également imaginaires; quand on l'examine sérieusement, la vue prophétique , comme la vue médicale , apparaît comme illusoire. Ils atteignent ce degré de présomption progressivement, à mesure qu'ils réussissent à imposer leurs prétentions aux croyants stupéfaits dont la crédulité va de pair avec leur audace. Reichenbach était convaincu qu'aucune action secrète ne pouvait échapper dans sa maison « à l'œil perçant des grandes sensitives » ; et après avoir dit qu'elles peuvent, rendre des services en médecine en découvrant la nature des maladies ou en prédisant l'évolution, ou bien qu'elles peuvent faire connaître à une femme si elle aura des enfants et de quel sexe sera l'enfant en question, il raconte naïvement des histoires pour montrer combien une pareille faculté peut être dangereuse : « Dans ma maison, il arriva qu'une somnambule que j'avais amenée dénonça une domestique pour sa conduite immorale, à laquelle personne ne croyait, et la vérité de la déclaration ne fut établie qu'au bout de quelques mois; elle fit d'autres révélations qui causèrent une révolution dans la maison et qui provoquèrent le renvoi de plusieurs servantes. »
Examinons brièvement quelles sont les causes qui peuvent faire croire aux facultés prophétiques ou autres de ces somnambules.
1° D'abord ce sont de vrais imposteurs, qui, pour se procurer de la notoriété ou pour gagner de l'argent, font une véritable profession de leur imposture. Depuis les premiers temps de l'histoire jusqu'au temps présent, on n'a jamais manqué de
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fripons qui exploitent la crédulité publique et qui choisissent naturellement pour leur entreprise les phénomènes les plus obscurs de la nature, de manière que le mystère provoque l'élonnement et que l'étonnement se change en crédulité. Quand on ne connaît pas les forces et les lois de la nature, il se trouve toujours une catégorie de personnes qui prétendent avoir des relations et peut-être des pouvoirs surnaturels et qui tirent leur profit de l'ignorance et de la crainte de ceux qui les suivent; et il en sera probablement ainsi jusqu'au moment, s'il arrive., où tous les secrets de la nature seront connus et où il ne restera plus de place obscure pour les embûches de la superstition.
2° En second heu, il y a des imposteurs qui s'en imposent aussi bien qu'aux autres; qui, en se trompant eux-mêmes, trouvent là leur principal élément de succès pour tromper les autres. On ne s'est jamais suffisamment rendu compte, je pense, que la fraude n'est pas une quantité constante, mais variable, et qu'il y a tous les degrés entre le mensonge le plus déhbéré et une fraude inconsciente et innocente. L'un des arguments sur lesquels se fondent ceux qui croient aux perceptions miraculeuses des hypnotisés, c'est qu'ils les savent parfois entièrement incapables de fraudes et qu'ils exposeraient toute leur fortune sur leur sincérité et leur véracité. Même en acceptant la sincérité, on peut encore mettre en doute la compétence de celui qui dit la vérité comme il la connaît sans la dire comme elle est; car, outre que le somnambule peut nous tromper, il peut se tromper lui-même. La conscience, sans aucun doute, peut témoigner de ses états; mais elle ne peut pas témoigner de leurs causes. Il ne faut pas oublier, quand on pèse les croyances, que la croyance est en grande partie une affaire de tempérament, et qu'il y a des personnes dont le tempérament les porte à croire tout' ce qui fait une impression sur leur imagination sans se demander comment leur imagination a été frappée; chez elles, l'aflirmalion solennelle d'un fait signifie simplement une conviction fondée sur une expérience mentale. Les temptn-aments de ces mdividus sont instables, eu ce sens que les centres nerveux supérieurs qui constituent les circonvolutions cérébrales ne sont point réunis dans une communion intime de fonctions
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et ont une tendance à agir d'une manière incoordonnée, peutêtre pas encore incohérente, — bien que ce soit une autre étape de dégénération, — mais avec un caractère trop isolé et indépendant. Ainsi, quand une conviction intime s'empare de Tespril, elle y vibre avec intensité et ne sent pas le contrôle des influences conscientes ou inconscientes qui travaillent dans les éléments mentaux voisins avec lesquels elle est en union physiologique; elle peut même en arrêter temporairement Taclion. Elle devient alors une véritable croyance, qui n'a pas subi le contrôle d'une saine observation et d'une réflexion mûre. C'est un grand non-sens de dire que la majorité des hommes raisonne dans le véritable sens du mot; ils tirent leurs croyances, comme leurs instincts et leurs habitudes, de leur constitution héréditaire, de leur éducation et de la routine de leur vie.
Il est évident que cette sorte de tempérament conduit aisément l'individu à se duper lui-même. Si une idée devient assez persistante et exclusive pour mettre un obstacle aux fonctions des autres centres de l'idéation comme cela arrive dans l'hypnotisme et les états analogues, il est clair que, lorsque l'individu sort de son état de conscience exclusif, il peut oublier ce qu'il a pensé ou fait quand il était dans cet état, et il peut, avec une parfaite sincérité, nier ses faits ou ses méfaits, ou affirmer qu'ils lui ont été suggérés par quelque pouvoir plus que naturel. La plénitude de son moi ayant été aliénée pendant quelque temps, il sent que le moi aliéné est un autre moi on un moi étrange, et il ne peut avoir la responsabilité de ses actes, même s'il se les rappelle. Entre l'état anormal de la conscience qui appartient à l'état hypnotique, et l'état de conscience qui accompagne l'imposture la plus délibérée, il y a toutes les transitions, et par suite il y a une foule de degrés entre la supercherie la plus voulue et la fraude où l'on se trompe soi-même innocemment; et cela explique pourquoi des individus dont les amis ne voudraient pas suspecter la bonne foi se dupent euxmêmes néanmoins et dupent les autres de la manière la plus grossière. De même que la corde d'une harpe vibre cl redonne la note qui est en unisson avec elle, de même la dupe vibre et redonne la note qu'émet l'imposteur.
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3" Il est certain qu'en ces matières le défaut d'observation compte pour beaucoup, bien qu'on ne sache pas pour combien. Une observation exacte ne se fait pas par instinct, mais par un effort soutenu. Si l'on faisait une liste des erreurs communes auxquelles l'observation de ces faits est sujette, et si l'on assi- .gnait à chacune sa part dans ces phénomènes miraculeux, ils ne seraient plus guère sujets à controverse. C'est une tendance bien connue de l'esprit humain, et qui a été l'origine du crédit •des prophètes dans tous les âges, d'être impressionné par les exemples probants et de négliger les faits négatifs ou contraires. Quand le sujet mesmérique réussit par hasard, l'effet est frappant et l'admiration sans bornes, tandis que l'on ignore, ou que lui oublie tous les échecs, ou qu'on les attribue à des conditions défavorables de l'expérience. De plus, l'observation d'un fait particuher est ordinairement imparfaite et fautive, attendu que l'observateur voit ce qui frappe son attention et néglige les con Citions essentielles dont le fait dépend; on peut, comme on l'affirme, avoir vu les choses de ses propres yeux; mais ce qui aurait dû être noté, ce sont les diverses conditions coopératives, les coefficients que l'on ne voit point, que l'on ne remarque point et qu'un observateur plus froid, plus habile et plus circonspect eût vus, notés et pesés. Il est hors de doute, comme le remarque Yoltaire, que des paroles magiques et des cérémonies sont capables de détruire un troupeau de moutons, si elles sont accompagnées d'une quantité suffisante d'arsenic. La meilleure réponse que l'on puisse faire à une personne qui a vu des miracles est assurément, neuf fois sur dix, de déclarer qu'on ne peut avoir aucune confiance en son observation et que l'on refuse de la discuter; car la vie est trop courte pour que l'on puisse perdre son temps à apprendre l'alphabet de l'observation et du raisonnement à chaque nouveau venu.
Il est clair que les personnes d'un tempérament nerveux seront plus aptes à ce défaut d'observation. Obsédées par une idée, les faqultésde leur esprit sont engourdies; elles ne peuvent voir que ce qui est en rapport avec l'idée prédominante. On sait qu'un observateur qui part d'une idée préconç^uie ou avec le désir de trouver quelque chose, est loin d'avoir qualité pour accomplir son
entreprise. Et, bien qu'une observation spéciale puisse être rendue plus subtile par l'idée ou le désir de voir ce que l'on espère, les facultés générales de l'observateur sont émoussées, et il est sujet à s'illusionner; mais ces individus nerveux sont particulièrement aptes à être la dupe d'une observation imparfaite, à cause de cette solution de continuité des fonctions qui se produit aisément quand une idée, plus active que d'ordinaire, échappe aux corrections de la communion des centres nerveux dont son centre fait partie. Ces considérations nous montrent comment la transition se fait graduellement des exemples les plus simples de défaut d'observation, comme on en fait journellement, à ces exemples extrêmes d'incapacité absolue d'observation que montrent les somnambules ou les sujets mesmérisés. Ne pas souffrir qu'un état mental ait une activité désordonnée, mais maintenir le libre jeu de tous les liens d'association qu'une bonne éducation a rendus aussi nombreux et aussi solides quepossible,etconserver intacte la liberté de sonjugement, c'est la marque d'une intelligence large et bien conditionnée.
4" On peut encore prétendre, après avoir accordé tout ce qui est possible à la supercherie et au défaut d'observation, qu'il -reste quelque chose d'étonnant et d'inexpliqué dans la pénétration que manifestent les sujets mesmérisés. Ils ont nettement prédit, dit-on, la maladie dont ils devaient souffrir et dont ils ont souffert, en fait, à un moment où ils n'offraient pas le moindre signe de malaise. Si cela est vrai, et s'il ne s'agit pas d'une simple coïncidence, on peut supposer, avant d'admettre quelque chose de surnaturel, que l'exaltation de leur sensibilité les avait rendus plus capables de sentir les premières indications de la maladie — ses muets avertissements, pour ainsi dire — qu'ils ne l'eussent été à l'état normal de la conscience, de même qu'une personne pourra percevoir, si son[attention est hbre, une sensation qui serait passée inaperçue si l'attention avait été fixée sur quelque chose. Ou bien, si l'on rejette cette explication, on peut supposer que la maladie a été le résultat de l'idée fixe, la prophétie s'accomplit elle-même de même que l'idée d'un bâillement, d'une douleur, d'une paralysie, d'une convulsion, provoque ce bâillement, celte douleur, cette paralysie, celte convulsion.
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On ne peut trop clairement comprendre qu'il y a dans le système nerveux une sorte de tendance innée à l'imitation. Les exemples les plus frappants s'observent chez les enfants et- les singes, et les moins frappants s'observent dans la manière dont une personne reproduit parfois inconsciemment les manières et l'expression d'une autre personne avec laquelle elle vit; et il est certain que l'imitation ou la simulation d'une maladie n'est pas rare chez les personnes dites nerveuses ou hystériques. Chez ces personnes, l'idée d'une maladie particuUère, si elle s'empare de leur esprit, peut atteindre un tel degré d'activité qu'elle ne peut être modérée par la réflexion, elle peut influencer d'une manière exceptionnelle les facultés organiques si son énergie suit cette voie, de même qu'une idée exclusive, chez un sujet hypnotisé, le rend capable, quand elle a une issue motrice, d'actes musculaires vigoureux et adroits dont il est incapable à l'état normal.
5" Lorsque dans le somnambulisme artitîciel on peut réussir à lire ce qui est dans l'esprit d'une personne qui ne dit rien de ce qu'elle pense, comme cela arrive quelquefois, cela est dû en grande partie à ce que la vue saisit les indications extérieures de la pensée que peut fournir inconsciemment cette personne; et la preuve, c'est que l'expérience ne réussit pas quand elle porte sur un individu incrédule, qui dissimule avec soin l'expression de ses idées ou, à dessein, leur donne une expression difl"érente. Il y a très peu de personnes qui soient capables de ne pas traduire par des mouvements leurs pensées ou leurs sentiments. Voyez avec quelle rapidité les enfants et les animaux lisent sur notre figure l'état de notre esprit, avec quelle précision un sourdmuet note les mouvements des lèvres d'une personne qui parle, si. bien qu'il comprendra les mouvements muets autant que s'il entendait les mots eux-mêmes, et il vous paraîtra probable qu'une pensée puisse se manifester par de légers mouvements de lèvres ou de la face inaperçus par un observateur ordinaire, mais qui n'échappent pas à la perspicacité des prétendues sensitives. C'est sans doute l'explication de ce prétendu muscle de la lecture sur lequel on a dernièrement appelé l'attention. Je ne suis pas sûr néanmoins que le somnambule ne puisse arriver à
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lire inconsciemment dans l'esprit par une imilalion inconsciente de l'attitude et de l'expression de la personne dont il copie instincteraent et avec exactitude les contractions musculaires; en vertu d'une loi bien connue, les mêmes idées et les mêmes sentiments qui se traduisent pour ainsi dire par les contractions musculaires se reproduisent dans l'esprit du sujet.
Une autre explication, mais plus imaginaire, est encore possible pour rendre compte de quelques exemples de réussite. Le succès peut être dn à la sympathie de constitutions semblables qui, sous l'influence de conditions extérieures semblables, ont les mêmes pensées et les mêmes sentiments, de même que deux cloches sonnent la même heure et au même moment. Avant de rejeter cette hypothèse, il est bon de considérer qu'il y a beaucoup de personnes qui sont presque la répétition l'une de l'autre en ce qui regarde le caractère de leurs pensées ; elles pensent les mêmes pensées, de même que tous les perroquets et tous les enfants font les mêmes bruits, accomplissent les mêmes actes sans s'imiter les uns les autres ; et quand ils sont dans les mêmes conditions extérieures, quand leurs sentiments sont accordés à la même note, quand leurs esprits agissent sous l'influence des mêmes suggestions, comme c'est le cas lorsque deux personnes sont engagées dans une même affaire, il n'est peut-être pas très étonnant qu'il se produise un accord fortuit de leurs pensées et de leurs sentiments. Il est probable que ces deux personnes feraient les mêmes mouvements pour s'échapper si elles étaient exposées subitement et ensemble au même danger pressant, et cela sans se concerter d'avance; et je ne doute pas qu'un jeune homme et une jeune fille, quand ils s'aiment mutuellement, ne pensent naturellement les pensées, ne ressentent les sentiments et les émotions et ne fassent les actes que des jeunes hommes et des jeunes filles pensent, sentent et font toujours dans les mêmes conditions, sans avoir appris leur leçon les ims des autres ou d'une personne étrangère. Les deux frères siamois, dont le corps n'était pas séparé, vécurent forcément dans les mêmes conditions, furent pendant une grande partie de leur vie unis par une sympathie mentale intime; ils avaient généralement les mômes pensées au même
l'hypnotisme, le somnambulisme 7S moment, prenaient les mêmes résolutions, faisaient les mêmes choses, sans s'entendre préalablement; malheureusement, cette harmonie parfaite ne dura pas toujours, car l'un d'eux s'adonna à l'intempérance, vice qui amena de fréquentes discussions et des contestations et finit par leur faire désirer vivement une séparation. La sympathie intime de sentiments et de pensées qu'offrent parfois les jumeaux ordinaires est bien connue, et l'on a rapporté un ou deux exemples remarquables de jumeaux qui avaient été pris en même temps de la même forme de folie; de même queTon a rapporté des cas où des frères ou des sœurs, après avoir vécu longtemps dans les mêmes conditions extérieures, avaient présenté le même dérangement intellectuel.
II est un autre état intermédiaire qui sert de trait d'union entre les états de conscience les plus normaux et les plus anormaux et qui a des rapports intimes avec les états que nous venons d'étudier', c'est l'extase ou le ravissement. Cette extase est un état dans lequel les enthousiastes de chaque religion, les bouddhistes, les brahmanes, les chrétiens et les mahométans, ont essayé de sortir d'eux-mêmes ; c'est, comme le mot l'exprime, être hors de soi-même. Les symptômes se ressemblent dans tous les cas. L'attention ayant été concentrée pendant longtemps sur le désir de se mettre en communion intime avec les choses célestes, surtout si, en regardant fixement quelque image sainte ou même son propre nombril, on a aidé l'absorption du moi, on suppose que l'âme se détache des objets de la terre et qu'elle entre en rapport direct avec les cieux* les membres sont alors immobiles , flaccides ou bien maintenus dans l'attitude qu'ils avaient d'abord prise; la sensibilité générale est émoussée ou même éteinte; les sens spéciaux ne sont plus sensibles aux impressions qui les affectaient habituellement, la respiration est ralentie et faible, le pouls est à peine perceptible. Les yeux sont souvent brillants et animés, et le maintien général peut si bien ressembler à un ravissement, la manière d'être est si changée, que l'individu semble transfiguré et briller d'un éclat céleste.
Les extases de cette espèce sont moins connues aujourd'hui que dans les anciens âges, alors que la croyance et le sentiment religieux tenaient une plus grande part dans la pensée et la con-
duite de riiumanité; quand de nombreux monastères couvraient la terre, quand les austérités et l'ascétisme étaient en vogue; que lesprières, les pénitences, les méditations, les cérémonies religieuses remplissaient la plus grande partie de la vie; que l'éloignement des choses de la terre et l'union intime avec les choses du ciel constituaient la seule fin vers laquelle on tendît perpétuellement pour échapper aux tourments éternels. Cependant, comme l'a remarqué Maury, ces ravissements où l'on recevait des communications surnaturelles n'étaient pas propres aux saints; les méchants en avaient quelquefois de pareils, et ils faisaient des récits blasphématoires de leurs visions. De là la nécessité de faire deux classes d'extatiques, les saints et les démoniaques, ou, comme je pourrais les appeler, les Théoleptiques et les Diaboleptiques. Il serait imprudent de dire à quelle classe appartiennent les extatiques dont on entend parler aujourd'hui de temps en temps et dont l'une des plus fameuses est Louise Lateau, connue sous le nom de la stigmatisée belge, parce que durant ses ravissements, qui reviennent souvent, on voit des traces de sang au front, au côté gauche, à la paume des mains.
Il est certain que l'état extatique ressemble beaucoup à Tétat hypnotique par son mode de production aussi bien que par le caractère des phénomènes qu'il présente. L'exaltation d'un étal particulier de la conscience est si vive que la sensibilité est suspendue, que les mouvements volontaires sont abohs, et que les fonctions vitales sont elle mêmes diminuées. Sainte Thérèse décrivait ses ravissements comme un état dans lequel « le corps perd l'usage de ses fonctions volontaires, et chaque partie reste dans la même position sans sentir, entendre, voir, au moins d'une manière consciente. » Quand elle voulait résister à ces ravissement, « il lui semblait qu'il y avait quelque chose comme une force puissante sous ses pieds qui la soulevait et à laquelle elle ne connaissait rien de comparable » ; c'est-à-dire que, lorsque les énergies des centres nerveux instables ne pouvaient trouver une issue dans la tension d'un effort parliculier de la conscience, elles troublaient les centres de la sensibilité musculaire et produisaient l'hallucination motrice d'une sorte d'enlèvement, de môme que dans une autre occasion elles auraient produit le ver-
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tio-e. Il n'y a pas, dans tous les cas, une complète insensibilité aux impressions extérieures ; de môme que les hypnotiques, ces extatiques sont quelquefois sensibles aux impressions qui sont en rapport avec les idées de leurs visions, et ils mêlent le réel avec l'imaginaire; ils peuvent regarder, par exemple, un crucifix sur lequel un christ est attaché jusqu'à ce qu'ils l'entendent parler ou le voient descendre de croix et s'approcher d'eux, et parfois ils ont conscience de la présence et des paroles d'une personne dont les fonctions ou le caractère sacré sont en rapport avec leur ravissement. Mais l'insensibilité à la douleur est quelquefois très remarquable. Ravi dans sa vision agréable d'un bonheur idéal, le religieux fanatique de l'Inde est insensible anx coups et aux blessures qu'on lui inflige, et il peut, sans la moindre réaction, supporter toutes les tortures qui produiraient une douleur intolérable, s'il avait sa conscience normale. Les naturels de l'Inde et toutes les races primitives sont plus susceptibles d'éprouver ces ravissements que les Européens, comme l'ont montré les nombreuses expériences que l'on a faites pour entreprendre des opérations chirurgicales sur des personnes mises en état hypnotique; car, s'il est aisé de donner aux naturels l'insensibilité nécessaire pour l'opération, l'expérience ne réussissait pas habituellement avec les soldats européens. Chez les Indiens du nord de l'Amérique, c'était la coutume d'attacher le prisonnier de guerre à un poteau avant de l'exécuter et de le soumettre pendant plusieurs heures à toutes les sortes de torture que l'ingéniosité et la férocité des sauvages pouvaient inventer ; les femmes et les enfants rivalisaient pour voir et acclamer les cruautés auxquelles on soumettait la victime. Et, pendant ce temps, le prisonnier, méprisant leurs efforts impuissants et dédaignant de montrer le moindre signe de douleur, défiait ses bourreaux avec l'ironie la plus amère et les sarcasmes les plus insultants, se vantant du nombre de leurs amis qu'il avait tués, des tortures qu'il leur avait infligées, et les . raillant avec mépris de leurs vains elVorts pour le faire souffrir. Le transport de son exaltation mentale rendait leurs efforts infernaux inutiles. Je ne doute pas que les martyrs chrétiens, dans un état analogue d'exaltation mentale, n'aient quelquefois sup-
porté les flammes du bûcher ou toute autre torture sous laquelle ils étaient près de succomber^ avec une indifférence et un calme qui devaient paraître aux assistants la preuve d'uir secours surnaturel. Quand on pense aux récits terribles de cette inhumanité de l'homme contre l'homme qui forme l'histoire humaine, il semble heureux qu'il y ait eu des bornes à la possibilité d'infliger des tortures, bornes qui font que le résultat frustre de beaucoup le désir, d'abord parce qu'il y a une limite dans la capacité de l'homme pour la souffrance et que la douleur elle-même peut tuer, et ensuite parce que la puissance de l'enthousiasme délie la torture. Les folies de danses du moyen âge, les convulsionnaires de Saint-Médard et les épidémies mentales semblables, où une infection d'enthousiasme gagne les personnes qui sont mises dans les mêmes conditions, ont fourni beaucoup d'exemples d'insensibihté générale aux coups violents, à toutes sortes de brutahtés, tandis que l'esprit est ravi dans l'extase d'une excitation particulière. La seule remarque qui me reste à faire au sujet des extatiques, c'est que, s'ils se rappellent parfois leurs visions et leurs communions angéliques, ils n'en ont d'autres fois, comme les somnambules, qu'un souvenir confus, ou ne se les rappellent aucunement. Ils ne peuvent se rappeler ni décrire ce qu'ils ont éprouvé, car, ainsi qu'ils se l'imaginent et le disent, leurs visions dépassaient la pensée et l'expression ordinaire, étaient véritablement ineffables.
Une maladie qui a de grands rapports avec les états anormaux que nous avons décrits, qui a sa place entre eux et l'épilepsie, c'est la catalepsie. La personne qui est sujette à des attaques cataleptiques tombe subitement dans ime sorte d'état d'inconscience, mais ne tombe pas par terre ; elle reste dans l'attitude qu'elle avait au moment où elle a été frappée comme si elle était tombée dans les plus noires des « idées noires », restant debout si elle était debout, assise s'il elle était assise, à genoux si elle était à genoux. L'acte qu'elle faisait est suspendu au milieu de son exécution. Elle ne paraît guère pendant la durée du pa- roxysme plus animée qu'une statue. Elle semble partiellement ou complètement insensible aux impressions extérieures, et si son bras ou une autre partie de son corps est mise dans ime
l'hypnotisme, le somnambulisme 79 certaine posiliou, elle garde cette position pendant un temps indéfini jusqu'à ce qu'elle revienne à elle-même. Le pouls est habituellement plus faible et la respiration plus lente qu'à l'état normal. L'attaque peut ne durer que quelques minutes ou bien plusieures heures : parfois elle dure plus longtemps, et alors le cataleptique ne conserve aucune mémoire de ce qui lui est arrivé. Aucun état mental particulier volontaire ou involontaire ne semble jouer un rôle dans la production de l'état cataleptique, bien qu'il soit probable qu'un choc moral puisse être l'occasion d'une attaque chez un individu sujet à la maladie. On l'a observé alors qu'il n'y avait aucune raison de craindre une maladie du cerveau et dans d'autres cas où il y avait une grave maladie organique; mais nous ne savons rien de ses conditions immédiates.
Je voudrais maintenant appeler l'attention sur les étranges états de la conscience qui se montrent quelquefois chez les personnes atteintes d'épilepsie. C'est un fait bien connu que l'individu qui est la victime de cette forme d'épilepsie que l'on appelle le petit wa^ pourra quelquefois, malgré une suspension temporaire de la conscience, continuer le travail mécanique qu'il faisait au moment où il a été frappé, continuer de marcher s'il marchait, continuer de coudre s'il cousait, continuer de jouer du violon s'il est musicien. On a observé, de plus, que cette suspension de la conscience ordinaire peut durer plus d'un instant dans certains états d'épilepsie fruste, et, durant cette suspension, l'individu peut paraître conscient de ce qu'il fait, il peut agir d'une manière plus ou moins cohérente et n'avoir aucune conscience de ce qu'il a fait quand il revient à son naturel. Gomme le somnambule, il s'est trouvé dans un état de conscience anormal, durant lequel il s'est conduit comme s'il était un autre, ne sachant pas ce qu'il faisait, ou, s'il l'a su, ne se le rappelant pas après. Mais il est très probable qu'il ne le savait pas; car ce qu'il fait, bien qu'il puisse le faire avec une certaine méthode, est ordinairement insensé et sans but et n'est aucunement provoqué par les conditions extérieures environnantes dont il semble inconscient.
Je fus un jour consulté par un gentleman âgé de trente-trois ans , d'un système musculaire bien développé , d'une inlelli-
gence ouverte, d'une grande énergie de caractère qui, pendant un certain temps avait beaucoup travaillé et avait eu beaucoup de fatigues et d'excitation. Pendant cinq ans, il avait souffert d'épilepsie et d'attaques épileptiformes; d'abord il tombait de la manière habituelle ; plus tard, les attaques furent précédées d'un sentiment de tremblement et d'une faiblesse de genoux; immédiatement après, il devenait inconscient, mais il ne tombait point; au contraire, tandis que cet état anormal durait, — et il durait ordinairement pendant une heure et quelquefois pendant des heures, — il faisait des actes étranges, ne sachant pas ce qu'il faisait : ou bien, s'il était dans la rue, il marchait d'une manière si incertaine que la police, le supposant ivre, intervenait. Quelques jours avant sa visite, il avait eu une attaque dans la rue, et il ne se rappelait rieti de ce qui s'était passé depuis le commencement de l'attaque jusqu'au moment où il s'était trouvé dans son bureau, où un de ses amis, qui l'avait vu et avait reconnu son état, l'avait conduit. J'ai appris d'un autre de ses amis qui demeurait avec lui que, lorsqu'il avait ses attaques, il semblait avoir en partie conscience qu'il n'était pas bien, qu'il disait ce qu'on devait lui faire, et qu'il parlait de tout ce qui lui venait à l'esprit, d'une manière à peu près cohérente, bien qu'il n'en fût pas toujours ainsi. Deux fois il avait été agité, comme s'il avait voulu s'en aller; une fois il s'était comporté comme s'il avait voulu se noyer, et une autre fois comme s'il avait voulu monter dans la cheminée. Avant ou après les attaques il souffrait de maux de tête, et antérieurement les souffrances avaient été assez violentes pour le forcer de rester au lit jusqu'à ce qu'elles fussent passées ; mais la douleur était moins forte depuis quelque temps. Le motif de sa visite était un grand état nerveux qui lui était survenu. Il craignait de sortir seul ou de dormir seul, et il était tourmenté par des impulsions absurdes qu'il pouvait à peine arrêter, bien qu'il eût conscience de leur absurdité et qu'il essayât lui-même d'en rire. L'impidsion de monter sur la cheminée l'avait tourmenté dernièrement sans aucune raison, et elle était parfois si forte qu'il lui avait fallu une véritable lutte mentale pour l'écarter. Il était affligé par d'autres impulsions morbides. Une fois il se sentit poussé à se
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jeter dans un bassin à lessive, une autre fois à se précipiter au devant d'un train qu'il voyait s'avancer ; quand une impulsion s'évanouissait, elle était remplacée par une autre. De temps en temps, il lui semble qu'un voile noir ou un nuage tombe devant ses yeux, phénomène qui est accompagné d'une sensation particulière ou d'une douleur de tête ; et pendant ce temps il est à peine conscient; mais l'attaque, qui est sans doute de nature épileptique , passe vite. Les impulsions auxquelles la raison met un frein, bien qu'avec difficulté, sont sans doute la marque d'un état des centres nerveux semblable, quoique à un moindre degré, à ceux qui se produisent quand il y a une suspension complète de la raison et que la persistance de la conscience est même douteuse.
Je me dispense de citer d'autres cas semblables, où des actions étranges, stupides et même dangereuses ont été faites durant la suspension épileptique de la conscience normale, et je n'essayerai point d'en donner une explication dogmatique. Dire que la conduite d'une personne pendant les paroxysmes est automatique, cela ne nous en apprend pas beaucoup; pendant la vie normale, la conduite est si semblable qu'on a une tendance à se demander si elle n'est pas également automatique. Le petit mal ressemble surtout à un rêve en action, et il peut servir d'argument à l'appui de l'opinion pleine de sagacité des anciens médecins qui pensaient qu'il existait une parenté entre le somnambulisme et l'épilepsie, parenté qui ne tenait pas à une simple ressemblance des phénomènes, mais qui avait un fondement plus solide dans un tempérament nerveux commun. En réalité, toutes ces lepsies ou attaques nerveuses particulières — l'épilepsie, la catalepsie, la théolepsie et le somnambulisme — trahissent dans la plupart des cas une hérédité nerveuse, et on peut également supposer qu'elles laisseront après elles un legs nerveux. En les réunissant, comme je l'ai fait dans ce chapitre, j'ai voulu montrer qu'entre ces exemples extrêmes et anormaux de double conscience elles états de conscience normale l'abîme n'était pas si grand qu'il pouvait paraître à première vue, et que nous pouvions, si nous le voulions, passer d'un extrême à'l'autre sur un pont de plusieurs arches. Il est certainement impossible Maudsley,
d'e se figurer exactement Tétat de l'esprit d'une personne qui est dans un de ces états anormaux; conscient ou inconscient, on ne peut se former une idée précise d'états intermédiaires anormaux ; mais on peut se faire une idée imparfaite de l'état d'inconscience de l'épileptique, qui fait des choses étranges sans en avoir conscience, en voyant un individu auquel on administre du chloroforme, dans le but de le rendre insensible, lutter, frapper, pousser des cris dans une sorte de cauchemar alors qu'il a cessé de voir et d'entendre, mais avant d'être complètement passif et insensible aux violences extérieures qu'il sent, mais dont il ne connaît pas la véritable nature. Les principaux phénomènes communs à ces états anormaux sont : premièrement, avec une activité mentale partielle, un degré plus ou moins grand d'inhibition sur toutes les autres fonctions mentales; secondement une condition spéciale d'activité mentale dans laquelle l'individu n'est accessible qu'aux impressions qui sont en rapport avec son caractère qui se les assimile; et troisièmement, un souvenir obscur et nébuleux, au moment du réveil, de tout ce qui est arrivé pendant la durée de l'état anormal, ou même un oubh complet.
Si quelqu'un veut se donner la peine d'examiner les phénomènes de l'épidémie moderne de superstition que l'on désigne sous le nom de spiritisme, à la lumière de l'exposition précédente, il pourra juger à sa véritable valeur ces prétendues preuves incontestables fournies par ces témoins oculaires qui viennent attester des phénomènes miraculeux. En grande partie ces phénomènes sont l'œuvre d'imposteurs qui dupent consciemment leurs victimes, lesquelles, prédisposées par leur tempérament et par un défaut d'esprit d'observation à croire au miracle, sont une proie facile. Si l'opérateur est habile en raison d'une aptitude naturelle ou d'une longue pratique, il pourra facilement, comme un escamoteur, faire en sorte que même un bon observateur ne puisse découvrir sa façon de faire. Nous sommes incapables de découvrir comment un escamoteur fait ses tours, bien que nous sachions qu'il fait une supercherie, en partie parce qu'il est assez adroit pour distraire noire attention de ce qu'il fait juste au moment critique, et en partie parce qu'un acte musculaire peut être plus rapide que la perception, si rapide qu'il est
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on réalité imperceptible, comme l'est ordinairement un clignement d'œil, qui est un acte musculaire. Mais il y a des in^posieurs inconscients, qui, comme les hypnotisés, ont l'esprit dans une sorte d'activité convulsive de certaines idées avec une paralysie temporaire des autres idées, et sont inconscients de la fraude qu'ils commettent et dans une certaine mesure, comme -dans les rêves, sont moralement insensibles à leurs fautes.
Les révélations extraordinaires de noms, d'événements, etc., •que le médium fait quelquefois dans l'inspiration, et qu'il n'a pu connaître d'une manière naturelle, à ce que l'on suppose, sont de même nature que les miracles du magnétisme. Une exaltation de la sensiljilité d'un sens particulier peut nous donner des renseignements que nous n'aurions pu avoir à l'état normal, et expliquer quelques perceptions extraordinaires ; la réviviscence de faits oubliés que l'individu luimême peut croire n'avoir jamais connus, comme cela s'observe dans les rêves , nous fournit la clef de ce qui peut paraître mei-veilleux aux assistants; et l'augmentation de la puissance musculaire qui est due à la concentration de toute l'énergie nerveuse sur un acte, , la foi au succès peuvent permettre au médium .d'accomplir un fait demandant une force et une adresse qu'il ne lui serait pas facile de développer à l'état normal où une distraction ôterait à l'elTet sa plénitude et sou unité. S'il «st vrai, comme les spirites le prétendent, qu'une table peut s'élever au-dessus du parquet et se mouvoir dans l'appartement sans que le médium ytouclie ou ait avecelle aucune cônoexion physique, on doit chercher une autre explication. On peut supposer, et cela d'accord avec l'expérience des phénomènes connus, qu'une personne qui voit une table llotter dans l'air ou qui la sent s'élever au-dessus du sol pendant que ses mains sont placées sur elle, est sous l'inûuence d'une hallucination motrice des yeux ou du toucher, sorte d'ballucination qu'd est plus facile d'avoir qu'on jic le pense généralement Possédé par l'attente d'un mouvement qui doit se produire, l'individu a une vive intuition motrice ou une représentation mentale de ce mouvement, et l'intuition motrice, d'abord su])jective se projette objectivement sous la , forme sensible d'un inouve-
ment actuel, de même qu'une personne qui a des vertiges voit la chambre tourner autour d'elle : c'est l'aspect objectif d'un état subjectif. Si l'on a l'idée d'une table qui s'élève et flotte dans l'air d'une manière assez vive pour provoquer l'intuition motrice correspondante jusqu'au degré de l'hallucination, il est impossible que Ton n'ait pas la perception actuelle du mouvement; il n'est pas étonnant, alors, que l'on affirme que l'on a vu la chose de ses propres yeux. Comme je l'ai déjà fait remarquer, il y a plusieurs saints que l'on a vu s'envoler dans les airs, et l'on peut citer saint Philippe de Néri, saint Dunstan, sainte Christine, et enfin sainte Séraphine, dont la tendance à s'envoler était si grande que six autres nonnes ne pouvaient pas la retenir. Les saints prenaient ainsi leur essor pendant les extases dans lesquelles ils tombaient; et il n'est pas douteux, pour ceux qui classent ces phénomènes dans la mêmecatégorie que les courses de sorcières dans l'air, que quelquesuns de ces saints avaient la conviction, comme on l'a parfois dans les rêves , de voler réellement dans l'air durant leure extases. Si donc les saints avaient des hallucinations motrices, s'il en est de même de ceux qui les observaient avec admiration et qui avaient une grande foi, il nous est facile d'expliquer ces histoires, sans faire appel au surnaturel.
L'expérience a prouvé suffisamment, comme on aurait pu le prédire, que la foi est nécessaire aux manifestations des phénomènes du spiritisme ; la présence d'un sceptique rend les conditions défavorables, et rien d'extraordinaire ne se produit. Il en a été de même avec tous les miracles depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours ; ils ont eu la chance de se produire en présence de croyants dont la foi était si vive qu'elle n'avait pas besoin d'être raffermie. Mais ils ne se sont point manifestés devant des incrédules dont le doute aurait pu être levé par leur évidence. Les spirites refusent de soumettre leur& merveilles à l'examen rigoureux et critique de sceptiques qui sont pourtant compétents pour les apprécier ; ils exigent des conditions qui rendent une étude satisfaisante impossible, et, quand le sceptique refuse de se soumettre à ces conditions et insiste pour avoir la même liberté de douter et d'expérimenter
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•que s'il s'agissait de toute autre recherche scientifique, on lui répond aussitôt qu'il a des préjugés et qu'il refuse de faire des recherches. Ils en appellent aussi au témoignage de leurs propres témoins, qui, étant des croyants ardents, sont incapables, malgré les meilleures intentions, d'observer avec exactitude et de découvrir une fraude qui n'est pas immédiatement palpable; ils ressemblent aux hypnotisés ou aux somnambules qui ne voient et ne s'assimilent que ce qui est en rapport avec leurs idées. La croyance en des choses invisibles et spirituelles, qui agiraient sur les choses visibles et matérielles, est incompatible avec une véritable observation, car l'observation est viciée fondamentalement; elle ne peut être exacte et faite sans idée préconçue.
En terminant ce chapitre, on peut encore faire une remarque concernant les spirites : la plupart, et surtout les plus ardents sont d'un tempérament nerveux qui confine à l'épilepsie, ou à la folie, ou à d'autres maladies nerveuses
Je n'ai pas besoin de répéter ce que j'ai dit de l'influence et <lu tempérament sur la croyance : l'estropié, le boiteux, l'aveugle, le faible d'esprit qui suivent les voies obscures de la foi peuvent tous être réunis dans le même groupe : leurs croyances erronées et fanatiques, sur lesquelles la raison n'a aucune prise, trahissent le caractère de leurs tempéraments. Essayer de modifier leurs convictions par des raisonnements, c'est faire une •entreprise vaine : car c'est une fatigue de raisonner contre un tempérament, et ce travail, un homme sage ne doit pas Tentreprendre.
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Que renverser par des jurements ou des conseils
L édifice dont la base repose sur sa foi et durera
Comme l'état de son corps.
étaient remarquables comme avocats ou médiums » l'un fm aimini r ^
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d aliénés. Une troisième personne, qui était un des membres actifs d'une so 7 commission, fut frappée d'une forme mystérieuse de paralysie b^ a "v,,?^,: ■comparativement jeune. {Rapport sur le spiritisme, p 8 0 ) ' ^ '
PATHOLOGIE DE L'B'SPRIT