‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 15 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DEPUIS l'exil, HÉBRON ETAIT UNE VILLE DE l'iDUMÉE

Vers l'an 601 avant Jésus-Christ, Nabachodonosor fit une première campagne en Judée pour dissiper la coalition judéo-égyptienne formée contre la Chaldée. Il se contenta de s'emparer de Jérusalem et de faire du roi Joakim son vassal tributaire.

Trois ans plus tard, Joakim s'étant soulevé contre son suzerain à l'instigation du pharaon Néchao, Nabuchodonosor marcha une seconde fois sur Jérusalem, enleva les trésors du temple et emmena en captivité à Babylone dix mille des principaux habilants de la ville, avec le jeune roi Joachin qui a enait de monter sur le trône à la mort de son père Joakim.

Le vainqueur confia le gouvernement de la Judée à Sédécias ; mais celui-ci, après dix ans de règne, se ligua cà son tour avec Apriès, roi d'Egypte, contre le roi de Babylone. Nabuchodonosor envahit une troisième fois la Palestine et ravagea le pays sans miséricorde, incendiant les villages et les villes ouvertes et livrant la campagne à la fureur des ennemis voisins des Juifs. Il s'empara ensuite des deux forteresses les plus méridionales, Lachis et

Azécha (1), et ne se présenta devant Jérusalem qu'après avoir mis tout à feu et à sang.

Malgré une défense héroïque, la capitale succomba après un siège de dix-huit mois. Le temple fut dépouillé de ses lambris d'or et livré aux flammes ; la ville fut dévastée, et tout ce qui restait de notable dans la contrée après cette guerre sanglante, fut relégué en Babylonie ; on ne laissa dans le pays que des gens du petit peuple pour cultiver la terre, sous le gouvernement d'un Juif nommé Godolias (2).

Cinq ans plus tard, Godolias ayant été assassiné par quelques Juifs fanaticjues, ce meurtre provoqua une panique générale. Craignant la vengeance des Babyloniens, un grand nombre d'Israélites émigrèrent en Egypte, entraînant avec eux par force les prophètes Jérémie et Baruch (3),

Nabuzardan, le général chaldéen, châtia l'assassinat de Godolias en transportant à Babylone sept cent quarante- cinq autres Israélites avec leurs familles (4).

La guerre dévastatrice des Chaldéens, les déportations réitérées des vaincus, les diverses émigrations en Egypte avant et après la destruction de Jérusalem, laissèrent la contrée à peu près déserte, selon la prophétie d'Isaïe (ô), sans que les conquérants y envoyassent des colons, comme jadis les AssA^riens l'avaient fait pour la Samarie (6).

(1) Jerem., XXXIV, 7. — IV Reg., XXV.

(2) IV Reg., XXV, 4 21. — /erem., LU, G-27; - XXXfX, 2-10. — II Parai., XXXVI, 17-20.

(3) Jerem., XLIII, 1-3 ; - XLVI, 13-20. - IV Reg., XXV, 22-26.

(4) Jereni., LU, 30.

(5) Is., XXIV, 1-4.

(6) Jerem., XLIV, Cet 22.

HÉBRON VILLE DE l'iDUMÉE

C'est à ce moment que les Edomites ou Iduméens prirent possession d'Hébron et de toute la partie méridionale du territoire de Juda, pour ne plus jamais l'évacuer.

Les Iduméens, descendants d'Edom, autrement Esaû, avaient renoncé à la foi de leurs ancêtres, en renonçant à la circoncision pour tomber dans un paganisme grossier (1). Mais ils avaient reçu en héritage d'Esaû leur père tous les sentiments de haine et de jalousie que celui-ci nourrissait envers Jacob ou Israël. Dans toute l'histoire, ils apparaissent parmi les ennemis les plus implacables des Israélites. Dans les oracles des prophètes, Edom ne paraît que comme l'objet de la colère divine, excitée par la haine qu'il portait aux descendants de Jacob son frère (2). « A cause des meurtres et de l'injustice commis contre Jacob ton frère, dit le prophète Abdias, la honte te couvrira et tu périras pour jamais. Au jour où tu tenais contre lui, quand les ennemis ont défait son armée, quand les étrangers sont entrés dans ses portes et ont jeté le sort sur Jérusalem, tu étais avec eux comme l'un d'eux (3). »

Lors des premières campagnes de Nabuchodonosor contre les alliés de l'Egypte, les Edomites furent, aussi bien que les Israélites et les Syriens, durement châtiés par le vainqueur, comme le laissent entrevoir quelques paroles du prophète Jérémie (4). Mais

(l- H Parai, XXV, 1 1 et 14.

(2) Amos, I, 11. — Abdias, 10-11. — Joè7, XII [, 19.

(3) Quelques interprèles ont cru voir dans ces paroles une prophétie du sort de Jérusalem au temps de Nabuchodonosor. Mais le R. P. Knabenbauer [Comm. in Prophetas min., proleg. in Abdiam, p. 340) a démontré que le prophète fait allusion à un fait historique, arrivé probablement sous Joram. — Cf. IV Rej., VIll, 20-22. — II Parai., XXI, 8 et 18.

(4) XXVil, 3. . . . ..

leurs épreuves ne furent que passagères : ils purent s'en relever rapidement, parce qu'il n'y avait pas eu pour eux de transportation comme pour les Juifs.

Au moment de la dernière guerre, ils se trouvaient encore compromis dans la coalition contre la Chaldée; mais ils s'humilièrent à temps devant le vainqueur et trouvèrent même l'occasion d'entrer dans ses bonnes grâces en secondant sa vengeance contre Israël. Non seulement ils ont prêté à l'envahisseur leur concours pour ravager*le pays méridional, mais ils sont formellement accusés de l'avoir poussé à détruire de fond en comble la ville de Jérusalem.

En effet, dans le magnifique chant national Super flumina Bahylonis, par lequel Israël du fond de sa captivité appelait la vengeance du ciel sur ses oppresseurs, il s'écriait : « Souvenez-vous, Seigneur, des fils d'Edom, au jour de Jérusalem, quand ils disaient : Exterminez, exterminez jusqu'à ses fondements (1). »

Le prophète Ezéchiel ne reproche aux Edomites c^ue d'une manière générale, bien qu'en termes énergiques, la triste part qu'ils avaient prise dans cette guerre de destruction. Dans l'oracle qu'il prononce contre Edom du fond de sa captivité, il lui dit: « Parce que tu as été l'ennemi éternel, et que tu as livré les fils d'Israël à l'épée au temps de leur affliction, au temps où leur iniquité était excessive, c'est pourquoi je te livrerai au sang (2). »

Le troisième livre d'Esdras est plus explicite : il attribue aux Edomites l'acte d'avoir eux-mêmes mis

(1) Ps., cxxxvi, 7.

(2) XXXV, 5. — Cfr. Jerem. Threni, IV, 21-22.

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