DES VILLES SACERDOTALES
La législation des villes lévitiques était si simple, si pratique et si nettement tracée, que sa stabilité pouvait paraître garantie pour longtemps. Mais l'infidélité des Israélites envers le Seigneur était une source d'adversités et de désordres qui devait introduire bien des perturbations dans la primitive organisation et dans le statut administratif de la Terre promise.
L'Ecriture sainte ne nous fournit que peu de renseignements sur les villes habitées par la descendance de Lévi, et les rares informations Cju'elle nous donne sont de nature à dérouter toutes les idées c[ue nous nous faisons à ce sujet. Les prêtres et les lévites qui apparaissent dans l'histoire, habitent pour la plupart dans des milieux qui à l'oriofine n'étaient nullement destinés à leur servir de lieu de séjour. De l'ensemble des faits, on est amené à conclure que la loi mosaïque SLir la résidence des prêtres et des lévites est tombée de bonne heure en désuétude, pour ne plus constituer à la longue qu'une règle purement théorique.
Avant que le Seigneur eût choisi Jérusalem pour son séjour au milieu de son peuple, le tabernacle et l'autel, et dans Cjuelques circonstances l'arche d'alliance seulement, changèrent souvent de place ; et leur présence en chaque nouvelle étape y attirait le concours d'un grand nombre de prêtres et de lévites. C'est ainsi que Galgal, Silo, Béthel, Maspa, Nobé se trouvèrent de fait occupés par toute une population sacerdotale, bien c^ue ni l'un ni l'autre de ces lieux n'eût été destiné par Josué aux descendants de Lévi.
Au temps de David, l'arche d'alliance fut définitî-
A^ement établie à Jérusalem, qui devint dès lors le centre des fils de Lévi, bien qu'elle ne fût ni ville sacerdotale, ni ville lévitique.
On dira peut-être que si l'on rencontre Héli avec ses prêtres et ses lévites à Silo, Achimelech à Nobé (1), un grand nombre d'autres à Jérusalem, c'est une exception résultant de l'obligation qu'avaient les prêtres et les lévites de suivre l'arche d'alliance et l'autel. Cette objection aurait sa valeur, s'il n'y avait pas eu bien d'autres villes non sacerdotales et non lévitiques qui, sans avoir été honorées par le passage du tabernacle et de l'arche d'alliance, furent tout de même habitées par des prêtres et des lévites.
Ainsi, le lévite Jonathan était de Bethléem (2) ; Elcana, père d'Asa, quoique lévite, habitait le village de Nétophati (3) ; un autre Elcana, également lévite, demeurait à R.amatha-Sophim, ainsi que son fils, Samuel, prophète et prêtre (4) ; Abinadab et son fils Eléazar avaient leur séjour à Kiriath-Iearim (5). On ignore encore où demeurait le lévite Obed-Edom le Géthéen, à qui fut confiée pendant trois mois l'arche du Seigneur (6). La Bible nous apprend seulement qu'il habitait entre Gabaa, ou Nobé, et Jérusalem ; or il n'y avait dans ces parages aucune ville lévitique.
La législation mosaïque sur la résidence des lévites a été fortement ébranlée au moment du schisme des
(1) I Reg., XXI, 1-6.
(2) Jud , XVII, 7.
(3, I Parai., IX, 16.
(i) I Reg., I, 1. — Cfr. Joscpbo, ÀnLiq. Jad., VI, i, 4.
i;6,\Reg.,N\\,\.
(6) II Reg., VI, 9-12.
DES VILLES SACERCOTALES
dix tribus : les prêtres et les lévites furent chassés du royaume d'Israël et se virent contraints de se réfugier en Juda et à Jérusalem (1). Leurs anciennes résidences restèrent abandonnées pour toujours ; car bientôt les habitants du royaume d'Israël, comme aussi plus tard ceux du royaume de Juda, durent prendre le chemin de l'exil au-delà de l'Euphrate, et les dix tribus du Nord ne revinrent plus dans leur patrie (2).
Après la captivité de Babylone, quatre familles sacerdotales, sur vingt-quatre, revinrent en Palestine ; et du nombre relativement fort restreint des prêtres, la cinquième partie dut s'établir dans la Ville sainte avec un grand nombre de lévites (3). En ce qui concerne les chantres, l'une des quatre classes lévitiques (4), voici ce que Néhémie dit de leur établissement : A l'occasion de la dédicace du temple, « les fils des chantres s'assemblèrent des campagnes voisines de Jérusalem et des villages de Nétuphati et de la maison de Galgal et des régions de Géba et d'Azmaveth ; car les chantres s'étaient bâti des villages autour de Jérusalem (5). »
Les prêtres jouissaient des mêmes privilèges que les lévites; et, libres de choisir le lieu de leur séjour, beaucoup de familles de service actif ont dû, comme les lévites, se rapprocher autant que possible de Jérusalem, où leurs fonctions les appelaient au
(1) II Parai., XI, 13-14.
(2) Joscphe, Anliq. Jud., XF, v, 2.
(3) D'après Esdras, II, 3G-39, le nombre total des prêtres pouvait monter h 6,000 environ. D'après la liste de Néhémie, XI, 10-15, 1,192 prêtres s'établirent à Jérusalem.
(4) I Parai., XXIII, 4; — XXVI, 20-28. (oj XII, 28-29.
moins cinq fois pendant l'année. Cela explique comment la ville de Bethpagé au sud du mont des Oliviers était devenue, au rapport d'Origène, « une ville de prêtres (1). » Le Talmud de Jérusalem dit la même chose de Jéricho (2). C'est en vertu de cette même liberté que le prêtre Mathathias et ses fils dits les Machabées, habitaient à Modin [3).
L'Ecriture sainte, comme on le voit, ne permet pas de faire ce raisonnement : Zacharie était prêtre ; donc il habitait l'une des anciennes villes sacerdotales.
Nous disons de plus que si rien ne nous autorise à chercher la patrie de saint Jean-Baptiste dans l'une des villes assignées aux descendants d'Aaron, l'histoire du peuple juif ne permet pas davantage, comme nous espérons le démontrer, de la chercher soit à Hébron, soit dans toute autre ville de la partie méridionale de la tribu de Juda.
(5) Comment, in Mattli., t. XVI, 17, ap. Mignc, Patr. gr.-lat., t. XIII, col. 1431.
(6) Taanith, IV, 2. — Voir : Neubauer, Géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 162.
(7) I iMacch., II, 70.